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Manon Hily revient sur sa saison 2023

© V. Lami

Après Fanny Gibert et Oriane Bertone c’est au tour de Manon Hily de jouer le jeu du bilan de saison. Lancée dans le projet olympique, elle n’aura pas vécu la saison la plus simple de sa carrière, mais l’objectif principal est atteint: sa qualification pour les OQS afin de tenter de décrocher le fameux sésame pour Paris 2024. Retour sur une saison où Manon ne se sera jamais autant investie, avec des hauts, des bas, mais surtout toujours la volonté intacte de réussir. Elle nous raconte… 


En 2022 j’ai fait une belle saison dans ma spécialité (la difficulté) avec une médaille aux Championnats d’Europe à Munich. Les meilleurs de chaque discipline étaient « invités » à se poser la question du projet JO. Déjà, en 2019, j’étais entrée dans « le process » avec les 3 disciplines par cette même porte de « diffeuse », puis je me suis blessée, même effondrée en cours de route. Ça été très dur de passer du top mondial au fond de classement.

Ce coup-ci quand on m’a présenté le projet combiné je me suis dit déjà « il n’y a plus la vitesse » et cela va mieux me correspondre, je me suis aussi dit que c’était une super opportunité d’aller au bout de ce vieux projet qui s’était stoppé brutalement.

Pour moi c’était un signe, une revanche à prendre, je n’ai pas trop hésité. J’ai donc terminé la saison dernière avec ce nouvel objectif en tête. Je savais que ma vie allait changer. Les Jeux c’était à Paris, chez nous. J’ai donc assez vite arrêté de travailler et j’ai vécu cette année comme une grimpeurs pro à m’entraîner 2 fois par jour presque tous les jours. Avec mon entraineur on a abordé la saison avec comme ligne de mire les Jeux bien sur et donc il fallait prioriser : les Championnats du Monde, Laval et la qualification aux OQS. C’était un casse tête « stratégique » et il ne fallait pas commencer à faire toutes les compétitions. D’ailleurs pour l’anecdote, on avait décidé ensemble de faire l’impasse sur les Championnats de France à Tarbes et sur la CDM de Briancon. Ce sont mes deux plus belles performances. Coïncidence ?

Un podium pour Manon Hily sur l’étape de Briançon © IFSC

Je n’avais donc pas prévu d’aller aux Championnats de France à Tarbes pour ne pas me fatiguer, mais je suis venue m’entraîner à Toulouse la semaine précédente, et puisque c’était à coté, on a donc opté pour une compétition « bonus ». Je ne suis pas venue pour le titre en lui même mais pour me prouver à moi même des choses et essayer des nouvelles stratégies avant les coupes du monde, et cela passait bien sûr par « être la meilleure » mais derrière « être la meilleure » ce n’était pas le titre auquel je pensais. En jeune comme en sénior, j’ai plusieurs fois été « la meilleure » Française à l’international mais je n’avais jamais eu le titre. Je ne savais pas ce que c’était d’être championne de quelque chose. Je suis repartie avec un titre en poche et une nouvelle stratégie qui semblait fonctionner. J’étais en confiance pour la saison internationale.

En arrivant en coupe du monde, j’ai mis du temps à appliquer ces nouvelles choses et à prendre confiance en ma grimpe. Sur les premières étapes, mes prises de décision étaient toutes mauvaises en « à vue ». Je me précipitais au lieu de réfléchir ou au contraire, je ne prenais pas de décision et je m’épuisais. Pour être honnête je suis arrivée à Briançon au bout du rouleau et c’était la compétition ou j’étais la moins en forme de toute la saison. Physiquement et mentalement. Dans ma tête, j’avais tellement de choses à prouver avec les sélections pour les championnats du monde qui étaient déjà sorties et la fédération m’avait fait confiance.  Je continuais de croire en mon projet des JO mais j’étais très mal partie. Au final avec un niveau physique plus bas, j’ai enfin retrouvée une grimpe confiante et instinctive sur tous les tours à Briancon et j’ai pris beaucoup de plaisir à grimper dans une nouvelle finale de coupe du monde et en plus devant les amis et la famille. Je termine 3ème avec un grand smile, et je me disais « waouuh mais t’es sur la boite là, c’est dingue je ne comprends plus rien à l’escalade ». Une belle leçon.   Et puis la course continuait  pour les Mondes et pour les Jeux.  J’avais l’impression de revenir de si loin, alors que le niveau je l’avais.

Je continuais de croire en mon projet des JO mais j’étais très mal partie.

Je suis arrivée gonflée à bloc pour le championnat du monde à Berne. J’étais dans le game. Je suis partie « All in » . Que ce soit pour le combiné ou la difficulté.  Au final, j’ai eu du mal à aborder Berne comme 2 évènements distincts. C’était une compétition très longue et inhabituelle avec beaucoup de tours. Je n’ai jamais vu les athlètes dans un état pareil à l’échauffement au fil des tours. Grimper avec autant de fatigue est frustrant et déstabilisant. Pourtant c’était le jeu et le même pour tout le monde.  Sur le papier mes résultats j’en suis fière et la finale du combiné n’était pas si loin. Je pense que je n’ai jamais réussi à retrouver la forme depuis. J’ai  quand même fait une finale en Chine sur la dernière étape de coupe du monde de difficulté et  pour Laval je n’étais pas dans le game, je n’ai ps réussi à m’entraîner suffisamment pour cette échéance.

Manon Hily sur la dernière étape de l’année en Chine © IFSC

Il y a un coté très frustrant avec ce combiné: quand on est spécialiste dans l’une des deux disciplines, cela demande 2 fois plus d’entrainements que d’habitude. Pour ma part, des lacunes que j’avais mises de coté en arrêtant le bloc ressortent aujourd’hui dans ma préparation ce qui rend les choses plus « piquantes ». Mais j’y mets beaucoup de volonté à vouloir m’adapter, m’adapter au nouveau style et à cette grimpe plus engagée que jamais. On peut clairement dire que je sors de ma zone de confort. Je travaille dur sur ma croyance en ce projet qui est à la fois complexe pour moi selon les jours et parfois si simple. Au final, c’est juste de la grimpe. Il faut faire ressortir son coté joueur.

J’ai quand même besoin pour mon équilibre de grimpeuse de faire de la falaise . J’aime alterner entre l’entrainement, les compétitions et la falaise. Je retrouve dehors des choses qui sont inaccessibles en indoor et vice versa. J’ai mon projet de vie, « Biographie », qui m’attend à Céüse, et les belles histoires de grimpe ont montré que le temps n’est pas le pire ennemie du grimpeur. Maintenant, je priorise la compétition et j’ai du temps devant moi pour retourner à Céüse … Je vais quand même faire cette année un peu plus d’outdoor que l’année dernière comme aller à Fontainebleau ou dans le sud de la France. Je pense que la falaise potentialise ma réussite en compétition. Elle réveille notre instinct, nos forces, et diminue la peur de la chute ou de l’échec.

Publié le : 31 décembre 2023 par Charles Loury

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