Nina Arthaud enchaîne son troisième 8B+ bloc avec « Hazel Grace »

© Clément Lechaptois
Nina Arthaud vient d’ajouter une ligne de plus à son carnet croix, et pas n’importe laquelle. Direction Gottardo, en Suisse, où elle nous raconte en exclu ce qu’il a fallu pour venir à bout de « Hazel Grace », son troisième 8B+.
Deux fissures qui se croisent en diagonale sur un bloc de granit haut perché dans les Alpes suisses : il n’en fallait pas plus pour que la ligne devienne, en quelques saisons à peine, l’une des plus courues du secteur. Ouvert en 2017 par Giuliano Cameroni, « Hazel Grace » a cette année-là décidé d’attirer tout le monde en même temps… Et cet été, c’est au tour de notre Française d’y ajouter son nom.
Ce qui frappe, à écouter Nina Arthaud le raconter, c’est à quel point « Hazel Grace » ressemble à deux blocs collés bout à bout. Le bas, très à doigts est presque taillé pour elle. La fin, elle, part dans un tout autre registre : du calage et des mouvements plus physique.
Elle ne s’en cache pas : « De base c’est un bloc qui me motivait beaucoup parce que la ligne est visuellement très belle et que le cadre est incroyable, et quand j’ai pu essayer les mouvements je me suis rendue compte que c’était très fun à grimper et que ça pouvait plutôt bien me convenir. La première partie a rapidement bien marché pour moi, mais j’ai eu plus de mal dans la suite qui est plus physique et avec des mouvements plus tricky. » Alors elle fait ce que font tous les grimpeurs face à une section récalcitrante : elle travaille le passage, encore et encore, jusqu’à ce qu’il arrête de lui résister. « Je me suis donc surtout concentrée là-dessus jusqu’à ce que la fin devienne fluide, puis seulement j’ai commencé à faire des runs du bas. »
Et un jour, tout bascule sans prévenir. « C’était le dernier run que je prévoyais de faire cette séance-là. Le début s’est passé parfaitement et donc je savais que j’avais mes chances pour la suite. Je me suis battue et j’ai rien lâché jusqu’en haut. » La suite, elle la résume en quatre mots : « J’en revenais pas d’être au sommet, super contente ! ».
Son troisième 8B+ bloc
Nina n’en est pas à son coup d’essai. Après avoir longtemps couru les Coupes du Monde de difficulté (avec notamment deux finales à son actif) elle a raccroché son maillot de l’équipe de France dès la fin de la saison 2021 pour se consacrer entièrement au bloc extérieur. Depuis, elle engrange : « Compass North » 8B+ à Fionnay en 2024, puis un été 2025 solide à Bishop avec « The Swarm » 8B/+ et « Direct North » 8B+, deux highballs qui font partie des classiques de Grandma Peabody.
« Hazel Grace » est donc son troisième 8B+, et elle en devient, au passage, la quatrième femme à en venir à bout, après Shauna Coxsey, Lucia Dörffel et l’Américaine Michaela Kiersch, qui l’a elle aussi réalisé cet été. « Hyper reconnaissante d’avoir pu essayer ce bloc et pour les journées passées là-bas, entourée de belles personnes », confie Nina, avant d’ajouter s’être sentie « super inspirée par toutes les filles qui l’ont fait avant moi ».
Il faut dire que « Hazel Grace » a une histoire plus tordue qu’il n’y paraît. Le bloc a d’abord été repéré par Dave Graham, qui voulait en tirer un départ assis baptisé « Project X » (un nom emprunté au dessin formé par les deux fissures qui se croisent). Mais l’Américain a fini par laisser tomber. C’est Giuliano Cameroni qui reprend le projet des années plus tard et livre, en 2017, la version debout que tout le monde grimpe aujourd’hui : le 8B+ de « Hazel Grace ». Pas rassasié, il y ajoute en 2021 une version assise nettement plus corsée, estimée entre 8C et 8C+. Sacrée revanche pour une ligne que son découvreur avait un jour jugée trop compliquée pour lui.
Un troisième 8B+ en trois ans pour Nina, ça commence à ressembler à un joli rythme de croisière. La suite, on la suivra avec plaisir !
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