Le contenu

World Climbing se défile, le vote sur Israël, la Russie et la Biélorussie n’a pas eu lieu

Image d'archives | © World Climbing

Depuis plusieurs mois, World Climbing est sous pression. Plusieurs collectifs de grimpeurs pro-palestiniens réclament des sanctions à l’encontre de l’Israel Climbing Association, au nom d’un principe qu’ils jugent essentiel : appliquer à Israël les mêmes sanctions que celles retenues contre la Russie. Parmi les mesures demandées figure notamment la participation des athlètes israéliens sous bannière neutre.

Ces revendications ont ravivé une question qui divise la communauté des grimpeurs : jusqu’où une fédération sportive doit-elle tenir compte du contexte géopolitique dans ses décisions ?

Dans notre précédent article sur le sujet, nous explorions deux camps qui s’opposent autour d’une même question : l’escalade de compétition doit-elle être politique ? Une question bien plus complexe qu’il n’y paraît… Les nombreuses réactions suscitées par cet article montrent d’ailleurs à quel point le débat est loin de faire consensus au sein de la communauté.

L’Assemblée générale extraordinaire de World Climbing, qui devait apporter une première réponse institutionnelle à ce débat, était donc particulièrement attendue. Pourtant, son issue a surpris tout le monde.

Réunie hier, le 23 juillet 2026, l’Assemblée générale extraordinaire de World Climbing devait se prononcer sur la suspension d’Israël, de la Russie et de la Biélorussie. Mais avant même que ces votes n’aient lieu, les fédérations membres ont adopté une motion alternative qui a complètement rebattu les cartes.

Résultat : les votes initialement prévus sur la suspension des fédérations israélienne, russe et biélorusse n’ont jamais eu lieu. Pourquoi ? Que s’est-il exactement passé ? Et quelles pourraient être les conséquences de cette décision ? On vous résume les principaux enseignements à retenir de cette Assemblée générale.

Trois enseignements ressortent de cette Assemblée générale extraordinaire

Le premier enseignement concerne le déroulement même de cette Assemblée générale. Alors que les fédérations devaient se prononcer sur trois propositions distinctes visant à suspendre Israël, la Russie et la Biélorussie, elles ont d’abord été appelées à voter sur une motion alternative déposée par les fédérations des États-Unis, d’Australie et de Chypre. Cette motion proposait de retirer les trois votes de suspension de l’ordre du jour et de les remplacer par une recommandation invitant World Climbing à élaborer un cadre commun, fondé sur des principes, pour traiter ce type de situations à l’avenir.

La motion a été adoptée. En conséquence, les trois votes concernant Israël, la Russie et la Biélorussie n’ont jamais eu lieu et aucune recommandation de suspension n’a été formulée à l’encontre de ces fédérations.

Pour certains, cette stratégie a permis d’éviter d’avoir à se prononcer immédiatement sur une question particulièrement sensible, en renvoyant le débat vers l’élaboration d’un futur cadre de décision.

Une interrogation demeure toutefois : World Climbing n’a pas communiqué le résultat détaillé de ce vote. Combien de fédérations ont soutenu cette motion ? Combien s’y sont opposées ou se sont abstenues ? Sans ces chiffres, il est difficile de mesurer si cette décision a fait l’objet d’un large consensus ou si elle a été adoptée au terme d’un vote beaucoup plus serré.

Deuxième enseignement : World Climbing cherche désormais à sortir d’une logique de décisions prises au cas par cas. En annonçant la création de ce cadre fondé sur des principes, la fédération entend éviter que chaque conflit international ne donne systématiquement lieu à un nouveau débat politique au sein de son Assemblée générale. Ce futur cadre devra notamment reposer sur des critères de gouvernance, de proportionnalité et de non-discrimination, en cohérence avec la Charte olympique ainsi qu’avec les positions du Comité international olympique (CIO) et du Comité international paralympique (IPC).

Or, ces principes guident déjà aujourd’hui les décisions du mouvement olympique. Dès lors, une question se pose : qu’apportera concrètement ce nouveau cadre ? World Climbing se contentera-t-elle de formaliser son alignement sur les positions du CIO, ou définira-t-elle des critères propres, plus précis, permettant de décider objectivement dans quelles circonstances une fédération nationale peut être suspendue ?

La question est d’autant plus légitime que les fédérations internationales s’inscrivent traditionnellement dans la ligne fixée par le Comité international olympique. Il paraît d’autant plus difficile d’imaginer World Climbing, intégrée au programme olympique depuis seulement quelques années, s’écarter durablement de la ligne défendue par le CIO sur des sujets aussi sensibles.

Enfin, troisième enseignement : les accusations visant la fédération israélienne et la fédération russe ne disparaissent pas. Elles sont officiellement transmises à la Commission disciplinaire de World Climbing, chargée d’examiner si des violations des statuts ont pu être commises. La fédération précise toutefois que cette saisine ne préjuge en rien de l’issue de la procédure : aucune faute n’est établie à ce stade et aucune sanction n’est prononcée.

Pourquoi le CIO ne traite-t-il pas Israël comme la Russie ?

🇷🇺 Russie
Le CIO a suspendu le Comité olympique russe en 2023, non pas en raison de la guerre elle-même, mais parce qu’il avait intégré dans sa structure des organisations sportives situées dans des territoires ukrainiens occupés, ce qui constitue, selon le CIO, une violation de la Charte olympique.

🇮🇱 Israël
À l’inverse, le CIO estime aujourd’hui que le Comité olympique israélien respecte la Charte olympique et considère donc que la situation n’est pas comparable à celle de la Russie.

⚠️ Une position contestée
Des collectifs comme Climbers for Palestine contestent cette analyse. Ils affirment notamment que certaines activités de la fédération israélienne d’escalade se déroulent dans des territoires palestiniens occupés et que plusieurs sites d’escalade y sont développés ou utilisés avec son soutien. Si ces éléments étaient établis, ils pourraient alimenter le débat sur une éventuelle violation de la Charte olympique, à l’image de ce qui a été reproché au Comité olympique russe.

Le CIO s’invite dans le débat … et ce n’est pas anodin

Autre élément marquant de cette Assemblée générale : la présence du directeur des sports du Comité international olympique (CIO), Pierre Ducrey. Invité à prendre la parole avant les votes, il est venu présenter la position actuelle du CIO, notamment les récentes évolutions de la Charte olympique concernant la neutralité politique et l’accès au sport international.

Sa participation n’avait, selon nous, rien d’anodin… Si World Climbing avait souhaité trancher seule cette question, elle n’avait aucune obligation de donner la parole au CIO. En l’invitant à intervenir au cœur des débats, la fédération a au contraire montré sa volonté d’inscrire sa réflexion dans le cadre défini par le mouvement olympique.

Le message est clair : plutôt que d’adopter une position isolée sur des situations géopolitiques particulièrement sensibles, World Climbing entend construire une doctrine en lien avec les principes défendus par le CIO et le Comité international paralympique. Cette volonté se retrouve d’ailleurs dans la motion finalement adoptée, qui prévoit que le futur cadre d’analyse reposera notamment sur la gouvernance, la proportionnalité, la non-discrimination, ainsi que sur les positions de ces deux institutions.

La Lettre PG • Le meilleur de l’escalade chaque lundi

Chaque lundi, plus de 1000 grimpeurs et grimpeuses reçoivent gratuitement La Lettre PG.

Nous n'avons pas pu confirmer votre inscription.
Votre demande d'inscription est confirmée.

Vous pourrez vous désinscrire à tout moment.

Reste une question, et pas des moindres : quelle influence l’intervention du CIO a-t-elle réellement eue sur le vote ? Le communiqué ne le dit pas, et il est impossible de savoir si cette prise de parole a modifié les positions de certaines fédérations.

Une chose est certaine en revanche : cette intervention permet à World Climbing de ne pas se retrouver seule en première ligne. Face à un dossier aussi explosif, la fédération semble avoir choisi de s’abriter derrière le cadre fixé par le CIO, plutôt que de prendre une décision seule.

Un débat repoussé plutôt que tranché ?

L’Assemblée générale du 23 juillet n’aura donc pas répondu à la question cruciale qui agitait la communauté de l’escalade depuis plusieurs mois. En choisissant de remplacer les votes sur les suspensions par l’élaboration d’un futur cadre fondé sur des principes, World Climbing a préféré repousser le cœur du débat.

Ses détracteurs y verront une manière de gagner du temps et d’éviter un vote particulièrement sensible. Ses soutiens considéreront au contraire qu’il est préférable de construire une doctrine cohérente, applicable à tous les pays, plutôt que de répondre dans l’urgence à chaque situation particulière.

En pratique donc, rien ne change aujourd’hui pour les compétitions : les grimpeurs israéliens continuent de participer sous leur drapeau national, tandis que les athlètes russes et biélorusses restent soumis au régime actuel des athlètes neutres.

Mais une chose est sûre : le débat est loin d’être clos. La véritable question n’est peut-être plus de savoir s’il faut suspendre Israël, la Russie ou la Biélorussie. Elle est désormais de savoir quelle marge de manœuvre World Climbing entend conserver vis-à-vis du CIO. Son futur cadre lui permettra-t-il de prendre des décisions qui lui sont propres ou conduira-t-il, dans les faits, à suivre la ligne du mouvement olympique ? Affaire à suivre …

Publié le : 24 juillet 2026 par Matthias Paré

# Actu +# Actualités PG