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Vient-on de vivre le mois le plus fou de l’Histoire de l’escalade ?

- Le 31 octobre 2026 -

© Coll. Schubert

Deux 9c pour Jakob Schubert, un 9A+ avalé en quatre jours par Adam Ondra, le premier 9a+ trad confirmé de l’Histoire, trois ascensions de « Rhapsody » en une semaine, des premiers 9a, des 9b qui tombent… Et si octobre 2026 avait été le mois le plus incroyable jamais vécu par le monde de l’escalade ?

Ces dernières semaines, les performances se sont succédé à une vitesse folle. Au point qu’on a parfois eu du mal à suivre… Alors, avant de tourner définitivement la page de ce mois d’octobre, retour sur quelques semaines qui resteront, à n’en pas douter, dans les mémoires !


On se souviendra d’octobre 2026 comme d’un mois où l’on finit par trouver normal qu’un grimpeur enchaîne un 9c en live sur Youtube, qu’un autre répète en quatre jours un bloc qui avait demandé 211 séances à son ouvreur, ou qu’une voie mythique, restée pendant des années réservée à une poignée de grimpeurs, soit répétée trois fois de suite en une semaine.

À peine avait-on terminé de raconter une performance qu’une autre venait déjà lui voler la vedette… Et pas des moindres ! Alors forcément, une question nous trotte dans la tête depuis quelques jours : a-t-on déjà connu un mois aussi riche en performances de très haut niveau dans toute l’Histoire de l’escalade ? Difficile de l’affirmer avec certitude… Mais quand on regarde ce qui vient de se passer aux quatre coins de la planète, il y a de quoi se poser sérieusement la question.

© Cameron Maier

Et pour prendre la mesure de cette folie, commençons par une petite falaise écossaise, où une voie mythique a connu une semaine pour le moins mouvementée.

En Écosse, « Rhapsody » tombe trois fois en une semaine !

Dumbarton Rock, Écosse. Le 1er octobre, Buster Martin s’élance dans « Rhapsody », une voie qui a marqué l’Histoire de l’escalade traditionnelle britannique.

Libérée en 2006 par Dave MacLeod, elle était alors devenue la première voie cotée E11 au monde. Un niveau d’engagement rarement atteint à l’époque, avec une section finale extrêmement difficile, estimée autour de 8c+, et surtout une dernière protection située bien bas, rendant la chute particulièrement dangereuse.

Pourtant, ce 1er octobre, Buster Martin vient à bout de la voie. Une belle performance, qui prend encore une autre dimension quand on connaît son parcours : quelques mois plus tôt, il avait enchaîné « The Journey », 9b, à Margalef de quoi devenir le premier grimpeur à réaliser un 9b et une voie de trad E11 au cours de la même année. Pour couronner le tout, il enchaînait également « Requiem » (E8) et « Cop Out » (E9) dans la même journée !

© Monoculture Films

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Six jours plus tard, le 7 octobre, c’est au tour de l’Allemande Lara Neumeier de s’attaquer à « Rhapsody ». Après seize jours de travail réparties sur deux séjours, elle réussit à son tour l’enchaînement, devenant la première femme à venir à bout de cette voie.

Et comme si deux ascensions ne suffisaient pas, quelques heures plus tard, son compagnon de cordée Nemuel Feurle atteint lui aussi le sommet ! La veille, il était pourtant tombé à un mouvement de la fin, encaissant un vol de 25 mètres !

Trois ascensions de « Rhapsody » en l’espace d’une semaine, dont une première féminine. Pour une voie qui ne comptait jusque-là qu’une poignée de répétitions en vingt ans, difficile d’imaginer plus belle semaine. Et dire que le mois ne faisait que commencer…

Jakob Schubert entre un peu plus dans l’Histoire avec un deuxième 9c

Pendant que les grimpeurs britanniques et allemands s’illustraient sur le rocher écossais, un Autrichien était en train d’écrire une nouvelle page de l’Histoire quelques milliers de kilomètres plus au sud.

© Michael Piccolruaz

Direction le Verdon, et plus précisément La Ramirole. C’est ici que Seb Bouin avait libéré « DNA » en avril 2022, après un investissement colossal : près de 200 jours de travail et quelque 250 essais. À l’époque, le Français proposait la cotation de 9c, faisant de cette ligne l’une des voies les plus difficiles de la planète.

Depuis, personne n’avait réussi à la répéter… Personne, jusqu’à Jakob Schubert ! L’Autrichien, qui avait déjà marqué les esprits en 2023 avec la première ascension de « B.I.G. », 9c à Flatanger, vient de réaliser la deuxième ascension de « DNA ». Et voilà donc Schubert devenu le premier grimpeur au monde à avoir enchaîné deux voies cotées 9c… Rien que ça ! Comme pour « B.I.G. », l’Autrichien a partagé ses essais avec le public, en retransmettant son run victorieux en direct sur YouTube.

Et pendant que Schubert repoussait les limites de la difficulté en falaise, Adam Ondra s’attaquait, lui aussi, à un morceau d’Histoire. Avec une approche… légèrement différente…

Adam Ondra, quatre jours pour faire tomber « Exodia »

Souvenez-vous. En novembre 2025, l’Italien Elias Iagnemma annonçait avoir réalisé la première ascension d’« Exodia », un immense bloc situé à Rifugio di Barbara, en Italie. Huit mètres de dévers à 60 degrés, 25 mouvements et, surtout, un investissement presque inimaginable : 211 séances de travail ! Au terme de cet acharnement, Iagnemma proposait la cotation de 9A+, ce qui faisait d’« Exodia » le premier bloc de ce niveau au monde.

© Petr Chodura

Il aura fallu moins d’un an pour qu’un certain Adam Ondra vienne y mettre les mains. Et là, difficile de ne pas rester bouche bée face à la performance du Tchèque… Quatre jours : c’est le temps qu’il lui aura fallu pour venir à bout de ce bloc qui avait demandé plusieurs années d’efforts à son ouvreur ! Alors bien sûr, Ondra n’est pas arrivé complètement à l’aveugle. Iagnemma lui avait présenté les mouvements et expliqué ses méthodes quelques semaines auparavant. Mais tout de même !

Comme si ça ne suffisait pas, Ondra a livré son verdict : pour lui, « Exodia » vaut plutôt 9A. Une décotation qui fait forcément parler, mais que le Tchèque prend soin d’expliquer avec beaucoup de respect pour le travail de son prédécesseur. Il estime notamment le bloc plus difficile que « Soudain Seul » et comparable à des références comme « Alphane » ou « Mount Doom », tout en reconnaissant qu’il correspond particulièrement bien à son style de grimpe. Quoi qu’il en soit, voir Adam Ondra avaler en quatre jours un projet qui avait nécessité 211 séances à son ouvreur, ça laisse songeur.

Et le premier 9A+ confirmé de l’Histoire ? Il faudra encore patienter !

© Petr Chodura

À Squamish, les performances pleuvent aussi

Si l’Europe a été particulièrement gâtée en ce mois d’octobre, il ne fallait surtout pas quitter des yeux ce qui se passait de l’autre côté de l’Atlantique.

Car à Squamish, au Canada, les grimpeurs n’ont pas chômé non plus. À commencer par l’Italien Pietro Vidi, 23 ans, qui a signé la première répétition de « Drifter’s Escape », une voie de trad libérée en juillet 2025 par Connor Herson et cotée 9a+.

Quinze séances, dix essais en tête, plusieurs chutes dans les tout derniers mouvements… et finalement, la croix. Surtout, Vidi confirme la cotation proposée par l’Américain. « Drifter’s Escape » devient ainsi la première voie de trad au monde à voir sa cotation de 9a+ confirmée par une répétition. Une performance historique dans cette discipline !

© Quinn Mason

Mais à Squamish, Pietro Vidi n’était pas le seul à avoir des projets ambitieux. À 46 ans, le Canadien Sonnie Trotter a lui aussi fait parler de lui en enchaînant « Midnight Way », un 9a+ de 35 mètres situé sur le Paradise Wall. Plus de soixante jours de travail répartis sur quatre saisons auront été nécessaires pour venir à bout de cette voie, son premier 9a+. Et pour ceux qui connaissent un peu l’histoire de l’escalade, Sonnie Trotter n’est pas un inconnu : c’est notamment lui qui avait réalisé la deuxième ascension de « Rhapsody » en 2008 ! Dix-huit ans plus tard, le voilà donc à nouveau au cœur de l’actualité, cette fois à Squamish… Un joli clin d’œil !

Et puisqu’on parle de Squamish, impossible de ne pas évoquer également la performance de Jenya Kazbekova. L’Ukrainienne a enchaîné « Dreamcatcher », le mythique 9a de Chris Sharma, libéré en 2005. Une première voie dans le neuvième degré pour elle, après dix séances de travail réparties sur deux séjours. Le tout en jonglant avec sa vie de jeune maman et les nuits parfois compliquées qui vont avec…

© Jeremy Huckins

Des 9b, des premiers 9A et des compteurs qui s’affolent

Vous pensiez qu’on avait fait le tour ? Pas encore ! Parce que pendant que certains repoussaient les limites du 9c, d’autres continuaient d’empiler les performances dans le neuvième degré.

Aux États-Unis, Jonathan Siegrist a notamment réalisé la première ascension de « Video Killed the Radio Star », une nouvelle voie cotée 9b, située au 5G Wall, près de Las Vegas. Mais au-delà de cette nouvelle croix, c’est surtout un chiffre qui donne le tournis : avec cette ascension, l’Américain atteint les 100 voies en 9a ou plus. Un cap qui en dit long sur sa régularité au plus haut niveau, année après année.

© James Lucas

Et dans le monde du bloc, les Japonais ont également répondu présent. Au Colorado, Ritsu Kayotani a réussi son premier 9A avec « No One Mourns the Wicked », quelques jours seulement après avoir enchaîné « Defying Gravity », 8C, dont il constitue le départ bas. Une nouvelle performance de très haut niveau pour un grimpeur qui continue de faire son chemin parmi les meilleurs bloqueurs de la planète.

Jessica Pilz, un premier 9a… après avoir déjà fait 9a+ !

Dans cette avalanche de performances, il y a aussi des histoires un peu plus insolites. Celle de Jessica Pilz en fait partie !

Le 15 octobre, l’Autrichienne a enchaîné « Hades », 9a, à Götterwandl, après seulement quatre séances de travail. Jusque-là, rien d’extraordinaire pour une grimpeuse de son niveau, pourrait-on presque dire. Sauf que Pilz n’avait encore jamais enchaîné de 9a en falaise ! Et le plus amusant dans tout ça, c’est qu’elle avait déjà réalisé « Papichulo », 9a+, à Oliana, en 2024. Son premier 9a arrive donc après son premier 9a+ !

© Coll. Pilz

L’Autrichienne explique avoir longtemps été intimidée par cette cotation, au point de ne pas vraiment oser s’y attaquer. Comme quoi, même au plus haut niveau mondial, certaines barrières restent parfois davantage mentales que physiques. Et histoire de ne pas faire les choses à moitié, elle a même réenchaîné la voie une deuxième fois pour les images.

Alors, octobre 2026, le mois le plus fou de l’Histoire ?

À force d’écrire sur l’escalade, on finit parfois par s’habituer à des performances qui auraient semblé totalement irréelles quelques années auparavant. Un 9a ? Presque banal. Un 9b ? On commence à en voir régulièrement. Un 9A en bloc ? Le cercle des grimpeurs capables d’atteindre ce niveau continue de s’agrandir.

Mais quand on rassemble tout ce qui vient de se passer en quelques semaines, difficile de ne pas être impressionné…

© Petr Chodura

Jakob Schubert devient le premier grimpeur à posséder deux 9c à son actif. Adam Ondra répète en quatre jours un bloc proposé à 9A+ après 211 séances de travail. Pietro Vidi confirme le premier 9a+ trad de l’histoire. « Rhapsody » tombe trois fois en une semaine, avec une première ascension féminine à la clé. Jonathan Siegrist atteint la barre symbolique des cent voies en 9a ou plus. Et autour de ces performances majeures, les croix continuent de s’accumuler…

Une chose est sûre : rarement nous aurons eu le sentiment de vivre autant de moments historiques en si peu de temps ! Et ce qui nous frappe finalement, ce n’est pas seulement le niveau atteint… C’est aussi la diversité des performances, des générations, des disciplines et des parcours. Et quand on pense qu’il y a encore quelques années, le 9c, le 9A ou le 9a+ trad relevaient presque de la science-fiction… On se demande bien ce que les grimpeurs nous réservent pour la suite !

Publié le : 31 octobre 2026 par Nicolas Mattuzzi

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