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L’escalade de compétition doit-elle être politique ? World Climbing en décidera ce 23 juillet

Manifestation pro-palestinienne devant le mur de la coupe du Monde de Chamonix en Juillet 2026 | © Arthur Delicque

Le 23 juillet 2026, une soixantaine de fédérations nationales d’escalade doivent participer à une assemblée générale extraordinaire consacrée à une question qui dépasse largement les enjeux habituels du bloc, de la difficulté ou de la vitesse : faut-il exclure Israël, la Russie et la Biélorussie des compétitions internationales d’escalade ? Avant que le débat naisse au sein des fédérations, divers collectifs de grimpeurs pro-palestiniens ont milité lors d’évènement.

D’abord à Bruxelles, où la salle Le Camp de base qui devait recevoir la Coupe d’Europe jeunes d’escalade a préféré annuler plutôt que d’accueillir la délégation israélienne. Puis ce fut au tour de l’étape de coupe du monde à Madrid, où chaque passage d’athlètes israéliens était accompagné de huées. Mais les actions qui ont fait le plus parler se sont déroulées lors de l’étape de coupe du monde à Chamonix. Elles ont scindé la communauté escalade en deux, voire trois : d’un côté ceux qui applaudissent ce militantisme, de l’autre ceux qui sont horrifiés de voir le sport se tacher de politique, et puis d’autres qui s’en désintéressent complètement, peut-être plus par gène qu’autre chose.

Parce que la rédaction de Planetgrimpe représente elle-même la communauté escalade sous toutes ses formes, les avis en interne divergent sur cette histoire de sport et de politique. Et n’en déplaise à ceux qui nous pensent obnubilés par les compétitions, nous vous proposons un article présentant les faits et les arguments de chaque bord, afin d’éclairer votre lanterne.


Une recommandation, pas encore une suspension

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il est utile de comprendre précisément ce sur quoi les fédérations nationales seront amenées à se prononcer jeudi 23 juillet.

L’assemblée générale extraordinaire du 23 juillet fait suite à un vote d’orientation au cours duquel 48 voix, soit 78,69 %, ont approuvé le principe d’une consultation sur la suspension de la Russie, de la Biélorussie et d’Israël. Cette assemblée générale extraordinaire va traiter un sujet que World Climbing aurait dû solutionner en avril dernier à Riyad, avant que les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran ne rebattent les cartes géopolitiques. Le vote fut alors reporté à décembre 2026, mais c’était sans compter sur la pression de collectifs pro-palestiniens qui interpellent depuis plusieurs mois les organisateurs et les instances internationales lors de compétitions, forçant à accélérer la tenue du vote.

D’après l’ordre du jour communiqué aux fédérations, le vote ne consistera toutefois pas à suspendre directement ces trois pays. Le Comité Exécutif a confirmé que la décision issue de ce vote ne constituera qu’une recommandation adressée à lui-même.
Autrement dit, ce que les fédérations voteront le 23 juillet n’est pas la suspension elle-même, mais une recommandation politique, la décision finale reviendra au Comité Exécutif.

Autre précision cruciale : la participation, l’éligibilité ou la suspension d’athlètes ne relève pas de cette assemblée. Les votes concernent le statut institutionnel des fédérations nationales, et non le droit de tel ou tel athlète à participer à une compétition. Dans les faits, les conséquences pour eux dépendraient largement de la décision du Comité exécutif et des règles qui seraient adoptées en cas de suspension.

Depuis le début de l’année, les collectifs de militants comme Climbers For Palestine multiplient les actions pour encourager World Climbing à suspendre la fédération israélienne d’escalade comme elle l’avait fait pour la Russie et la Biélorussie. Lors de l’étape de coupe du monde à Chamonix, les militants ont voulu frapper fort.

Manifestation pour la suspension de l’ICLA à Chamonix | © Arthur Delicque

À Chamonix, la contestation s’est affichée au grand jour

La Coupe du monde de Chamonix, organisée du 10 au 12 juillet, c’est LE rendez-vous le plus regardé du calendrier des World Climbing Series. Logique, donc, que des militants aient choisi cette étape précise pour marquer les esprits.

Sur la place de l’aiguille du Midi, une cinquantaine de personnes brandissent des banderoles et des drapeaux aux couleurs de la Palestine. Le cortège s’avance dans les rues de Chamonix en scandant des slogans vantant les valeurs humanistes de l’escalade.

Et puis peu à peu, les regards des passants et des spectateurs se tournent vers le haut. Mais pas pour observer les voies de compétition comme à l’accoutumée. Cette fois-ci, c’est un énorme drapeau palestinien qui flotte entre l’aiguille des Grands Charmoz et le Grépon qui attire les regards et alimente les conversations. Posé par des alpinistes anonymes, mais dont les revendications sont bien identifiées.

Le drapeau Palestinien, entre l’aiguille des Grands Charmoz et le Grépon, pile dans la vue des spectateurs de la coupe du monde de Chamonix | © Mélanie Cannac

Les images ont circulé rapidement dans le milieu de l’escalade et y ont révélé une fracture. L’escalade n’est pas une communauté politiquement homogène. Elle rassemble des compétiteurs, des pratiquants de loisir, des professionnels, des ouvreurs, des clubs, des fédérations et des passionnés de montagne. Tous ne placent pas la question politique au même niveau.

Israël condamné par deux instances internationales

Les collectifs mobilisés, parmi lesquels Climbers for Palestine, s’appuient principalement sur deux types d’arguments : la situation générale à Gaza et en Cisjordanie, d’une part, et le rôle supposé de la fédération israélienne dans certaines activités liées aux territoires occupés, d’autre part.

Remontons quelques mois en arrière. En septembre 2025, une commission d’enquête indépendante mandatée par l’ONU publie un rapport dont les conclusions sont sans appel : les actions d’Israël en Palestine y sont qualifiées de génocide. Quatre des cinq critères juridiques du génocide sont réunis : meurtres de membres d’un groupe, atteintes graves à leur intégrité physique et mentale, conditions de vie visant à leur destruction, entraves aux naissances.

En juillet 2024, la Cour internationale de justice avait également rendu un avis consultatif concernant l’illégalité de la présence israélienne dans les territoires palestiniens occupés. Cet avis contenait également l’obligation pour les organisations internationales de ne pas reconnaître cette situation comme légale.

Ces rapports ont motivés Climbers for Palestine à investiguer sur la fédération israélienne d’escalade, ce qui a donné un rapport accablant.

Grimpeur palestinien, cible des colons israéliens sur les falaises locales  | © Climbers for Palestine

Les accusations de Climbers For Palestine visant la fédération israélienne

Dans le rapport présenté par Climbers for Palestine, trois points ressortent de ce travail d’enquête.

Le premier concerne des formations d’escalade qui auraient été organisées par la Fédération israélienne d’escalade (ILCA) pour un organisme préparant de futures recrues de l’armée israélienne. Le deuxième porte sur l’accès à certains sites d’escalade situés en Cisjordanie, où les grimpeurs palestiniens seraient soumis à des restrictions dont ne seraient pas victimes les pratiquants israéliens. Le troisième concerne le développement ou l’utilisation de sites d’escalade situés dans des territoires occupés, notamment à Beit El, Ein Prat-Ein Fara et Nahal Tmarim. Ces accusations sont également évoquées dans le documentaire Resistance Climbing que l’on vous encourage à regarder pour vous rendre compte de la situation en Israël. D’autant plus qu’il est mis à disposition gratuitement par Reel Rock.

Pour les militants, la responsabilité d’une fédération ne se limite pas à inscrire des athlètes dans des compétitions. Si elle organise des activités dans des zones contestées, coopère avec des institutions militaires ou contribue à maintenir un accès différencié aux sites d’escalade, elle participe à un système contraire au droit international.

Mais au-delà du cas spécifique d’Israël, cette controverse ravive un débat plus ancien et bien plus large : celui de la place de la politique dans le sport. Deux visions qui semblent irréconciliables s’affrontent alors. La première défend l’idée que le sport est, et a toujours été, intrinsèquement politique. La seconde estime au contraire qu’il doit rester préservé des enjeux géopolitiques, sous peine de perdre son essence. Explorons les avis de ces deux camps.

Les athlètes russes n’ont pu concourir sur le circuit international pendant 4 ans | © World Climbing

Le précédent russe et biélorusse

La présence de la Russie et de la Biélorussie dans le même ordre du jour n’est pas anodine. Elle s’inscrit dans la continuité des décisions prises d’exclure ces Nations du circuit international après l’invasion de l’Ukraine, en février 2022.

En février 2026, la fédération internationale avait levé la suspension qui frappait les grimpeurs russes et biélorusses depuis quatre ans. Cette décision ne correspondait pas à un retour complet à la situation antérieure. Les athlètes concernés devaient concourir individuellement, sous bannière neutre, sans représenter officiellement leur pays.

Le dispositif prévoyait notamment une licence neutre facturée 1 500 euros (contre 40 euros pour une licence classique) ainsi que des contrôles antidopage renforcés dont le coût pouvait atteindre 3 500 euros. Les athlètes devaient également signer une déclaration attestant qu’ils n’étaient pas engagés dans le conflit armé. Leur participation devait être validée au cas par cas par un comité consultatif.

Le Président de la Fédération internationale d’escalade, Marco Scolaris, avait résumé ce choix politique par la volonté de « soutenir les athlètes avant de chercher à sanctionner les nations ». Mais cette approche a suscité des critiques. Pourquoi appliquer un régime particulier à la Russie et à la Biélorussie alors que d’autres États sont eux aussi impliqués dans des conflits armés ou accusés de violations du droit international ?

C’est cette question de cohérence qui revient aujourd’hui dans le débat sur Israël. Si une fédération internationale sanctionne un pays dans un cas, au nom de considérations éthiques ou politiques, elle doit ensuite expliquer pourquoi elle ne prend pas la même mesure ailleurs.

Jeux olympiques de Mexico. Podium du 200 mètres masculin, de g. à dr. : Peter Norman (Australie, 2ème), Tommie Smith et John Carlos (Etats-Unis, faisant le signe du « Black Power »), 16 octobre 1968.

Camp 1 : Le sport est intimement politique

Sommes-nous plutôt derrière Janja ou Oriane ? Sorato ou Mejdi ? Et quand on voit une nation sur-représentée en finale, ne pensons-nous pas que son système sportif fonctionne ? Supporter un athlète de sa propre nation plutôt qu’un athlète d’un autre pays, c’est politique. La fraternité entre nos grimpeurs de compétition ne peut gommer ce qui se joue à plus haute instance.

Et pour cause : le système est structuré afin que le sport soit un outil politique, et ce, depuis son origine. Quand Pierre de Coubertin ressuscite les Jeux olympiques en 1896, le sport devient une manière de canaliser les rivalités entre pays dans un cadre codifié, plutôt que sur un champ de bataille. En 1945, dans un article pour La Tribune, George Orwell analysait même le sport comme étant le moyen de s’affronter sans déclencher une guerre : « Au niveau international, le sport est ouvertement un simulacre de guerre» , écrivait-il.

Aujourd’hui, la mécanique n’a pas bougé. Elle est même profondément ancrée dans les structures. Un grimpeur s’entraîne, se forme et se qualifie via une fédération nationale, souvent adossée à un ministère des Sports ou à des financements publics. Pas de fédération, pas d’accès aux compétitions internationales. Une médaille olympique vaut parfois plus, en termes d’image internationale, qu’un discours diplomatique. C’est précisément pour ça que des pays comme la Russie, la Chine ou les monarchies du Golfe investissent massivement dans le sport de haut niveau, la performance devient alors un outil de légitimité politique, une forme de soft power assumée (le soft power, théorisé par Joseph Nye, désigne la capacité d’un État à influencer les autres non par la force, hard power, mais par l’attraction, c’est-à-dire sa culture, ses valeurs, son image).

Emmanuel Macron en 2017, en plein soft power pour soutenir la candidature de Paris pour les Jeux Olympiques 2024 | © Alain Jocard / AFP

Le sport est justement l’un des vecteurs de soft power les plus efficaces. Organiser de grandes compétitions internationales, briller aux Jeux olympiques, ou investir massivement dans des clubs et événements sportifs permet à un pays de redorer son image, de projeter une influence positive, et de détourner l’attention de controverses internes ou diplomatiques. Un phénomène souvent qualifié de sportswashing lorsqu’il sert à masquer des atteintes aux droits humains.

Comment exiger une neutralité totale du sport dès qu’une question éthique se pose, alors qu’hymne et drapeau sont brandis à chaque victoire et que le classement des nations est aussi scruté que celui des athlètes eux-mêmes. La « bannière neutre » ou le drapeau olympique pour les réfugiés ne sont que des pansements à un système pensé, depuis 1896, comme une arène où les nations se mesurent symboliquement les unes aux autres.

Le sport permet de savoir ce qu’un État fait de sa population. Il permet de montrer comment un pays est capable de mettre en valeur sa société en créant des sportifs de haut niveau. Il montre également sa puissance économique et sa capacité à organiser des événements. Sur la scène internationale, le sport est un excellent moyen de montrer que l’on fait partie des acteurs de notre temps. Regarder le sport, c’est comprendre le monde. Et avec le sport, un État peut maîtriser son récit national.

Dans cette perspective, les militants estiment que le sport ne peut pas être utilisé par les États lorsqu’il s’agit de prestige, puis redevenir neutre dès qu’il est question de responsabilité. Le sport bénéficie d’une audience importante. Utiliser cette visibilité pour attirer l’attention sur une cause humaniste n’est pas une instrumentalisation, mais une forme de responsabilité morale. L’histoire regorge d’exemples où le sport a pris position, largement et durablement. Le cas le plus parlant reste l’Afrique du Sud de l’apartheid. Des années 1960 au début des années 1990, la quasi-totalité des fédérations internationales ont banni le pays de leurs compétitions. Cette mise à l’écart a largement contribué à isoler le régime et à accélérer sa chute.

Au fond, ces différents arguments convergent vers un même constat : le sport international n’a jamais été le sanctuaire apolitique que certains voudraient qu’il soit. De Coubertin aux athlètes sous bannière neutre, en passant par les boycotts historiques et les investissements massifs de certains États dans le sport de haut niveau, la politique n’est pas une intrusion extérieure dans le sport, elle en est l’un des piliers.

Alors, la question posée à World Climbing le 23 juillet n’est peut-être pas tant de savoir si le sport doit rester neutre, mais plutôt jusqu’où une fédération internationale peut fermer les yeux sur ce que portent les athlètes. Les couleurs d’un pays, certes, mais aussi malgré eux, le poids de ses choix politiques.

Marco Scolaris (à droite) et le Président du Comité internationnal olympique (CIO), Thomas Bach (au milieu) sur la même ligne politique | © Roberto Di Tondo/CONI

Camp 2 : Il faut préserver le sport des enjeux politiques

Marco Scolaris, président de World Climbing, tient une ligne depuis des années : le sport n’a pas à se substituer à la diplomatie, encore moins à juger des athlètes pour les décisions de leur gouvernement. Dans un entretien accordé à Grimper, il revient sur l’exclusion des Russes en 2022 et n’hésite pas à parler d’erreur :

« Sur la Russie, on a suivi le CIO à l’époque, et je pense qu’on a fait une erreur. Parce que quand on commence à bloquer les athlètes d’un pays, après, s’il y a une situation analogue qui arrive ailleurs, que doit-on faire ? […] Il y a 32 guerres dans le monde entier. Celle en Ukraine est la plus visible. Si on les prend toutes en compte, ça devient difficilement gérable. »

Dès que l’on ouvre la boîte de Pandore des sanctions, où s’arrête-t-elle ? Suspendre une fédération pour les actions de son gouvernement, c’est ouvrir une question qui ne se refermera pas de sitôt. La Chine et le Xinjiang (NDLR: La « région autonome ouïgoure du Xinjiang ») , l’Arabie saoudite et le Yémen, les États-Unis et leurs interventions extérieures, la liste est longue, et la cohérence voudrait qu’on l’applique à tous, ou à aucun. La comparaison entre ces situations ne signifie pas qu’elles sont identiques. Elle souligne plutôt la difficulté de définir une règle générale. Quels critères faudrait-il retenir ? La nature du conflit ? Le nombre de victimes ? La qualification juridique des faits ? Le degré d’implication de la fédération sportive ? La position du Comité international olympique ? World Climbing se retrouverait alors à devoir arbitrer, compétition après compétition, quel conflit est suffisamment grave pour justifier une exclusion. Un rôle que la fédération n’a ni la légitimité diplomatique, ni l’expertise géopolitique, ni les moyens humains d’assumer sérieusement.

Si Israël est suspendue, la prometteuse Ayala Kerem pourrait ne pas continuer sa progression | © Jan Virt/World Climbing

Sans critères transparents, les décisions risquent d’être perçues comme sélectives. Chaque nouvelle suspension pourrait alors servir de précédent à une autre demande. Ce risque n’est pas théorique. Il s’est déjà matérialisé avec la Russie et la Biélorussie, dont la suspension de 2022 a immédiatement soulevé la question du traitement différencié réservé à d’autres nations en conflit. Le retour de bâton observé aujourd’hui, « pourquoi Israël et pas d’autres pays ? », découle directement de ce premier précédent. Chaque exclusion nourrit la suivante, dans un engrenage que rien ne semble pouvoir arrêter une fois lancé.

La question de l’efficacité d’un boycott sportif reste entière. Dans le cas russe, l’exclusion sportive n’a pas entraîné de changement apparent dans la politique menée par Moscou en Ukraine. Une sanction symbolique ne constitue pas, à elle seule, un moyen de pression comparable à des sanctions économiques ou diplomatiques. Le risque est alors que la mesure pèse principalement sur les athlètes, tandis que les responsables politiques restent largement à l’écart. Les athlètes ne devraient pas être sanctionnés pour les décisions de leur gouvernement.

Une exclusion nationale toucherait directement les grimpeurs. Elle pourrait les priver de compétitions, de financements, de classement et d’opportunités professionnelles, sans exercer de pression réelle sur les autorités politiques.

Contrairement à la diplomatie ou aux sanctions économiques, le sport a ceci de particulier : il continue de faire se croiser des individus que tout, par ailleurs, sépare. Des athlètes israéliens et palestiniens, iraniens et américains, russes et ukrainiens s’entraînent parfois sur les mêmes lieux de compétition, s’affrontent dans les mêmes voies. Ce n’est pas rien. C’est peut-être l’un des seuls espaces où la rencontre reste possible, en dehors de toute médiation politique.

Exclure une fédération, c’est fermer cette possibilité, non pas pour le gouvernement visé, qui continuera ses politiques sans y prêter attention, mais pour les athlètes eux-mêmes, privés de l’un des rares terrains neutres qui leur restait.

La fameuse bannière des athlètes neutres individuels

La bannière neutre, fausse solution pour protéger les athlètes ?

La participation sous bannière neutre est souvent présentée comme un compromis. Elle permettrait aux athlètes de continuer à concourir tout en évitant de représenter officiellement leur pays.

Dans le cas russe et biélorusse, ce dispositif s’accompagne déjà de contraintes administratives et financières importantes. Coût, contrôles renforcés, déclaration sur l’honneur excluant tout engagement militaire. Or c’est précisément là que le bât blesse pour Israël : le service militaire y est obligatoire pour une grande partie de la population, hommes et femmes compris. Comment déterminer si un athlète peut être considéré comme suffisamment indépendant de son gouvernement ? Faudrait-il exclure ceux qui ont effectué leur service militaire ? Ceux qui ont servi dans une unité combattante ? Ceux qui travaillent pour une institution publique ? Ces questions ne sont pas secondaires. Elles devraient être tranchées avant toute décision.

Le coût du dispositif pose également problème. En escalade, de nombreux athlètes professionnels peinent déjà à financer une saison internationale. Une licence plus chère, des contrôles supplémentaires et la perte du soutien de la fédération nationale pourraient rendre la participation impossible pour certains d’entre eux car il est peu probable qu’une fédération soutienne toujours un athlète qui ne porte plus de drapeau.

Le choix du 23 juillet

L’assemblée générale extraordinaire du 23 juillet ne décidera pas directement de l’exclusion des trois fédérations ciblées. Elle indiquera seulement une orientation, charge ensuite au Comité Exécutif de trancher.

On peut trouver dans les deux camps des arguments qui se valent, chacun s’appuyant sur une conception du rôle du sport. Les uns y voient un espace qui doit rester préservé de la complexité géopolitique, un lieu où la compétition prime sur l’appartenance nationale. Les autres estiment qu’aucune institution, sportive ou non, ne peut se déresponsabiliser face à des violations du droit international, sous peine de se rendre complice par son silence.

Quelle que soit l’issue du vote, elle ne fera pas consensus. Une suspension sera saluée par certains comme un acte cohérent, et dénoncée par d’autres comme une dérive politique dangereuse pour l’avenir du sport. Un refus sera perçu par les uns comme une preuve de sagesse institutionnelle, par les autres comme un renoncement.

Le 23 juillet ne mettra donc pas fin au débat. Il ne fera que déplacer la question de savoir jusqu’où le sport peut, ou doit, s’engager face aux crises du monde qui l’entoure. Un débat que chaque nouvelle crise viendra inévitablement raviver.

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