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Author Archives: Nicolas Mattuzzi

Les 10 vidéos d’escalade les plus vues de l’année sur Planetgrimpe

30 Déc

En 2025, vous avez été des centaines de milliers à cliquer, regarder, partager et commenter les vidéos que nous vous avons partagés sur Planetgrimpe. Des performances historiques aux récits profondément humains, en passant par des projets aux frontières du possible, cette année aura été marquée par une profonde intensité.

Voici le Top 10 des vidéos les plus vues sur Planetgrimpe en 2025 !


 10 – « BLEAU DANS LA PEAU » : 100 7A EN UNE JOURNÉE À BLEAU

À la dixième place, une vidéo fraîchement publiée, mais qui a immédiatement rencontré un succès fou, grimpant en seulement quelques jours dans le Top 10 des vidéos les plus vues de l’année. Dans Bleau dans la peau, Seb Berthe et Hugo Parmentier se lancent le défi d’enchaîner 100 blocs cotés 7A en une seule journée, pour célébrer les 70 ans du premier 7A ouvert à Bleau, le mythique “Joker”.

Sans assistance motorisée, les deux grimpeurs relient les secteurs à pied et à vélo, parcourant plus de 80 kilomètres à travers la forêt. Un film qui raconte une aventure humaine, faite de complicité, d’acharnement et de choix assumés.


9 – MEJDI SCHALCK DÉCROCHE SON TROISIÈME 8C DANS LE MYTHIQUE “DEFYING GRAVITY”

Direction le Colorado pour une entrée fracassante dans ce Top 10. À Thunder Ridge, Mejdi Schalck signe son troisième 8C bloc en venant à bout de “Defying Gravity”, l’un des blocs les plus iconiques des États-Unis.

Aux côtés de Simon Lorenzi et Jules Marchaland, le Français dompte cette ligne ouverte par Daniel Woods, marquant un moment fort du trip américain du trio.


8 – MEJDI SCHALCK ENCHAÎNE 100 BLOCS VIOLETS À ARKOSE

Encore Mejdi Schalck, cette fois dans un défi totalement différent ! Quelques semaines après une saison internationale exceptionnelle, il s’offre un marathon hors normes : enchaîner 100 blocs violets du réseau Arkose parisien… en une seule journée !

Cinq salles, plus de 15 heures d’effort, une intensité folle et une démonstration impressionnante de résistance.


7 – LE 8C BLOC FLASH D’ADAM ONDRA

Un exploit rarissime qui ne pouvait que marquer les esprits… Dans cette vidéo, Adam Ondra réussit le flash de “Foundation’s Edge” 8C à Fionnay.

Au-delà de la performance brute, le film plonge dans la méthodologie du Tchèque : préparation mentale, stratégie, gestion de la pression… Un témoignage fascinant sur ce que signifie tenter (et réussir) un flash à ce niveau.


6 – « DIAMANTE GREZZO », LA PLUS BELLE LIGNE TAILLÉE AU MONDE ?

À la sixième place, une œuvre d’art verticale. “Diamante Grezzo”, ligne née dans une ancienne carrière italienne, intrigue depuis plus de vingt ans…

James Pearson en signe finalement l’ascension, dans une vidéo publiée par Mellow, et livre une réflexion passionnante sur la beauté d’une ligne entièrement taillée par l’Homme. Une ascension atypique, mais profondément marquante.


5 – ADAM ONDRA DÉVOILE LES IMAGES DE SON ASCENSION DE « SOUDAIN SEUL » 9A

L’un des moments les plus attendus de l’année. Un mois après avoir enchaîné “Soudain Seul” 9A à Bleau, Adam Ondra dévoile enfin les images de cette performance .

Premier 9A bloc pour le Tchèque, réalisé en seulement cinq sessions, sur une ligne qu’il décrit comme l’une des plus belles qu’il ait jamais grimpées.


4 – ADAM ONDRA EXPLOSE LES STANDARDS À BLEAU !

Une autre vidéo d’Adam Ondra, tournée en forêt de Fontainebleau. En moins de 20 minutes, le Tchèque flashe un 8B+, revient sur “Soudain Seul” 9A… et s’attaque à un projet potentiel en 9A+.

Entre performances inédites, ambiance bleausarde et séquences de haut niveau, cette vidéo est devenue instantanément incontournable.


3 – « THE ASCENT » : LE DOCUMENTAIRE SUR ORIANE BERTONE

À la troisième place, un documentaire poignant. The Ascent retrace le parcours exceptionnel d’Oriane Bertone, de ses débuts à La Réunion jusqu’aux podiums internationaux.

À travers les témoignages de ses proches et de figures majeures de l’escalade, le film offre un regard intime sur les sacrifices, les doutes et l’ambition d’une des meilleures compétitrice de sa génération.


2 – ADAM ONDRA RÉALISE LE FLASH LE PLUS DUR DE L’HISTOIRE DU TRAD, « LEXICON » E11

Dans le Lake District, Adam Ondra flashe “Lexicon” E11, une voie trad ultra-engagée, avec un potentiel de chute estimé à 25 mètres.

Dans cette vidéo, il détaille son processus, son respect strict de l’éthique du flash, et la peur bien réelle ressentie lors de l’ascension. Pour beaucoup, le flash le plus dur jamais réalisé en escalade traditionnelle !


1 – STEFANO GHISOLFI, EN ROUTE VERS LE PREMIER 9C+ DE LA PLANÈTE ?

En tête du classement, un projet qui fait rêver… et débat ! Stefano Ghisolfi envisage une version encore plus dure d’Excalibur à Arco, avec un départ plus bas qui pourrait porter la cotation à 9c+.

Si le projet a été partiellement compromis par une prise cassée, l’Italien explore déjà des alternatives. Une chose est sûre : cette vidéo a captivé la communauté, symbolisant parfaitement cette quête permanente des limites ultimes de notre sport…

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« La voie qui m’a demandé le plus d’efforts » : Alex Honnold enchaîne “Bachelor Party”

27 Déc

Alors que l’attention médiatique se porte ces jours-ci sur son futur solo en direct du Taipei 101 pour Netflix, Alex Honnold a discrètement réglé l’un de ses projets les plus exigeants sur le rocher. Loin des façades de verre et des caméras, l’Américain a enchaîné “Bachelor Party”, une voie historique de Mount Potosi, longtemps considérée comme 9a.

Un projet de longue haleine, que Honnold décrit lui-même comme « le plus gros investissement en terme d’effort » de toute sa carrière.


Libérée au début des années 2000 par François Legrand, “Bachelor Party” faisait partie, à l’époque, des voies les plus dures des États-Unis. Il aura fallu près de vingt ans pour voir une deuxième ascension, réalisée par Jonathan Siegrist en 2017. Autant dire que la ligne possède une aura toute particulière aux États-Unis.

« Un miracle de Noël »

Sur Instagram, Alex Honnold n’a pas caché sa joie après l’enchaînement : « C’est un miracle de Noël ! J’ai enfin enchaîné mon vieux projet “Bachelor Party”. La voie avait été établie comme un 9a, mais j’ai trouvé une méthode différente (et quelques genoux) qui la rendent plus facile, donc probablement pas plus dur que 8c+ pour moi ».

Fidèle à son franc-parler, Honnold assume donc de revoir la cotation de la voie à la baisse, une habitude chez lui ces dernières années. Mais il tempère immédiatement toute idée de “facilité” : « C’est la voie qui m’a demandé le plus d’efforts sur la durée. D’abord parce que les deux hivers où j’ai vraiment essayé, on avait des bébés à la maison, ce qui a mis fin à mes saisons. Et aussi parce que c’est totalement à l’opposé de mon style : des mouvements physiques dans du dévers… ».

La réaction de son ami Tommy Caldwell, autre monument de l’escalade américaine, ne s’est pas fait attendre. Avec humour et lucidité, il commente la nouvelle cotation proposée par Honnold : « Oh mon dieu… C’est tellement drôle que tu dises que c’est “seulement” 8c+. C’est bien plus dur que les deux soi-disant 9a que Sonnie et moi avons faits. Peut-être que c’était un vrai 9a dans les années 90, sans genouillères. Mais l’échelle de cotation a glissé. Aujourd’hui, pratiquement tout le monde – sauf toi – appellerait ça 9a avec genouillère ».

La “course au 9a”, toujours dans les esprits

Cette ascension s’inscrit aussi dans un contexte bien particulier. En août 2023, Alex Honnold, Tommy Caldwell et Sonnie Trotter s’étaient lancé un pari amical : lequel des trois grimperait un 9a en premier ? Un défi symbolique, mais extrêmement motivant, pour des grimpeurs jonglant désormais entre carrière et vie de famille.

Dans cette course, Sonnie Trotter a pris une longueur d’avance en juin 2024 avec l’enchaînement de “Spirit Quest” 9a à Squamish. Une réussite qu’il attribuait largement à cette émulation collective. Si “Bachelor Party” est finalement annoncé à 8c+ par Honnold, Caldwell ne manque pas de relancer la discussion : « J’imagine que la course au 9a, théoriquement, est toujours en cours ! ».

Avec “Bachelor Party”, Alex Honnold signe sa dixième voie dans le 8b+ et plus. Il a gravi son premier 8c+ en 2010 avec “Green Mile” à Jailhouse (Californie), avant d’enchaîner notamment “Arrested Development” 8c+/9a en 2019 à Mount Charleston. Plus récemment, il a fait parler de lui en décodant deux ça (“Man-Bod” et “Manphibian”) également grâce à de nouvelles méthodes et l’utilisation de genouillères.


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2025, une année folle pour Adam Ondra !

26 Déc

En 2025, Adam Ondra a une nouvelle fois rappelé pourquoi il fait figure d’exception dans le monde de l’escalade. Loin de se concentrer uniquement sur la falaise, le Tchèque a choisi d’explorer d’autres terrains, en se consacrant pleinement au bloc et au trad engagé. Un parti pris audacieux, qui lui a permis de signer certaines des performances les plus marquantes de sa carrière… pourtant déjà hors normes !

Du grès de Bleau aux fissures mythiques du Val di Orco, en passant par des flashs de blocs extrêmes et des voies trad à très fort engagement, retour sur une saison 2025 une nouvelle fois hors du commun.


Un hiver en mode bloc… et un premier 9A

L’année démarre fort en Espagne pour Ondra avec le flash du 8B+ “El Elegido”, un bloc qu’il décrit comme l’un des plus beaux flashs de sa carrière. Il se fixe ensuite un objectif clair pour l’hiver : trouver un 9A adapté à son style.

© Petr Chodura

Ce sera “Soudain Seul” à Bleau. En seulement cinq sessions, Adam Ondra réussit la quatrième ascension de ce bloc devenu emblématique, signant au passage son premier 9A et son bloc le plus dur à ce jour. Jusqu’ici, le Tchèque comptait quatre 8C+ à son actif, dont trois premières ascensions près de chez lui : “Brutal Rider”, “Ledoborec” et “Terranova”.

Ces dernières saisons, j’avais souvent le sentiment d’être très proche de grosses réalisations sans jamais concrétiser. Enchaîner “Soudain Seul” en cinq séances, c’est vraiment la cerise sur le gâteau.

Et comme pour enfoncer le clou, Ondra flashera le lendemain deux 8B+, “Imothep (du Sol)” et “La Ligne de Bête”, avant d’ajouter encore plusieurs 8B+ à son tableau de chasse.

© Petr Chodura

Retour au trad engagé

Au printemps, changement radical d’ambiance. Direction le Royaume-Uni pour un flash de “Lexicon” (E11 7a) à Pavey Ark, l’une des voies trad les plus engagées du pays.

J’avais peur, mon cœur battait fort, mais j’ai réussi à atteindre la vire finale sans chuter (et heureusement car je n’avais vraiment pas envie !). C’était une journée vraiment spéciale.

Après cela, Ondra retourne faire du bloc et enchaîne les performances : il flashe “Poprava” 8B et “Atom” 8B+, puis enchaîne “Autofix” 8C, “Wolverine” 8B+, “Big Illusion” 8C, “Rude” 8B+, “Ziqqurat” 8C, “The Ghost Ship” 8B+ et flash “Gliese 581” 8B+, avant de revenir une nouvelle fois au trad.

© Petr Chodura

Greenspit, Orco et la passion des fissures

En Italie, Adam Ondra s’attaque à “Greenspit”, la célèbre fissure déversante du Val di Orco. Une ligne courte, déversante, ultra exigeante, devenue une référence dans le milieu de la fissure.

Les fissures sont rares. Quand on trouve un joyau comme “Greenspit”, ça rend la ligne encore plus spéciale.

© Petr Chodura

Flasher un 8C… et finir en beauté

Après avoir enchaîné “Big Nose” 8C, Ondra réalise l’un des flashs les plus marquants de l’année avec “Foundation’s Edge” 8C, son flash le plus dur à ce jour en bloc.

Il y a quelques années, je n’aurais jamais imaginé pouvoir flasher un 8C. Cette fois, tout était aligné. Un essai parfait. Un moment irréel.

Pour conclure cette saison exceptionnelle, Adam Ondra signe enfin la première ascension de “Niobe”, une dalle extrême cotée 9a, en Italie.

© Petr Chodura

En 2025, Adam Ondra n’a peut-être pas cherché la cotation maximale en falaise, mais il a démontré une nouvelle fois l’étendue unique de son registre. Du 9A bloc au trad engagé, des fissures mythiques italiennes aux flashs de blocs extrêmes, le Tchèque continue de ,vous prouver qu’il est le grimpeur le plus complet de la planète.

Car en plus des performances de ces douze derniers mois, n’oublions pas qu’il est le premier à avoir enchaîné un 9c (“Silence”, 2017). Il a également réalisé la deuxième ascension de la grande voie la plus dure du monde, “The Dawn Wall” (9a, 31 longueurs) au Yosemite. Vainqueur de plusieurs Coupes du Monde, participant aux Jeux Olympiques, il a gravi plus de voies dans le neuvième degré que n’importe quel autre grimpeur.

Et à 30 ans passés, une chose est sûre : Adam Ondra n’a toujours pas fini de surprendre !


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Solo en direct : Alex Honnold annonce la date de son ascension de Taipei 101 sur Netflix

24 Déc

Alex Honnold a annoncé la date : le 23 janvier 2026, il tentera de grimper en free solo le Taipei 101, le plus haut gratte-ciel de Taïwan. L’ascension sera diffusée en direct sur Netflix, dans une émission spéciale de deux heures intitulée Skyscraper Live.

Une première mondiale : jamais un solo n’a encore été retransmis en live à une telle échelle.


« Ma vie est en jeu, je me fiche de savoir qui regarde »

Dans une interview accordée à Tudum, la plateforme éditoriale de Netflix, Honnold a déclaré : « Ma vie est en jeu. Je me fiche de savoir qui regarde. Ce qui compte, c’est de faire les choses correctement ».

Une déclaration fidèle à la philosophie de l’Américain, qui a affirmé vouloir se concentrer exclusivement sur l’ascension, malgré la pression d’une diffusion mondiale. Père de famille depuis quelques années, il reconnaît avoir adopté une approche plus méthodique. « À 23 ans, on fonce sans trop réfléchir. À 40 ans, on se dit : je vais prendre un jour de plus, faire quelques préparatifs, être prudent ».

© Coll. Netflix

Son objectif ? « Prendre du plaisir, sourire et m’amuser. J’ai réalisé des ascensions qui ont été de véritables épreuves de survie. Je ne souhaite absolument pas revivre ça ». S’il reconnaît que le public pourrait être « à cran », Honnold se dit très confiant et même impatient de profiter de l’expérience. Netflix, de son côté, n’hésite pas à parler d’un « spectacle à couper le souffle dont il sera impossible de détourner le regard », selon Brandon Riegg, vice-président des contenus non fictionnels et sportifs de la plateforme.

Ce projet ne sort pas de nulle part. Alex Honnold rêve de grimper Taipei 101 depuis 2012. “J’ai vu ce bâtiment pour la première fois il y a plus de dix ans et j’espérais depuis avoir l’occasion de le grimper”. À l’époque, un projet de diffusion en direct sur National Geographic avait été envisagé, avant d’être repoussé puis finalement annulé.

© Coll. Netflix

Pourquoi y revenir aujourd’hui ? Peut-être pour boucler un chapitre resté ouvert. Peut-être aussi parce que le bâtiment correspond à ses valeurs : Taipei 101 est certifié LEED Platinum (reconnaissance qu’un bâtiment a respecté certaines normes de conception durable et d’efficacité énergétique), un symbole fort pour Honnold, très engagé sur les questions environnementales. Sans oublier qu’une boutique The North Face, son sponsor historique, a récemment ouvert dans la tour.

À quoi correspond une ascension de la tour Taipei 101 ?

Culminant à 508 mètres, Taipei 101 a longtemps été le plus haut bâtiment du monde,  avant d’être détrôné par le Burj Khalifa de Dubaï. Son architecture est particulièrement singulière : une base en dalle sur une soixantaine de mètres, puis huit sections identiques de huit étages, légèrement déversantes, séparées par de larges vires.

Selon Alain Robert, seul homme à avoir déjà gravi Taipei 101 (en 2004, sur corde, à la demande des autorités taïwanaises), l’édifice se situerait autour de 5,5 à 6 sur son échelle personnelle de difficulté des buildings. « Il n’y a pas de crux. Le plus dur, c’est de répéter les mêmes mouvements encore et encore », explique le Français.

© Coll. Netflix

Pour Alain Robert, pas de doute : « Je suis sûr qu’il va réussir, et assez facilement ». Là où Robert avait dû composer avec la pluie, le vent, un bâtiment encore en construction et une blessure au coude survenue quelques jours avant son ascension, Honnold bénéficiera cette fois d’un édifice achevé… et, espérons-le, de conditions météo plus clémentes. “Ce qui m’est le plus incertain, c’est mon état psychologique : comment est-ce que je vais me sentir ? Je n’ai jamais grimpé de gratte-ciel auparavant. Je sais que je serai un peu nerveux au départ, simplement parce que c’est totalement nouveau. J’ai passé trente ans à grimper du rocher ; là, ce sera ma première sur une structure fabriquée par l’homme. Forcément, ça va être différent”, a confié Honnold.

Une fois au sommet, le programme est tout tracé pour Honnold : « Je prendrai l’ascenseur, je verrai ma femme, on mangera au buffet – c’est un très bon buffet – et ce sera la journée parfaite ».

Pourquoi Netflix mise gros sur ce live ?

Au-delà de la performance sportive, Skyscraper Live s’inscrit pleinement dans la nouvelle stratégie de Netflix, qui multiplie les formats diffusés en direct. Après le Roast de Tom Brady, le combat Jake Paul – Mike Tyson ou encore la diffusion d’événements sportifs, la plateforme cherche à fidéliser une audience mondiale… et à séduire les annonceurs.

Car le direct a un avantage clé : les coupures publicitaires sont impossibles à éviter. Un enjeu majeur pour Netflix, alors que la croissance de son nombre d’abonnés marque le pas.

© Coll. Netflix

Et pour Honnold, quel intérêt ?

Derrière le coup médiatique, le projet permet aussi à Alex Honnold de toucher un public encore plus large que celui de Free Solo. On l’a vu ces dernières années s’aventurer vers des productions plus mainstream, entre documentaires grand public et incursions dans le cinéma hollywoodien.

Pourtant, Honnold a toujours tenu à rappeler qu’il ne médiatise pas ses projets pour leur seule difficulté : « Si je veux faire une performance, je la fais pour moi. Je n’ai pas besoin d’en faire un film », confiait-il en 2023. Ce qui l’intéresse, c’est le récit, et la capacité d’un projet à être compris instantanément. Et sur ce point, le solo intégral coche toutes les cases : nul besoin de connaître l’escalade pour saisir l’enjeu.

© Coll. Netflix

“Netflix était prêt à prendre le risque d’un événement en direct comme celui-ci, ce qui est rare. Et pour un projet comme ça, il faut un partenaire prêt à y croire. Je ne peux pas obtenir l’autorisation de grimper un bâtiment sans que ce soit un événement officiel. Et il n’y a pas beaucoup de chaînes prêtes à se lancer là-dedans”, a expliqué Honnold.

Au-delà de la performance sportive, ce projet interroge. Peut-on rester fidèle à l’essence du free solo lorsqu’il est diffusé en direct à des millions de spectateurs ? Honnold, lui, assure que oui. Mais dans le milieu, le malaise existe. Et certains le résument sans détour : « Quand le free solo devient un événement diffusé en streaming, l’escalade est partie en vrille ».


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L’escalade est-elle interdite à Oliana ? On fait le point.

23 Déc

C’est une onde de choc qui a traversé la planète grimpe ces derniers jours… Oliana, l’un des temples de l’escalade de haut niveau, ferait l’objet d’une interdiction de grimper « jusqu’à nouvel ordre ».

Une décision aussi brutale que floue, prise par le gouvernement catalan, qui suscite incompréhension, colère et mobilisation du côté des grimpeurs… comme des acteurs locaux.


Un arrêté pris en toute discrétion

Le 16 décembre dernier, le Département de la Culture de Catalogne a proclamé un arrêté interdisant « les activités sportives impliquant l’escalade » dans une zone dite archéologique autour du Roc de Rumbau. Cette décision s’appuie sur une étude finalisée en juillet 2024, mais rendue publique seulement le 11 décembre, soit cinq jours avant l’entrée en vigueur de l’interdiction.

En cause : la présence de peintures rupestres préhistoriques situées dans la partie gauche de la falaise, déjà connues, protégées par un grillage, et classées depuis longtemps comme biens culturels d’intérêt national. Ces œuvres font également partie du vaste ensemble de peintures rupestres de la péninsule Ibérique inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1998. Nouveauté majeure toutefois : la mise en place récente d’une zone de protection élargie de 36 hectares, dans laquelle l’escalade serait désormais interdite.

Problème : ni les grimpeurs, ni les associations, ni même la mairie de Peramola (la commune dont dépend Oliana) ne semblent avoir été consultés ou clairement informés en amont.

Cette carte indique la nouvelle zone de protection décidée par l’arrêté (rose) et la grille de protection des peintures (rouge)

Une application encore floue…

Si l’annonce a provoqué un tollé immédiat, la situation reste pour l’instant juridiquement et concrètement confuse. Selon plusieurs grimpeurs locaux, guides et élus proches du dossier, la police locale n’aurait pas encore reçu l’ordre de faire appliquer l’arrêté. D’après un élu local, il serait encore possible, à l’heure actuelle, de grimper sans risquer d’amende.

Cette incertitude s’explique notamment par le flou entourant les limites exactes de la zone concernée : la « zone de protection » et la « zone archéologique » ne se superposeraient pas totalement, et il n’est pas clairement établi quelles voies seraient réellement impactées. Les agents ruraux eux-mêmes reconnaîtraient ne pas savoir comment interpréter précisément le texte.

Les grimpeurs injustement pointés du doigt ?

Pour de nombreux acteurs locaux, cette décision serait en partie liée aux conséquences de l’incendie de juin 2022, qui avait ravagé une large partie de la falaise. À l’époque, plusieurs voies avaient été endommagées, nécessitant purge, rééquipement et remplacement de spits et relais… Un travail largement assuré par la communauté des grimpeurs, via des initiatives bénévoles et des collectes de fonds.

Selon plusieurs grimpeurs locaux, les représentants du patrimoine auraient visité le site tardivement, plus d’un an après l’incendie, et auraient initialement mis en cause (à tort) l’activité des grimpeurs. Aucun élément ne permet pourtant d’affirmer que l’escalade aurait causé une quelconque dégradation des peintures rupestres, qui cohabitent avec la pratique depuis des décennies. Dès 2014, des ajustements avaient même été réalisés en concertation, avec la suppression du départ de certaines voies et l’installation d’une structure de protection autour des peintures.

Autre point central du dossier : la légalité même de la procédure. Les grimpeurs locaux, soutenus par des juristes et par la municipalité, estiment que le délai légal de consultation de 30 jours n’a pas été respecté. L’arrêté ayant été proclamé seulement cinq jours après la publication de l’étude, il pourrait être juridiquement attaquable, voire annulé. Un comble, alors même que la mairie de Peramola venait d’obtenir des financements européens pour développer un projet de centre d’escalade local. Une contradiction totale entre politique de développement territorial et décision administrative descendante, prise sans concertation.

Un temple de l’escalade mondiale en sursis

Depuis des décennies, Oliana est le théâtre d’exploits majeurs de l’Histoire de l’escalade. Parmi eux, le duel entre Adam Ondra et Chris Sharma entre 2009 et 2013 pour la première ascension de “La Dura Dura” 9b+, alors la voie la plus dure du monde.

Il y a quatre ans, Janja Garnbret est entrée dans l’Histoire sur cette falaise en devenant la première femme à enchaîner à vue du 8c, réalisant l’exploit deux fois sur “Fish Eye” et “American Hustle”. Plus récemment, en juillet dernier, Veronica Chik est devenue la plus jeune grimpeuse à enchaîner un 8c, à seulement neuf ans, également sur “Fish Eye”.

© Coll. Garnbret

L’histoire rappelle celle de Santa Linya, site voisin lui aussi confronté à un conflit entre archéologues et grimpeurs à la fin des années 2000. Là-bas, un compromis avait fini par émerger, avec une cohabitation saisonnière : grimpe autorisée en hiver, période clé pour la pratique, et interdite l’été pour permettre les fouilles.

Une solution similaire pourrait-elle voir le jour à Oliana ? Pour l’heure, rien n’est acté. Mais une chose est sûre : la communauté des grimpeurs ne compte pas laisser disparaître, sans dialogue, l’un des joyaux de l’escalade mondiale… Affaire à suivre !


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Janja Garnbret en tête d’affiche d’un nouveau format de compétition : naissance de la Pro Climbing League

21 Déc

Le monde de la compétition d’escalade continue d’évoluer à grande vitesse. Après le récent rebranding de l’IFSC devenue World Climbing, une nouvelle initiative s’apprête à faire ses premiers pas sur la scène internationale : la Pro Climbing League, un circuit inédit qui promet de “bousculer les codes” de la compétition de bloc.

La toute première édition aura lieu le 28 février 2026 à Londres et réunira certaines et certains des meilleurs bloqueurs et bloqueuses de la planète. Parmi eux, deux noms font déjà figure de têtes d’affiche : Janja Garnbret et Toby Roberts, tous deux champions olympiques à Paris.

Un format simple sous forme de duel

Créée par des grimpeurs, pour des grimpeurs, la Pro Climbing League mise sur un format volontairement lisible et facilement compréhensible du grand public. Ici, pas de scores difficiles à suivre : les athlètes s’affrontent directement, côte à côte, sur des blocs strictement identiques.

Seize grimpeurs seront au départ (8 femmes et 8 hommes). Quatorze d’entre eux recevront une invitation directe, tandis que deux places – une féminine et une masculine – seront attribuées lors d’une compétition qualificative organisée fin janvier au gymnase Font Wandsworth, à Londres.

© Pro Climbing League

Comment ça marche ?

Chaque tableau (hommes et femmes) suivra un format en trois tours :qualifications, demi-finales et finale. Lors du premier tour, les grimpeurs s’affrontent par paires sur trois blocs, avec 4 minutes. Le vainqueur est celui ou celle qui totalise le plus de tops. En cas d’égalité, le départage se fait au temps, puis à la prise la plus haute atteinte.

Les demi-finales se jouent sur un bloc unique, tandis que la finale se dispute sur deux blocs, selon les mêmes règles. À chaque tour, un seul grimpeur avance, renforçant l’intensité du duel.

© Pro Climbing League

Red Bull TV aux commandes de la diffusion

La Pro Climbing League a également frappé fort côté diffusion, en annonçant Red Bull TV comme partenaire média officiel. Production premium, commentaires experts et accès privilégié aux athlètes sont annoncés, avec l’ambition de proposer un spectacle taillé pour le grand public.

Pour Danaan Markey, cofondateur de la ligue aux côtés du commentateur Charlie Boscoe, l’objectif est clair :

L’industrie de l’escalade connaît une croissance rapide et nous voulons profiter de cet élan pour mieux soutenir athlètes et les fans. Notre nouveau format remet la pression au cœur de la compétition et offre aux meilleurs compétiteurs de notre sport un défi inédit, côte à côte, en confrontation directe.

J’ai vécu et travaillé dans toutes les sphères du monde de l’escalade, et partagé d’innombrables moments avec des personnes tout aussi passionnées et profondément amoureuses de ce sport. La Pro Climbing League a été conçue pour incarner et représenter cette énergie et cette passion qui animent notre communauté, et pour soutenir celles et ceux qui consacrent leur vie à l’escalade. Nous avons travaillé dur pour créer de nouvelles opportunités permettant à l’industrie et à ses acteurs de grandir et d’envisager un avenir durable et prometteur.

Un nouveau circuit de compétitions

Toby Roberts, qui évoluera à domicile sur cette première étape, se montre particulièrement enthousiaste : « Je n’ai jamais grimpé en duel, et j’ai vraiment hâte d’essayer ce format à Londres, devant un public énorme. Ça va être un vrai challenge, et un super spectacle ».

Avec ce nouveau format résolument tourné vers le spectacle et la lisibilité, la Pro Climbing League s’inscrit dans une tendance de fond : celle de compétitions alternatives, complémentaires au circuit officiel, et pensées pour les spectateurs. Formats plus courts, duels lisibles, narration simplifiée, mise en scène pensée pour l’image… Les acteurs du milieu cherchent clairement à rendre la grimpe plus accessible, plus compréhensible pour le grand public, et surtout plus adaptée aux codes du spectacle et de la diffusion télévisée.

Le tout récent rebranding de l’IFSC en World Climbing en est un symbole fort, mais il ne s’agit pas d’un cas isolé. Même à l’échelle nationale, les lignes bougent, comme en témoigne la création des Vertical Séries, un circuit parallèle venant compléter le calendrier fédéral de la FFME. Autant de signaux qui montrent que l’escalade cherche aujourd’hui à élargir son public, sans renier son ADN, et à trouver un nouvel équilibre entre performance sportive, lisibilité et spectacle.

Rendez-vous pris le 28 février 2026 à Londres pour découvrir si ce pari audacieux saura séduire durablement la communauté grimpe…


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Une compétition dans le métro Parisien frappera aujourd’hui !

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Mejdi Schalck enchaîne “Sleepwalker” 8C aux États-Unis !

20 Déc

Mejdi Schalck continue son trip en Amérique et frappe fort ! À Red Rocks, le Français vient de réussir son quatrième 8C avec “Sleepwalker”, l’une des lignes les plus mythiques du pays et une référence absolue du très haut niveau mondial.


Situé dans le Black Velvet Canyon, “Sleepwalker” a été ouvert en décembre 2018 par Jimmy Webb, au terme de onze séances de travail intensif. À l’époque, l’Américain proposait la cotation 8C+, évoquant même « le bloc le plus dur des États-Unis ». Depuis, la ligne a vu défiler une impressionnante liste de répétiteurs : Daniel Woods, Nalle Hukkataival, Will Bosi, Drew Ruana, Zach Galla ou encore Noah Wheeler.

Avec les années, une majorité d’entre eux s’accorde désormais sur une difficulté autour de 8C, même si certains parlent encore de 8C/+ selon la morphologie et les méthodes utilisées.

© Yulen Calleja Ordiz

Après plusieurs semaines passées dans le désert à apprivoiser le grès et les conditions parfois ingrates du canyon, Mejdi Schalck a finalement réussi à dompter ce bloc. Plus qu’un simple enchaînement, cette ascension marque un moment fort pour lui : « C’est un bloc que j’ai toujours rêvé de grimper », confie-t-il.

Au-delà de l’exigence physique, Mejdi insiste sur l’importance de l’approche mentale et stratégique, un aspect souvent déterminant à ce niveau de difficulté : « J’ai vraiment appris de nouvelles choses sur mon escalade, et sur la façon dont ma stratégie et mon état d’esprit peuvent littéralement tout changer dans l’issue d’un projet ».

© Yulen Calleja Ordiz

Quelques jours plus tôt, Mejdi Schalck avait déjà marqué les esprits avec “Defying Gravity” 8C dans le Colorado, confirmant une forme exceptionnelle sur le rocher. “Sleepwalker” devient ainsi son quatrième bloc dans le 8C, après “La Force Tranquille” à Magic Wood et “The Big Island” à Fontainebleau.

À seulement 21 ans, le grimpeur Chambérien confirme sa capacité à performer aussi bien en compétition qu’en extérieur. Médaillé à plusieurs reprises sur les Coupes du Monde de bloc en 2025, il démontre une nouvelle fois qu’il peut briller sur le rocher. « J’ai hâte de voir où tout ça va me mener, et jusqu’où je peux aller », conclut-il, visiblement plus motivé que jamais !

© Yulen Calleja Ordiz


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Adam Ondra libère “Niobe” 9a, l’une des dalles les plus dures du monde !

16 Déc

Vous pensiez avoir tout vu d’Adam Ondra ? Eh bien non… Le Tchèque continue de nous surprendre ! Il vient de signer la première ascension de “Niobe”, une nouvelle voie cotée 9a, qu’il décrit lui-même comme « l’une des dalles les plus dures au monde ».


Installé récemment dans la région d’Arco avec sa famille, Adam Ondra a pris le tempsde regarder en arrière, de toucher du doigt ce qui a fait la réputation du site dans les années 80, et d’imaginer ce que pourrait être la dalle de demain. De cette traversée du passé vers le futur est née “Niobe”.

Située à Passo Due Sassi, la ligne semble presque irréelle. Une face d’une rare pureté, un rocher lisse, où les prises de main sont quasi inexistantes et où tout se joue sur la précision, l’équilibre et les pieds. « Trouver les séquences était déjà fou », confie Ondra. Ici, chaque mouvement est un pari : pousser juste assez fort, dans la bonne direction, pour ne pas sentir le pied zipper. « C’est une vraie gestion de la fatigue des pieds », affirme le Tchèque.

© Giampaolo Calza

Un dialogue entre passé et futur

Dans la vidéo qui accompagne l’ascension, Adam Ondra remonte le fil de l’histoire locale. À Spiaggia delle Lucertole, il retrouve Heinz Mariacher, figure emblématique des années 80, et se frotte à des classiques comme “Tom and Jerry” 7c ou “Super Swing”7c. Des voies ouvertes à une époque où la dalle était reine et où l’élégance et la précision primaient sur la force et le physique. Un héritage qui impressionne encore aujourd’hui : en 2019, Magnus Midtbø soulignait déjà à quel point ces voies « semblaient bien plus dures que leur cotation ».

“Niobe” s’inscrit justement dans cette filiation. Le projet avait été imaginé par Loris Manzana, autre légende locale, et Ondra en a finalisé la vision. Le résultat : une ligne d’une esthétique rare, qu’il qualifie sans détour comme « l’une des meilleures dalles que j’aie jamais grimpées ».

© Giampaolo Calza

La dalle, un style à part entière

Pour un grimpeur surtout associé aux voies les plus physiques de la planète (“Silence”, “Change”, “La Dura Dura”, “Move” ou encore “Supercrackinette”) ce retour à la dalle n’a rien d’anodin. Il rappelle que la difficulté peut aussi se cacher dans la lenteur, la retenue et l’absence totale de prises évidentes. À ce niveau, la dalle devient un style à part entière, au même titre que les voies les plus déversantes.

Dans le paysage mondial, “Niobe” rejoint un cercle très restreint de dalles extrêmes, aux côtés de “The Meltdown” au Pays de Galles, “Eternit” et “Energia Cosmica” dans les Dolomites, ou encore “The Dewin Stone” ouverte plus récemment par Franco Cookson.

Et ce n’est sans doute qu’un début ! Dans la vidéo, Ondra évoque déjà un nouveau projet, toujours en dalle, encore plus futuriste, « hors de ce monde ». Un paradoxe réjouissant : à l’heure où l’escalade tend vers le spectaculaire et le physique, ces lignes ultra-techniques apportent un souffle nouveau…


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Zach Galla repousse les limites : deux 9A bloc en une semaine !

15 Déc

À peine le temps de savourer… Quelques jours seulement après avoir enchaîné “Shaolin”, son tout premier bloc dans le neuvième degré, Zach Galla a de nouveau frappé en réussissant “Return of the Sleepwalker” 9A, toujours à Red Rock.

Deux 9A en exactement une semaine : sans doute une première dans l’Histoire du bloc !


Derrière ce deuxième 9A se cache un bloc à la portée historique majeure. Version assise du mythique “Sleepwalker” ouvert par Jimmy Webb en 2019, “Return of the Sleepwalker” avait été libéré en mars 2021 par Daniel Woods, devenant alors le tout premier 9A des États-Unis. Depuis, seuls Will Bosi, Noah Wheeler, Simon Lorenzi et Ryuichi Murai avaient réussi à en venir à bout, avant que Zach Galla ne signe la sixième ascension.

Une semaine plus tôt, le jeune Américain sortait d’un combat éprouvant sur “Shaolin”. Un combat qui l’a profondément marqué… mais qui a aussi tout changé. « Terminer “Shaolin”, c’est comme si on m’avait littéralement retiré un poids des épaules. Mon esprit était enfin libre, toute la pression que je m’imposais avait disparu », explique-t-il.

Libéré mentalement, Zach s’est alors tourné vers “Return of the Sleepwalker”, un bloc qu’il avait longtemps essayé « à côté », sans vraiment croire à ses chances. « C’est un bloc que j’ai toujours essayé en parallèle d’autres projets, parce que la méthode que je pensais devoir utiliser me donnait l’impression que l’enchaînement complet était hors de portée ».

© Finn Stack

Mais cette saison, tout est différent. Plus fort, plus lucide, Galla ajuste sa méthode. Une arquée main droite trouvée dans le départ debout lui permet de zapper plusieurs mouvements jusqu’au plat du crux. « Une fois que j’ai trouvé cette nouvelle méthode, tout est allé très vite », assure-t-il.

Fait intéressant : le processus sur “Return of the Sleepwalker” est à l’opposé de celui vécu sur “Shaolin” : « Cette année, j’ai eu très peu de séances où je pensais réellement pouvoir l’enchaîner le jour même. C’est assez étrange, parce que “Return” m’a semblé bien plus dur physiquement que “Shaolin” lors de l’essai victorieux, mais il s’est mis en place beaucoup plus vite ».

Selon lui, tout est une question de style. « Le style de “Return” me permettait beaucoup plus de contrôler le résultat. À l’inverse, la précision demandée par “Shaolin” rendait l’enchaînement beaucoup plus aléatoire, même si, paradoxalement, quand tout s’alignait, ça semblait presque facile. »

© Finn Stack

Au-delà de la performance brute, Zach Galla livre aussi une réflexion intéressante sur les cotations extrêmes actuelles. « Les cotations au sommet sont dans une zone un peu étrange. Jusqu’au 8C+, il y a clairement des blocs “faciles”, “normaux” et “durs”. Mais le 8C+ ne semble pas très profond, et la différence entre un 8C+ dur et un 9A facile est minime. Des détails comme la taille des doigts ou l’envergure peuvent complètement changer la perception d’un bloc. ».

Difficile, dans ces conditions, de placer précisément “Shaolin” et “Return of the Sleepwalker” dans la hiérarchie : ” Si je compare “Return” et “Shaolin” aux 8C+ que j’ai déjà faits, ce sont clairement deux gros paliers au-dessus, mais avec mon expérience actuelle à ce niveau, il est difficile de dire précisément où ils se situent”. Mais pour Galla, une chose est certaine : « Au-delà des chiffres, ce sont clairement les deux blocs les plus durs et les plus beaux que j’aie jamais grimpés. Les réussir tous les deux à une semaine d’intervalle, ça ressemble à un rêve ! ».

À 25 ans, Zach Galla est l’un des bloqueurs les plus forts des États-Unis. En septembre, il a répété le premier 8C+ américain, “Hypnotized Minds” au Colorado. Il compte également plusieurs 8C+ mythiques à son actif, comme “Grand Illusion”, “Sleepwalker”, “Sosa”, “The Singularity” et “The Process”. Le printemps dernier, il a réalisé un voyage fructueux à Squamish, où il a notamment réussi “Seven” 8B+/C, “Zazen” 8B+/C, “Room Service Low” 8B+, “Deadlift” 8B+ et “Offenders of the Faith” 8B. Il a également flashé “Shelter” 8A+ et “Room Service” 8A+.

En l’espace de sept jours, Zach Galla s’est offert deux des trois blocs les plus durs jamais ouverts aux États-Unis, rejoignant un cercle extrêmement restreint. Il ne lui reste désormais plus que “Megatron” et “No One Mourns The Wicked” pour compléter, sur le papier, le quadriptyque ultime du bloc américain. Une chose est sûre : cette année, Galla la termine en beauté !


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« Quelle bataille ! » : Zach Galla enchaîne son premier 9A bloc

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« Quelle bataille ! » : Zach Galla enchaîne son premier 9A bloc

14 Déc

Le 4 décembre dernier, à Red Rock, l’Américain Zach Galla a signé la troisième ascension de “Shaolin” 9A, décrochant son tout premier bloc dans le neuvième degré. Une réussite acquise au terme d’un combat aussi intense physiquement que mentalement…

Ouvert en février 2024 par Sean Bailey, “Shaolin” est le troisième 9A jamais établi aux États-Unis, après “Return of the Sleepwalker” de Daniel Woods et “Megatron” de Shawn Raboutou, tous deux également situés à Red Rock. Le bloc propose une grimpe brutale sur le grès du désert : un départ autour du8B/+, suivi d’un mouvement explosif coté 8A+/B, avant un jeté final coté autour de 8A/+.

La deuxième ascension avait été réalisée en mars par Noah Wheeler, seulement deux mois après son propre premier 9A. Wheeler expliquait alors à quel point relier les différentes sections était extrême, malgré une maîtrise individuelle de chaque mouvement.

© Bobby McGee Vannoy

Pour Zach Galla, l’histoire a été longue. Très longue. « Quelle bataille… Aucun autre bloc ne m’a jamais autant mis à l’épreuve que Shaolin », confie-t-il. Après avoir trouvé la bonne méthode et calé tous les mouvements, tout semblait pourtant proche :
« Dès mes premiers essais depuis le bas, j’ai tenu le premier jeté et raté le second. J’étais à fond parce que ça semblait vraiment proche, mais vu la régularité des mouvements pris séparément, j’avais l’impression de tout gâcher. »

C’était presque comme si j’avais développé la mémoire musculaire… de ne pas l’enchaîner !

Pendant toute la saison précédente, Galla était persuadé que l’enchaînement allait tomber. Sans jamais y parvenir. « J’ai raté le dernier mouvement une bonne vingtaine de fois. C’était incroyablement frustrant. Après autant de séances, la difficulté n’était plus physique, elle était mentale ! ». Au point de repartir du bloc à chaque fois avec le même sentiment d’incompréhension : « C’était presque comme si j’avais développé la mémoire musculaire… de ne pas l’enchaîner ! ».

De retour cette saison, le scénario semblait vouloir se répéter. D’innombrables chutes sur le dernier mouvement, des doutes, des moments de tension. Puis, lors de sa quatrième séance, sous une pleine lune montante, tout s’est enfin aligné. « Je suis parti en guerre avec ce bloc. Attraper enfin cette dernière prise, c’était absolument incroyable. C’est clairement l’un des blocs les plus durs et les plus beaux que j’aie jamais grimpés. »


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Nouvel exploit au Yosemite : Pietro Vidi enchaîne “Magic Line” 8c+

13 Déc

Quelques semaines après avoir réussi l’historique “Meltdown” (la fissure libérée par Beth Rodden en 2008) Pietro Vidi ajoute à son tableau de chasse un autre mythe du Yosemite : “Magic Line”, une fissure en 8c+.

Deux lignes d’exception, dans la même saison, au cours du même voyage. Du jamais vu.


Une fissure mythique

Ouverte en 1996 par Ron Kauk, “Magic Line” a construit sa légende autour de deux éléments : une esthétique irréelle, une fissure parfaite qui raye un granite poli ; et une exigence technique impitoyable, faite de placement de pieds ultra délicats « pires que ceux de Meltdown », dixit Vidi.

Longtemps considérée comme l’un des plus grands défis en trad, la voie n’a connu que très peu de répétitions : Lonnie Kauk (2016), Hazel Findlay (2019), Carlo Traversi (2021), puis Connor Herson, Babsi Zangerl et Jacopo Larcher en 2024. Autant dire que Pietro Vidi entre dans un cercle extrêmement fermé.

© Victoria Kohner-Flanagan

Un objectif choisi à la dernière minute

L’Italien de 22 ans n’avait même pas prévu d’essayer “Magic Line”. Son idée initiale : se lancer dans “The Nose”, avant qu’une modification de dernière minute ne le contraigne à revoir ses plans. Alors, naturellement, la ligne de Kauk s’est imposée :

J’ai toujours été fasciné par la beauté de “Magic Line”, même si je savais qu’elle me conviendrait moins que “Meltdown”. Mais l’idée de grimper les deux dans la même saison m’a complètement motivé.

Dès sa première session en moulinette, Pietro parvient à connecter les deux crux. Il lui faudra tout de même trois autres séances pour : optimiser sa méthode dans le long passage du milieu, affiner chaque position de pied, et surtout, maîtriser les placements de coinceurs, décisifs sur cette voie où le mental compte autant que le physique.

Jacopo Larcher, lui-même spécialiste mondial du trad, résumait ainsi la difficulté de “Magic Line” : « Ce n’est pas une voie où il suffit de forcer : tout se joue sur un équilibre parfait entre pousser, tirer, et y croire juste assez… mais pas trop. »

© Victoria Kohner-Flanagan

Lors de sa quatrième session, Pietro réussit un enchaînement complet en moulinette, en posant tout son matériel. Il se sent alors prêt pour des essais sérieux en tête. Lors de sa réelle première journée d’essais, il réalise deux montées jusqu’au dernier crux… avant de zipper sur l’un des derniers mouvements. Les chutes sont énormes, typiques de “Magic Line”.

Mais Pietro garde sa détermination. Le lendemain, à la première tentative, tout s’enchaîne à la perfection :

Je me suis retrouvé à avaler les mouvements sans réfléchir dans les crux… et soudain, j’étais au relais. Magique ! C’est clairement l’une des plus belles, des plus esthétiques et des plus techniques lignes que j’aie jamais grimpées.

Avec cette réussite, Pietro Vidi devient le seul grimpeur à avoir enchaîné “Meltdown” et “Magic Line” au cours du même voyage.

Pietro Vidi, un grimpeur en pleine ascension

Si Pietro impressionne autant, c’est pour toutes les performances qu’il a réalisées en 2025 : il a répété le 9A bloc de Charles Albert « L’Ombre du Voyageur », qu’il a décoté à 8B+, réalisé la deuxième ascension de « Permanent Midnight Low » 8C+, enchaîné en libre “Pre-Muir Wall” (8a+/b, 35 longueurs) avec Camilla Moroni, et répété deux des fissures les plus dures au monde (“Meltdown” et “Magic Line” 8c+).

Heureux mais lucide, l’Italien voit déjà plus loin :

Je suis très content d’avoir grimpé “Meltdown” et “Magic Line” au cours du même trip. Mais lors de mon prochain passage dans la vallée, mon objectif sera de retourner sur les grandes parois.

© Victoria Kohner-Flanagan


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Jacopo Larcher enchaîne “Bon Voyage” (E12 / 9a), l’une des voies de trad les plus dures au monde

10 Déc

Jacopo Larcher a réalisé la quatrième ascension de “Bon Voyage”, l’une des voies de trad les plus exigeantes au monde, ouverte par James Pearson en 2023 à Annot. Avant lui, seuls Adam Ondra et Seb Berthe étaient venus à bout de cette ligne d’exception.

Grimpeur de trad accompli, il travaillait “Bon Voyage” depuis plus de deux ans. Une aventure jalonnée de doutes, de blessures… et de beaucoup d’obstination.


Ouvert par James Pearson en 2023, “Bon Voyage” partage ses premiers mètres avec “Le Voyage” avant de s’échapper à gauche dans une muraille de petits trous et de sections très techniques, avec un crux atypique : un monodoigt de l’auriculaire…

Je me souviens quand James m’a parlé pour la première fois de “Bon Voyage”. Il travaillait encore la voie à ce moment-là et m’avait montré des photos de ces trous parfaits. Je me suis dit immédiatement : “Quelle ligne dingue !”. C’est incroyablement rare de trouver quelque chose comme ça.

Ce mouvement aura été le premier gros obstacle du projet. Dès son premier trip en 2023, Larcher se blesse au petit doigt en tentant la séquence. Retour à zéro, changement de méthode… puis un second voyage sans réel progrès. En 2024, nouvel espoir : après un solide cycle d’entraînement, Jacopo commence enfin à apprivoiser ce fameux mono. Mais un autre coup dur l’arrête net : une blessure au cou qui le prive d’un mois complet d’escalade.

L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais cet automne, alors qu’un séjour prévu au Yosemite tombe à l’eau, “Bon Voyage” revient hanter l’esprit de Jacopo. Il reprend l’entraînement du petit doigt, retourne à Annot mi-novembre… et surprise : le crux passe, presque comme par magie.

Je m’améliorais chaque jour un peu plus, mais au lieu de ressentir de la frustration ou de la pression (comme c’est souvent le cas) j’avais juste envie d’essayer encore et encore. C’est exactement ce qui m’avait manqué ces derniers mois ! Ça faisait du bien de pousser, de partager ces moments, d’être dans un bon état d’esprit.

© Andrea Cossu

L’Italien enchaîne alors les essais, retrouvant cette motivation qui lui avait tant manqué durant une année 2025 compliquée mentalement : « Je cherchais le feu sans le trouver. Et en arrêtant de le chercher, il est revenu », écrit-il.

Essai après essai, il tombe de plus en plus haut, parfois bien après le crux. Le 29 novembre, tout s’aligne. Ce jour-là, Jacopo entre dans ce fameux état de flow que tous les grimpeurs rêvent d’atteindre : les mouvements s’enchaînent naturellement, l’esprit se vide… et le sommet arrive presque sans qu’il ne s’en rende compte.

Au final, ce n’est qu’un morceau de rocher, mais je suis reconnaissant pour tout ce que cette voie m’a appris. Elle m’a montré qu’il vaut toujours la peine de persévérer, peu importe combien tu galères. Elle m’a rappelé l’importance de partager le processus, m’a reconnecté avec un pays où j’ai vécu tellement de bons moments, et surtout, m’a reconnecté avec ma propre grimpe.


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Laura Pineau signe la première ascension féminine de « Wet Lycra Nightmare » (8b, 270 m) au Yosemite

08 Déc

Il y a des projets qui s’imposent à vous sans prévenir. Pour Laura Pineau, “Wet Lycra Nightmare” est arrivé un soir d’été 2023, dans une salle de projection du festival Arc’teryx à Squamish. Sur l’écran : l’ascension de Jordan Cannon et Sam Stroh… Et au fond d’elle, une évidence !

Le film était magnifique, il m’a profondément marquée. Je me suis dit qu’un jour, moi aussi j’irai dans cette voie, pour aller faire ce mouvement de “chicken wing” à 600 mètres du sol, les pieds dans le vide.

Un an plus tard, la Française signe la première ascension féminine de cette grande voie (8b, 270 mètres) au Yosemite, après un travail de fond de six semaines et trois jours d’effort en paroi.


Une voie aussi belle qu’exigeante

Ce qui attire Laura dans “Wet Lycra Nightmare” ? La pureté du granite, mais surtout sa diversité : dalle, fissures, pas de bloc intenses et une cheminée finale “hyper exposée”.

Je voulais voir si j’avais assez de bagage sur granite pour réussir une voie à mon niveau max.

Sauf que rien ne démarre comme prévu. Fin juillet, Laura fait une grosse chute à vélo : épaule blessée, entraînement réduit à néant pendant deux mois. La Française arrive au Yosemite « physiquement plus faible que jamais », mais avec une détermination intacte.

Mentalement, j’avais une vraie envie : me lancer dans un gros projet et voir si j’étais capable d’y arriver !

© Miya Tsudome

Six semaines pour déchiffrer la ligne

Avant de s’élancer pour les trois jours consécutifs, Laura passe du temps à travailler la voie. Dix-sept jours exactement. Dix-sept journées à apprivoiser le granite, à tomber, à remonter, à chercher, à comprendre.

La première lueur d’espoir arrive lors de la huitième séance : elle enchaîne enfin la fameuse longueur en 8b, en tête. La suite reste dure (deux longueurs en 7c+ à dompter) mais la machine est lancée. Elle sait que c’est possible.

Jour 1 : 4 700 calories et un premier vrai rendez-vous

Laura grimpe tôt, entre 6h00 et midi, pour profiter de l’ombre. Les trois premières longueurs passent. Dans les 7c et 7c+, elle chute, mais finit pas réussir. Elle arrive au pied du 8b avec encore deux heures d’ombre. Elle lance cinq essais, mais la fatigue la rattrape.

Le crux du 8b est très intense (autour de 7C bloc environ). Il faut tenir une mauvaise pince main droite, descendre la main gauche en paume, et monter dessus en perdant les pieds. Et ce n’est pas tout : une fois ce mouvement réussi, il reste un jeté à faire à la fin de la longueur. Le mouvement n’est pas très difficile en soi, mais si tu hésites une seule seconde, tu tombes… Et c’est ce qui rend cette longueur si impitoyable !

Elle s’arrête alors sur “The Awahnee Ledge”, une vire incroyablement confortable pour passer la nuit. Sa montre indique 4 700 calories brûlées. Elle force son corps à manger. Le lendemain sera déterminant…

© Miya Tsudome

Jour 2 : le vrai combat

La journée sera difficile pour Laura.

J’ai mis dix essais dans le 8b. Au septième, je passe enfin le réta… puis je zippe dans un passage où je n’étais jamais tombée. J’ai vu mon ascension partir en fumée.

Elle vacille, le doute s’installe. Et puis, un geste simple change tout : elle sort son téléphone et lance sa playlist de musiques dansantes. La tension retombe et le sourire revient. Le flow est de retour et au dixième essai, ça passe. Enfin !

Il lui reste 40 minutes d’ombre. Elle se lance dans la longueur suivante… Et ça passe encore ! À cet instant précis, elle le sait : elle va le faire.

© Miya Tsudome

Jour 3 : tout en contrôle… ou presque

Le dernier jour, que Laura qualifie comme “l’un des plus beaux de sa vie”, ressemble à une délivrance. Le 7c+ tombe au premier essai. La longueur facile aussi. Reste la cheminée finale, la dernière longueur et la plus exposée de toute la voie.

Après un premier essai loupé, Laura reste bloquée plus d’une minute lors de sa seconde tentative, tétanisée, incapable de monter.

J’ai cru que j’allais vomir tellement tout mon corps était en tension !

Mais elle refuse de renoncer. Elle finit par débloquer le mouvement, avance centimètre après centimètre… et sort enfin au sommet.

© Miya Tsudome

« Une énorme fierté »

Quand elle clippe le dernier relais, Laura savoure.

Cette ascension est très spéciale pour moi parce que c’est le premier big wall que j’enchaîne seule. Même si j’avais un super partenaire, sur le plan mental j’étais seule face à ces neuf longueurs et à mon objectif.

2025 restera son « année Yosemite » : sept mois à vivre au rythme du granite et à rencontrer des grimpeurs du monde entier. Mais après ce long séjour aux États-Unis, Laura change d’horizon.

Bye bye les US, bonjour l’Europe ! Mes projets à venir sont surtout en France et en Italie. J’ai vraiment hâte de retrouver la bonne nourriture et de continuer à grimper dans le sud de la France, qui m’est tellement cher.

Ce que vous ne saviez pas sur Laura Pineau :

  • J’ai fais mes études supérieurs aux Etats-Unis, c’est pour ça que j’y ai vécu pendant six ans au total
  • J’ai enchaîné “Freerider” 7c+ sur El Capitan (novembre 2023)
  • J’ai réalisé la deuxième ascension de “Greenspit” 8b/+ à Valle Orco (octobre 2024)
  • Avec Kate Kelleghan, on a réussi à battre le record en speed climbing du “Naked Edge” dans le Colorado (mars 2025)
  • Toujours avec Kate Kelleghan, on a réalisé la première ascension féminine du “Triple Crown” (juin 2025)

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On vous raconte l’un des enchaînements les plus touchants de l’année !

07 Déc

On a tous vu passer cette vidéo. Celle d’un homme de 51 ans, le visage tremblant, les yeux humides, incapable de finir une phrase tant l’émotion l’emporte. Pas une première ascension, pas un nouveau niveau, pas un exploit médiatique. Simplement un grimpeur qui vient de réaliser ce qui fut, pendant huit ans, le plus grand défi de sa vie.

Ce grimpeur, c’est Tim Emmett, figure bien connue du monde de l’alpinisme, de la cascade de glace et du dry-tooling. Cette fois, c’est dans le célèbre 9a “Era Vella”, à Margalef, qu’il a dépassé ses limites.


Un projet parti d’une simple recommandation… de Chris Sharma

Tout commence en 2017. Lors d’un festival de deep-water solo, Tim demande à Sharma quel serait, selon lui, un « bon 9a long et déversant, sur trous ». Sharma lui répond instantanément : “Era Vella”, une voie que le King a lui-même équipée et qu’il considère comme “la plus belle de Margalef”.

Tim n’a alors jamais tenté un 9a. Son niveau max est 8c+. Mais il se rend en Espagne et réalise immédiatement l’ampleur du projet : « J’ai pensé : c’est impossible, je n’y arriverai jamais ». Quatre mois d’entraînement plus tard, il retourne à Margalef… pour monter un mouvement plus haut qu’à son premier trip. Une progression infime, presque insignifiante… Mais suffisante pour le lancer dans un tunnel de huit ans.

© Anva Creative

“Era Vella” : une ligne magnifique

Les 45 mètres de la voie se découpe en quatre sections : un début en 6c/7a, un repos total, une séquence de 22 mouvements autour de 8c/+, puis 45 mouvements soutenus en 8b+/8c jusqu’au relais.

Au total, Tim fera huit voyages à Margalef, cumulant environ 130 jours sur la voie… et presque 1000 jours de préparation, d’entraînement et d’obsession autour de cette seule ligne. Parfois, il gagnera un mouvement tous les six mois. D’autres fois, il progressera… pour retomber pendant des semaines à des endroits plus bas.

Le pire moment ? Probablement cette tentative où, arrivé si haut qu’il touchait presque le relais, un pied casse sous lui.

© Anva Creative

Des sacrifices immenses

Peu de projets en escalade ont exigé autant de renoncement. Pour se donner toutes les chances de réussir, Tim a littéralement reconfiguré sa vie, ajustant chaque détail de son quotidien autour d’un seul objectif. Pendant huit ans, il a tout mis en place pour maximiser ses chances sur “Era Vella” : il a créé un pan maison reproduisant les prises et les séquences de la voie, suivi un entraînement physique spécifique, travaillé son mental avec pour développer résilience et gestion du stress, pratiqué de longues séances de méditation , suivi un régime strict sans gluten, sans produits laitiers et sans viande rouge, et arrêté totalement l’alcool pendant près de trois ans.

Pour réussir, il fallait mettre tous les curseurs sur 10. Absolument tous !

Pendant ce temps, sa famille l’attendait. Son fils, âgé de quatre ans au début de l’aventure, en a aujourd’hui douze. Sa femme, elle, a vécu huit fois son absence sur plusieurs semaines. À chaque appel vidéo, la même question revenait : « Papa, tu l’as faite ? Tu peux rentrer ? ». Pression, culpabilité, fatigue mentale… Tim confie avoir parfois explosé en sanglots, seul dans son appartement espagnol, écrasé par le poids du projet.

© Matty Hong

Sharma à l’assurage… et la tentative la plus frustrante de toutes

Un jour, Chris Sharma en personne vient le voir à la falaise pour l’assurer. Le moment est symbolique. Presque trop parfait.

Tim démarre son ascension et exécute chaque mouvement à la perfection. Mais alors qu’il atteint le crux, sa corde se coince. Il doit tirer dessus pour la libérer, et chute. Lors de son deuxième essai de la journée, Tim grimpe encore plus haut, atteignant presque le sommet… mais la fatigue accumulée et la tension du moment le font tomber de nouveau.

À l’approche de l’avant-dernier jour du trip, les conditions se détériorent et la pression est à son comble. Tim craque une nivelle fois. Il fond en larmes, laissant exploser toute la frustration et l’intensité accumulées pendant ces années de lutte.

Je me suis effondré sur le lit et j’ai pleuré pendant vingt minutes.

© Matty Hong

La libération

Puis arrive le 16 novembre 2025. Après huit ans de luttes, d’essais, de chutes et de frustrations, Tim se présente à la falaise avec un calme presque irréel. Pour la première fois depuis des années, il est détaché du résultat. Plus de pression, plus de stress, juste la voie devant lui et son corps prêt à l’affronter.

Au bout de 45 mètres de lutte acharnée, il clippe la chaîne. La libération est là, mais ce n’est pas la joie explosive qu’on pourrait attendre. En redescendant, l’émotion le submerge : il fond en larmes, silencieusement, vidé de tout. Pas de cris, pas de gestuelle spectaculaire, pas de célébration. Juste un homme bouleversé par huit ans de doute, de sacrifices et de persévérance, laissant enfin s’échapper tout ce qu’il avait contenu.

Cette vidéo, partagée et visionnée par des milliers de grimpeurs à travers le monde, a touché bien au-delà de la communauté escalade. Elle raconte quelque chose de profond et universel : le courage de continuer quand tout semble perdu, la persévérance face aux échecs répétés, et la beauté de s’accrocher à un rêve même quand personne d’autre n’y croit.

© Coll. Petzl

« Un gagnant est juste un perdant qui a essayé encore une fois »

Pour ceux qui se battent avec un projet qui paraît trop long, trop dur, trop frustrant, Tim partage un message simple :

Change quelque chose. Ton entraînement, ton mental, ta méthode… Si tu veux vraiment réussir, mets tous les curseurs au maximum. Un gagnant, c’est un perdant qui a essayé une fois de plus.

Aujourd’hui, Tim n’a pas prévu de se relancer dans un projet aussi long. “Era Vella” restera le combat de sa vie. Peut-être pas le plus “dur” d’un point de vue sportif, mais certainement le plus humain.

 

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Sorato Anraku… dehors ! Un 8B+ rarissime pour lui

05 Déc

On pourrait se dire : « Un 8B+ de plus dans le monde du bloc… ». Mais quand c’est Sorato Anraku, la perspective change complètement. Le prodige japonais, médaillé d’argent aux Jeux Olympiques de Paris et machine absolue du circuit international, vient de signer l’un de ses événements les plus inattendus de ces derniers temps : il est allé grimper en extérieur. Oui, oui !

Le Japonais a réalisé “Hōtō”, un bloc coté 8B+ situé à Mizugaki. Une ligne connue pour ses fines arquées et sa grimpe très en compression. Une signature du style local, ouverte en 2019 par Keenan Takahashi et déjà enchaînée par plusieurs pointures comme Ryuichi Murai, Tomoa Narasaki, Niky Ceria ou encore Will Bosi.

Mais le véritable exploit n’est pas là…

Sept ans sans toucher un bloc dehors !

Sur Instagram, Anraku résume l’essentiel : « Ça faisait 7 ans… ». Sept ans depuis sa dernière session bloc en extérieur. Une éternité quand on sait que le Japonais n’a que 18 ans aujourd’hui. Et surtout, un détail qui en dit long : Sorato est un pur produit des compétitions, façonné pour briller sous les projecteurs du circuit international.

Son ressenti sur le rocher ? Il le reconnaît lui-même : « La fatigue était différente de d’habitude, mais j’ai pu me faire plaisir grâce à ces blocs magnifiques ». 

 

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Un palmarès qui écrase tout !

Depuis la saison 2023 où il a débarqué sur le circuit des Coupes du Monde comme un extraterrestre, Anraku écrase tout : Vainqueur du classement général en bloc en 2023, 2024 et 2025, vainqueur du général en difficulté en 2023, puis bronze en 2024, et argent en 2025, médaillé d’argent aux Jeux Olympiques de Paris…

Alors oui, “Hōtō” n’est pas la performance la plus folle de l’année sur le papier. Le 8B+ n’est plus un niveau hors norme pour les grimpeurs modernes, encore moins pour un athlète du calibre d’Anraku. Mais voir le Japonais sortir de son cadre, poser les mains sur du vrai rocher, et retrouver le plaisir simple du mouvement en extérieur… c’est probablement l’info la plus rafraîchissante de la semaine dans le monde du bloc !


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Record au Yosemite : après 23 jours de combat, Sasha DiGiulian libère la plus longue voie d’El Cap !

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Record au Yosemite : après 23 jours de combat, Sasha DiGiulian libère la plus longue voie d’El Cap !

03 Déc

23 jours suspendue au granite mythique d’El Capitan. Neuf d’entre eux enfermée dans un portaledge, secouée par la pluie, la neige, le vent. Et au bout de cette aventure, une page majeure de l’histoire de l’escalade : Sasha DiGiulian est devenue la première femme à enchaîner en libre le “Platinum Wall” (aussi appelée “The Direct Line”), la voie la plus longue et l’une des plus exigeantes d’El Cap.


Établie entre 2009 et 2017 par l’Américain Rob « Platinum » Miller et ses partenaires, la ligne trace une trajectoire directe et audacieuse au cœur d’El Cap, flirtant avec les voies majeures environnantes (“The Nose”, “Muir”, “The Shaft”, “PreMuir”). Longtemps restée un secret bien gardé dans la communauté, elle n’avait connu que trois répétitions libres : Miller/Rudolph (2017), Wolf/Hering (2018), puis Honnold/Caldwell cette saison.

Il faut dire que l’immensité du projet donne le vertige : 40 longueurs, 23 dans le septième degré, 6 dans le 8, plusieurs crux atypiques pour le Yosemite, des passages déversants, des sections de dalle presque lisses… « C’est une voie unique dans la vallée. On grimpe souvent dans du rocher presque vierge. Rien à voir avec les lignes de fissures classiques d’El Cap », confie Rob Miller au sujet de cette ligne.

© Christian Pondella

Trois saisons de préparation pour apprivoiser le monstre

Pour une telle entreprise, Sasha ne s’est rien laissé au hasard. Pendant trois ans, elle revient inlassablement sur la paroi. Elle a d’abord répété les deux premiers tiers de la voie jusqu’à les maîtriser parfaitement, puis a travaillé le dernier tiers en rappel pour déchiffrer les longueurs les plus difficiles.

Le 2 novembre, elle lance enfin son essai en libre depuis le sol, accompagnée d’Elliot Faber, l’un des acteurs historiques de l’ouverture de cette ligne. Après 32 longueurs, l’aventure bascule dans l’irrationnel… Une série de tempêtes hivernales s’abat sur le Yosemite : pluie en continu, neige, vents violents, neige fondue coulant sur la paroi comme une cascade. Le duo s’abrite dans leur portaledge… pendant neuf jours !

© Coll. DiGiulian

« C’est incroyable qu’on soit encore là ! », écrivait-elle après avoir reçu des messages d’encouragement d’Alex Honnold et Tommy Caldwell au plus fort de la tempête.

Chaque matin, alors que la condensation s’accumulait dans son portaledge et que l’eau gouttait à l’intérieur pendant qu’elle grelottait, elle envoyait des nouvelles : « J’ai FROID et il fait super humide ici… j’espère qu’on a passé le pire ». Ou encore : « Il fait presque plus humide dedans que dehors ».  

Puis, lorsque le soleil est enfin revenu : « Je commence à reprendre espoir ! ». Le granite reste détrempé, mais la fenêtre météo finit par s’ouvrir.

© Christian Pondella

Mais nouveau rebondissement ! À seulement trois longueurs du sommet, son partenaire Elliot Faber doit abandonner brusquement suite à une urgence familiale. Ryan Sheridan le remplace au pied levé pour assurer Sasha dans l’ultime section, aux côtés du photographe Pablo Durana.

Une ascension historique sur la plus grande voie d’El Cap

Le 26 novembre, après 23 jours d’ascension, Sasha sort enfin au sommet. Elle a mené 27 longueurs, dont toutes les longueurs les plus dures, luttant parfois dans des crux encore humides.

Au sommet, un message simple : « C’est l’ascension dont je suis la plus fière de toute ma carrière ! Je n’arrive pas à y croire ! ».

© Pablo Durana

Il s’agit seulement de la quatrième ascension de la voie. Les Allemands Tobias Wolf et Thomas Hering en ont signé la seconde répétition en 2018. Alex Honnold et Tommy Caldwell l’ont gravie plus tôt cette saison, juste avant la série de tempêtes qui a ensuite piégé DiGiulian et Faber.

Une performance qui s’inscrit dans une carrière d’exception

À 33 ans, Sasha DiGiulian est l’une des grimpeuses les plus polyvalentes et résilientes de sa génération.

Parmi ses accomplissements majeurs :

  • Championne du monde d’escalade en 2011
  • Dix ans invaincue aux Championnats Panaméricains
  • Première femme à enchaîner un 9a avec “Pure Imagination”
  • Plus de 50 voies dans le 8b+ et plus
  • Première ascension féminine de “Rayu” (grande voie en 8c) en Espagne
  • Première en libre de “Misty Wall” au Yosemite
  • Autrice du livre Take the Lead
  • Personnage principale du documentaire HBO Here to Climb
  • Fondatrice de l’entreprise d’alimentation sportive Send Bars1.

© Pablo Durana


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Chris Sharma face à la controverse : pourquoi sa grande voie a-t-elle été déséquipée ?

01 Déc

C’est une histoire comme seule l’escalade sait en produire : un mélange d’engagement, de philosophie, d’éthique… et d’un certain entêtement !

Quatorze ans après avoir ouvert une ligne d’ampleur sur la Pared de Aragón, dans les gorges de Montrebei (Espagne), Chris Sharma est revenu terminer ce qu’il avait commencé. Mais stupeur : sa voie, “Total Hardcore”, avait été entièrement déséquipée anonymement après une polémique autour de son style d’ouverture. Aujourd’hui, Sharma l’a réouverte depuis le bas, dans le respect des traditions locales — et avec une volonté claire : apaiser les tensions et réunir la communauté des grimpeurs.

Une histoire vieille de quinze ans

Il faut remonter à la fin des années 2000 pour comprendre cette affaire. À cette époque, Chris Sharma — alors au sommet de sa carrière — découvre une ligne spectaculaire dans les gorges de Montrebei, temple de l’escalade à la frontière entre la Catalogne et l’Aragon.

Fidèle à son habitude, il équipe la voie depuis le bas, mais en utilisant des spits amovibles, une technique largement répandue dans l’ouverture de grandes voies déversantes, mais très peu dans les parois historiques où le risque et l’engagement sont considérés comme partie intégrante du jeu.

© Coll. Sharma

Cette nuance technique a suffi à enflammer le débat : pour certains grimpeurs locaux, l’usage de spits amovibles supprimait la part d’aventure propre à Montrebei. Pendant plusieurs années, le projet reste en sommeil. Puis, en 2024, Sharma décide de revenir le terminer. Sur place, il découvre avec stupeur que la voie a été intégralement déséquipée. Les six longueurs qu’il avait ouvertes ont disparu, sans un mot — et l’auteur de ce geste, anonyme, ne se manifestera jamais.

Si une partie de la communauté approuvait le déséquipement sur le fond, la manière a été unanimement condamnée. Agir dans l’ombre, sans prévenir ni restituer le matériel, allait à l’encontre des valeurs mêmes que les défenseurs de l’éthique locale prétendaient protéger.

Du conflit à la discussion…

Plutôt que d’alimenter la polémique, Sharma choisit la voie du dialogue. Il rencontre les ouvreurs et grimpeurs locaux, cherche à comprendre leurs points de vue, et participe à l’élaboration d’un document collectif signé par une quarantaine de membres de la communauté, posant les bases d’un consensus sur l’éthique à Montrebei.

Ce n’était pas mon intention d’entrer en conflit. Je sais que c’est un sujet délicat ici, mais je voulais montrer que j’étais prêt à rectifier et à respecter ce qui avait été décidé ensemble.

Ce document, présenté comme une charte éthique de Montrebei, énonce plusieurs principes fondateurs :

  1. L’usage des spits amovibles est considéré comme une forme déguisée d’équipement par le haut, contraire à l’esprit d’aventure.
  2. Perforer le rocher pour placer des crochets n’est pas autorisé dans les voies existantes.
  3. Chaque ligne dispose de son propre “espace” à ne pas empiéter.
  4. Les prises artificielles sont proscrites : la nature impose ses règles.
  5. Le déséquipement anonyme et unilatéral est à proscrire : seul le dialogue peut résoudre les différends.

Une base claire, qui pourrait bien servir de jurisprudence pour d’autres sites confrontés à des conflits d’éthique similaires.

Retour à Montrebei

Fort de cet accord, Sharma est retourné à Montrebei à la fin de l’été 2025 pour réouvrir sa voie dans le style convenu : depuis le bas, sans spits amovibles, en perçant les points au fur et à mesure de son ascension. Une expérience intense, tant physiquement que mentalement, qu’il décrit comme « un véritable apprentissage ».

Il y a eu des moments où je devais tenir une prise d’une main et percer de l’autre. C’était épuisant, mais aussi formateur. Cette expérience m’a rappelé les valeurs de l’ouverture : la patience, le respect et la persévérance.

Une des grandes voies les plus dures du continent !

Le résultat : six longueurs d’une difficulté extrême, dominées par une première partie autour de 9a+, avec un pas de bloc évalué à 8B+ bloc. Les longueurs suivantes oscillent entre le 8b+ et le 8c+, faisant de “Total Hardcore” l’une des grandes voies les plus dures d’Europe.

Sharma, qui a passé près de sept jours sur la paroi pour finaliser l’équipement, travaille désormais l’enchaînement intégral.

© Coll. Sharma

Au-delà de la performance, l’Américain insiste sur la valeur symbolique de ce retour :

Je voulais montrer que nous pouvions trouver un terrain d’entente. Nous avons tous des visions différentes de l’escalade, mais ce qui nous unit est bien plus fort que ce qui nous divise.

Un message fort, à une époque où les débats éthiques autour de l’équipement, du nettoyage ou de la “propriété” des lignes restent vifs dans de nombreuses falaises.


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“Mount Doom” 9A : Jakob Schubert revient sur l’un des combats majeurs de sa carrière

30 Nov

Il y a quelques jours, Jakob Schubert, l’un des grimpeurs les plus complets et les plus impressionnants de sa génération, signait pourtant une réalisation majeure : la répétition de “Mount Doom”, son deuxième 9A bloc, ouvert par son compatriote Nicolai Užnik. Une performance annoncée sur ses réseaux sociaux à peine deux heures après qu’Elias Iagnemma ait dévoilé le tout premier 9A+ de l’histoire avec “Exodia”, éclipsant presque, malgré elle, l’exploit bien réel de l’Autrichien.

Nous avons rencontré Jakob Schubert pour revenir sur cet enchaînement exigeant, véritable combat physique et mental, mais aussi pour prendre de la hauteur sur sa trajectoire hors normes, son rapport à la performance, à l’évolution du niveau mondial et à sa longévité au plus haut niveau.

Entre lucidité, passion intacte et quête de dépassement, Jakob se livre sur ce moment fort de sa carrière et sur sa vision du grimpeur qu’il souhaite continuer à être.


“Mount Doom” t’a demandé “l’un des combats les plus épiques de ta carrière”. Peux-tu nous raconter ce run décisif ?

“Mount Doom” est clairement un bloc de combat, parce qu’il est très long : 20 mouvements ! Et la fin n’est pas la plus dure, mais tu es complètement épuisé parce que quasiment chacun des 20 mouvements est difficile. Ce jour-là, je pensais vraiment que je n’allais pas y arriver car ma peau était déjà bien abîmée. Ne me demande pas comment, mais j’ai réussi à passer le crux, puis avec les doigts complètement engourdis, je me suis battu jusqu’au sommet. J’ai même dû me reposer avant le tout dernier mouvement en 6A (rires), parce que je me sentais totalement vidé !

D’après toi, qu’est-ce qui a fait la différence ce jour-là ?

Mmmh difficile à dire… Je pense que l’un des éléments clés a été la bonne stratégie d’échauffement, qui était très délicate sur ce bloc. Je faisais un essai, puis je devais me reposer une heure, parce qu’avec une peau trop chaude, c’était impossible : chaque prise me cisaillait les doigts tant c’est coupant. Il fallait donc avoir la peau froide, mais en même temps, si elle était trop froide, mes doigts devenaient engourdis dans le crux au milieu. Et j’ai très vite compris qu’il était impossible de passer ce crux avec des doigts engourdis. Trouver le juste milieu — ni trop chaud, ni trop froid — a été en soi un vrai crux pour moi.

Ce jour-là, j’ai d’abord fait un essai correct mais encore avec les doigts engourdis, puis au deuxième essai, j’ai mieux géré et j’ai réussi l’enchaînement.

© Moritz Klee

Le crux modifié après la casse d’une prise par Janja a changé la nature du bloc. À quel point cela a-t-il modifié la difficulté du bloc selon toi ?

C’est très difficile à dire, car je n’ai jamais fait d’essais depuis le départ dans l’ancienne version. J’ai cependant fait tous les mouvements séparément, et je pense clairement qu’il y a désormais un nouveau crux qui n’existait pas avant. Tout se joue dans la première partie, jusqu’au départ debout. Il m’a fallu beaucoup de temps pour trouver une nouvelle méthode, car ce n’était plus juste un mouvement différent, mais toute la séquence que j’ai dû grimper autrement à cause de cette prise cassée.

Pour moi, cette section est devenue l’un des crux majeurs. Je pense que ça a changé pas mal de choses, mais je ne peux pas l’affirmer à 100 %, puisque je n’ai jamais fait de vrais essais complets sur l’ancienne version.

Comparé à “Alphane”, ton premier 9A, comment situes-tu Mount Doom ?

Ils sont comparables dans le sens où ce sont tous les deux des blocs très longs. Mais je pense qu’ “Alphane” possède un crux bien plus marqué, notamment dans cette section centrale avec la prise en fissure qui demandait énormément de travail pour devenir fluide et régulier. Sur “Alphane”, au troisième jour, j’avais déjà enchaîné depuis le troisième mouvement, mais j’avais de gros problèmes de stratégie. Ce processus m’a beaucoup servi pour “Mount Doom”, que j’ai finalement enchaîné plus rapidement.

Je pense qu’ils sont de difficulté assez similaire. “Mount Doom” est cependant beaucoup plus homogène, et encore plus dans mon style. Il est extrêmement exigeant sur petites prises et très long, même plus qu’Alphane. Je dirais donc que “Mount Doom” me correspond davantage, même si “Alphane” reste aussi dans mon registre. “Mount Doom” est surtout un énorme test de résistance de force, plus encore qu’ “Alphane”.

© Coll. Schubert

Tu es le seul grimpeur, avec Adam Ondra, à afficher à la fois un 9A bloc et une voie en 9c. Quelle signification cela a pour toi ?

Évidemment, cela signifie énormément pour moi ! Cela a toujours été un objectif majeur : devenir le meilleur grimpeur possible dans toutes les disciplines. J’aime autant le bloc que la difficulté, et repousser mes limites dans ces deux domaines.

Si l’on veut être l’un des meilleurs grimpeurs, il faut être aussi performant en bloc et en voie. Et comme Adam le montre dans d’autres disciplines, j’espère aussi réaliser un jour des grandes voies extrêmes et peut-être du trad. Mais pour l’instant, ce que je veux continuer à pousser, c’est le bloc et la difficulté. J’espère que ces 9A et ce 9c ne seront pas les derniers… Je veux en faire d’autres, car c’est incroyablement fun !

Est-ce que tu considères “Mount Doom” comme une nouvelle étape dans ton évolution, ou plutôt comme la confirmation que tu es encore en pleine progression à 34 ans ?

Je ne sais pas si je progresse physiquement en permanence… Je pense que j’étais déjà capable de grimper un bloc comme celui-là depuis longtemps. C’est surtout mentalement que l’on continue à évoluer. Et comme le monde de l’escalade évolue sans cesse, c’est plus facile de progresser avec lui. Il y a dix ans, Adam et moi avions déjà probablement les capacités physiques pour ces blocs, mais nous n’imaginions même pas que c’était possible. Aujourd’hui, le niveau général tire tout le monde vers le haut.

Mount Doom correspondait parfaitement à mon style. J’espère maintenant réussir aussi des 9A qui me conviennent un peu moins, pour continuer à progresser.

© Coll. Schubert

Comme tu dis, ces derniers mois, le niveau mondial a explosé : “Exodia” 9A+, les performances de Garnbret, Marchaland, Užnik, Bailey, Richard… Comment vis-tu cette accélération ?

C’est génial à voir et très motivant ! Le niveau en bloc augmente constamment. Il y a aussi énormément de blocs très durs disponibles aujourd’hui, c’est donc plus facile de grimper dur rapidement car les vidéos et les méthodes sont accessibles à tous.

Je pense aussi qu’il y a une légère inflation des cotations, notamment entre 8C et 9A, par rapport aux blocs ouverts il y a dix ou quinze ans. Malgré cela, le niveau actuel reste extrêmement élevé, c’est indéniable.

Penses-tu que l’on vit réellement un tournant historique dans le bloc, ou est-ce simplement le fruit d’une génération plus professionnelle et plus structurée ?

Je pense que c’est un mélange de tout cela. Je ne parlerais pas forcément de tournant historique, mais plutôt d’une période où beaucoup plus de grimpeurs sont motivés pour performer en extérieur.

Il est aussi bien plus facile de s’entraîner efficacement aujourd’hui qu’il y a dix ou vingt ans. Et le fait qu’il y ait de plus en plus de grimpeurs forts génère de plus en plus de blocs durs, dans une grande diversité de styles. On peut donc choisir un bloc vraiment adapté à ses qualités.

© Coll. Schubert

Selon toi, qu’est-ce qui rend possible cette explosion du niveau : le physique, le mental, la méthode, la variété des styles… ou tout ça à la fois ?

Je ne pense pas qu’il y ait eu une explosion brutale. Beaucoup de blocs cotés 9A sont probablement plutôt bas dans cette cotation. Aujourd’hui, la préparation est bien plus spécifique : on peut reproduire un bloc chez soi, étudier chaque mouvement, choisir les meilleures conditions… Tout est optimisé.

Beaucoup de blocs actuels sont aussi plus orientés résistance de force que mouvement unique ultra-technique, ce qui est plus facile à préparer.

Janja Garnbret semble avoir un potentiel énorme sur le rocher. Penses-tu que le premier 9A féminin est imminent ?

Oui, clairement. Janja [Garnbret] comme Brooke [Raboutou] sont extrêmement fortes en extérieur. Avec le nombre de 9A disponibles, il est beaucoup plus facile de trouver celui qui correspondra parfaitement à leur morphologie et leur style.

Janja fait exactement ce qu’il faut : elle essaie plusieurs projets pour trouver celui qui lui convient le mieux. Si elles y consacrent suffisamment de temps, elles ont définitivement le potentiel pour réussir un 9A.

Après deux 9A et un 9c, quels sont tes projets pour les prochains mois ?

Je veux simplement continuer à grimper dur et prendre du plaisir. L’hiver, j’adore faire du bloc, donc je passerai du temps à Ticino pour essayer de nouveaux projets, comme “Poison the Well” 8C+.

J’aimerais aussi retourner aux États-Unis, à Red Rocks, pour tenter “Return of the Sleepwalker” 9A ou “Shaolin” 9A. Mon objectif est de prouver que je peux enchaîner des 9A dans des styles très variés. Et pourquoi pas m’attaquer un jour au seul 9A+ existant !

© Coll. Schubert

Il y a quelques semaines tu disais avoir connu « l’année la plus difficile de ta carrière », notamment à cause d’une blessure au doigt. Peux tu nous en dire plus ?

Depuis les Jeux de Paris, j’ai accumulé plusieurs blessures. Une inflammation persistante, puis une blessure à l’index en janvier lors d’une simulation de compétition. J’ai mis près de six mois à pouvoir m’entraîner correctement.

Le plus dur, c’est l’incertitude : ne pas savoir si la douleur va disparaître, si tu retrouveras ton niveau. Psychologiquement, c’est très lourd. Heureusement, aujourd’hui ça va bien mieux.

Cette période a-t-elle changé ton regard sur ta carrière ?

Oui, un peu. J’ai pris conscience qu’il est crucial de préserver mon corps. Avec l’âge, j’ai presque toujours mal quelque part. Pour durer, je dois parfois accepter d’en faire moins et de mieux récupérer.

© Andreas Aufschnaiter

Les Championnats du Monde de Séoul ne se sont pas déroulés comme tu l’espérais… Plusieurs grimpeurs expliquent ne plus vraiment se retrouver dans le style proposé actuellement en compétition. Est-ce aussi ton ressenti ? 

Oui, le style est devenu très différent du rocher, surtout en bloc. Beaucoup de mouvements très dynamiques, très spectaculaires, qui ne sont pas toujours bénéfiques pour le corps, c’est pourquoi, je vais réduire nettement le nombre de compétitions auxquelles je vais participer. Je vais probablement arrêter le bloc en compétition pour me concentrer sur quelques épreuves de difficulté, notamment les grands événements comme les Championnats du Monde et les Jeux Olympiques.

Cela va me permettre de garder du temps pour mes projets en extérieur, tout en restant au top physiquement.

Comment expliques-tu ta longévité au plus haut niveau ?

Tant que je suis en bonne santé, je peux toujours performer. Ce qui me porte avant tout, c’est ma passion. J’aime grimper autant qu’il y a vingt ans. Le plaisir et la motivation me permettent de toujours revenir à un très haut niveau, tant que mon corps suit.

JS
Jakob Schubert — Palmarès
Compétition · Voies · Bloc — Sélection de ses meilleures performances

Compétition
  • 2 x médaillé de bronze olympique
  • 6 x Champion du Monde
  • 1 x Champion d’Europe
  • 7 x Vainqueur du classement général des Coupes du Monde
  • 24 x Victoires en Coupe du Monde
  • 15 x Médailles aux Championnats du Monde

Voies
  • “B.I.G.” — 9c
  • “Perfecto Mundo” — 9b+
  • “King Capella” — 9b
  • “Stoking the Fire” — 9b
  • “El Bon Combat” — 9b
  • “La Planta de Shiva” — 9b
  • “Fight or Flight” — 9b
  • “Neanderthal” — 9b
  • “Erebor” — 9b

Bloc
  • “Alphane” — 9A
  • “Mount Doom” — 9A
  • “The Story of Two Worlds” — 8C
  • “Dreamtime” — 8C
  • “La Force Tranquille direct” — 8C
  • “Bügeleisen Sit” — 8C
  • “Catalan Witness the Fitness” — 8C
  • “Sierra Madre sit” — 8C
  • “Primitivo” — 8C

 


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Ryuichi Murai devient le premier Japonais à enchaîner un 9A bloc !

27 Nov

Le mois de novembre n’en finit plus de faire trembler la planète grimpe. Après une série de performances exceptionnelles aux quatre coins du monde, c’est au tour de Ryuichi Murai d’entrer dans l’Histoire en répétant “Return of the Sleepwalker” 9A à Red Rock, dans le Nevada.

Une ascension majeure qui marque non seulement la cinquième ascension de ce bloc mythique, mais surtout le tout premier 9A de la carrière du Japonais, qui devient le premier grimpeur de son pays à franchir le neuvième degré en bloc.


“Return of the Sleepwalker” est la version assise de “Sleepwalker”, imaginé par Daniel Woods et libéré en 2021 après une bataille aussi intense que mystique. Isolé dans le désert pendant les derniers jours de son siege, Woods avait alors donné naissance au troisième 9A bloc de l’Histoire. Il aura fallu trois longues années pour voir la première répétition, signée William Bosi en 2024, suivie par Noah Wheeler puis Simon Lorenzi en 2025.

C’est donc dans cette lignée extrêmement sélective que vient s’inscrire Ryuichi Murai, ajoutant son nom à une liste déjà mythique.

© Shunki

La consécration pour Ryuichi Murai

Figure incontournable du bloc japonais depuis plus d’une décennie, Murai n’a plus rien à prouver. Auteur de premières ascensions emblématiques comme “United”, “Nexus” ou encore “Floatin” (tous cotés 8C+), répétiteur d’innombrables blocs extrêmes à travers le monde (dont le highball “Livin’ Large” à Rocklands) le Japonais cochait toutes les cases pour s’attaquer un jour au grade suprême.

Deux ans après avoir enchaîné “Sleepwalker”, Murai revient à Red Rock avec un objectif clair : se confronter à la version assise, “Return of the Sleepwalker”, tout en gardant un œil sur un autre monstre du spot, “Shaolin” également coté 9A.

Un combat contre la météo… et contre le crux

Le séjour n’a pas commencé sous les meilleurs auspices. Une météo capricieuse vient perturber les premières sessions, mais Murai parvient à rester frais physiquement et mentalement. Rapidement, il identifie le véritable juge de paix de la ligne : ce fameux mouvement d’envergure vers un plat fuyant, après avoir déjà enchaîné une section estimée autour de 8B.

© Shunki

« Depuis cinq jours, je n’ai fait que taper ce plat et tomber encore et encore », expliquait-il sur Instagram. Micro-ajustements, gestion millimétrée des placements, créativité technique… tout y passe pour rendre ce mouvement envisageable.

Le jour décisif, il parvient enfin à tenir ce plat. Trop chargé d’émotion et de fatigue, il chute pourtant sur le dernier mouvement. Mais après une longue pause et un véritable reset mental, Murai repart pour un nouvel essai. Cette fois, tout s’aligne et il atteint le sommet.

Sur Instagram, le Japonais a partagé son émotion : « Quand j’ai réussi “Sleepwalker” il y a deux ans, la version assise me semblait irréaliste. Je n’aurais jamais imaginé me retrouver au sommet de ce bloc une nouvelle fois. Ce succès m’a rappelé de ne pas me fixer de limites. »

© Shunki

Et maintenant ? Direction “Shaolin”

Si ce premier 9A pourrait suffire à combler bien des grimpeurs, Murai, fidèle à sa réputation de travailleur infatigable, ne compte pas s’arrêter là. Dans la foulée de sa réussite, il annonce déjà vouloir se mesurer à “Shaolin”, l’autre 9A de Red Rock.

« Je ne sais pas jusqu’où je peux aller, mais je vais profiter de chaque jour restant », confie-t-il. La suite de son séjour dans le désert américain pourrait bien nous réserver quelques surprises…


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Troisième 9a pour la Coréenne Chaehyun Seo

27 Nov

La grimpeuse coréenne Chaehyun Seo poursuit son impressionnante série en falaise. Après avoir récemment clippé le relais de  “Papichulo” 9a+, la vice-championne du classement général de la Coupe du Monde de difficulté 2025 s’offre aujourd’hui “Joe-Cita” 9a, une ligne mythique d’Oliana signée Adam Ondra.


Un 9a de référence !

“Joe-Cita” est une combinaison entre “Joe Blau” et “Marroncita”, libérée en 2012 par Adam Ondra. Si la voie a déjà connu plusieurs répétitions (y compris féminines comme Laura Rogora, Anak Verhoeven ou Martina Demmel) elle reste une référence du secteur par sa continuité et son intensité. Avec cette ascension, Chaehyun Seo ajoute un troisième 9a à son palmarès, confirmant une fois de plus sa capacité à briller aussi bien en falaise qu’en compétition.

Mais derrière cette réussite se cache une session loin d’être tranquille. Initialement venue pour tenter “Pachamama” 9a+, une ligne réputée parmi les plus exigeantes de son niveau à Oliana, la Coréenne a dû revoir ses plans :

Je travaille “Pachamama” en ce moment, mais ma peau était vraiment trop abîmée, alors j’ai décidé d’essayer “Joe-Cita”. Lors de mon premier essai, je suis tombée dans la partie de “Joe Blau” parce que j’avais oublié certains mouvements, et j’essayais d’éviter d’utiliser mon deuxième doigt à cause d’une déchirure. J’ai réessayé, les conditions n’étaient pas idéales, mais c’est passé !

Pour protéger ses doigts, Seo a même grimpé avec du strap sur l’index et l’auriculaire gauche, ainsi que sur l’auriculaire droit… Un détail qui rend la performance encore plus remarquable.

© Coll. Seo

“Pachamama” en ligne de mire

Si “Joe-Cita” est désormais cochée, c’est bien “Pachamama” qui concentre toute l’attention de Chaehyun. Cette voie d’environ 50 mètres, ouverte par Chris Sharma en 2009, est considérée comme un 9a+ particulièrement dur, au point que certains répétiteurs évoquent un 9a+/b. Ramon Julian Puigblanque la qualifie de « hard pour la cotation», tandis que Sharma lui-même la jugeait « définitivement plus dure que “Papichulo” et que les autres 9a+ d’Oliana ».

Chaehyun Seo ne cache pas son optimisme mesuré :

J’ai essayé la voie entière cinq fois et le crux huit fois. Pour moi, le crux du bas est le plus dur, mais ça devient de plus en plus prometteur.

© Coll. Seo

À seulement 22 ans, Chaehyun Seo continue de jongler avec brio entre croix sur le rocher et performance en compétition. Médaillée d’argent au général de la Coupe du Monde de difficulté cette saison, elle reste l’une des grimpeuses les plus régulières du circuit, capable de rivaliser avec les meilleures, y compris Janja Garnbret.

Son plan pour l’hiver est clair : s’entraîner, récupérer, et revenir plus forte. Avant tout, elle vise désormais des voies encore plus dures que 9a+ et une constance accrue sur le circuit international.

La question reste désormais en suspens : Chaehyun Seo parviendra-t-elle à dompter “Pachamama” avant la fin de son séjour à Oliana ? Si tel était le cas, il s’agirait sans aucun doute d’une performance marquante, sortant du « combo classique » que complètent habituellement les grimpeurs de très haut niveau dans ce secteur catalan.

Affaire à suivre.

Les performances de Chaehyun Seo depuis son arrivée à Oliana

1 Nov 2025
“Macedònia” – 7c+
“El Gran Blau” – 8b+

3 Nov 2025
“Red Bull L2” – 8a+

4 Nov 2025
“Joe Blau” – 8c+

9 Nov 2025
“Papichulo” – 9a+

10 Nov 2025
“American Hustle” – 8c

12 Nov 2025
“Mind Control” – 8c

15 Nov 2025
“Paper Mullat” – 8b+

16 Nov 2025
“La Morenita” – 8c+
“Gorilas en la Niebla” – 8b+

18 Nov 2025
“Humildes pa Casa” – 8b+

22 Nov 2025
“Joe-cita” – 9a

25 Nov 2025
“T-1 Full Equip” – 8c


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Manon Hily franchit un nouveau cap en falaise avec “PuntX” 9a/+

25 Nov

La grimpeuse française Manon Hily vient de réaliser la meilleure performance de sa carrière en falaise en enchaînant “PuntX” 9a/+ dans le secteur de Déversé, aux Gorges du Loup.

Une ligne emblématique, courte, déversante et ultra-intense, initialement ouverte par Cedric Lo Piccolo en 2008, puis réévaluée après la casse de deux prises pour se stabiliser aujourd’hui à 9a/+.


Quelques semaines seulement après avoir signé “Trip Tik Tonik” 9a, la Réunionnaise basée à Marseille confirme son retour en force sur le rocher et ajoute une nouvelle ligne de référence à son palmarès.

“PuntX” devient ainsi sa deuxième voie dans le neuvième degré et sa performance la plus difficile à ce jour, mais aussi la troisième ascension féminine de la voie après Muriel Sarkany et Laura Rogora.

Un objectif né d’un besoin de rebond

Pour Manon, cette ascension est aussi l’histoire d’un tournant. Après une saison de compétition intense conclue aux Championnats du Monde de Séoul, la grimpeuse restait marquée par une finale manquée, objectif majeur de son année. De retour à Marseille avec un sentiment d’échec, elle ressent le besoin de se reconnecter à un projet fort, loin des tapis de compétition.

« J’ai terminé la saison en septembre après Séoul, les Championnats du Monde. Mon objectif était d’aller en finale. C’était mon objectif principal de l’année et j’ai échoué. Je suis rentrée chez moi avec une sensation de raté bien sûr et j’ai eu besoin de trouver un nouvel objectif dehors qui me tenait à cœur. Faire une voie dans le 9e degré. »

© Coll. Hily

Son premier choix se porte sur “Trip Tik Tonik”, qu’elle enchaîne rapidement… Presque trop à son goût ! « J’étais comme déçue puisque je rêvais de ça depuis des années et au final le challenge était presque “trop rapide et facile”. Pas le temps de rentrer dans une bataille mentale de plusieurs mois comme dans “Biographie” par exemple. »

C’est sur les conseils de Jules Marchaland et des locaux qu’elle se lance alors dans “PuntX”, sans pression ni attentes, malgré le chiffre impressionnant de la cotation.

Une voie dans son pur style

Très vite, la magie opère. “PuntX”, avec ses 40 mouvements physiques et explosifs, correspond précisément à ses points forts : force, puissance et résistance. « Dans le style, on ne peut pas faire meilleur match avec mes points forts. J’ai tout de suite fait tous les mouvements, à presque penser que j’étais dans la mauvaise voie ».

En seulement six séances, Manon parvient à apprivoiser la ligne. Le jour J, elle entre dans un état proche de celui qu’elle connaît en compétition : concentration maximale, gestion de l’instant, connexion totale au mouvement. « Le jour de l’enchaînement, j’ai basculé en mode compète ! J’avais au fond de moi la volonté de l’enchaîner aujourd’hui puisque c’était le dernier jour possible pour cette année. C’est seulement au moment où j’ai pris la dernière arquée que je suis sortie de mon flow et que j’ai compris que ça y est, c’était fini. Quand je grimpe dans cet état, je suis carrément connectée à moi-même et je me détache de l’objectif qui est de sortir la voie. C’est mouvement après mouvement. C’est naturel. Il n’y a rien à faire à part faire ce qu’on sait faire et se battre au moment où il faut. Vive l’escalade ! ».

© Coll. Hily

Une confirmation en falaise pour la championne française

Grimpeuse complète, Manon Hily jongle depuis plusieurs saisons entre compétitions internationales et performance en falaise. triple Championne de France de difficulté, elle compte déjà de nombreuses lignes dures à son actif, et cet enchaînement de “PuntX” confirme sa capacité à s’exprimer au plus haut niveau sur le rocher.

Cette réussite marque aussi un rapport plus apaisé à la cotation et à la notion de projet, comme elle le souligne elle-même : « C’est marrant comme on peut se mettre des barrières sur des cotations alors que chaque voie est unique. Si je m’étais fiée à ce chiffre 9, je n’y serais pas allée. »

Alors que la saison internationale touche à sa fin, cette réalisation ouvre la porte à de nouveaux horizons pour Manon, entre projets personnels, plaisir de la falaise et reconquête mentale.


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INTERVIEW – Elias Iagnemma et la naissance du premier 9A+ bloc au monde

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INTERVIEW – Elias Iagnemma et la naissance du premier 9A+ bloc au monde

24 Nov

Exodia : quand le bloc bascule dans une nouvelle dimension

Le 11 novembre 2025, au-dessus du Val Pellice, Elias Iagnemma retourne dans le bloc d’Exodia. Rien à voir avec ses essais précédents : plus de doutes, plus de peur ni de pression. Les mouvements s’enchaînent comme s’ils étaient programmés : quatre ans de travail, 211 séances, des milliers d’essais. Elias ne grimpe plus Exodia : il le maîtrise. Et ce jour-là, tout s’aligne.

Quand il découvre cette ligne en 2021, Elias ne cherche pas “le bloc le plus dur du monde”. Il tombe sur un ancien projet de Christian Core, réputé irréalisable, et ressent immédiatement un mélange de peur et d’attirance. C’est le début d’un engagement total : chaque saison, chaque cycle d’entraînement, chaque choix finit par tourner autour de ce toit perché à 1 500 mètres d’altitude.

Dans cette interview exclusive pour Planetgrimpe, Elias revient sur ce processus de travail unique et la responsabilité qui accompagne une proposition aussi lourde que le 9A+ bloc.


Elias, peux-tu nous expliquer comment s’est passée ta rencontre avec Exodia ?

Je l’ai découvert en 2021, un jour où je rentrais en voiture avec ma femme, Stefania Colomba, après une longue session de grimpe au Rifugio Barbara. Elle m’a parlé d’un projet abandonné de Christian Core, qu’il n’avait jamais réussi à enchaîner. Ma première pensée a été : s’il n’y est pas arrivé, c’est que ça doit être vraiment extrême.

Je suis sorti de la voiture et je suis resté stupéfait devant cet énorme toit. Cette sensation s’est immédiatement transformée en une motivation profonde et une euphorie totale.

Christian Core était-il une figure que tu admirais plus jeune ?

Depuis que je suis enfant, j’admire Christian, autant pour ses ascensions mythiques que pour la personne qu’il est. Savoir qu’il avait essayé sans réussir me terrifiait, mais en même temps, le fait que ce bloc soit là, juste à côté de chez moi, me faisait me sentir à ma place, dans mon petit monde. C’était à la fois le défi de ma vie et paradoxalement, quelque chose de rassurant, puisque je pouvais y travailler sans pression extérieure.

© Paolo Marengo

Exodia a-t-il été ton objectif principal ces quatre dernières années ?

Oui, totalement. Chaque entraînement, chaque pensée tournait autour de ce projet. Le reste passait au second plan. Quand je grimpais ailleurs, je me sentais presque frustré à l’idée qu’une blessure m’empêche de revenir sur Exodia.

Le bloc se situe à environ 1500 m d’altitude, et je pouvais y travailler environ six mois par an : de mi-printemps à mi-été, puis de fin septembre à fin novembre.

Le 11 novembre, j’étais là, dans la meilleure forme de ma vie, et les conditions étaient parfaites. Mon corps savait exactement quoi faire ; mon esprit s’est arrêté.
La suite… vous la connaissez.

Combien de séances au total as-tu consacrées à Exodia ?

Environ 4 ans et demi, pour un total de 211 séances. Aucun de mes précédents projets n’avait dépassé 35 séances. Exodia restera sans doute le processus le plus long et le plus éprouvant de toute ma carrière. Je ne consacrerai plus jamais autant de temps à un seul bloc. Cela a été long, épuisant, et ça m’a vidé à tous les niveaux.

Que retiens-tu de tes premières séances ?

Au début, je n’arrivais même pas à identifier les prises. Le toit est rempli de formes similaires et comprendre quelles prises utiliser était extrêmement difficile. Le premier vrai déclic est arrivé en 2023, lorsque j’ai réussi la deuxième section depuis le repos intermédiaire. Là, je me suis dit : « OK, c’est possible. » Mais il m’a fallu encore deux ans pour tout enchaîner intégralement.

© Coll. Iagnemma

Comment décrirais-tu les deux sections d’Exodia ?

La première moitié est une compression totale sur des prises glissantes, avec un crux dès le départ assis. Je l’estime autour de 8B+/8C. La seconde partie est encore plus extrême : mouvements sur plats, tenue de micro-réglettes, talons fuyants, compression… Pour moi, elle vaut environ 8C+.

Exodia rassemble les meilleurs mouvements du bloc en extérieur dans une seule ligne. Cette beauté fait partie des raisons pour lesquelles j’ai tenu toutes ces années : chaque mouvement est spécial et incroyablement satisfaisant à exécuter.

Pourquoi était-il si difficile de lier les deux parties malgré le repos sans les mains ?

Le repos existe, mais il se fait sur un coincement de genou très précaire, qui consomme énormément d’énergie en terme de gainage et de tension dans les cuisses. De plus, arriver là avec un rythme cardiaque élevé et la tête en bas complique énormément la lucidité nécessaire pour la suite.

© Coll. Iagnemma

Quand as-tu compris qu’Exodia était réellement enchaînable un jour ?

Après deux ans, j’ai compris que les deux sections étaient réalisables, et que cela signifiait que tout le bloc était possible. Mais je n’ai jamais réussi à imaginer quand je l’enchaînerais. Je savais que je pouvais le faire (je venais à chaque séance en pensant que ce serait la bonne, mais le bloc me rejetait à chaque fois). Ironiquement, le jour où je l’ai finalement enchaîné, j’avais cessé de penser au succès. J’avais accepté que la saison était terminée et je pensais déjà à la suivante. Le 11 novembre, j’étais là, dans la meilleure forme de ma vie, et les conditions étaient parfaites. Mon corps savait exactement quoi faire ; mon esprit s’est arrêté. La suite… vous la connaissez.

À quel moment as-tu réellement pensé qu’Exodia pouvait valoir 9A+ ?

Ce fut une prise de conscience très progressive. Après Burden of Dreams, je pensais Exodia plus dur, mais je voulais en être sûr. Quand j’ai réalisé que même en pleine forme, rien ne passait facilement, j’ai compris que ce bloc demandait absolument tout : physique, mental, conditions parfaites. C’est ce qui m’a poussé à proposer le 9A+.

© Coll. Iagnemma

Proposer une cotation aussi inédite t’effraie-t-il ?

Proposer la cotation de 9a+ est une lourde responsabilité, mais je suis en paix avec ce choix. J’ai envisagé de ne pas proposer de cotation, mais cela aurait signifié qu’Exodia serait né et mort avec moi… J’ai donc décidé de prendre mes responsabilités et de proposer ma cotation. Ce qui m’a poussé à cette difficulté (au-delà du nombre de séances) c’est qu’Exodia est, sans aucun doute, le bloc le plus dur que j’aie jamais grimpé ou même essayé.

Peu importe que la cotation soit confirmée ou ajustée : j’ai grimpé Exodia pour moi-même, pas pour un chiffre. C’est l’accomplissement le plus important de ma vie de grimpeur. Une quête de limite absolue, un travail de persévérance plus que de patience. J’ai découvert jusqu’où je pouvais aller.

La patience n’est pas mon point fort, je la perds souvent. Mais je suis quelqu’un qui n’abandonne pas facilement. Je sais que je ne suis pas le grimpeur le plus fort du monde, mais je suis certain de posséder un immense don pour la persévérance.

Comment interprètes-tu la différence entre 9A et 9A+ ?

C’est difficile à définir, c’est très subjectif. Mais j’ai pensé à une chose : beaucoup de blocs actuels cotés 9A comportent généralement une section en 8B et une section en 8C. Exodia possède une section en 8B+ et une autre en 8C+. Il devait donc y avoir quelque chose en plus. Et ce « quelque chose », selon moi, est précisément cette cotation proposée.

Sur le plan émotionnel, que ressens-tu en proposant une cotation jamais déclarée auparavant ?

Que dire… je suis en paix. Bien sûr, je pense souvent à la cotation que j’ai donnée à Exodia, mais ma conviction reste la même.
Je comprends et j’accepte toutes les critiques autour de cette annonce, mais elles n’influencent pas mon choix. Je n’ai pas peur des critiques : elles sont simplement une source de motivation supplémentaire pour mes futurs projets.

© Coll. Iagnemma

Tu sembles faire preuve d’une patience extraordinaire pour les projets que tu te mets. Es-tu naturellement patient ou Exodia t’a-t-il appris quelque chose sur toi-même ?

Je remplacerais le mot « patience » par « persévérance ». La patience n’est pas mon point fort, je la perds souvent. Mais je suis quelqu’un qui n’abandonne pas facilement. Je sais que je ne suis pas le grimpeur le plus fort du monde, mais je suis certain de posséder un immense don pour la persévérance.

Ton approche rappelle celle de certains grimpeurs japonais. Au Japon, il est courant de consacrer des mois, voire des années à un seul bloc. Te reconnais-tu dans cette philosophie ?

Tout à fait ! Les grimpeurs japonais m’inspirent énormément, surtout par leur approche naturelle de l’escalade. Je crois que pour repousser nos limites dans quoi que ce soit, nous avons besoin de temps. Cette quête de ma limite personnelle est ce qui m’a conduit à passer 211 séances sur Exodia. C’était la recherche de la limite absolue et de la maîtrise totale.

As-tu déjà envisagé d’abandonner Exodia ?

Oui, j’y ai pensé à de nombreuses reprises. Mais comme je l’ai dit, je suis extrêmement persévérant, et j’aurais probablement continué jusqu’à ce que mon corps lâche.

© Coll. Iagnemma

Exodia tire son nom d’un personnage puissant de Yu-Gi-Oh. Peux-tu nous en dire plus ?

Oui. Le nom Exodia vient du fait que c’est le monstre le plus puissant de Yu-Gi-Oh. Il a été divisé en cinq parties car il était trop puissant et devait être emprisonné. Pour l’invoquer, il faut rassembler les cinq pièces et la victoire est instantanée. Sur le bloc, la dernière partie comporte un dessin qui ressemble au visage d’Exodia (c’était la section la plus dure). Les couleurs de la roche rappellent également la carte. Et puis il y a les « cinq pièces » nécessaires à la réussite : les deux sections extrêmes, le mental, le physique et les conditions environnementales. Avec toutes ces similitudes, quel autre nom aurais-je pu lui donner ?

Et maintenant, quels sont tes projets ?

Je vais prendre du temps pour moi, retourner à Bleau pour retrouver le plaisir pur de la grimpe… et ensuite, je jetterai sûrement un œil à “Soudain Seul”.


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Elle reverse 100% de ses gains pour la jeunesse : le geste fort de Janja Garnbret !

22 Nov

Double championne olympique, icône absolue de l’escalade mondiale et référence incontestée sur la scène internationale, Janja Garnbret vient d’achever une année pas comme les autres. En tant que Marraine du sport en Slovénie, la grimpeuse de 26 ans s’est engagée corps et âme dans une vaste campagne solidaire visant à soutenir de jeunes athlètes issus de milieux défavorisés.

Résultat : une mobilisation exceptionnelle et un montant final de 318 291,91 € récoltés pour la cause.


Cette initiative, baptisée “Fraternité dans le sport”, a pour objectif de permettre à de jeunes talents de poursuivre leur parcours sportif malgré des conditions financières difficiles. Les fonds collectés servent notamment à financer l’encadrement, le matériel, ainsi que les déplacements nécessaires pour participer à des compétitions nationales et internationales.

Fidèle à ses valeurs, Janja Garnbret n’a pas limité son rôle à une simple représentation symbolique. Tout au long de l’année, elle a choisi de reverser l’intégralité des revenus issus de ses compétitions, de son image et de ses apparitions publiques au profit de ce projet.

Quand j’ai accepté ce rôle, j’ai promis d’être une ambassadrice active, pas seulement un nom sur une affiche

© Coll. Garnbret

Le moment marquant de cette année solidaire restera sans doute le spectaculaire marathon d’escalade de 24 heures organisée au Slovenska Bistrica Climbing Center. Lors de cet événement, Janja a relevé un défi hors normes : enchaîner les 100 voies les plus difficiles de la salle, tout en invitant la communauté des grimpeurs à se joindre à elle. Plus de 2000 participants ont répondu présent, transformant ce rassemblement en une véritable fête de l’escalade et de la solidarité.

L’atmosphère était incroyable ! Les gens étaient là, impliqués, enthousiastes et motivés. Ça a dépassé toutes nos attentes !

© Grega Valancic

La mobilisation s’est poursuivie via une vente aux enchères exceptionnelle, rassemblant des objets historiques de sa carrière : son maillot et sa veste portés lors de son titre olympique à Paris, son sac à magnésie et les quelques unes des prises utilisées en finale olympique et les chaussons qu’elle portait durant le marathon caritatif.

L’objectif initial de 200 000 € a été pulvérisé, démontrant une fois de plus la force fédératrice de l’escalade lorsque celle-ci se met au service d’une cause plus grande.

Pour Janja Garnbret, ce projet allait bien au-delà de la simple collecte de fonds. Il s’agissait aussi de prouver qu’un sport individuel comme l’escalade peut générer un impact social majeur.

L’escalade reste un sport de niche, mais nous avons montré qu’elle pouvait déplacer des montagnes. Ces fonds vont aider de jeunes athlètes talentueux, dont certains para-athlètes, à continuer de croire en leurs rêves. Pour moi, en tant qu’athlète mais surtout en tant qu’être humain, c’est la plus belle récompense.

© Coll. Garnbret

Avec près de 320 000 € récoltés, Janja Garnbret signe l’une des plus importantes campagnes caritatives jamais réalisées dans l’histoire de l’escalade.

Une nouvelle preuve que derrière la compétitrice hors pair se cache une personnalité profondément engagée, consciente de son influence et désireuse de la mettre au service des générations futures.


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Coupes du Monde 2026 dévoilées : nouveautés, retours et étapes mythiques !

20 Nov

La Fédération internationale vient de dévoiler le calendrier officiel de la saison 2026 des Coupes du Monde d’escalade et de para-escalade.

Une année dense s’annonce, marquée par treize étapes réparties sur trois continents, trois Coupes du Monde de para-escalade et le grand retour des Championnats du Monde jeunes à Arco, en Italie.


Une tournée mondiale sur trois continents

Comme le veut la tradition, la saison débutera en mai en Chine, avec deux étapes dont les lieux exacts seront confirmés d’ici quelques jours.

Le circuit se déplacera ensuite en Europe pour un été de compétitions particulièrement chargé, avec des escales à Berne (Suisse), Alcobendas près de Madrid (Espagne), Prague (République Tchèque), Innsbruck (Autriche), Cracovie (Pologne), Chamonix (France) et Koper (Slovénie).

L’automne mènera ensuite les grimpeurs en Amérique : d’abord à Salt Lake City (États-Unis), puis à Santiago (Chili), où se tiendra la dernière étape de la saison fin octobre.

© IFSC

Nouveautés et confirmations

Le format à quatre couloirs en vitesse, inauguré aux World Games de Chengdu en 2025, fera officiellement son entrée sur le circuit des Coupes du Monde à Cracovie. Une discipline spectaculaire qui promet encore plus d’action pour le public, avec deux duels simultanés sur le mur.

Côté para-escalade, trois étapes figurent également au programme : Salt Lake City en mai, Innsbruck en juin et Laval en août. Ces rendez-vous confirment la montée en puissance de la discipline sur la scène internationale, qui disputera ses premiers Jeux Paralympiques en 2028 à Los Angeles.

© IFSC

Le grand retour des jeunes à Arco

Autre moment fort de la saison : le retour des Championnats du Monde jeunes à Arco, en Italie. Le célèbre Stadium d’Arco accueillera les meilleurs espoirs mondiaux du 18 au 25 juillet pour une semaine de compétition dans les trois disciplines — bloc, difficulté et vitesse.

Enfin, la saison 2026 coïncidera avec la 20e édition des Jeux Asiatiques, qui se tiendront à Nagoya et dans la préfecture d’Aichi (Japon) du 19 septembre au 4 octobre. L’escalade y figurera pour la troisième fois consécutive, avec des épreuves de bloc, de difficulté et de vitesse.

Le calendrier 2026 des Coupes du Monde

Dates Événement Lieu Disciplines
15–16 mai Coupe du Monde para
Salt Lake City
🇺🇸 Salt Lake City — USA Difficulté
22–24 mai Coupe du Monde
Berne
🇨🇭 Berne — Suisse Bloc
28–31 mai Coupe du Monde
Alcobendas (Madrid)
🇪🇸 Alcobendas — Espagne Bloc et vitesse
3–7 juin Coupe du Monde
Prague
🇨🇿 Prague — Tchéquie Bloc et difficulté
15–16 juin Coupe du Monde para
Innsbruck
🇦🇹 Innsbruck — Autriche Difficulté
17–21 juin Coupe du Monde
Innsbruck
🇦🇹 Innsbruck — Autriche Bloc et difficulté
3–5 juillet Coupe du Monde
Cracovie
🇵🇱 Cracovie — Pologne Vitesse (4 couloirs)
10–12 juillet Coupe du Monde
Chamonix
🇫🇷 Chamonix — France Difficulté et vitesse
18–25 juillet Championnat du Monde jeunes
Arco
🇮🇹 Arco — Italie Bloc, difficulté et vitesse
28–29 août Coupe du Monde para
Laval
🇫🇷 Laval — France Difficulté
4–5 septembre Coupe du Monde
Koper
🇸🇮 Koper — Slovénie Difficulté
TBD septembre Coupe du Monde
Chine — lieu & date à confirmer
🇨🇳 Chine (TBD) Vitesse
16–18 octobre Coupe du Monde
Salt Lake City
🇺🇸 Salt Lake City — USA Bloc
23–25 octobre Coupe du Monde
Santiago
🇨🇱 Santiago — Chili Difficulté et vitesse

Une saison charnière avant 2027

Alors que les prochains Championnats du Monde sont prévus pour 2027 et que la qualification olympique pour Los Angeles 2028 n’a pas encore débuté, l’année 2026 sera entièrement tournée vers le circuit mondial.

Les compétiteurs auront ainsi l’occasion d’affiner leur forme, tester de nouveaux formats et engranger un maximum d’expérience avant les grands rendez-vous à venir.

© IFSC


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Entretien avec Janja Garnbret : entre compétitions, projets et rêves d’avenir…

19 Nov

Lors du Rock Master 2025 à Arco, nous avons eu l’occasion d’échanger avec la légende Janja Garnbret. Entre compétitions et projets en falaise, la Slovène s’est confiée sur son approche de l’escalade, ses rituels, sa vision du sport et ses envies pour l’avenir.

À Arco, après une élimination inattendue dans l’épreuve des Duels (discipline où Janja a toujours dominé et qui a été remportée cette année par l’Américaine Brooke Raboutou), la Slovène s’est imposée avec une nette avance le lendemain en bloc. Mais là où elle a le plus impressionné, c’est après le Rock Master ; Janja a réalisé la première ascension flash de “Pure Dreaming”, une voie cotée entre 8c+ et 9a !

Dans cette interview, Janja nous parle des compétitions, de ses rêves et de ses objectifs futurs.


C’est au cœur d’Arco, quelques heures après la fin du Rock Master, que nous retrouvons Janja. Assise à l’ombre des oliviers, la Slovène savoure enfin un moment de calme après un week-end intense. Souriante, détendue, elle accepte volontiers de revenir sur sa compétition, mais aussi sur ce qui la fait avancer au quotidien.

L’importance du challenge en compétition

Quand on regarde Janja Garnbret grimper, tout semble facile. Mais pour la Slovène, la facilité est presque une frustration. Ce qu’elle recherche avant tout, c’est le défi : des voies et des blocs qui la font douter, réfléchir, se dépasser. « Quand on s’entraîne pendant des années et que la voie est trop simple, on ne peut pas montrer ce pour quoi on s’est préparé. Dans ce cas-là, une petite erreur peut suffire à te priver du podium ! ».

À l’inverse, ce qu’elle apprécie le plus, ce sont les voies variées et exigeantes qui permettent à chaque compétiteur de se surpasser. “Ce sont les ouvreurs qui fixent les standards. Ce sont eux qui décident du niveau de difficulté d’une compétition ; ils déterminent si elle sera plutôt facile, aléatoire ou dure physiquement. Pour moi, c’est leur rôle de nous pousser dans nos retranchements et de tirer le meilleur de nous-mêmes”.

© Emiliano Villani

Quand on lui demande comment elle gère les (rares) moments où un bloc ne se passe pas comme prévu, Janja explique : « Je réfléchis simplement à ce qui n’a pas fonctionné et à ce que je peux faire différemment. La concentration est clé, et la musique m’aide beaucoup à me mettre dans l’état d’esprit du training, même lors d’une compétition ».

Écouter de la musique, identique à celle qu’elle écoute à l’entraînement, lui permet de se replonger dans de bonnes sensations et de retrouver son état d’esprit idéal pour grimper. “Les jours où je me sens un peu moins bien, ça m’aide à retrouver cet état d’esprit, à me reconnecter à ce moment où je me sentais forte”.

© Emiliano Villani

Mais sa passion ne se limite pas à l’escalade. En dehors de la grimpe, Janja adore la cuisine. « J’aime expérimenter de nouvelles recettes. C’est quelque chose qui me fait du bien et me permet de déconnecter un peu de l’escalade, qui prend une grande place dans ma vie ».

Mix hommes-femmes : pour le fun, pas en compétition

Nombreux sont les fans à travers le monde qui rêvent de voir Janja affronter les hommes sur des blocs ou des voies, simplement pour voir jusqu’où elle pourrait aller. Si on lui propose de participer à une compétition mixte, Janja est enthousiaste… mais avec réserve. Elle souhaite que ce soit un moment de plaisir, une session de grimpe bon-enfant, et non un affrontement officiel. « Ce serait fun de grimper tous ensemble, hommes et femmes, mais pas en compétition officielle ».

© Emiliano Villani

Elle explique que dans un cadre officiel, la perception serait biaisée : « Si je gagne, certains diraient que c’est à cause du style de la voie ; si je perds, d’autres diraient qu’on savait que je n’étais pas assez forte. Parce que l’escalade est un sport si beau, avec tant de styles différents, parfois certaines voies avantagent plutôt les femmes, parfois les hommes. Et nous pouvons tous apprendre les uns des autres. Je ne veux donc pas gâcher cet équilibre. Parmi tous les sports au monde, je pense que l’écart entre hommes et femmes en escalade est vraiment très réduit ».

Si tu veux être fort en compétition aujourd’hui, tu dois t’entraîner en salle. Avant, on pouvait encore faire les deux, mais ce n’est plus possible.

Falaise ou compétition ? Les deux !

En matière de grimpe en extérieur, Janja explique que ses priorités ont évolué : « Ces dernières années, je me suis concentrée sur les compétitions et les Jeux Olympiques, mais cette année, j’ai passé plus de temps à grimper dehors, pour repousser mes limites ».

© Emiliano Villani

Janja apprécie autant la grimpe en compétition que sur le rocher, mais elle souligne les différences : « Pour être performant en compétition aujourd’hui, il faut s’entraîner sur des prises en résine, avec des volumes, des mouvements de coordination ou dans des dalles… On ne retrouve pas tout ça sur le rocher, c’est devenu deux disciplines à part ».

En falaise, le temps n’est jamais compté et l’expérience est plus relax. Cette année, elle consacre davantage de temps à l’extérieur, tout en continuant à préparer les compétitions. “J’aime les deux, mais au fond de moi, je reste une compétitrice. Depuis toute petite, j’ai été éduquée comme ça, et je pense que quand on est compétiteur, on le reste toujours. Mais c’est sûr que le jour où j’arrêterai ma carrière — ce n’est pas pour tout de suite ! —, je grimperai surtout dehors”.

Voyages, nouvelles destinations et projets rêvés

Grande voyageuse, Janja aime découvrir de nouveaux lieux, tester des cultures et surtout goûter à toutes les cuisines du monde. Parmi ses projets en falaise, elle rêve d’enchaîner “Bibliographie” à Céüse, une voie longue et exigeante. « “Bibliographie, c’est ma voie de rêve ! Elle compte environ 80 mouvements, elle est très longue, très difficile et très atypique. C’est vraiment une ligne que je souhaite réussir ».

© Coll. Garnbret

À Arco, avec “Excalibur” tout proche, la Slovène ne cache pas son intérêt pour le 9b+ : « Je reviendrai pour essayer, même si ce n’est pas une voie qui m’excite énormément… C’est court et ça ressemble presque à un bloc long plus qu’à une voie. Mais je reviendrai certainement pour essayer, c’est le 9b+ le plus près de chez moi ».


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Les limites explosent : Jakob Schubert enchaîne un nouveau 9A bloc !

17 Nov

Décidément, le monde du bloc ne connaît aucun répit en ce moment. À peine quelques heures après notre article sur “Exodia”, le 9A+ proposé par Elias Iagnemma (et alors que l’on se demandait déjà si nous étions en train d’assister à un tournant historique) voilà que Jakob Schubert vient confirmer la tendance : oui, une nouvelle ère du bloc est bel et bien en train de s’ouvrir.

Le grimpeur autrichien vient de signer la première répétition de “Mount Doom”, coté 9A, dans la vallée de Maltatal. Un enchaînement qui confirme sa place parmi les grimpeurs les plus complets et les plus dominants de sa génération, puisqu’il est le seul avec Adam Ondra à afficher à la fois un 9A bloc et une voie en 9c à son palmarès.


“Mount Doom” : un combat épique dans le style Schubert

Ouvert en mars dernier par son compatriote Nicolai Užnik, “Mount Doom” est la version assise du célèbre “Hide and Sick” 8B+, un bloc extrêmement physique signé Jernej Kruder. Un bloc long, déversant, sur arquées… bref : 100 % dans le style de Schubert, qui ne cache pas son affection pour les lignes soutenues et exigeantes.

« Un bloc absolument incroyable ! Long, penché, à doigt, et soutenu jusqu’au top : totalement mon style », écrit-il après son enchaînement.

Mais l’Autrichien n’a pas trouvé le bloc dans son état d’origine : Janja Garnbret, également engagée dans le projet, a involontairement cassé l’un des prises clés… laissant derrière elle ce que Schubert décrit ironiquement comme « une lame de rasoir tranchante » à la place.

© Moritz Klee

Résultat : un nouveau crux à décoder, et deux jours entiers à chercher comment réinventer la séquence. Il lui faudra finalement huit jours pour enchaîner la totalité du bloc et réussir un combat qu’il qualifie lui-même de l’un des plus “épiques” de sa carrière.

Un deuxième 9A bloc… et un carnet de croix qui force le respect

Avec cette répétition de “Mount Doom”, Jakob Schubert empoche son deuxième 9A bloc, deux ans après sa répétition d’ “Alphane” en décembre 2023.

Une performance rare (et presque logique) quand on regarde son palmarès :

  • Premier grimpeur de l’histoire à avoir enchaîné un 9c en falaise et un 9A bloc.
  • Premier grimpeur à enchaîner “B.I.G.” 9c, une des trois voies les plus dures au monde
  • Champion du Monde de difficulté et du combiné en 2023.
  • Plus de 20 médailles d’or en Coupe du Monde.
  • Deux médailles olympiques (Tokyo 2020 & Paris 2024)

 

À 34 ans, Schubert continue de repousser les limites, aussi bien en falaise qu’en compétition. Et surtout : il le fait avec une constance que peu d’athlètes égalent.

© Moritz Klee

Une époque où les limites explosent !

Depuis quelques mois, le monde du bloc vit un véritable séisme. Les performances s’enchaînent à une vitesse folle, les limites explosent les unes après les autres, et ce que l’on pensait réservé à une poignée d’extraterrestres devient soudain un terrain de jeu pour une génération entière de grimpeurs affûtés.

L’ouverture d’ “Exodia” 9A+ par Elias Iagnemma, les répétitions ultra-rapides de blocs extrêmes par Will Bosi, Jules Marchaland, Nicolai Užnik, Sean Bailey, Adam Ondra ou encore Janja Garnbret, les propositions en 9A qui se multiplient… tout semble indiquer que nous sommes en train d’entrer dans une phase d’accélération sans précédent.

© Moritz Klee

Et le phénomène ne se limite pas aux hommes : côté féminin, on assiste à un moment charnière. Deux grimpeuses dominent notamment la scène mondiale et repoussent chaque jour les frontières du possible : Janja Garnbret, qui n’hésite plus à s’attaquer aux blocs les plus durs du monde et qui travaille plusieurs projets extrêmes dont “Burden of Dreams” et “Mount Doom” et Brooke Raboutou, en pleine progression, engagée dans des projets en 9A bloc également et qui semble plus proche que jamais de devenir la première à percer ce plafond mythique. Leur niveau actuel, combiné à la dynamique générale de la discipline, fait dire à beaucoup que le premier 9A bloc féminin n’est plus une question de “si”, mais de “quand”.

Entre ces ascensions hors normes, l’arrivée du tout premier 9A+, l’implication croissante des femmes dans les projets extrêmes, et un Jakob Schubert qui continue de d’impressionner… une chose est sûre : nous sommes en train d’assister, en direct, à un tournant majeur de l’histoire du bloc.

La vidéo de Nicolai Užnik dans “Mount Doom” :


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Une nouvelle ère pour l’escalade : le 9A+ bloc est né !

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Une nouvelle ère pour l’escalade : le 9A+ bloc est né !

17 Nov

C’est un tremblement de terre dans le monde du bloc. L’Italien Elias Iagnemma vient d’annoncer la première ascension d’ “Exodia” dans le Val Pellice en Italie, un bloc pour lequel il propose la cotation de… 9A+.

Si la cotation se confirme, “Exodia” deviendrait le premier 9A+ bloc de la planète, marquant une nouvelle ère dans l’évolution de l’escalade.


L’histoire d’ “Exodia” commence bien avant Elias. Le projet avait été repéré et travaillé il y a plus de dix ans par Christian Core, véritable pionnier du bloc moderne, à qui l’ont doit notamment le célèbre bloc “Gioia”. Puis, pendant des années, la ligne tombe dans l’oubli…

Jusqu’en juin 2021, lorsque l’Italien découvre à son tour cette compression sur micro-prises.

Quand j’ai découvert “Exodia”, quelque chose a cliqué en moi. C’était comme si la ligne m’appelait !

Quatre ans d’obsession et près de 200 jours de travail !

Le chiffre donne le vertige : près de 200 jours de travail cumulés sur quatre ans. Un investissement titanesque, inédit dans la carrière d’Elias… mais aussi dans l’histoire du bloc extrême.

Pour comparaison, 25 jours lui avaient suffi pour répéter “Burden of Dreams”, le premier 9A bloc de l’Histoire et 35 jours pour libérer “The Big Slamm”, autre 9A proposé début 2025.

Sur Exodia, tout change d’échelle.

Il y a eu des moments où j’ai voulu abandonner, mais j’y suis toujours retourné. Saison après saison, c’était devenu mon point de référence. Après plus de quatre ans, tout s’est enfin aligné : mon état mental, les conditions… et peut-être un peu de chance. “Exodia” est le plus grand défi de ma vie.

© Paolo Marengo

“Exodia”, qui doit son nom en hommage à l’univers Yu-Gi-Oh! dont Elias est fan, se découpe en deux sections : un 8B+ très dur, du pur style de l’Italien : des compressions sur de micro-réglettes. Après un coincement de genou, il faut ensuite enchaîner sur un 8C+ final, exigeant une précision absolue.

Elias Iagnemma, légitime pour proposer 9A+ ?

Très peu d’athlètes dans le monde ont aujourd’hui la légitimité pour proposer une cotation aussi extrême. Mais Elias en fait partie. Ses croix parlent d’elles-mêmes :

“Burden of Dreams” – 9A (2024)
“The Big Slamm” – 9A (2025, FA)
“Ephyra” – 8C+
“Gioia” – 8C/8C+
“Exodia” s’inscrit dans cette continuité… mais semble la dépasser de très loin.

© Paolo Marengo

Vers une nouvelle ère du bloc ?

Depuis l’ouverture du premier 9A en 2016, une douzaine de blocs ont été proposés à ce niveau. Mais jamais une cotation supérieure n’avait été sérieusement avancée. Sommes-nous en train d’assister à un changement de paradigme ? À la naissance du premier 9A+ confirmé ? Ou à un effort hors-norme, mais trop solitaire, qui sera décoté ?

Comme toujours, la réponse viendra des répétitions. Mais encore faudra-t-il trouver quelqu’un capable et suffisamment motivé pour se frotter à cette ligne. “J’espère que quelqu’un tentera un jour “Exodia””, confie Elias.

Malgré l’aura historique de son ascension, l’Italien reste humble :

Je ne sais pas si la cotation tiendra. J’espère seulement que d’autres grimpeurs viendront essayer, ressentir ce que j’ai ressenti, et donner leur propre opinion.

La Sportiva confirme par ailleurs qu’un documentaire est en cours de tournage sur la carrière d’Elias, sa philosophie, et son rapport presque spirituel à cette ligne.


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Laura Rogora frappe encore : deux nouveaux 8c à vue en France !

17 Nov

Parfois, les plus grandes performances naissent des journées les plus inattendues…

Alors qu’elle devait simplement se reposer et profiter d’une dernière journée tranquille à Saint-Léger-du-Ventoux, Laura Rogora a finalement signé l’une des plus grandes performances à vue jamais réalisées : deux nouveaux 8c enchaînés dans la même journée !

Un « jour de repos » devenu légendaire

“Dernier jour en France, qui ne s’est pas passé comme prévu ! J’étais censée me reposer et simplement passer du temps à la falaise avec des amis, mais en voyant le mur de Lourmarin, je n’ai pas pu résister à l’envie de grimper… Et ça s’est finalement avéré être ma meilleure journée à vue… de loin !“, a expliqué la l’Italienne de 24 ans sur Instagram.

Et quel « jour de repos » ! Au secteur de Lourmarin, Laura a enchaîné à vue :

  • “Pâques Express” 8c
  • “Free Fight Integral” 8c
  • “Vous êtes des animaux” 8b
  • “Playboy L2” 8a

Un quatuor impressionnant, en particulier les deux 8c, réalisés à vue le même jour. Un exploit que seules deux autres grimpeurs avant elle ont accompli : Adam Ondra et Janja Garnbret.

© Jan Novak

Une saison exceptionnelle

Ce double exploit vient conclure un voyage en France tout simplement monumental. Au cours de son séjour, Laura a enchaîné certaines des voies les plus emblématiques de Saint-Léger :

“Supercrackinette” 9a+, la voie mythique libérée par Alex Megos et flashée par Adam Ondra, “La Castagne” 9a+, “Le Cadafist” 9a/+, et bien sûr “La Ligne Claire” 8c+ à vue, réalisée quelques jours plus tôt. Ajoutez à cela plusieurs 8c et 8b+ réalisés à vue ou en deux essais, et vous obtenez l’un des carnets de croix les plus impressionnants de l’année.

Déjà unique au monde pour avoir enchaîné deux 8c+ à vue (“Ultimate Sacrifice” dans les Gorges du Loup et “La Ligne Claire” à Saint-Léger) Laura Rogora continue d’écrire l’Histoire. Impossible de ne pas imaginer, à ce rythme, un jour prochain où Laura Rogora signera le premier 9a à vue féminin de l’Histoire…


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