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Jules Marchand propose 9b+ pour « King Kang » à Flatanger

© Johan Nilsson

Un énorme jeté et une proposition à 9b+ : à Flatanger, en Norvège, Jules Marchaland vient de signer la première ascension de « King Kang », un projet d’Adam Ondra. Après deux jours de découverte l’an dernier, quatre journées supplémentaires lui ont suffi pour venir à bout de cette ligne explosive, qui serait, si la cotation se confirme, la voie la plus difficile de son carnet de croix. Une réussite très rapide, qui n’avait pourtant rien d’évident : une blessure au gros orteil juste avant le départ et la crainte de s’enfermer dans un projet où tout se joue sur un mouvement avaient mis à mal sa motivation. Mais finalement, la croix est faite, et avec la manière ! Du jeté décisif à ses hésitations sur la cotation, Jules a répondu à nos questions et revient sur une ascension qui figurait parmi ses grands objectifs de l’année.


Sur ton post Instagram, tu disais que c’est Adam Ondra qui t’en a-t-il parlé. Qu’est-ce qui t’a donné envie d’en faire l’une de tes lignes de rêve ?

C’est d’abord Lucien Martinez qui m’en a parlé, puis Adam. Ils avaient discuté du projet ensemble, et je devais aller à Flatanger quelque temps après. J’en ai donc parlé avec Adam, qui me l’avait vraiment bien vendu !

J’aime les mouvements dynamiques et explosifs, surtout dans les voies courtes. Je savais que ça pouvait vraiment me plaire et j’étais curieux de voir à quoi ça ressemblait.

Tu peux nous décrire la voie, notamment ce fameux jeté : les prises, la distance, le mouvement et ce qui le rend aussi difficile ?

On commence dans le départ de « Odin’s Eye », la partie du début vaut environ 8b, puis on arrive à un endroit avec plusieurs possibilités de repos, dont un très bon coincement de genou. On peut vraiment bien récupérer, avant d’aller dans le crux de « Kangaroo’s Limb » qui vaut environ 8A bloc. Ensuite, il y a encore quelques mouvements pour aller se mettre en place pour le jeté, est la cotation monte autour de 8A+ bloc.

Je pense qu’il y a environ 2,10 mètres entre la prise de main gauche et la prise d’arrivée, et autour de 2 mètres depuis la main droite.

L’an dernier, j’avais d’abord essayé le jeté avec la main droite, sans réussir. Puis j’ai essayé par erreur avec la main gauche. Je me suis rendu compte que ça me convenait mieux et j’ai assez rapidement réussi le mouvement de cette façon.

Tu dis que tout semble se jouer sur un seul mouvement. À quel point l’escalade qui précède le jeté change-t-elle sa difficulté par rapport à un essai du mouvement isolé ?

La section qui précède le jeté doit être autour de 8A+ bloc. Ce n’est pas extrême, mais il y a un mouvement assez aléatoire, qui demande beaucoup de précision.

Ça suffit à entamer ta force maximale. Or, le jeté est vraiment un mouvement de force maximale : il faut être presque à 100 % de ses capacités pour l’exécuter parfaitement.

L’an dernier, j’avais réussi le mouvement isolé, mais l’enchaîner avec la fatigue du début me paraissait assez impensable. Je m’étais donc concentré sur la variante de gauche, « Kangaroo’s Limb », en 9a+, que j’avais réussie le dernier jour du séjour.

© Johan Nilsson

Après deux jours l’an dernier, quatre jours supplémentaires ont suffi. Qu’est-ce qui a fait la différence cette année : une nouvelle méthode, ta forme, les conditions ou autre chose ?

L’an dernier, j’étais malade et j’avais une cruralgie, au point de ne plus pouvoir lever la jambe. J’avais consacré environ deux jours au jeté, en allant notamment le travailler après mes essais dans l’autre voie.

Cette année, quelques mois avant de venir, j’étais très motivé par « King Kang ». Mais à l’approche du séjour, j’avais un peu moins envie de m’y remettre. J’avais beaucoup essayé « Biographie » cet été, en tombant toujours sur le même mouvement, et vécu la même chose dans « Rastaman » l’année précédente.

J’avais peur de repartir dans un projet où tout se joue sur un seul mouvement. Tomber toujours au même endroit, sans vraiment voir de progression, peut être difficile mentalement. Je pensais donc plutôt varier les voies.

Puis, cinq jours avant de partir, je me suis fait une entorse au gros orteil en forçant sur un mouvement en inversée. Il s’est retourné dans mon chausson, j’ai entendu un craquement et j’ai eu très mal. Pendant quelques jours, je pouvais à peine marcher.

En arrivant, je ne pensais pas pouvoir beaucoup grimper. Mais dans « King Kang », la douleur restait supportable. Je me sentais bien dans le jeté et dans les mouvements précédents, et mon pied ne me gênait pas vraiment. C’était surtout ça, la priorité : trouver quelque chose que je pouvais grimper sans avoir mal. Dans les autres voies, les nombreux coincements de genou qui sollicitent beaucoup le pied me posaient davantage problème.

En tout cas, c’était un projet vraiment classe. Le faire aussi vite m’a permis d’éviter la phase de doute et la peur de tout investir dans une voie sans être sûr de pouvoir la réussir.

C’est un dilemme que j’ai souvent : est-ce que j’ai envie de m’engager dans un projet que je ne ferai peut-être pas, alors qu’il y a beaucoup d’autres voies qui me donnent envie ? J’aime aussi grimper plein de voies différentes.

Tu évoques des hésitations à proposer 9b+. Qu’est-ce qui te faisait douter, et quels éléments de ta discussion avec Adam t’ont convaincu ? 

Je ne me sentais pas vraiment légitime pour annoncer 9b+. J’avais l’impression que les grimpeurs de 9b+ étaient meilleurs que moi. J’en ai beaucoup discuté avec Adam. C’est peut-être la seule personne à qui je fais confiance à 100 % sur les cotations. Avec les copains, on l’appelle « le pape » !

Il a trouvé les mots pour me faire comprendre que le mouvement était vraiment très dur et qu’il correspondait exactement à mon style. Je savais que c’était difficile et que ça me convenait particulièrement bien, mais proposer 9b+ n’était pas évident. Plusieurs grimpeurs très forts avaient essayé le projet sans poursuivre. Je savais donc que cette cotation était possible.

Je pense aussi que ça ouvre une nouvelle fenêtre sur le très haut niveau en voie. C’est clairement du bloc avec une corde, qui conviendra particulièrement aux bloqueurs et aux grimpeurs explosifs. Dans son style, ça n’a rien à voir avec les autres 9b+ qui existent jusqu’ici.

Quelle place cette première ascension prend-elle dans ton parcours, et quelle est la suite pour toi ?

C’était l’un de mes principaux objectifs de l’année, donc je suis très heureux d’être allé au bout. Je suis surtout content d’avoir grimpé un projet aussi beau dans un lieu mythique, et qu’il s’agisse en plus d’un projet d’Adam. C’est vraiment génial.

Pour la suite, j’ai envie de repasser un peu en mode bloc et de reprendre sérieusement l’entraînement. Depuis que j’ai arrêté la compétition, il y a un peu plus d’un an, je me suis assez peu entraîné. J’avais repris après mon séjour aux États-Unis, en février-mars, mais je me suis fait mal à un doigt en mars. Depuis, de petites douleurs me font hésiter à serrer les prises. À l’entraînement, je ne vais pas toujours au bout de mes efforts, parce que j’ai peur de me blesser et que je préfère me préserver.

J’ai hâte de rentrer à Grenoble : ça fait trois mois que je ne suis pas rentré chez moi. J’ai passé beaucoup de temps dans mon projet des gorges du Loup et dans « Biographie ». J’aimerais bien m’entraîner, puis faire du bloc au Tessin cet hiver et grimper un peu en Espagne, dans des voies courtes. L’idée est d’alterner entre la voie et le bloc.

Il me reste aussi une bonne semaine à Flatanger. J’essaie la première longueur de « Change », autour de 9a+, très belle et assez historique. J’espère la réussir avant de partir. Ensuite, j’aimerais retourner un peu dans Biographie avant de reprendre l’entraînement.


Avec déjà de nombreux 9a à son actif, un 9b avec « Le Bruit de l’Acid » et un 8C bloc flash avec « Power of Now Direct », Jules Marchaland franchit une nouvelle étape en proposant 9b+ pour « King Kang ». En bloc comme en falaise, ses performances ne laissent plus guère de doute : Marchaland s’impose désormais parmi l’élite mondiale, et on a déjà hâte de le voir à l’oeuvre dans ses prochains chantiers !

Publié le : 28 septembre 2026 par Charles Loury

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