Plus de 12 000 spectateurs, une cinquantaine de nations, deux soirées de compétition… mais réduire les 40 ans du Rock Master aux Duels et au KO Boulder serait passer à côté d’une bonne partie de ce qui s’est joué à Arco pendant trois jours.
Car cette année, le Rock Master a largement débordé du Climbing Stadium. Dans le Village, dans les rues du centre-ville, autour d’un café ou au pied des falaises, il se passait presque toujours quelque chose. Nous étions sur place pendant tout le week-end et, après vous avoir raconté les compétitions, on avait envie de vous emmener cette fois dans tout ce qui gravitait autour.
Parce que pendant trois jours, nous avons souvent eu cette sensation : ne jamais vraiment savoir où regarder. Samedi après-midi, par exemple, Francesco Ponzinibio frappe le buzzer du mur de vitesse en 4 secondes et 84 centièmes. Record d’Italie ! Au même moment, quelques mètres plus loin, dans la Talk Area, on parle innovation avec Savage Climbing qui présente ses brosses modulaires et télescopiques pensées pour le bloc, avec une démonstration directement sur le mur. Un peu plus loin, des enfants de 4 ans découvrent la slackline, tandis que des grimpeurs testent les nouveaux chaussons Simond sur le spray wall installé à l’entrée du Village. Dans les rues du centre historique, d’énormes affiches racontent quarante ans d’histoire de l’escalade.
Le Rock Master version 2026, c’est exactement ça : un festival où il se passe plein de choses en même temps, et où la compétition, aussi spectaculaire soit-elle, n’est qu’une porte d’entrée parmi d’autres. Les Duels, le KO Boulder et le Legacy Talk, on vous les a déjà racontés en détail. Ici, on parle de tout le reste.
Et il y avait de quoi faire !
Pendant trois jours, Arco n’a parlé que d’escalade
Dès le vendredi après-midi, le Village commence à se remplir autour du Climbing Stadium. Plus de vingt exposants, des prises, des cordes, des baudriers, des chaussons, de quoi manger, un mur pour les enfants… mais surtout beaucoup de monde qui se croise. Athlètes, marques, grimpeurs, familles, anciens champions : pendant trois jours, tout ce petit monde finit par partager le même espace.
Pour les plus jeunes, un espace « Let’s Play » permet de découvrir la slackline avec la Slackline Trentino Team ou le skate avec le crew Go Fast. À quelques mètres, les talks s’enchaînent. On parle de l’histoire de SportRoccia et des premières compétitions, du métier d’ouvreur avec « Behind the Wall », d’innovation avec Savage Climbing ou encore de montagne avec Nicola Tondini.
Et puis, au fond du Village, il y a cette grande « Community Wall ». Nous sommes passés devant un nombre incalculable de fois pendant le week-end. Au fil des heures, les signatures et les petits messages s’y accumulent. « Send some love », peut-on lire en haut du panneau. Dimanche, quelques chaises seront installées juste devant. On y reviendra.
Mais l’une des forces du Rock Master, c’est justement de ne pas tout concentrer derrière les barrières du stade. Le samedi matin, le « CleanUp Rock Master » donne par exemple rendez-vous aux Massi di Prabi, un secteur de grimpe situé au pied du Monte Colodri, à quelques minutes du centre d’Arco. D’énormes rochers de calcaire y offrent aussi bien des blocs que des lignes équipées. C’est ici qu’un grand nettoyage du site était organisé. Plusieurs « Rock Adventures » permettent également au public de passer de spectateur à grimpeur : première expérience en falaise, activités pour les enfants, via ferrata du Colodri ou encore initiation aux grandes voies.
Pour nous, l’immersion avait même commencé bien avant l’ouverture officielle du festival. Quelques jours plus tôt, j’avais eu la chance de participer au workshop international d’ouverture organisé à Arco avec Jacky Godoffe et Marco Erspamer. Plusieurs journées passées à ouvrir, tester, discuter et confronter nos façons de travailler avec des ouvreurs venus de différents horizons. Une expérience suffisamment dense pour mériter un article à elle seule, et sur laquelle on reviendra prochainement.
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Boire un café avec ceux qui ont écrit l’histoire
Pour célébrer les 40 ans, il fallait évidemment regarder en arrière. Mais plutôt que d’enfermer les souvenirs dans une exposition ou derrière une scène, le Rock Master a eu une idée toute simple : faire revenir ceux qui ont écrit son histoire et les mélanger au public.
Les « Climbing Espresso » en sont probablement le meilleur exemple. Vendredi, sur la Piazza III Novembre, Lynn Hill s’installe autour d’un café. Le lendemain matin, c’est Yuji Hirayama que l’on retrouve sur le Piazzale Segantini. Puis dimanche, direction la Biblioteca Civica pour retrouver Didier Raboutou, Robyn Erbesfield et leur fille Brooke.
Pas de grande scène et pas vraiment de distance non plus. Pendant ce week-end, on pouvait littéralement partir boire son espresso dans le centre d’Arco et tomber sur ceux qui ont écrit une partie de l’histoire de notre sport.
Difficile de faire plus Rock Master.
Et le samedi après-midi, le stade remonte encore un peu plus le temps. Lynn Hill, Yuji Hirayama, François Legrand, Muriel Sarkany, Didier Raboutou et Robyn Erbesfield sont réunis pour « Meet the Masters ». Cette fois, certains remettent même les chaussons. Voir ces grimpeurs revenir sur les murs d’Arco, parfois plusieurs décennies après leurs premières compétitions ici, avait forcément quelque chose d’un peu particulier. Le lendemain, lors du Legacy Talk, Yuji Hirayama plaisantera d’ailleurs sur le fait qu’il avait encore « prouvé » la veille qu’il savait grimper. Le sourire dans le public en disait long…
Et pendant ce temps-là, le spectacle continue
Évidemment, difficile de parler du Rock Master sans revenir au stade. Les deux grandes soirées, on vous les a déjà racontées : Filip Schenk qui bat Adam Ondra pour une petite seconde dans les Duels, Jessica Pilz qui prend sa revanche sur Brooke Raboutou, puis le lendemain Pilz qui signe le doublé et Ondra qui décroche sa neuvième victoire au Rock Master lors du KO Boulder.
Mais autour de ces deux rendez-vous, le mur ne reste jamais longtemps silencieux. Le samedi après-midi, les FASI Speed Record Hunters réunissent les meilleurs spécialistes italiens avec un objectif : aller chercher le record national. Les essais s’enchaînent. Puis Francesco Ponzinibio frappe le buzzer : 4″84. Nouveau record d’Italie ! Matteo Zurloni descend lui aussi sous l’ancienne marque avec 4″90, tandis que Luca Robbiati complète le podium en 5″05. Chez les femmes, Giulia Randi s’impose en 6″76 devant Sara Strocchi et Agnese Fiorio.
Un record national battu au beau milieu de l’après-midi, dans ce qui n’est même pas la compétition principale du week-end…
Vendredi soir, le Village se transforme en piste de danse pour la Warm Up Party by Skylotec. Le lendemain, après le KO Boulder et la séance de dédicaces, changement d’époque avec « Rock Master Rewind », la soirée années 80 organisée par La Sportiva. Après deux jours à courir entre le stade, la salle de presse, les talks, le Village et les différents rendez-vous, on commence sérieusement à comprendre pourquoi il est presque impossible de tout voir !
Le choc des générations
Le dimanche matin, changement d’ambiance. Les grimpeurs ont quitté le mur du KO Boulder et, avec « The Fun Bloc », ce sont les amateurs qui peuvent venir grimper dans des blocs ouverts spécialement pour l’occasion.
Quelques heures plus tard, nous retournons vers cette fameuse Community Wall devant laquelle nous sommes passés tout le week-end. Des chaises ont été installées devant les centaines de signatures. Le programme annonce un « Legacy Talk ». Adam Ondra troque les chaussons contre le micro et prend le rôle de modérateur pour faire parler ceux qui ont écrit l’histoire de la compétition avant lui. Lynn Hill, Yuji Hirayama, François Legrand, Muriel Sarkany, Didier Raboutou, Robyn Erbesfield… puis Brooke Raboutou, qui rejoint ses parents sur scène. Nous nous sommes assis devant eux et, pendant près d’une heure, nous avons simplement écouté.
Après le bruit des deux soirées de compétition, ce moment beaucoup plus calme racontait finalement assez bien ce que représentaient ces 40 ans.
Quelques minutes plus tard, nouvelle activité ! Cette fois, ce sont plus de 80 jeunes athlètes de moins de 15 ans, venus de 14 nations, qui prennent possession du mur du KO Boulder. Les légendes viennent de raconter leurs souvenirs, les meilleurs grimpeurs actuels ont grimper sur ce même mur la veille… Maintenant, place aux U15 pour la première compétition internationale de cette catégorie.
Stefano Bresciani, président de Rock Master, parle d’ailleurs dans son bilan d’un « passage de témoin » et de la volonté d’impliquer davantage les nouvelles générations.
Trois jours dans la bulle du Rock Master
Puis, progressivement, le Village se vide. Les stands ferment, les athlètes repartent et le Climbing Stadium retrouve peu à peu son calme.
Après trois jours à courir d’un rendez-vous à l’autre, c’est presque étrange. Plus de 12 000 spectateurs sont passés par Arco pendant le week-end. Plus de 50 nations étaient représentées. Il y a eu deux grandes soirées de compétition, un record d’Italie, des légendes, des talks, du yoga, de la falaise, des enfants sur des slacklines, des champions autour d’un espresso et même une soirée années 80.
Mais au moment de repartir, ce ne sont finalement pas tellement les chiffres que l’on retient, c’est plutôt cette sensation d’avoir vécu pendant trois jours dans une petite bulle où tout tournait autour de l’escalade. À Arco, ce week-end-là, on pouvait croiser Lynn Hill en allant boire un café, voir Adam Ondra se balader en ville, grimper sur le fronton emblématique d’Arco le lendemain matin puis s’asseoir pour écouter les légendes de la compétition.
Grazie Arco. Et à l’année prochaine !
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