Oriane Bertone sur The Big Island : « C’est beaucoup plus technique que ce que je pensais »

© Black Sun Corp
Cinq séances, un talon gauche capricieux et un enchaînement dès le premier run de la journée : après son ascension de « The Big Island », Oriane Bertone nous raconte les coulisses de son projet. Un entretien dans lequel elle revient sur les subtilités du bloc et son envie de passer davantage de temps en forêt.
Nous vous racontions avant hier la réussite d’Oriane Bertone dans « The Big Island », à Fontainebleau. Mais derrière la croix, comment s’est déroulé le travail du bloc ? Qu’est-ce qui lui a posé problème ? Et comment a-t-elle vécu le moment de l’enchaînement ? Nous lui avons posé ces questions.
Quand as-tu commencé à travailler The Big Island ?
J’avais touché les prises l’hiver dernier, mais sans vraiment y consacrer de séance. Ça m’avait paru OK, mais je ne m’y étais pas attardée. J’avais d’autres blocs à faire à ce moment-là : c’était la période où j’avais enchaîné « Gecko » et ma petite série de perfs. Je m’étais dit : « Bon, j’y retournerai plus tard. »
J’ai commencé à le travailler sérieusement cette année, juste avant la Coupe du monde de Salt Lake City.
Combien de séances t’a-t-il fallu pour en venir à bout ?
Cinq sessions, étalées sur un mois et quelques jours, en comptant la Coupe du monde de Salt Lake City qui s’est glissée entre tout ça.
La première séance, j’ai fait tous les moves et quelques links assez brefs. Dès la deuxième séance, j’ai commencé à mettre des runs du bas.
À la troisième, si je ne dis pas de bêtises, je suis tombée en enlevant le talon. J’avais la main droite sur le plat, la main gauche dans la réglette, et j’ai perdu la tension au dernier moment. À partir de là, je savais que ça pouvait faire dans un futur assez proche.
À la quatrième séance, je sentais vraiment que ça pouvait passer, mais j’ai passé mon temps à zipper du talon gauche. Le placer, c’est un peu le crux pour moi. Je tenais très bien les plats, mais le talon ne restait pas. Il y avait un peu de frustration, et surtout cette question : « Est-ce que ça va vraiment faire ? Comment ça va se passer ? »
Puis j’y suis retournée pour une cinquième session et j’ai enchaîné dès le premier run. Cinq séances, ça m’a suffi, mais c’est un bloc qui se joue beaucoup aux sensations : tu peux vite tomber au début et galérer à trouver ta méthode. Il n’y a pas un move qui est vraiment hyper dur, c’est l’accumulation de tout qui est complexe.
Qu’est-ce qui a été le plus difficile pour toi ?
Je pense qu’on est tous d’accord pour dire que c’est beaucoup plus technique que ce qu’on imaginait. Je ne pensais pas que ça se jouait autant dans les détails.
Ça se joue dans le placement au millimètre du talon gauche, dans la façon de poser la main sur le plat, de tirer sur le pied du bas, dans le rythme que tu mets dans le bloc… En fonction de ta vitesse, tu glisses plus ou moins sur les prises. Ce sont vraiment des micro-ajustements.
Même si ça paraît physique, c’est énormément dans les jambes. Après les deux premières séances dans Big, je rentrais avec des courbatures aux ischios et aux fessiers… Plus qu’aux bras !
Même si je suis une grimpeuse très technique, le placement du talon gauche m’a vraiment posé problème. Je pense que pour beaucoup, c’est le crux du bloc. Il est vraiment sur le bord et les prises sont très lustrées. Tu ne sais jamais vraiment s’il va tenir, c’est un peu pile ou face. C’est aussi ce qui peut te faire multiplier les séances.
Raconte-nous la journée de l’enchaînement…
Je me suis levée à 7 h 10, si je ne dis pas de bêtises. On a décollé de la maison à 8 h et on est arrivés sur le bloc vers 8 h 45, le temps de rouler et de marcher. J’ai commencé l’échauffement, puis j’ai recalé les moves. À 9 h 35, j’ai mis mon premier run. Et à 9 h 40, j’étais en haut du bloc !
C’est sorti direct ! Je savais que ce n’était qu’une question de temps : si le talon se plaçait bien, que tout tombait bien et que je mettais du rythme, ça pouvait faire.
Sur le run d’enchaînement, on voit que lorsque tout est calé, ça ne paraît pas si dur, en tout cas visuellement. Je me suis retrouvée en haut et je me suis dit : « Mais quoi ? C’est déjà fini ? »
Et maintenant, quelle est la suite pour toi ?
J’aimerais bien grimper davantage en forêt. J’en parle souvent, mais ça me ferait vraiment plaisir de passer plus de temps dehors. Je pense que ça se voit aussi : il y a de plus en plus de posts en forêt sur mon feed Instagram ces derniers temps.
L’année prochaine sera importante, avec les sélections pour les JO. Il y a pas mal de compétitions au programme et je vais essayer de faire quelques Coupes du monde. On va prendre les étapes une par une, mais un mix de compétition et d’outdoor, ça m’irait bien !
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