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Retour avec Julia Chanourdie sur son énorme performance en 9b, « Eagle 4 »

© Rémy Michel

Hier, Julia Chanourdie signait l’une des plus grosses performances féminines de tous les temps en étant la 3ème femme au monde à clipper la chaîne d’un 9b après Angela Eiter et Laura Rogora. C’est donc avec grand plaisir que nous sommes allés l’interroger au sujet de cette réalisation incroyable… 


Salut Julia, comment te sens-tu au lendemain de cette performance incroyable ?

Aujourd’hui je ne peux que me sentir bien, j’ai du mal à réaliser ce qu’il se passe, tout a été très vite. Je prends petit à petit conscience du truc de fou que je viens de réaliser, quelque chose d’encore inconcevable il y a quelques temps.

Raconte-nous comment s’est passée la journée d’hier ? De ton réveil au relais d’Eagle-4 ?

Hier je me suis levée motivée dans mon petit van Blacksheep. Je sentais que c’était possible d’enchaîner, car j’avais mis un bel essai la veille. J’avais donc hâte, sans trop comprendre que je pouvais réussir mon premier 9b… Comme d’habitude je commence ma journée de grimpe avec des voies différentes, j’en fais en général 3 avant de mettre un premier essai. J’aime bien me faire plaisir et « clipper des relais » à côté de mon travail de voie dure. J’enchaîne donc «Autant suspend mon vol » 8b, j’avais mis un essai à vue la veille. Place à Eagle-4, je mets 3 essais en tombant dans les mouvs de la première section, et j’enchaîne au 4ème essai de la journée à la nuit tombante, au run du « kosovar »… avec même une petite flemme, il a fallu que je me boost pas mal mentalement avant d’y aller (merci à mon compagnon pour ça!), je pensais que j’allais être fatiguée de mes essais précédents.

Mais, dès le premier mouvement passé (l’un des plus durs pour moi), tout a suivi assez naturellement, il faisait un peu plus frais que pour les autres essais, j’étais bien énervée, et je me laissais juste avancer, mouv par mouv sans rien lâcher. Une fois au repos de la première partie de la voie (la plus dure, celle qui fait la cotation 9b), il fallait que je récupère à fond pour gérer les pas de bloc de la 2ème partie cotée environ 8b, notamment le bon jeté en plein milieu qui m’inquiétait un peu. J’étais donc très concentrée, j’ai bien géré les phases de relâchement et d’énervement jusqu’au relai. J’ai terminé cette journée, sourire aux lèvres toute la soirée. J’en profite pour remercier encore les différents encouragements pendant cet enchaînement magique !

A quoi pense Julia Chanourdie au pied d’Eagle 4 avant le run victorieux ? Comment te mets-tu en condition ?

Avant ce dernier run, j’ai eu une baisse de motivation, fatiguée de mes runs précédents et fatiguée de devoir m’activer très fort physiquement et mentalement avant d’attaquer la voie. Mais une fois arrivée au premier mouv, tout s’est remis en marche : même pas mal, même pas fatiguée, je ne me suis juste pas laissée le choix de tout donner encore pour un run, le dernier de la journée.

Tu peux nous décrire un peu la voie qu’on se rende compte du niveau ?

La voie se découpe en 2 parties. La première partie est celle qui donne la cotation 9b, elle est assez courte et très intense ! Elle est représentée par 2 sections très physiques sur pinces mauvaises. La 2ème partie est assez longue, une sorte de 8b qui voyage, pas évidente à grimper, car c’est une succession de pas de bloc au milieu de sections moins dures. Un pas en particulier me faisait peur dans l’enchaînement, il s’agissait d’un bon jeté où il était encore possible de tomber.

Comment s’est déroulé le processus de travail ? Quelles ont été les principales difficultés pour toi ?

Je suis allée voir les mouvements de la voie fin septembre. Dès ma première montée j’ai réussi tous les mouvements de la première partie en 9B. J’ai pris mon temps pour voir la suite de la voie qui était censée être moins dure mais qui m’impressionnait pas mal. Le processus total d’enchaînement de la voie m’aura pris 10 jours. Ça fait peu, c’est d’ailleurs pour ça que j’ai du mal à réaliser ce que je viens de faire. Mais je sais aussi que j’étais particulièrement en forme, ces derniers temps je me sentais très forte à l’entraînement, forte en falaise aussi. De plus le style physique de Eagle-4 me correspondait beaucoup : force, tenue de prise, rési courte… Dans cette voie il n’y a pas de hasard, c’est : tu tiens les prises ou tu ne les tiens pas. Et sans genouillère hein 😉 .

Fin octobre j’ai appris que la France ne partait pas aux championnats d’Europe, j’ai donc changé mes plans et décidé de passer du temps du côté de Saint Léger. En début de semaine quelques prises étaient mouillées, j’ai bien pris le temps de les sécher pour pouvoir mettre des vrais runs, car j’avais du mal à attaquer la voie avec la volonté d’enchaîner. Une fois décidée, et ayant réalisée que j’étais capable de la faire, l’envie de réussir surpassait tout.


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Après Adam Ondra et Hugo Parmentier, il s’agit donc de la 3ème réalisation de cette voie. As-tu un avis sur la cotation par rapport aux autres voies dures que tu as pu faire ?

Physiquement il s’agit de la voie la plus dure que j’ai essayé. Pour donner un exemple, Supercrackinette était devenue un vrai combat mental. Eagle-4 c’est plutôt une grosse bataille physique à biceps, tenue de prise et gainage !

« Super Crackinette » (9a+) en mars, et maintenant « Eagle 4 » (9b), comment expliques-tu ta super forme cette année en falaise ?

Cette année, avec la situation sanitaire, je n’ai quasiment pas eu de compétitions. En mars dernier j’enchaîne Super Crackinette juste avant le confinement. Cette réalisation était importante pour moi, mon bien-être et mon entraînement pour les JO. Je comptais déjà aller voir Eagle-4 après cet enchaînement, ce n’était finalement que partie remise. J’avais pu assister à l’enchaînement de Hugo, c’était hyper impressionnant et ça me donnait bien envie.

J’ai toujours eu besoin de cet équilibre entre l’entraînement sur résine et la falaise. Aller repousser mes limites en falaise fait partie intégrante de mon entraînement pour la compète. J’aime avoir ces projets de voies dures, j’adore ce type de challenge et me battre pour y arriver. Concernant la compète, c’est pour moi l’une des meilleures façon d’élever mon niveau. Cette année j’ai donc eu plus de temps à me consacrer au rocher et donc oser aller voir plus dur encore. C’était une année d’adaptation, il fallait gérer les annulations de compétitions et la falaise m’a pas mal sauvé en fait, principalement pour la motivation.

Quand on fait 9b, penses-tu que c’est libérateur sur le plan mental pour la suite ?

Ces victoires personnelles agissent forcément sur le plan mental, c’est quelque chose qui restera dans ma tête pour toutes les situations, surtout pour me rappeler à quel point je suis capable d’être guerrière et de l’appliquer pour tout.

Quels sont tes futurs projets dans ta vie de grimpeuse pro ?

Je fonctionne beaucoup à l’envie, je n’ai donc pas encore réfléchi aux projets futurs. Le gros qui m’attend normalement en 2021 est celui des Jeux Olympiques !

Avec ton billet pour les JO et tes exploits en falaise, tu es LA référence française de l’escalade, es-tu consciente d’être un modèle pour de nombreuses jeunes grimpeuses ? Comment le vis-tu ?

Je suis heureuse si je peux être un modèle pour les jeunes grimpeuses, c’est quelque chose qui me touche beaucoup ! Je suis heureuse aussi si je peux aider à motiver ou à croire en des rêves ! J’étais comme elles et je me suis battue 🙂

Quels conseils pourrais-tu donner à tous ces jeunes qui rêvent un jour de devenir « la nouvelle Julia Chanourdie » ?

Mes conseils pour ces jeunes grimpeurs seraient :

– Crois en toi peu importe les obstacles, ce n’est jamais un échec.

– Reste humble tout en affirmant ce que tu veux.

– Avance à ton rythme avec tes envies personnelles.

Le mot de la fin ?

Le mot de la fin est destiné à tous les français qui vivent actuellement le confinement. Je vous remercie pour votre compréhension vis-à-vis de mon statut professionnel qui me donne cette chance de pouvoir pratiquer en extérieur. J’ai saisi cette chance à fond avec cette réalisation, et j’en suis super heureuse. J’espère que cela vous aura apporté du positif! Merci et bon courage à tous.

Publié le : 08 novembre 2020 par Charles Loury vues

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