« Un truc de mecs » : des propos sexistes en plein direct d’une compétition font polémique

© Austria Climbing
Lors de la retransmission officielle de la Coupe d’Europe de vitesse à St. Pölten, un commentateur a suggéré que les femmes manquaient de motivation pour s’entraîner en salle. Des propos qui ont déclenché une vague de réactions dans le milieu, avant des excuses publiques évoquant une maladresse de langue.
Début août, St. Pölten accueille une étape de la Coupe d’Europe de vitesse : deux jours de qualifications et de finales, où se croisent les seniors et les futurs espoirs européens de la discipline. Sur le papier, un week-end de compétition assez classique, de ceux qui rythment le calendrier estival sans faire beaucoup de bruit en dehors du petit cercle des suiveurs de vitesse.
C’est pourtant ce livestream, diffusé sur les canaux officiels de la fédération autrichienne, qui va faire parler bien au-delà de ce cercle-là… et malheureusement pour de mauvaises raisons. Pendant les qualifications hommes U17, l’animateur autrichien Claudio Sunk, chargé du commentaire aux côtés d’une co-commentatrice, se met à s’interroger à voix haute sur la faible présence féminine.
« Est-ce que c’est vraiment une question d’entraînement ? », demande Sunk. « Parce que j’ai l’impression que pour les femmes, c’est plutôt… grimper en falaise, faire peut-être de la difficulté, comme loisir, c’est assez sympa, et beaucoup de femmes le font. Mais quand on arrive au niveau mondial, il faut aller à la salle, faire de la musculation, soulever des poids, tout ça… et ça, c’est plutôt un “truc de mecs”, non ? ».
Sa co-commentatrice enchaîne sur la question des sponsors et des perspectives professionnelles : « Et puis, souvent, en tant que femme, on ne peut pas vivre de son sport aussi facilement que les hommes », avant que Sunk ne conclue, s’adressant directement aux spectatrices : « Alors à toutes les filles, toutes les femmes qui nous regardent : lancez-vous dans la vitesse ou dans l’escalade de haut niveau ! Pas seulement dans le petit loisir tranquille, à grimper quelque part sur un rocher au milieu de la forêt ».
Un « truc de mecs » qui ne passe pas
La clip a rapidement circulé, et plusieurs grimpeuses de haut niveau n’ont pas mâché leurs mots. Julia Fišer, 29 ans, grimpeuse internationale en difficulté et bloc qui vient d’annoncer sa retraite du circuit Coupe du Monde, raconte être restée bouche bée devant son téléphone.
« Je l’ai réécouté encore et encore, en me disant que ça allait forcément finir par avoir un sens, que j’étais peut-être passée à côté de quelque chose », confie-t-elle. « Mais à chaque fois que je réécoutais ce qu’il avait dit, c’était encore pire ». Julia, qui grimpe depuis l’âge de 14 ans et compte déjà plus de 100 voies dans le huitième degré à son actif (dont « Tunnelblick » 8c+), résume ainsi le fond du problème : « Je ne me suis jamais demandé si j’avais ma place en salle de muscu. C’était normal pour moi. Et là, d’un coup, un homme affirme que s’entraîner dur, soulever de la fonte, c’est un « truc de mecs » ». Elle ajoute : « Je pense que la majorité des grimpeurs ne partagent pas cette opinion. Mais si ne serait-ce qu’une jeune fille abandonne l’escalade parce qu’on lui a dit qu’elle n’y avait pas sa place, c’est déjà une de trop. »
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Teresa Corti, 29 ans, ancienne présentatrice pour World Climbing maintenant au micro pour EpicTV, parle d’une « insulte manifeste » envers toutes les grimpeuses qui passent des heures en salle. « C’est encore plus énervant en l’entendant sur un live de compétition U17-U19 », déclare-t-elle. « Quel genre de motivation c’est, pour des jeunes ? C’est un manque de respect envers toute femme qui a mis du temps et de l’énergie à progresser. »
Le jour même, Teresa a publié une vidéo compilant ses séances de moonboard, de musculation et de grimpe avec, en fond sonore, la voix de Sunk affirmant que les femmes vivent l’escalade comme un loisir plutôt qu’une pratique compétitive. Et l’ironie a fait mouche : la vidéo dépasse aujourd’hui les 90 000 vues.
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Les excuses de Claudio Sunk
Contacté par nos confrères de Climbing Magazine, Sunk a répondu sans détour, présentant des excuses qu’il qualifie de sincères. Sa version : une maladresse de langue plutôt qu’un jugement assumé. « Je suis vraiment profondément désolé que mes mots en anglais aient pu être perçus comme blessants », écrit-il. « J’ai eu beaucoup de mal à formuler ma question correctement en anglais. Ce qui est sorti, ce sont des remarques stéréotypées et bien trop désinvoltes, qui ne reflètent pas ce que je pense réellement. Ce ne sont pas des mots que j’aurais jamais employés en allemand, ma langue maternelle. »
Sunk, 48 ans, est un animateur expérimenté dont la société de production, The Streamers, filmait déjà l’épreuve de St. Pölten l’an dernier. Il explique avoir voulu comprendre pourquoi tant de grimpeuses décrochent entre la pratique de loisir et le haut niveau : « Juste avant, mon experte avait fait remarquer que « les mecs » étaient si proches au classement qu’ils avaient dû tout donner en qualifications. Je pense que c’est ce qui m’a fait reprendre, sans réfléchir, l’expression « truc de mecs ». C’était une tentative maladroite de rebondir sur ce qui venait d’être dit, et avec le recul, c’était clairement le mauvais choix de mots. »
Il assure ne pas croire que les grimpeuses manquent de motivation à s’entraîner : « Je pense sincèrement que les femmes qui font de la compétition s’entraînent tout aussi dur que les hommes, quel que soit le sport. Je n’ai jamais eu l’intention de suggérer qu’elles sont moins engagées, moins ambitieuses ou moins prêtes à travailler dur. J’ai simplement échoué à exprimer clairement cette nuance en anglais, et je le regrette profondément. » Il indique qu’il ne reprendra « probablement » plus le micro pour l’escalade.
De son côté, la fédération autrichienne, Austria Climbing, a publié un communiqué présentant ses excuses pour des propos qu’elle qualifie d’« inappropriés et sexistes », tout en assumant sa responsabilité pour les avoir diffusés sur son livestream officiel. La fédération indique avoir échangé directement avec le commentateur et revoir ses procédures pour les prochaines retransmissions.
Sur le mur autrichien, les Bleus font le spectacle
Sportivement, ce week-end à St. Pölten aura aussi livré son lot de belles histoires et pour l’équipe de France de vitesse, il y avait largement de quoi sourire ! Entre seniors et jeunes, les Bleus repartent d’Autriche avec cinq médailles.
Chez les séniors hommes, Jérôme Morel monte sur la troisième marche du podium en s’imposant 5 »18 en petite finale face à l’Espagnol Miguel Gomes Barrios. Trois autres Français atteignent les phases finales sans accrocher le podium : Marius Payet Gaboriaud, battu en quart par l’Autrichien Kevin Amon (futur vainqueur de la compétition), termine 5e ; Léo Grosset, sorti en quart par Morel lui-même, prend la 6e place ; Aurélien Gayrard, éliminé par le Suisse Gilles Meili, se classe 7e. Chez les seniors femmes, seule Sarah Vouaux se qualifie pour les phases finales et s’incline en quart face à la Polonaise Natalia Bibro, pour une 7e place.
Chez les jeunes, en U19 filles, Eva-Lina Rymasz survole cette étape de Coupe d’Europe et s’offre l’or en dominant l’Ukrainienne Mariia Shymkova en 7 »58. Maélane Villedieu, sortie en quart par Rymasz elle-même, termine 7e ; Gabrielle Desbois s’arrête en quart face à l’Italienne Alice Marcelli et prend la 5e place ; Ambre Écaille, elle, chute en huitièmes face à Villedieu. En U19 garçons, deux Français montent sur le podium : Léo Grosset (décidément à l’aise ce week-end-là, entre séniors et jeunes) décroche l’argent en 5 »29, seulement 0,14 seconde derrière Gilles Meili, pendant que Florian Virapin s’empare du bronze en 5 »49 en petite finale.
Côté U17, Elena Pasturel prend l’argent en 9 »11, juste derrière l’Autrichienne Lara Haselwanter, tenante du titre européen jeunes en vitesse. Emma Mussard, elle, tombe en quart face à Haselwanter et se classe 8e. Chez les garçons, Minh Long Nguyen-Angelot et Estello Luu-Freund atteignent tous deux les phases finales avant de s’arrêter en huitièmes, respectivement 12e et 15e.
Prochain rendez-vous à Imst, en Autriche, du 4 au 6 septembre, pour la troisième étape de la Coupe d’Europe jeunes.
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