William Bosi réussit le crux de “Silence” : le 9c d’Adam Ondra n’a jamais été aussi proche !

© Band of Birds
Le plus célèbre 9c du monde est-il en train de céder ? Il y a quelques jours, William Bosi a réussi le célèbre crux de « Silence », la première voie cotée 9c de l’Histoire. Une avancée majeure qui fait du Britannique le grimpeur le plus proche d’une répétition.
Mais que représente réellement cette performance ? La voie est-elle désormais envisageable ? Et que pense Bosi du niveau réel de « Silence » ? Nous avons contacté directement l’intéressé, qui a accepté de répondre à nos questions en exclusivité !
Depuis sa première ascension par Adam Ondra en septembre 2017, « Silence » n’a cessé de fasciner le monde de l’escalade. Première voie cotée 9c de l’Histoire, le projet norvégien est devenu une sorte d’Everest du très haut niveau : tout le monde en parle, mais personne n’est encore parvenu à atteindre son sommet…
Neuf ans plus tard, la situation pourrait-elle être en train de changer ?
William Bosi vient en tout cas de franchir une étape majeure en réussissant à passer le célèbre crux de la voie. Une performance qui fait du Britannique seulement le troisième grimpeur à venir à bout de cette section mythique, après Adam Ondra et Stefano Ghisolfi.
Sur Instagram, Bosi annonçait :
Crux de “Silence” 8C+ ✅🤯 Après environ 20 séances réparties sur deux voyages, j’ai finalement réussi le crux et, honnêtement, c’est l’un des blocs les plus difficiles de ma vie. Même si ce n’est qu’une petite partie de la voie dans son ensemble, cela représente une étape énorme pour moi et, désormais, l’enchaînement complet me semble possible !
Le passage clé de la voie
Le crux de « Silence » est probablement l’une des séquences les plus célèbres de l’Histoire de l’escalade moderne.
Situé au cœur de la voie, ce pas de bloc d’une dizaine de mouvements concentre une grande partie de la difficulté du projet. Adam Ondra l’avait initialement estimé autour de 8C bloc. Stefano Ghisolfi avait déjà réussi cette section en 2024 en utilisant une méthode légèrement différente de celle du Tchèque.
Bosi va même un peu plus loin en proposant aujourd’hui une difficulté de 8C+ pour cette seule séquence. Une évaluation qui témoigne de l’extrême exigence du passage lorsque l’on sait que le Britannique possède déjà à son actif cinq blocs dans le neuvième degré, dont « Burden of Dreams » 9A, première ligne de ce niveau de l’Histoire.
“Silence” : bien plus qu’un simple crux
Pour autant, réussir le crux ne signifie pas que la répétition est imminente. Longue d’environ 45 mètres, « Silence » est une véritable succession d’épreuves ! La voie débute par près de vingt mètres de 8b+, avant d’enchaîner plusieurs sections de bloc très difficiles reliées par des repos plus ou moins efficaces.
Réussir le crux principal de la voie est donc une condition nécessaire, mais très loin d’être suffisante. C’est d’ailleurs ce qui explique pourquoi, malgré les tentatives de certains des meilleurs grimpeurs du monde — Stefano Ghisolfi, Seb Bouin, Jakob Schubert ou encore Pete Whittaker — personne n’a encore réussi à assembler toutes les pièces du puzzle.
Adam Ondra lui-même décrivait « Silence » comme « le projet de sa vie » et avait dû modifier profondément son entraînement pour s’adapter aux contraintes uniques de la voie, notamment en travaillant sa mobilité, ses positions extrêmes et certains mouvements totalement inhabituels.
Une première répétition imminente ?
Depuis plusieurs mois, les signaux sont pourtant de plus en plus encourageants pour William Bosi. Lors de son premier séjour à Flatanger, il avait déjà impressionné en apprenant rapidement l’intégralité des mouvements du crux. Puis, il y a quelques semaines, il annonçait avoir découvert une nouvelle méthode lui permettant d’éviter ce qu’il considérait comme la section la plus difficile du passage.
Cette nouvelle méthode semble avoir complètement changé sa perception du projet. Le Britannique reste prudent et répète qu’il s’agit d’un projet de plusieurs années. Mais pour la première fois, il évoque ouvertement la possibilité réelle d’un enchaînement.
Alors, William Bosi sera-t-il le premier homme à répéter « Silence » ? Personne ne peut encore répondre à cette question. Mais une chose paraît désormais certaine : jamais depuis Adam Ondra un grimpeur n’avait semblé aussi proche de résoudre le plus célèbre des 9c.
« Cette voie est clairement à un niveau supérieur à tout ce que j’ai essayé » : William Bosi répond à nos questions !
Réussir le crux de « Silence » est une chose. Comprendre ce que cela change réellement dans la perspective d’un enchaînement en est une autre. Cette réussite marque-t-elle un véritable tournant dans le projet ? Le Britannique se sent-il désormais proche d’une répétition ?
Pour en savoir plus, nous avons contacté directement William Bosi, qui a accepté de répondre en exclusivité à nos questions.
PG : tu décris le crux de « Silence » comme l’un des blocs les plus difficiles de ta vie. Comment se compare-t-il aux blocs les plus durs que tu as réalisés ou travaillés auparavant ?
Will : Même si je pense effectivement que c’est l’un des blocs les plus difficiles que j’ai réalisés, le crux de “Silence” est tellement unique et étrange qu’il est très difficile à comparer. D’un point de vue purement physique, certains mouvements individuels dans des blocs comme “Burden of Dreams” ou “Realm of Tor’ment” sont plus difficiles.
Mais comprendre comment bouger correctement dans “Silence” demande beaucoup plus de temps. Je pense que c’est une séquence bien plus technique, avec différents styles de mouvements. Et surtout, les mouvements restent extrêmement physiques, donc réussir à les assembler demande énormément de temps.
PG : Dans ton dernier post, tu expliquais que réussir le crux rend désormais l’enchaînement complet envisageable. Qu’est-ce qui a changé mentalement après cette réussite ?
Will : Avant, j’avais réussi le crux en deux parties qui se chevauchaient, mais cela restait tellement aléatoire que réussir toute la séquence semblait encore trèèèès loin. Et si le crux paraissait déjà hors de portée, alors ajouter une voie de 25 mètres en 8b+ juste en dessous semblait tout simplement impossible !
Le fait de réussir enfin cette séquence a tout changé. Je sais maintenant qu’elle fonctionne réellement et que je continue à apprendre quelque chose à chaque séance. Même si j’ai encore beaucoup de travail devant moi, je sais qu’avec le temps le crux pourra devenir presque régulier. Et c’est indispensable pour espérer réussir la voie.
PG : Tu as eu besoin d’environ vingt séances réparties sur deux voyages pour réussir le crux. Quel a été selon toi le facteur principal ?
Will : Trouver ma propre méthode dans le crux a vraiment ouvert la porte, mais le temps passé à apprendre les mouvements reste le facteur le plus important. Même si j’avais trouvé cette méthode dès le premier jour, je ne pense pas que j’aurais réussi le crux lors de mon premier voyage. L’entraînement physique effectué avant mon second séjour a aussi clairement fait la différence…
PG : Maintenant que le crux est réussi, où se situe selon toi le principal défi ?
Will : Pour l’instant, le crux reste clairement le principal obstacle. J’ai réussi à le faire deux fois avant de quitter la Norvège, donc je sais qu’il est répétable. Mais j’ai besoin de l’assimiler encore plus avant d’envisager sérieusement des essais du bas.
Lors de mon prochain voyage, je passerai encore la majorité de mon temps à travailler cette section, tout en essayant progressivement de construire des liaisons plus longues.
PG : Avec les progrès réalisés aujourd’hui, as-tu le sentiment que l’enchaînement complet pourrait arriver plus tôt que ce que tu imaginais au départ ?
Will : C’est difficile de mettre une échéance sur quelque chose dont je savais dès le début que ce serait un projet de plusieurs années. Mais oui, cette nouvelle méthode a clairement ouvert la possibilité d’un enchaînement beaucoup plus rapide que ce que j’imaginais auparavant. Cela dit, il me reste encore énormément de travail !
PG : Le fait d’avoir réussi le crux te permet-il aujourd’hui de mieux comprendre pourquoi Adam Ondra a proposé la cotation de 9c ?
Will : Oh oui ! Cette voie est de très loin la plus difficile que j’ai essayée. Elle est clairement à un niveau supérieur à tout le reste.
J’ai essayé six ou sept voies dans le 9b+ ainsi que beaucoup d’autres 9b, et aucune ne me paraît même proche de ce que représente “Silence”.
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