Rencontre avec Giovanni Placci, l’homme en forme du moment !

© Chris_xxx
Giovanni Placci fait partie des grimpeurs en forme du moment. Après un été prolifique (vice champion d’Europe de difficulté, un 9a flash à La Saume et quatre 9a en 4 jours en Italie), le voilà du côté de La Ramirole, dans le Verdon, où il s’attaque à son projet du moment, « La Rage d’Adam ». L’occasion pour nous de le contacter pour en savoir plus sur sa manière d’aborder l’escalade, son approche du flash et ses futurs projets.
Dans quel état d’esprit étais-tu pour ce séjour en Italie ? Tu disais vouloir jouer au jeu du flash : pourquoi cette envie ?
J’avais envie de profiter un peu de l’escalade en falaise avant de me concentrer sur « La Rage d’Adam ». Quand tu travailles un projet, tu passes presque tout ton temps dans une seule voie. Or, j’aime aussi découvrir des falaises et grimper des lignes différentes.
La Stazione et Albenga se trouvaient sur notre route vers La Ramirole, en France. C’était donc l’occasion de s’y arrêter avec Filip Schenk et Giorgio Tomatis (ndlr. deux grimpeurs de l’équipe italienne).
On m’avait dit que les conditions étaient bonnes à La Stazione en septembre et que l’escalade y était très directe et physique. Il y avait trois 9a : un plutôt facile, un intermédiaire et un assez dur. Je me suis dit : pourquoi ne pas essayer de les flasher ? J’aime le flash parce qu’il me procure des sensations proches de celles que je retrouve en compétition. J’aime cette pression sur le rocher, et réussir une voie difficile dès le premier essai me rend vraiment fier. Et puis j’ai aussi l’impression que cette pratique est un peu délaissée. Aujourd’hui, on s’intéresse surtout à la difficulté des voies enchaînées, et le flash a peut-être perdu un peu de sa valeur. En bloc, avec Adam Ondra et d’autres, il semble reprendre de l’importance, et j’aimerais que ce soit aussi le cas en falaise.
C’est vraiment une compétence à part entière, différente du travail d’une voie et je suis toujours très impressionné quand quelqu’un flashe une ligne difficile, et moi, à titre perso, j’ai envie de jouer à ce jeu-là.
Tu as finalement enchaîné quatre voies en 9a en neuf essais. On imagine que tu étais loin de ton niveau maximal ?
Oui, je pense que ces voies étaient en dessous de ma limite. Je suis vraiment en forme en ce moment. Je me suis beaucoup entraîné pour les compétitions, et ça m’aide énormément à devenir plus fort et à arriver en bonne condition en falaise une fois la saison terminée.
Ces voies ne m’ont pas paru extrêmement difficiles. J’ai enchaîné chacun de ces 9a dans la journée et j’étais proche du flash dans les trois voies de La Stazione, particulièrement dans « Vivi si Muore », où j’ai zippé au dernier mouvement.
Je sens que j’ai beaucoup progressé. Cette année, j’ai davantage travaillé la force des doigts sur les réglettes, car je veux vraiment réussir « La Rage d’Adam », mais du coup, ce travail porte aussi ses fruits dans les autres voies.
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Comment as-tu préparé ces tentatives flash ? Avec des vidéos, les méthodes d’autres grimpeurs ou simplement en analysant les mouvements depuis le sol ?
C’est justement l’une des difficultés du flash : il faut quelqu’un qui puisse bien t’expliquer les méthodes, te montrer les mouvements et éventuellement brosser les prises.
Pour cette fois, la préparation n’était pas idéale. Dans « Vivi si Muore », un ami travaillait la voie et pouvait me donner des informations. Pour les autres, j’avais moins de vidéos et j’ai eu peu d’occasions d’observer les mouvements.
J’ai un peu regretté de ne pas avoir davantage attendu pour « Prima Classe ». En prenant une journée de plus, avec quelqu’un pour mieux me montrer la voie, elle aurait peut-être été relativement facile à flasher pour moi.
Mais une préparation vraiment complète demande beaucoup de disponibilité aux personnes qui t’accompagnent : prendre des photos des prises, expliquer différentes méthodes, voire les essayer pour toi. C’est ce qui s’était passé cet été dans « The Famous Gem » (ndlr le 9a flash qu’il a réalisé à La Saume). Trois amis essayaient la voie, chacun m’avait donné des méthodes et ils avaient pris des photos. Mais tu ne peux pas demander ça à chaque fois. Cela prend du temps et ça peut devenir contraignant pour les autres.
Pour cette fois en Italie, je n’avais pas forcément les méthodes les mieux adaptées à mon gabarit. Filip et Giorgio n’ont pas la même taille que moi, ce qui complique les choses. J’en tire une leçon : à l’avenir, je garderai peut-être certaines voies que je pense pouvoir flasher pour une occasion où je serai avec mon frère. Il a le même gabarit que moi et un style plus proche du mien, donc il peut vraiment me montrer des méthodes adaptées.

© Alberto Di Guida
Tu nous disais avoir zippé au dernier mouvement de Vivi si Muore. Peux-tu nous raconter ce moment ? Avec le recul, que t’a-t-il manqué ?
C’était vraiment nul !
Le mouvement était assez facile, mais on distinguait mal la prise. Elle est très bonne, mais assez haute, tout en haut de la voie. Je manquais peut-être de confiance. Je n’étais peut-être pas assez détendu et je n’ai pas suffisamment fait confiance à mes pieds. C’est peut-être pour ça que j’ai zippé. Ou alors c’était simplement une zipette parce que les conditions n’étaient pas extraordinaires. Je ne sais pas.
En tout cas, j’avais déjà la dernière prise dans la main : j’avais quasiment fait la voie ! C’était dingue.
Ça n’a pas été facile à vivre car Filip l’avait flashée avant moi. Même si nous sommes très amis et que nous nous aidons beaucoup, la comparaison est forcément là, juste devant toi.
Mais j’essaie toujours de rester positif. Ça fait partie du jeu : le flash est difficile et tu ne peux pas réussir à chaque fois. C’est aussi ce qui le rend aussi gratifiant quand ça marche. J’ai été énervé pendant une demi-heure, et puis c’est passé. L’escalade, c’est du plaisir, alors on continue !
Après avoir flashé The Famous Gem cet été, ton état d’esprit a-t-il changé lorsque tu te retrouves au pied d’un nouveau 9a ?
Oui, je me sens désormais capable de flasher davantage de 9a. Avec la compétition, on travaille toute l’année cette capacité à réussir dès le premier essai. Je pense que c’est vraiment l’un de mes points forts.
Mon style se prête aussi bien à la falaise : j’aime les réglettes et les petits mouvements, et avec mon expérience en compétition et de bonnes méthodes, je pense pouvoir réussir davantage de flashs à ce niveau. Je trouve ça fou de voir à quel point les choses peuvent évoluer. Après « The Famous Gem », puis ce séjour, j’ai gagné énormément de confiance. J’ai vraiment envie d’aller plus loin.
J’aimerais aussi tenter « Super Crackinette » flash (ndlr. 9a+ à Saint Leger du Ventoux). Je ne sais pas encore quand, mais je l’essaierai, c’est certain.
Tu as décrit La Stazione comme une falaise déversante à réglettes qui met vraiment la force physique à l’épreuve. C’était vraiment ton style du coup !
Oui, mon escalade repose beaucoup sur la force des doigts, et j’aime le dévers. Je ne suis peut-être pas le meilleur grimpeur techniquement, mais je peux être fluide et bien grimper dans les murs raides. Je m’y sens plus à l’aise que dans les profils moins déversants. La Stazione me correspond donc très bien.
En revanche, la quatrième voie se trouvait à Albenga, à environ une heure de là, et son style était complètement différent.
« Narcissus » ne correspond vraiment pas à mon style. L’enchaîner au troisième essai m’a donc rendu très fier, peut-être même davantage que les autres, justement parce que les voies de La Stazione me convenaient beaucoup mieux.
Où en es-tu actuellement dans « La Rage d’Adam » ? Quels enchaînements de sections as-tu réussis, et quel est le principal obstacle qui te sépare encore de la croix ?
Je suis sur place en ce moment et ça se passe bien. Je sens que le travail réalisé cette année, notamment sur la force des doigts, porte ses fruits. L’an dernier, j’avais réalisé mes meilleurs essais à la fin du séjour. Cette fois, dès ma quatrième journée, je suis allé deux mouvements plus loin.
Il me reste environ quatre mouvements, qui ne sont pas extrêmement difficiles. Pour moi, le principal problème, c’est le croisé, si je le réussis bien, j’ai une chance d’enchaîner. Je l’ai déjà passé quatre fois pendant ce séjour, mais il m’arrive encore trop souvent de mal négocier ce passage. Lors de mon dernier bon essai, j’avais mal saisie la prise, mais suffisamment bien pour continuer. Il faut vraiment que j’arrive à me concentrer pour mieux appréhender cette section.
Mon problème actuel, c’est vraiment ce fichu croisé ! Si je le fais correctement, je pense avoir de bonnes chances d’enchainer la voie.
Sur mon meilleur essai, j’ai passé le croisé, déplacé les pieds, fait le mouvement suivant, puis chuté sur celui d’après. Il me reste environ quatre mouvements et je suis très positif. En plus, j’ai davantage de temps cette année et je serais vraiment content de faire la croix.
Pourquoi avoir choisi cette voie comme projet ?
Tout simplement parce que j’aime les belles voies. J’aimerais être un grimpeur qui choisit ses lignes pour leur qualité, comme Chris Sharma. J’ai besoin qu’une voie soit à la fois belle à regarder et belle à grimper. Pour moi, « La Rage d’Adam » réunit les deux.
Il y a deux ans, Adam Ondra et Jakob Schubert venaient ici pour essayer « DNA » et ils m’ont invité à les rejoindre. C’est à cette occasion que j’ai vu la voie et que je me suis dit : allez, on y va ! Il y a aussi le fait que personne n’a encore répété une voie de Seb dans le 9b ou au-delà. Être le premier serait vraiment génial, il faut donc que je l’enchaîne avant Jakob !
Jakob l’a essayée au printemps et, d’après ce qu’il m’a dit, elle pourrait être un 9b+ plutôt accessible dans la cotation. De mon côté, je ne sais pas. Je ne me focalise pas trop sur le chiffre et je trouve la différence entre 9b/+ et 9b+ difficile à apprécier. Je n’ai pas assez d’expérience pour me prononcer.
Ce que je sais, c’est que même cette année, alors que je suis nettement plus fort, la voie me paraît toujours extrêmement difficile. Elle est beaucoup plus dure que « Erebor » (9b) et que toutes les voies que j’ai déjà réalisées.
Elle exige que je grimpe vraiment très bien et que je sois très fort. Je n’avais encore jamais vécu un tel processus. Jusqu’ici, « Erebor » était mon projet le plus long : il m’avait demandé dix jours. Dans La Rage d’Adam, j’en suis déjà à vingt.
C’est mon premier véritable projet à ma limite. Ça m’apprend beaucoup sur moi-même : à être patient, à faire confiance au travail accompli et à apprécier aussi les mauvaises journées. Parce qu’il y en a beaucoup, et qu’il faut quand même y prendre du plaisir. Sinon, la vie devient pénible !
As-tu déjà discuté des méthodes avec Seb Bouin ?
Pas vraiment. J’ai regardé sa vidéo, mais Seb a un gabarit complètement différent du mien. Ses méthodes ne me seraient donc pas forcément très utiles : nous sommes des grimpeurs très différents.
J’ai aussi regardé quelques autres vidéos et trouvé une méthode qui fonctionne bien. Je pense que celle que j’utilise aujourd’hui est la meilleure pour moi. En tout cas, je reste un mois sur place, et j’espère que ce sera suffisant !
Vous l’aurez compris, Giovanni Placci est prêt à en découdre, et vu sa forme du moment, « La Rage d’Adam » pourrait bien tomber dans les prochains jours. Mais à ce niveau de difficulté, rien n’est jamais joué d’avance : une prise mal travaillée, un pied qui zippe ou des conditions peu favorables peuvent suffire à compromettre plusieurs essais. Alors à vos pronostics !
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