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Charlotte André: Le retour sur la scène du très haut niveau?

© Coll. Charlotte André

Rappelez vous… en minime 2, Charlotte André remportait son premier titre de championne de France de bloc, en cadette 1 elle terminait avec la médaille d’argent, mais se payer le luxe cette même année d’accrocher une finale sur les championnats de France de bloc seniors. Cette année là, on se rappelle encore s’être dit qu’elle ferait sans doute parti de l’avenir du bloc féminin français. 

Après un autre titre national en junior 2, une année de médecine et des blessures à la cheville (junior 2) et à la poulie (senior 1), sa 2ème année de senior s’entame de la plus belle des manières avec une nouvelle fois le titre général de la coupe de France de bloc 2019-2020: 3 participations sur 4 étapes, et 3 victoires, propre et sans bavure. C’est donc naturellement que nous avons décidé d’aller à sa rencontre histoire de papoter un peu de ses objectifs…


On va d’abord revenir sur ta première année de senior, l’année dernière, avec notamment ta blessure à la poulie. Comment en es-tu arrivée à te blesser, et comment as-tu vécu ce moment? Quel a été le processus de guérison?

Je me suis blessée à un doigt après le championnat de France. J’étais très fatiguée, je revenais d’une semaine sans escalade (petit break post-déception de ma performance au championnat de France), mais j’étais si contente de regrimper que, prise par l’excitation, je me suis très mal échauffée, j’ai sauté sur une arquée à froid et voilà…erreur de débutante.

Ça a été très dur car pendant un long moment j’étais un peu dans l’incertitude. J’ai vu un médecin qui m’a dit qu’il n’y avait rien (mais j’étais sure que c’était pas possible), un autre qui m’a dit rupture totale et un dernier qui m’a dit partielle… je ne savais plus quoi penser et ça changeait pas mal de choses: je continuais les entrainements ? Arrêt ? Opération ? J’ai donc vu un chirurgien reconnu pour les poulies à Marseille qui m’a beaucoup rassuré. Il a confirmé que c’était une poulie mais que c’était une qui ne servait « à rien », que c’était rare de casser celle la et qu’il était inutile d’opérer. Il fallait que je me repose un peu et que je fasse en fonction de la douleur. J’ai demandé des conseils à plein de gens, récupéré des infos un peu partout puis j’ai pris la décision (avec Paulo mon entraîneur) de stopper 15j puis de grimper strappée (sans trop tirer sur les doigts, pas de poutre, pas de bloc avec des arquées, etc)

Dans ma tête c’était assez compliqué car d’un coté j’avais raté le championnat de France et je n’avais donc pas de suite de saison et j’avais déjà pris mes billets pour Rocklands. Je ne savais pas du tout comment ça irait à ce moment la. Et j’ai aussi appris que j’étais sélectionnée pour une coupe du monde et une coupe d’Europe.

© Coll. Charlotte André

Aujourd’hui, comment va ton doigt? Plus aucune douleur ou appréhension?

Jusqu’à octobre j’avais encore une peu mal, je strappais et j’étais souvent gênée mais maintenant oui c’est revenu à la normal, je peux arquer fort sans avoir de douleur, je ne strappe plus donc c’est top.

Tu as tout de même pu réaliser une partie de ta saison en compétition en 2019, tu peux nous faire un retour rapide?

Au moment des compétitions, je pense que j’étais plutôt en canne (sauf quand il y avait une arquée où c’était beaucoup plus compliqué). Malheureusement en Chine, on a eu un tour dans mon groupe avec 4 blocs/5 avec des arquées. Pas de chance, les autres années il y en avait quasiment pas mais bon c’est le jeu de la compète. J’ai fait ce que j’ai pu mais ça n’a pas été suffisant.
Puis, sur la coupe d’Europe sénior à Innsbruck, j’ai fait des bonnes qualifs mais jai manqué de réussite en demi en tombant en ramenant dans un bloc et au dernier mouvement d’un autre… Bref: Saison de competition compliquée pour moi et pas à la hauteur de mes attentes

Après cette déception, j’ai fait une pause « entraînement », j’ai juste grimpé à fond et ça ma bien maintenu en canne pour Rocklands.

Concernant cette étape de coupe du monde en Chine, raconte nous cette expérience, l’ambiance en équipe de France, etc…

J’apprécie vraiment l’ambiance en équipe de France. Je m’entends bien avec tout le monde donc je passe toujours d’excellents moments. Je me sens bien dans cette équipe.
C’était juste un peu difficile d’être là « juste » pour une compétition, c’est frustrant et ça met la pression de vouloir bien faire pour pouvoir continuer la saison mais bon ça c’était mon problème et à moi de gérer…

La saison de bloc 2019-2020 a débuté il y a quelques mois avec les premières étapes de coupe de France. Tu participes à 3 étapes sur 4, et tu remportes ces 3 étapes, comment analyses-tu ce beau début de saison?

Ce début de saison est un scénario idéal et un véritable soulagement. Ce debut d’année n’a pas été facile. En effet, j’ai changé d’entraineur (c’est Ludo Laurence de Block’out qui m’entraîne maintenant) et il y a donc eu pas mal de changements. Avant, Paulo était la sur quasiment toutes mes séances, me voyait grimper tout le temps, voyait mon état de fatigue quand il fallait adapter les seances et cette année avec Ludo c’est à distance. J’ai donc dû apprendre à faire moi même tous ces petits ajustements. Même si je n’y arrive pas super bien parfois j’apprends à mieux me connaître. Ludo est hyper disponible donc ça fonctionne bien, si j’ai un doute je l’appelle et il me répond direct.

Pour revenir au debut de saison de compétition, les résultats sur papier sont déments. Pour ce qui est de ma grimpe c’est pas encore tout à fait ça: je n’ai pas réussi à grimper vraiment relâchée et libérée, à montrer ce que je peux vraiment faire haha. J’ai beaucoup progressé cette année donc maintenant il n’y a « plus qu’à » reproduire en compètition ce que je peux faire à l’entraînement.

J’ai pas mal grimpé avec Manu (ndlr Manu Cornu) qui m’aide vraiment, il me pousse, me challenge, me donne plein de petits trucs auxquels je n’aurais jamais pensé puis il est fort donc grimper avec des gens plus forts ça tire vers le haut. C ‘est ce qui me manquait beaucoup l’année dernière je pense où je grimpais presque tout le temps toute seule.

Quels sont tes objectifs cette année sur la scène de la compétition? Envisages-tu le circuit de coupe du monde? Un premier titre de championne de France seniors?

Cette année bien évidemment, un des objectifs c’est faire le circuit de coupe du monde de bloc et J’aimerais être toujours (ou le plus souvent) en demi-finale puis après, en bloc, tout peut arriver, donc une finale serait ouf !

Sur les championnats de France juste une chose à dire : PAS DE BARRIERE !

© Coll. Charlotte André

Tu as eu pas mal de très bons résultats sur la scène nationale en catégorie jeunes, avec plusieurs titres de championne de France. Comment se fait le passage en seniors? Quelles différences as-tu constaté? Il y a une grosse marche à franchir?

Le passage en sénior (je pense) n’est pas facile car il y a moins de places, plus de monde, c’est les affaires sérieuses qui commencent. De mon côté j’ai eu la chance de me sélectionner pour la saison quasi complète de coupe du monde en étant encore junior 2. J’ai pu voir ce que c’était, les differences avec l’équipe jeune tout en étant encore chez les jeunes. J’ai été super bien accueillie et je me suis tout de suite sentie bien donc sur cet aspect transition plutôt facile. Malheureusement , l’année dernière je n’ai pu participer qu’à une compétition.

Je pense que la taille de la marche à franchir va dépendre des personnes: de notre niveau de base, de notre style, de nos capacités mentales, etc. Souvent en jeune on est plus fort que chez les seniors car justement on grimpe sans pression, on a rien à prouver et le style plus physique avec des intensités plus élevées peut mieux nous convenir (ou pas, tout dépend des grimpeurs). Après quand on est senior « pour de vrai » c’est différent on a « plus que ça ».

Personnellement, je trouve que la principale différence c’est qu’en jeune il y a possibilité d’avoir la « marge » ; c’est à dire que même en grimpant pas très bien voir mal (en étant tendue, en faisant des erreurs) c’est toujours possible de gagner en national et de quand même faire des bons résultats à l’international. C’est different en senior, il y a beaucoup plus de densité donc on est obligé de grimper à notre niveau voir même « au top » si on veut espérer des bons résultats (en tout cas à l’international).

L’été dernier tu es allée toucher un peu le caillou à Rocklands, cette facette de l’escalade t’attire autant que la compétition? Tu as des projets en vue?

Le bloc extérieur ça me fait triper aussi, c’est vrai qu’en période de competitions je ne grimpe pas beaucoup dehors (peut-être à tort…) mais hors saison j’adore !! Partir en trip 2 ou 3 semaines voir un mois grimper dehors je trouve ça fou, c’est ressourçant. Ça fait faire des choses différentes: un bonheur quoi! J’aimerais plier un 8B bloc, il faut que je trouve lequel puis que j’y passe un peu de temps: ça viendra!

Un dernier mot à ajouter?

Merci à tous mes sponsors : Block’out, Biocoop la coumpagniée , La Sportiva, Black Diamond, à Ludo, à ma famille et à mon chéri.

Et rendez vous aux Frances !!

Publié le : 31 janvier 2020 par Charles Loury vues

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