« Yeah Man » 8b+ : Katherine Choong vient à bout de l’une des plus belles grandes voies de Suisse

© Rémi Degenne
Le 27 juillet dernier, Katherine Choong a bouclé en une journée « Yeah Man » (8b+, 350 m), dans le massif des Gastlosen, en Suisse. Cinq ans après avoir cru que cette voie ne serait jamais pour elle, la Suissesse referme un chapitre entamé en 2020… et pas vraiment de la manière la plus confortable qui soit !
Huit longueurs déjà avalées, les avant-bras en feu : il reste encore la plus dure des neuf à grimper, un 8b+ d’une cinquantaine de mètres, tout en délicatesse, au sommet d’une grande voie de 350 mètres. Jim Zimmermann, son partenaire du jour, vient de s’y essayer et chute à quelques mouvements du relais…
Katherine Choong, elle, est déjà convaincue que la journée s’arrête là. C’est elle-même qui raconte ce moment, dans un message qu’elle nous a envoyé directement : « Au pied du 8b+, après avoir enchaîné toutes les longueurs précédentes, j’étais persuadée que c’était terminé. »
Une voie qui l’a longtemps snobée
« Yeah Man » n’est pas une inconnue dans le petit monde des grandes voies suisses. Ouverte à la fin des années 1990 par les guides François Studemann et Guy Scherrer sur la face nord du Grand Pfad, dans le secteur du Pfadfluh (canton de Fribourg), elle a été libérée en 2004 par Josune Bereziartu et Ricardo Otegui. Il aura fallu attendre 2010 et Giovanni Quirici pour la première intégrale à la journée, puis 2019 pour voir Cédric Lachat en signer la première répétition. Au programme : neuf longueurs, dont quatre d’affilée dans le 8e degré (8a+, 8a, 8a, 8b+).
Katherine Choong (championne du monde jeunes en 2009 et restée au niveau international jusqu’en 2021) l’avait déjà dans le viseur depuis longtemps, et la voie l’avait déjà recalée une fois. « La première fois que je suis venue dans cette face, en 2020, je suis repartie convaincue que je n’y remettrais jamais les pieds. Les mouvements étaient tout simplement trop morpho pour moi, sans aucune alternative » déclare-t-elle, du haut de ses 158 cm.
L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais « Yeah Man » n’a jamais cessé d’être dans un petit coin de sa tête. Alors en 2025, elle revient avec Cédric Lachat pour une journée entière de recherche de méthodes, concentrée sur la dalle en 8a : « Je n’arrivais toujours pas à faire les mouvements, mais pour la première fois, cela ne me semblait plus impossible, seulement incroyablement difficile ».
Le syndrome de l’imposteur
Début juin 2026, direction le Chalet du Soldat, au pied des Gastlosen, avec son partenaire Jim Zimmermann, pour deux semaines d’essais. Deux semaines qui, sur le moment, ressemblent plus à un échec qu’à une préparation : « Il m’a fallu un temps fou pour trouver mes propres méthodes, et nous étions encore loin d’enchaîner la voie. J’ai commencé à douter de moi, ce fameux syndrome de l’imposteur qui s’insinue parfois en moi ».
Retour à la maison, retour au travail, puis des week-ends égrenés à revenir tenter sa chance… Et le 27 juillet, rien n’annonçait un exploit : « Je ne me sentais pas du tout en forme dès les premières longueurs. » Une pluie fine s’invite avec le brouillard et la dalle en 8a de la sixième longueur devient franchement glissante… À tel point que Katherine y tombe trois fois, elle qui n’y était encore jamais tombée, avant de l’enchaîner à son quatrième essai de la journée, déjà cuite.
« Mon esprit refusait d’abandonner »
C’est dans cet état qu’elle se présente au pied du 8b+ final. La chute de Jim juste sous le sommet aurait pu servir d’excuse toute trouvée pour remettre l’ascension à un autre jour. Elle produit l’effet inverse. « J’étais tellement impressionnée par l’essai de Jim que je ne pouvais pas juste abandonner, même si je me sentais vraiment épuisée, raconte Katherine Choong. Mouvement après mouvement, j’ai continué à me battre. Je tremblais sur chaque prise, mes bras me suppliaient de lâcher, mais mon esprit refusait d’abandonner. »
Elle rejoint la dalle finale, celle-là même où elle avait chuté la semaine précédente, complètement écartelée pour attraper des prises trop loin pour sa taille. C’est là que trois de ses amis, postés au sol, se mettent à l’encourager. « Cela m’a donné la force de continuer et, j’ai fini par atteindre le sommet. » Voilà comment se boucle, dans la douleur et à l’arraché, six ans d’histoire avec une grande voie qui n’a jamais rien cédé facilement !
Katherine Choong a mené en tête les quatre longueurs du 8e degré (7a+, 7b+, 7b+, 7c, 8a+, 8a, 8a, 8b+, 7a pour l’intégralité des neuf longueurs), le duo grimpant en réversible sur le reste.
Elle tient à remercier François Studemann et Guy Scherrer pour l’équipement de « ce chef-d’œuvre », toute l’équipe du Chalet du Soldat, et Jim Zimmermann : « Je n’aurais pas pu rêver meilleur compagnon pour partager cette aventure ».
Le palmarès des grandes voies de Katherine Choong
- « Tarragó » 8b+, Montserrat, 2025
- « Piz dal Nas » 8b, Titlis (Engelberg), 2025
- « Zahir » 8b+, Wendenstöcke, 2024
- « La Fiesta de los Metallos » 8b, Gorges du Verdon, 2024
- « Hattori Hanzo » 8b+, Titlis (Engelberg), 2022
- « La Ramirole » 8b, Gorges du Verdon, 2022
- « 6.4 Sekunden » 8b/8b+, Fürenwand (Engelberg), 2021
- « Une Jolie Fleur dans une Peau de Vache » 8b, Gorges du Verdon, 2021
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