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Incendies à Fontainebleau : où en est-on, une semaine après ?

©SDIS77

Une semaine. Ça paraît court, et pourtant c’est une éternité infernale pour ce qui survit et lutte dans le massif. Depuis le 11 juillet, les pompiers n’ont pas quitté le terrain, et si certains foyers commencent enfin à se stabiliser, le bilan, lui, continue de s’alourdir : environ 2000 hectares partis en fumée, des animaux en fuite et des espèces végétales protégées qui pourraient disparaitre.

Entre les zones encore sous surveillance, les questions sur l’avenir de la forêt, l’accès toujours interdit aux massifs, et une enquête judiciaire qui avance, on fait le point sur une semaine qui restera tristement dans les mémoires.


Nos cœurs avec Bleau | © Matthias Paré

Point de situation des incendies en forêt de Fontainebleau ce 18 juillet 2026

Les opérations de lutte contre les incendies se poursuivent ce samedi 18 juillet dans le massif de Fontainebleau, une semaine après le déclenchement des premiers foyers.

Feu de Noisy-sur-École : la surface parcourue reste stabilisée. Les lisières restent sous surveillance, avec quelques reprises ponctuelles liées au vent. Des odeurs de fumée peuvent encore être perçues à Noisy-sur-École, Achères-la-Forêt et Le Vaudoué. Les effectifs sont maintenus pour prévenir toute réactivation.

Feu du Grand-Parquet : la situation est stable. Les équipes poursuivent les opérations de nettoyage des lisières, en lien avec l’ONF, avec l’appui des moyens aériens.

Feu de Barbizon : le départ de feu signalé vendredi (3 hectares) reste maîtrisé et sous surveillance.

Les pompiers luttent depuis 1 semaine en forêt de Fontainebleau ©SDIS de l’Oise

Réouverture de l’autoroute A6 : fermée en urgence le 12 juillet en raison de l’incendie, l’autoroute A6 a été rouverte à la circulation le jeudi 16 juillet à partir de 20 heures, mettant fin à quatre jours de perturbations majeures pour les usagers.

Le Préfet de Seine-et-Marne renouvelle son appel à la vigilance et au respect strict des consignes de prévention. Les arrêtés préfectoraux interdisant l’accès au massif des Trois Pignons ainsi qu’aux forêts domaniales de Fontainebleau et de la Commanderie restent en vigueur.

À ce stade, le bilan global de l’incendie avoisine 2000 hectares parcourus depuis le 11 juillet, confirmant qu’il s’agit du plus important sinistre documenté dans le massif depuis plus d’un siècle. Les prélèvements réalisés sur les zones touchées ne révèlent aucune toxicité selon la Préfecture de Seine-et-Marne.

Triste paysage | © SDIS77

Combien de temps pour que la forêt s’en remette ?

Rémi Savazzi, expert national en Défense des forêts contre les incendies à l’ONF, ne cache pas la réalité : là où « tout a brûlé », il faudra compter 80, 100, voire 150 ans avant de revoir de grands arbres. Dans les zones touchées seulement en sous-étage, la repousse sera plus rapide.

L’ONF a fait un choix clair : pas de replantation systématique. L’idée, c’est de laisser la nature reprendre ses droits et de favoriser une diversité d’essences plus résistantes au changement climatique, pour une forêt capable d’encaisser les prochaines crises.

Pour la faune, l’inquiétude est réelle. Fontainebleau, ce sont 25 000 hectares d’une biodiversité exceptionnelle. Les espèces les plus mobiles ont pu fuir, mais pour les reptiles, insectes et petits mammifères, la vitesse de propagation du feu n’a laissé que peu de chances d’échapper aux zones les plus touchées.

A toute fin utile, et que vous soyez à Fontainebleau ou pas, la LPO vous explique ici comment venir en aide à un animal sauvage en détresse.

Autre chantier qui attend l’ONF dans les semaines à venir : sécuriser les arbres partiellement brûlés, qui représentent un vrai danger de chute, même une fois les flammes éteintes. C’est d’ailleurs une des raisons de l’interdiction d’accès aux massifs.

Panneau posé à l’entrée des chemins forestiers

Grimpeurs, il va falloir être patients

Les Trois Pignons, les forêts domaniales de Fontainebleau et de la Commanderie : tout reste fermé, jusqu’au 26 juillet inclus.

L’escalade parait bien futile face à ce désastre et l’envie de grimper sur les blocs serait même un acte déplacé. Le temps est à l’aide, au deuil, au respect de cette faune et de cette flore meurtris.

Et ce n’est pas une fermeture de principe. Plusieurs raisons, très concrètes, justifient que cela dure :

  • Les arbres brûlés menacent de tomber, un danger sérieux pour quiconque s’aventurerait sur zone, grimpeurs comme secouristes.
  • Des foyers résiduels sont encore surveillés activement, notamment autour de Noisy-sur-École ;
  • Les écosystèmes ont besoin de calme pour se stabiliser, sans passage humain qui viendrait perturber le processus.

Même si le grès résiste bien aux incendies et que les blocs ne devraient pas être défigurés, leur nettoyage s’annonce long. Comme en témoigne cette photo de la bleausarde Caroline Sinno qui était présente pour une interview avec France Télévision. Une interview réalisée sur les parkings rubalisés afin de respecter les lieux, tient-elle à préciser.

Présente pour une interview, Caroline Sinno, a pu se rendre compte des dégâts sur place

Quels secteurs de bloc sont potentiellement touchés ?

D’après une liste établie par nos confrères de Grimpeactu, de nombreux secteurs emblématiques de l’escalade bleausarde se trouvent dans les zones impactées ou potentiellement concernées par les incendies. On y retrouve notamment :

le Bois de la Garenne, le Bois des Grands Béorlots, le Bois des Hauts de Milly, le Bois du Rocher, le Carrefour du Guetteur, les Cavachelins, le Cimetière aux Ânes, le Comptage, le Diplodocus, la Grande Montagne, la Justice de Noisy, le Moine, le Mont Rouget, le Pignon des Poivres, la Roche aux Sabots, le Rocher Cailleau, le Rocher de la Cathédrale, le Rocher de la Tortue, le Rocher des Gros Sablons, le Rocher du Général, le Rocher du Potala, le Rocher Fin, le Rocher Guichot ainsi que les Sables du Cul du Chien.

S’ajoutent également à cette liste : la Vallée Chaude, la Vallée de la Mée, la Vallée de la Gorge aux Archers, le Bois des Petits Béorlots, la Plaine de la Haute Borne, la Gorge aux Mérisiers, la Mare aux Corneilles, le Mont Aigu, le Mont Enflammé, les Petits Feuillards, la Plaine du Puits du Cormier, le Polygone, le Rocher de la Combe, le Rocher de la Salamandre, le Rocher du Long Boyau ainsi que les Rochers et Platières des Gorges du Houx.

Une liste qui donne le vertige quand on connaît la richesse de ces spots pour la communauté grimpante. Difficile aujourd’hui d’évaluer précisément l’état de chaque secteur : certains n’ont peut-être été que légèrement touchés en lisière, d’autres beaucoup plus sévèrement. Seuls les diagnostics de terrain menés par l’ONF dans les prochaines semaines permettront d’y voir plus clair, secteur par secteur.

Autant le dire clairement : il ne faut pas s’attendre à un retour rapide sur ces spots. Le temps de sécuriser les lieux (abattage des arbres dangereux, déblaiement), et surtout, le temps que la végétation reprenne, conditionneront la réouverture progressive. Certaines zones, selon l’ONF, ne retrouveront pas leur allure d’avant l’incendie avant plusieurs décennies.

Une prise de conscience de l’impact de nos comportements est urgente ©SDIS77

Des incendies criminels ? Ce que l’on sait de l’enquête

L’enquête judiciaire avance. Le 15 juillet, la procureure de Fontainebleau, Diane Ngomsik, a annoncé que deux jeunes hommes de 18 ans, sans lien entre eux, ont reconnu leur implication dans des départs de feu à Arbonne-la-Forêt et à Fontainebleau.

Le premier, pompier volontaire sans antécédent judiciaire, a reconnu avoir « mis le feu à des brindilles avec un briquet et de l’essence » à Arbonne-la-Forêt. Le second a déclaré avoir « accidentellement mis le feu en jetant sa cigarette au niveau du Grand Parquet, à côté de la faisanderie » — un secteur emblématique de l’escalade, particulièrement ravagé par les flammes.

Les deux ont été présentés à un juge. Le parquet a demandé leur détention provisoire pour « destruction par incendie ».

Enfin, deux ouvriers de la société Aximum sont suspectés d’avoir involontairement déclenché le premier départ de feu de l’incendie, le 12 juillet, alors qu’ils intervenaient à proximité de l’A6. Selon la Procureure, ils étaient présents «pour réparer des dispositifs de retenue sur l’autoroute» à hauteur de Noisy-sur-École. La négligence fatale se alors serait produite : «Lors du tronçonnage des glissières, des étincelles auraient été générées par l’usage d’une disqueuse thermique et la végétation se serait embrasée, gagnant rapidement la forêt jouxtant l’autoroute.» explique la Procureure.

La force de la communauté bleausarde fait chaud au cœur ©RespectBleau

Comment donner un coup de main ?

Face à l’ampleur des dégâts, plusieurs collectes ont été lancées pour soutenir la restauration du massif sur le long terme et les soutiens font du bien au cœur.

On compte déjà plus de 25 000€ collectés par la communauté des grimpeurs grâce au Club du Lucane Agile de Coquibus en lien avec le Cosiroc, Respectbleau, Fanatic climbing, Climb with us, le Salon de l’escalade…
👉 Participer à la collecte sur HelloAsso

La Fondation du Patrimoine, a elle, déjà récolté l’incroyable somme de 380 000 € avec sa collecte « Sauvons la forêt de Fontainebleau » .Cette collecte vise à financer la régénération naturelle, la sécurisation des zones sinistrées et la préservation de la biodiversité du massif.

👉 Faire un don sur fondation-patrimoine.org

L’ONF, quant à elle, agit à l’échelle Nationale et incite à soutenir la restauration des forêts publiques frappées par le feu.

👉 Faire un don sur onf.fr

Chaque don compte. La forêt de Fontainebleau aura besoin, selon les experts de l’ONF, de plusieurs décennies pour retrouver son visage d’avant l’incendie. Grimpeurs, riverains, amoureux du massif : la mobilisation de tous sera déterminante pour cette reconstruction qui s’annonce longue.

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Publié le : 18 juillet 2026 par Matthias Paré

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