Record : Leo Cea, 13 ans, devient le plus jeune grimpeur à enchaîner un 9a+ !

© Ori Breluru
Le jeune Chilien Leo Cea vient de boucler « No Pain No Gain » 9a+ dans le secteur Ventanas de Rodellar, en Espagne. Avec cette performance, il devient le plus jeune grimpeur de l’Histoire à atteindre cette cotation, alors que le précédent record du genre, celui d’Adam Ondra, tenait depuis 2008 !
Il est un peu plus de 8 heures, le 2 septembre, à Ventanas. Le jour n’est même pas complètement levé que Leo Cea s’échauffe déjà dans la voie (une habitude prise ces derniers jours pour fuir la canicule qui écrase Rodellar depuis fin août). Il redescend, souffle et part pour son premier essai sérieux de la matinée. Cette fois, il atteindra le relais de la voie, son premier 9a+.
Six jours de travail sur ce deuxième voyage espagnol, une pause studieuse au Frankenjura entre les deux, et une méthode bien rodée pour éviter les 35 degrés de l’après-midi : lever avant l’aube, marche d’approche dans le noir, échauffement pendant qu’il fait encore frais, un ou deux essais avant que le mercure ne s’emballe. Ce matin-là, la formule a fonctionné à la perfection. « No Pain No Gain », 9a+ et Leo Cea, 13 ans, 1,47 m, qui devient le plus jeune grimpeur de l’Histoire à atteindre ce niveau de difficulté.
40 mètres de grimpe en plein toit
« No Pain No Gain » fait partie des classiques incontournables de Rodellar. Une ligne d’une quarantaine de mètres qui traverse l’immense toit du secteur Ventanas, avant de se conclure par une section résistante sur petites réglettes. La voie a été équipée en 2002 par Dani Fuertes et Alejandro Giménez, mais il aura fallu attendre juin 2017 pour que Fuertes lui-même en signe la première ascension et propose la cotation de 9a+.
Depuis, la liste des répétiteurs s’est étoffée avec du beau monde : Gonzalo Larrocha (deuxième ascension, quelques mois après celle de Fuertes), Piotr Schab, Jonatan Flor, Jorge Díaz-Rullo, Seb Bouin, Antoine Kauffmann, Martin Tekles, Álex Ventajas, ou encore Anak Verhoeven, première femme à en venir à bout. Plus récemment, Enrique Beltrán et Laura Rogora s’y sont également essayés avec succès.
Sa petite taille a obligé Leo à réinventer une partie des méthodes : là où les autres répétiteurs placent des coincements de genou dans la section la plus dure, ses 1,47 m ne le lui permettaient pas. Il a fini par trouver une séquence alternative, avec des talons très hauts.
Trois mois de préparation entre l’Espagne et le Frankenjura
L’histoire commence en juin, lors d’un premier passage à Rodellar où la famille Cea comptait initialement grimper à Santa Linya. Mais la chaleur précoce les a redirigés vers Rodellar, réputée plus fraîche. Leo y découvre « No Pain No Gain » et tombe immédiatement sous le charme du style. Un imprévu vient toutefois limiter son travail : un spit se descelle en plein milieu du crux, l’empêchant de tenter la voie en intégralité pendant plusieurs jours. Il faudra l’intervention d’un local, Uri Maraver, pour la refixer et permettre à Leo d’enchaîner les essais complets sur la fin du séjour. Il rentre en Allemagne avec la voie « bien en tête » et une furieuse envie d’y retourner.
De retour au Frankenjura (où la famille s’est installée près d’Erlangen, à deux pas des falaises et de la Frankenjura Academy d’Alex Megos, comme on le racontait déjà l’an dernier à propos de « Wallstreet ») Leo enchaîne fin juillet « Shangri-La » 8c+, puis « Roof Warrior » et « Battle Cat » 8c chacune, entre séances sur le spraywall et sorties rocher avec Megos et Simon Weisser. Son entraîneur, le Chilien Daniel Serman, continue de superviser sa préparation à distance depuis Santiago.
Lever avant l’aube, pour fuir la canicule
Le second voyage, prévu sur une dizaine de jours fin août, se heurte d’abord à la même chaleur. La famille bascule alors sur un rythme matinal strict : réveil en pleine nuit, approche dans le noir jusqu’à Ventanas, pour grimper vers 8 heures dans des températures proches de 20 degrés plutôt que les 35 de la mi-journée.
Le 31 août, Leo réalise une séance « charnière » : il monte très haut dans la voie dès son premier essai de la journée, puis chute dans le premier crux au second, mais avec à la clé, la découverte d’un talon qui sécurise enfin le mouvement le plus engagé de la voie. Un jour de repos plus tard, Leo passe proprement le premier crux, puis retrouve sa nouvelle méthode dans la section qui l’a fait chuter le plus souvent depuis le début du projet.
« La voie demande beaucoup de force, mais pour moi l’endurance était vraiment la clé. En réalité, les mouvements les plus difficiles n’étaient pas ceux du premier crux, mais ceux de la sortie du toit. On y arrive complètement cramé, après avoir déjà passé plusieurs sections dures, et il faut encore enchaîner une séquence assez complexe », a confié Leo après son ascension.
Une fois cette sortie de toit passée, plus de doute : il ne tombera pas. Le même voyage lui aura aussi permis de flasher « Ixeia » 8b+ et d’enchaîner à vue plusieurs 7c+, histoire de rappeler que sa forme du moment ne se limitait pas à un seul projet !
Un record historique !
Le 9a+ n’a jamais vraiment été un terrain de jeu pour adolescents. Adam Ondra en avait posé le jalon en 2008 avec « La Rambla », à 15 ans et cinq jours (un record resté quasiment intouché pendant près de deux décennies). Le Tchèque Pepa Šindel s’en était approché de très près en novembre 2022, avec « Chiroptera » 9a+ à Súľov, en Slovaquie, à 15 ans, 1 mois et 2 jours.
Il y a aussi le cas d’Andrea Chelleris, qui avait grimpé « Pure Dreaming Plus » à 13 ans en 2022 (une voie alors proposée à 9a/+), considérée depuis comme la référence pour cet âge-là, même si l’Italien, désormais âgé de 17 ans, n’est jamais retourné plus haut depuis.
Avec « No Pain No Gain », Leo Cea grimpe donc désormais plus fort, plus jeune, sur une voie dont la cotation est entièrement confirmée et consensuelle. Son carnet de croix avoisine maintenant sept voies dans le neuvième degré, parmi lesquelles « Tecnoking » (Las Chilcas, 2024, son tout premier 9a à 11 ans), « Era Vella » (Margalef, 2024), « Víctimas Pérez » (Finestra, 2025), « Trip Tik Tonic » (Gorges du Loup, 2025) ou « Underground » (Arco, 2026), complétée par 22 lignes entre le 8c et 8c+.
Et maintenant ?
La rentrée scolaire approche, mais le programme escalade ne s’arrête pas pour autant : direction Siurana pour le Tenaya Climbing Festival, avec peut-être un passage à Arco à Noël. L’an prochain, Leo rêve de découvrir Céüse et Saint-Léger, en France. Et il ne compte pas non plus délaisser la compétition : en juin, il a décroché le titre allemand U15 et une nouvelle échéance l’attend dès ce mois de septembre.
Reste un objectif bien précis, qu’il formule sans détour : boucler enfin un 9a directement au Frankenjura, « qui est vraiment dur ». De quoi occuper les prochains mois d’un adolescent qui gère, en apparence, tout cela avec un calme déconcertant. Son père René, lui, veille au grain : « C’est évidemment une énorme responsabilité pour nous, en tant que parents. On fait très attention à ce que Leo vive l’escalade avant tout dans un cadre familial, qu’il ne passe pas trop de temps sur les réseaux sociaux, et que son entraînement reste adapté à son âge. » Une prudence qui n’empêche visiblement pas les records de tomber.
« Je crois qu’une des raisons pour lesquelles je reste aussi motivé à m’entraîner et à chercher des projets, c’est tout simplement que j’adore grimper. Et voir ce que d’autres grimpeurs forts arrivent à réaliser, ça m’inspire énormément », confiait Leo après son ascension.
À 13 ans, il n’a visiblement pas fini de nous inspirer non plus !
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