Pietro Vidi répète « Drifter’s Escape » : le 9a+ trad le plus dur du monde se confirme !

© Quinn Mason
Il aura fallu quinze séances et dix essais en tête à Pietro Vidi pour venir à bout de « Drifter’s Escape », la voie libérée l’an dernier par Connor Herson à Squamish, au Canada.
Le 13 octobre, l’Italien de 23 ans en a signé la toute première répétition, confirmant au passage la cotation de 9a+. Une performance qui pourrait bien faire de cette fissure la voie trad la plus difficile au monde…
Pendant plusieurs semaines, Pietro Vidi n’a eu qu’une seule chose en tête : « Drifter’s Escape ». Une vingtaine de mètres de granite presque lisse, perchés sur le Stawamus Chief, l’immense monolithe qui domine Squamish, au Canada.
« Partout où j’allais, je voyais le Chief et ce panneau blanc incurvé qui me fixait », raconte l’Italien. « Ça faisait longtemps que je n’avais pas passé autant de séances sur une voie. Comme d’habitude, je suis devenu complètement obsédé par le projet. Mais cette fois, ça a vraiment pris toute la place. »
Il lui aura finalement fallu quinze séances et dix essais en tête pour clipper le relais de cette voie.
Une ancienne longueur d’artif devenue une référence mondiale
L’histoire de « Drifter’s Escape » remonte à 1975. À l’époque, cette longueur fait partie de « Bald Egos » (VI 5.9 A4), une voie d’artif relativement méconnue du Chief, située non loin de la célèbre « University Wall ».
Pendant près de cinquante ans, personne n’imagine vraiment qu’elle puisse devenir l’une des voies les plus dures de la planète. Jusqu’à ce que Connor Herson s’y intéresse ! Le jeune Américain passe deux saisons à travailler cette section de granite, avant de réussir sa libération le 14 juillet 2025. Il propose alors la cotation de 9a+, du jamais-vu en escalade traditionnelle.
Et quand on regarde de plus près la voie, on comprend pourquoi. Après un départ estimé à 7A bloc, protégé par deux spits, la suite se grimpe uniquement sur protections amovibles, avec notamment deux passages avoisinant le 8A bloc, entrecoupés de sections de fissure particulièrement exigeantes. Le tout sur un mur légèrement déversant, où chaque détails compte. À l’époque, Herson expliquait avoir proposé 9a+ pour une raison assez simple : c’était tout simplement plus dur que tout ce qu’il avait grimpé jusque-là.
Restait à savoir ce qu’en penserait un premier répétiteur…
« Impossible de s’en sortir uniquement à la force »
Et pour tenter cette première répétition, difficile d’imaginer meilleur candidat que Pietro Vidi. À seulement 23 ans, l’Italien possède déjà un CV assez impressionnant, aussi bien en bloc qu’en trad ou en grande voie. Pourtant, même avec son expérience, « Drifter’s Escape » lui a donné du fil à retordre !
« Je n’avais jamais grimpé quelque chose d’aussi technique ! Il faut être incroyablement précis dans la façon de placer chaque doigt sur les prises et dans les fissures du crux. Il faut aussi apprendre à coincer ses orteils dans de minuscules alvéoles. C’est vraiment du pur style Squamish : impossible de s’en sortir uniquement à la force ! »
Au fil des séances, Vidi commence à trouver ses propres méthodes. Il découvre notamment un repos sans les mains à mi-voie et une nouvelle séquence pour négocier les derniers mouvements. Il décide aussi de poser moins de protections que Connor Herson, histoire de gagner du temps et surtout d’économiser de l’énergie. Un choix qui rend l’ascension plus fluide, mais pas forcément plus rassurante… « Le premier tiers était devenu assez flippant. J’ai fait quelques essais en tête où je tremblais pas mal ! », reconnaît-il.
Trois chutes au dernier mouvement !
Une fois les méthodes calées, les choses s’accélèrent. Dès son deuxième jour d’essais depuis le bas, Vidi parvient à franchir le dernier passage difficile. Il ne lui reste alors qu’à attraper la prise finale pour en terminer. Mais sa main zippe ! « Je ne m’attendais pas du tout à arriver aussi haut aussi vite. À partir de là, la pression a commencé à monter. J’étais très confiant, mais une vraie bataille contre les conditions et contre ma propre tête a commencé. »
Et cette dernière section va lui jouer des tours. À deux nouvelles reprises, l’Italien se retrouve tout près du relais… avant de tomber exactement au même endroit ! Trois chutes dans le dernier mouvement de la voie. De quoi mettre les nerfs à rude épreuve…
Mais le 13 octobre, tout finit par s’aligner. Vidi retrouve les bonnes sensations, déroule ses mouvements et parvient enfin à rétablir au sommet. « J’ai trouvé le flow parfait », résume-t-il.
Après quinze séances de travail et dix essais en tête, « Drifter’s Escape » connaît enfin sa première répétition.
Le premier 9a+ trad confirmé au monde ?
C’est évidemment l’autre grande information de cette ascension : Pietro Vidi valide le 9a+ proposé par Connor Herson. Une cotation qui place « Drifter’s Escape » au sommet de la hiérarchie mondiale de l’escalade traditionnelle.
Jusqu’ici, les références les plus extrêmes de la discipline se situaient plutôt autour du 9a, avec notamment « Bon Voyage » de James Pearson en France, « The Best Things in Life Are Free » de Will Moss aux États-Unis ou encore « Crown Royale » de Pete Whittaker en Norvège.
Avec cette première répétition, « Drifter’s Escape » franchit donc un cap symbolique. Même si deux ascensions ne suffisent pas à clore définitivement le débat sur une cotation, le fait que deux grimpeurs de ce niveau s’accordent sur le 9a+ donne forcément du poids à cette proposition.
Le sacré palmarès de Pietro Vidi !
Pour ceux qui ne connaissent pas encore Pietro Vidi, un petit coup d’œil à son carnet de croix permet de comprendre à qui l’on a affaire. En trad, l’Italien a notamment répété « Tribe » (E11) de Jacopo Larcher à Cadarese, mais aussi « Meltdown » (E11) et « Magic Line » (E10) au Yosemite.
En grande voie, il s’est offert en 2025 la deuxième ascension en libre de « Lurking Fear » (8a, 19 longueurs), sur El Cap. Une répétition attendue depuis vingt-cinq ans, après la libération signée Tommy Caldwell et Beth Rodden.
Et comme si cela ne suffisait pas, il grimpe aussi dans le 8C+ bloc, avec « F*** the System » de Shawn Raboutou et « Permanent Midnight Low » de Clément Lechaptois à son actif.



