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Un 8c sans magnésie : Adam Ondra se confronte à l’éthique radicale de la Saxe !

En Saxe, au-dessus de l’Elbe en Allemagne, l’escalade ne se résume pas à une cotation, ni même à une performance. Ici, on grimpe sans magnésie, sans coinceurs, sans friends, avec des nœuds coincés dans les fissures, des anneaux espacés, et surtout une éthique vieille de plus de… 150 ans !

C’est dans cet univers à part qu’Adam Ondra s’est récemment plongé, à l’occasion de son nouveau film Saxon Sandstone Lines Were Calling Me. Une immersion dans l’un des berceaux les plus singuliers de l’escalade européenne, où le Tchèque a notamment enchaîné “Die Vertreibung der letzten Idealisten”, une voie majeure cotée XIIa / 8c, du bas, sans magnésie.

Et même pour l’un des meilleurs grimpeurs de l’histoire, l’expérience n’avait rien d’anodin !


L’escalade autrement

La Saxe, ce n’est pas seulement un simple secteur de grimpe. C’est toute une philosophie. Dans cette région allemande, les règles sont strictes : pas de magnésie, pas de protections métalliques (type friends ou coinceurs), pas de travail en moulinette. Les protections se limitent à des anneaux placés du bas, parfois très espacés, et à des sangles nouées que les grimpeurs viennent coincer dans les fissures. Une façon de grimper qui impose une gestion mentale permanente, et une forme d’humilité presque obligatoire.

Adam Ondra lui-même l’avoue : cette interdiction de la magnésie l’avait longtemps tenu à distance de la Saxe. Lui qui aime sentir ses doigts “coller” au rocher s’est retrouvé confronté à l’exact opposé : des mains moites, du grès, de l’engagement, et l’impossibilité de “tricher” avec les tickets de magnésie laissées par les autres.

© Coll. Ondra

Mais les lignes étaient trop belles pour être ignorées… La pièce maîtresse de ce voyage se nomme “Die Vertreibung der letzten Idealisten”. Une ligne de 55 à 60 mètres située sur la tour du Nonnengärtner, ouverte du bas par Robert Leistner, figure majeure du grès saxon. Leistner avait équipé la voie en 2005, avant d’en réussir la première ascension libre en 2019, soit quatorze ans plus tard. La voie déroule une escalade exigeante sur petites réglettes, avec une première longueur d’environ 15 mètres suivie d’une seconde partie bien plus soutenue, autour du 8c.

Pour Ondra, pas question de l’aborder comme une voie classique. L’éthique locale impose de partir du bas, d’avancer anneau après anneau, de prendre les vols si nécessaire, et de composer avec les conditions du moment. Sans magnésie, chaque essai coûte cher. La peau, la sueur, le vent : tout devient stratégique. Ondra attendra d’ailleurs la fin de journée, espérant un peu de fraîcheur et quelques nuages, avant de se lancer dans son essai décisif.

“La Saxe m’a eu”

Dans le film, on retrouve un Adam Ondra ramené à une forme d’essentiel. Lui qui a repoussé les limites du haut niveau mondial se retrouve ici dans un combat différent : moins spectaculaire peut-être dans la cotation pure, mais immense dans ce qu’il demande mentalement. Le Tchèque raconte avoir dû accepter ses mains moites, arrêter de lutter contre cette sensation, et simplement continuer à grimper. “Si tu transpires, tu serres plus fort”, résume-t-il en substance.

Au sommet, il ne parle pas seulement d’une performance, mais d’un moment fort. Ce qui avait commencé par le doute s’est transformé, selon lui, en “l’une des expériences les plus marquantes” de sa vie de grimpeur.

© Coll. Ondra

Dans le film Saxon Sandstone Lines Were Calling Me, Ondra donne la parole aux figures locales, aux anciens, à ceux qui ont façonné cette culture de l’engagement, du respect du rocher et de l’ouverture du bas. Dans une époque où l’escalade est souvent mesurée, comparée, filmée, consommée très vite, cette plongée dans le grès saxon fait presque figure de contre-pied. Ici, l’enjeu n’est pas seulement de réussir. Il est de comprendre où l’on grimpe et pourquoi on grimpe ainsi.

Certains y voient même l’un des meilleurs films d’Ondra, justement parce qu’il replace la performance dans une histoire plus grande qu’elle.

“Circus Maximus”, un projet encore ouvert

Le voyage d’Ondra en Saxe ne s’est pas arrêté là. Dans le film, il découvre également “Circus Maximus”, l’un des grands projets encore non libérés du secteur, également signé Robert Leistner.

Une ligne immense, d’environ 60 mètres, qui pourrait représenter l’un des défis les plus durs du grès saxon. Ondra a pu en faire une première exploration, en libre mais sans réaliser l’enchaînement complet. Subjugué par la ligne, le Tchèque l’annonce clairement : cette voie reste sur sa liste. Et vu la manière dont il parle de la Saxe, il y a fort à parier qu’il reviendra…


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Publié le : 13 mai 2026 par PlanetGrimpe vues

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