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Podium au TAB, un 9a et un 8c le même jour : le retour éclair de Joshua Fourteau, quelques mois après sa fracture

© Gabin_Photos

En février dernier, Joshua Fourteau quittait la finale du Championnat de France de bloc sur une civière, le pied gauche brisé. Quelques mois plus tard, il monte sur le podium du TAB, enchaîne huit blocs dans le 8e degré à Magic Wood dont un 8B+/C, puis boucle un 9a et un 8c dans la même journée à La Saume.

Il nous raconte, en détail, tout le chemin parcouru entre les deux.


Bloc 2 de la finale du Championnat de France de bloc. Joshua Fourteau met un premier essai propre, la main gauche posée sur la prise de fin. Il ne reste qu’un mouv : retourner la main droite sur une règlette verticale en dual texture. Mais sa main zippe. « Je suis tombé quasiment la tête la première de 4m50 au niveau de la tête », raconte-t-il. « Je voyais le sol de très loin, avec la possibilité d’entraîner les pires blessures que l’on puisse imaginer dans cette situation. »

Pour éviter le pire, il tente de se rattraper du mieux qu’il peut. Résultat : une hyperflexion du pied, les orteils ramenés vers le tibia. « J’ai tout de suite senti que c’était plus grave que d’habitude. Je me souviens m’être dit : « oh non, pas maintenant. » »

Une double fracture et un ascenseur émotionnel

Ce jour-là, Joshua Fourteau n’avait « jamais été aussi fort et en forme » de toute sa vie, arrivé en finale sans la moindre surprise pour lui-même, avec le sentiment de n’avoir qu’à dérouler un plan déjà en place. Le diagnostic, lui, tombe aux urgences : double fracture du talus et du calcanéum, deux os peu vascularisés et donc longs à cicatriser. Un morceau d’os s’étant déplacé, l’opération a lieu six jours après la chute. Joshua ressort avec une vis en titane dans le pied gauche et six semaines sans pouvoir poser le pied par terre. Adieu les sélectifs de bloc et de difficulté, et la saison internationale avec.

« Je vis probablement le plus gros ascenseur émotionnel de toute ma vie », résume-t-il en repensant à ce moment, « en passant de ma première finale et la possibilité d’atteindre le podium ainsi qu’une sélection, à devoir abandonner au milieu de la finale pour blessure. » L’image qu’il choisit dit tout : « Un peu comme une construction de kaplas que tu as presque terminée et qui s’effondre en une demi-seconde. Tout est à refaire, mais de plus loin. »

 

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Toucher le fond, puis rebondir

Les semaines qui suivent sont dures. « J’étais dans un état un peu dépressif », confie Joshua Fourteau, qui grimpe à temps plein depuis deux ans et se retrouve soudain avec très peu à faire (et un cinquième étage sans ascenseur à négocier aux béquilles !). Entouré par sa copine et sa famille, il reprend l’entraînement de façon adaptée : d’abord uniquement de la poutre et de la musculation (« c’était très ennuyeux ! » avoue-t-il), puis de la voie à un pied. Au bout de six semaines, il peut enfin reposer le pied, en boitant. La difficulté à deux pieds revient vite, mais il faudra attendre un mois de plus avant de pouvoir retomber sur les tapis, et près de trois mois au total avant de pouvoir tout refaire, dalles et coordos comprises.

© Arthur Delicque

C’est au Championnat de France de difficulté, sa première compétition de retour, que les dégâts invisibles se révèlent vraiment. Sur le papier, il n’était pourtant pas si mal placé pour quelqu’un qui revenait tout juste. « C’est là que je me suis rendu compte des dégâts psychologiques que m’avait causé l’accident », admet-il : mauvaises sensations, gros manque de confiance, prises de décision étranges. « Je n’étais peut-être pas encore prêt mentalement à revenir sur les compètes. »

Aujourd’hui, Joshua se dit médicalement guéri, avec parfois une douleur aléatoire, et surtout de retour mentalement. « Je considère que l’épreuve est maintenant derrière moi et suis tourné vers la suite. » C’est dans cet état d’esprit qu’il aborde le TAB.

Le TAB, entre légèreté et podium

Le TAB, il le connaît depuis l’enfance. C’est une institution du circuit français, dont il aime l’ambiance particulière et la dimension spectacle. « Ce n’est pas une compétition avec un enjeu comme le Championnat de France, donc quand j’y vais, c’est toujours pour jouer », explique-t-il, même s’il vise évidemment la gagne. Les qualifications, sa première compétition de bloc depuis la blessure, ne sont pourtant pas franchement à son avantage : manque d’automatismes, 8h30 de route depuis Bordeaux la veille. « J’ai globalement rampé pendant les deux vagues de qualifs », résume-t-il. De quoi tout de même se qualifier en 5e position.

© Thibault Boisson

Le jour et demi de repos avant la finale change tout. « À l’inverse des qualifs, je me sentais en super forme en finale. J’avais envie de jouer dans ce que nous avaient proposé les ouvreurs et de participer au spectacle. » Efficace sur les deux blocs en coordo, solide, explosif, relâché, mais quelques erreurs lui coûtent la deuxième place. Il termine 3e, satisfait malgré tout de sa finale !

Un détail donne à cette édition une tout autre dimension : elle s’est déroulée dans un contexte d’incendies un peu partout en France, y compris dans les Écrins, tout autour de la compétition. « On a grimpé avec la fumée et les hélicoptères qui transportaient les sacs d’eau au-dessus de nous. » Joshua Fourteau a dédié la vidéo qu’il a tournée sur l’événement (et sur son retour de blessure). Elle est à découvrir ci-dessous :

Magic Wood : la bataille de « Practice of the Wild »

Direction la Suisse, juste après le TAB, pour un deuxième séjour à Magic Wood après une première visite l’été précédent. Les conditions sont moins bonnes cette année (il fait nettement plus chaud !) mais cela ne l’empêche pas de sortir « Riders on the Storm » 8A+/B, puis de se lancer dans un projet plus sérieux : « Practice of the Wild » 8B+/C.

L’an dernier, son objectif à Magic Wood était « Power of Now Direct » 8C, dans un style à force et contact électrique. Cette fois, il change de registre : un dévers à 55°, dix mouvements, à force à doigts, gainage et talon, avec un jeté en arrière pour finir.
La bataille se joue en plusieurs actes. Première séance de calage : tous les mouvements passent, sauf un. Puis la pluie s’invite plusieurs jours. Une séance où il se sent assez en forme pour sortir le bloc se termine sous une averse. La suivante, il tombe au tout dernier mouvement, le jeté. Encore une, trop humide. Et puis vient la séance de la réussite, où il trouve une nouvelle façon de placer son talon. Le bloc tombe dans la foulée : « Je me suis dit que c’était plié dans la séance, et que j’aurais même pu le faire plus tôt si je l’avais vu avant. »

 

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Autour de ce projet, Joshua Fourteau enchaîne encore six autres lignes dans le 8e degré : « One Summer in Paradise » 8A+/B, « Stairway to Heaven » 8A, « Voigas » 8A, « Massive Attack » 8A+, « Muttertag » 8A et « Nothing Change » 8A. Huit blocs dans le 8e degré au total, deux de moins que l’an dernier, mais assez pour faire de Magic Wood le site où il compte le plus de lignes à ce niveau !

Sur la question de la blessure, il se dit venu au séjour sans réelle appréhension sur la chute ou l’engagement, le temps ayant fait son travail psychologique. Seul le premier mouvement de « Riders on the Storm », très sollicitant sur la jambe gauche, lui a rappelé un léger manque de force. Aujourd’hui, il lui reste surtout un manque de détente dans la cheville, et une décharge parfois aléatoire en marchant, « étrangement pas quand je fais du sport ».

© Joshua Fourteau

La Saume : un 9a et un 8c dans la même journée !

Le projet d’un 9a+ pour l’été était posé depuis un moment : « Déversé » à Puntx d’abord envisagé, puis écarté à cause de la chaleur annoncée. Joshua Fourteau se tourne alors vers l’altitude, et vers La Saume, une falaise où il était déjà allé sans jamais y avoir grimpé. À peu près au même moment, il découvre « The Famous Gem » via le flash de Giovanni Placci et l’enchaînement de Pierre Marzullo. La ligne lui plaît, le style aussi, et le sentiment de pouvoir la boucler vite. Ce sera son projet en 9a de l’été !

En voyant la voie pour la première fois, il comprend pourquoi elle a pu être flashée : les prises sont visibles du bas, les méthodes lisibles, deux passages clés bien marqués et le reste plutôt facile pour la cotation. « Pour résumer, c’est le 9a le plus flashable que je n’aie jamais vu », glisse-t-il, précisant qu’il se sentait lui-même « presque capable » d’envisager un flash sur un run bien exécuté, s’il avait été en pleine forme.

Les deux premiers jours, ses avant-bras saturent vite, le temps de reprendre la filière et de s’habituer à l’altitude (environ 2300 mètres, inhabituelle pour lui). Le troisième jour, tout change : un essai où son talon se déloge dans le premier crux, puis l’enchaînement dès l’essai suivant. « Je suis arrivé au crux plus frais, j’ai pu mieux récupérer, et j’ai géré jusqu’en haut. » « The Famous Gem », 9a, venait de tomber !

Et la journée ne s’arrête pas là : Joshua Fourteau part directement dans « Marcellius Wallace », la version en 8c, et l’enchaîne dans la foulée, au premier essai. Les deux lignes partagent un tronc commun avant de se séparer, ce qui a largement facilité son ascension. Pas de quoi parler de flash, tant les mouvements étaient déjà connus, mais un 9a et un 8c bouclés dans la même journée, quelques mois seulement après une double fracture du pied.

 

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« Cela fait évidemment beaucoup de bien au moral de faire des résultats tout en étant dehors, et de grimper sur du rocher après beaucoup de temps passé sur la résine », résume Joshua Fourteau. Il se dit aujourd’hui revenu à la quasi-totalité de ses capacités, pas encore à son meilleur niveau, la préparation de début de saison n’étant pas encore le moment pour ça, mais avec la preuve, désormais, qu’il en était capable.

La suite ? Priorité à l’entraînement et à la progression, avec la compétition en ligne de mire : finir le travail laissé inachevé au Championnat de France, et viser une sélection en équipe de France. Côté falaise, quelques idées trottent déjà dans un coin de sa tête : « Off the Wagon » assis (si la prise taillée n’en a pas trop abîmé l’intérêt), et un dossier resté ouvert dans « Ratstaman » à Céüse, un tout autre niveau, projet de très long terme dont il ne se dit « absolument pas garanti » de venir à bout un jour.

En attendant, la traversée du désert semble bel et bien terminée !

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Publié le : 16 septembre 2026 par Nicolas Mattuzzi

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