Mei Kotake : deux 8B+ dans l’après-midi, puis « P.I.G. » son premier 8C

© Coll. Kotake
La Japonaise Mei Kotake vient de réaliser un sacré séjour en Suisse ! À 29 ans, elle a enchaîné deux 8B+ dans le même après-midi, avant de venir à bout de « P.I.G. » 8C, signant ainsi la troisième ascension du bloc et surtout le premier 8C de sa carrière.
Tout a commencé dès son deuxième jour de grimpe au Gothard, en Suisse, avec deux blocs bien connus du secteur : « Hazel Grace » et « Quiet Storm ». Le premier n’était pas totalement inconnu pour Mei, qui avait déjà eu l’occasion de l’essayer l’année dernière, juste avant la fin de la saison. Elle en connaissait donc les méthodes, contrairement à « Quiet Storm », qu’elle découvrait pour la première fois.
Et pourtant, quelques heures plus tard, les deux 8B+ étaient enchaînés !
Deux 8B+ en quelques heures !
Si Mei connaissait déjà les mouvements de « Hazel Grace », cela ne rendait pas forcément les choses plus faciles. Au contraire, la Japonaise explique que le fait d’avoir déjà travaillé le bloc l’année dernière lui mettait une certaine pression. Elle avait le sentiment qu’elle devait absolument le réussir cette fois-ci.
« Peu importe à quel point je me suis entraînée, j’ai toujours des doutes : et si je n’étais pas vraiment devenue plus forte ? Et si la météo ne suivait pas ? Il y a tellement de choses auxquelles je pensais… », confie-t-elle.
Ouvert en 2017 par Giuliano Cameroni, « Hazel Grace » avait initialement été proposé à 8C, avant d’être progressivement ramené à 8B+ au fil des répétitions. Depuis, de nombreux grimpeurs et grimpeuses de haut niveau s’y sont illustrés, parmi lesquels Will Bosi, Aidan Roberts, Shauna Coxsey, Nicolai Užnik, Michaela Kiersch ou encore Nina Arthaud. En 2021, Cameroni avait également ajouté un départ assis au bloc, donnant naissance à « Hazel Grace Low » 8C/+.
De son côté, « Quiet Storm » est beaucoup plus récent. Ouvert cette année par Francesco Berardino, le bloc a notamment été répété par Stefano Ghisolfi, Jorge Díaz-Rullo et Shauna Coxsey, qui en signait la première féminine en juillet dernier. Certains répétiteurs ont d’ailleurs estimé que le bloc était plutôt abordable pour la cotation annoncée.
Pour Mei, c’est surtout sa petite taille qui a fait la différence. Du haut de son mètre 54, la Japonaise a trouvé dans « Quiet Storm » des mouvements particulièrement adaptés à sa morphologie : « Il me convenait tellement bien ! », explique-t-elle avec enthousiasme.
« P.I.G. » 8C : une première pour Mei Kotake !
Mais la Japonaise ne comptait pas s’arrêter là. Son objectif principal était même ailleurs : réussir « P.I.G. », un 8C ouvert en juillet dernier par Stefano Ghisolfi.
Le plan était assez simple : commencer par « Hazel Grace » et « Quiet Storm », avant de se consacrer à ce troisième bloc. Et comme les deux premiers sont tombés plus rapidement que prévu, la Japonaise a pu aborder la suite dans de très bonnes conditions, avec encore de l’énergie et de la peau. Il faut dire que les trois blocs sont étroitement liés. « P.I.G. » est en réalité un long enchaînement qui débute par une section en 8A sur la gauche, rejoint l’intégralité de « Quiet Storm », puis se termine par « Rosa Maialino », un autre 8A.
En réussissant « Quiet Storm », Mei avait donc déjà validé une bonne partie des mouvements de son futur projet. Restait tout de même à tout mettre bout à bout, sans tomber dans les derniers mouvements ! « Une fois la première partie passée, je ne voulais vraiment pas tomber dans la seconde moitié », explique-t-elle. Elle a donc pris le temps de travailler soigneusement la sortie pour être certaine de pouvoir aller au bout lorsqu’elle arriverait jusque-là.
Et après quatre jours de travail, c’est chose faite ! Mei Kotake signe ainsi la troisième ascension de « P.I.G. », après Stefano Ghisolfi et Jorge Díaz-Rullo. Mais surtout, elle décroche son tout premier 8C, le bloc le plus difficile qu’elle ait jamais réussi. « Je grimpe mieux que jamais, alors je suis vraiment heureuse d’avoir pu l’enchaîner maintenant ! »
Une compétitrice qui n’a pas froid aux yeux sur le rocher
Si le nom de Mei Kotake est surtout associé aux compétitions internationales, la Japonaise possède également un solide palmarès en falaise et en bloc.
En 2024, elle décrochait son premier podium en Coupe du Monde, avec une médaille de bronze en difficulté à Chamonix. Quelques jours plus tard, elle remportait même l’étape de Briançon. En bloc, son meilleur résultat en Coupe du Monde reste une quatrième place obtenue en 2016.
Mais entre deux saisons de compétition, Mei aime aussi passer du temps dehors. En 2022, elle réalisait notamment « Era Vella » 9a, à Margalef. Deux ans plus tard, après avoir terminé sa saison internationale, elle prenait la direction de Magic Wood, où elle venait à bout de « New Base Line » 8B+ en seulement trois séances. Ce célèbre bloc, ouvert par Bernd Zangerl en 2002, devenait alors son premier 8B+. En novembre 2025, elle réussissait également « Caricature », pour lequel elle proposait la cotation de 8B+.
Depuis, la Japonaise a continué à travailler dur, malgré une blessure au doigt et un calendrier chargé entre entraînements et compétitions. Sur Instagram, elle confiait récemment : « Après tant de revers, j’ai enfin l’impression de devenir la grimpeuse que je veux être, à 29 ans. »
Et au vu de ses dernières performances, on comprend son enthousiasme !
Et maintenant ?
Après deux semaines passées en Suisse, Mei Kotake est désormais de retour au Japon, avec déjà quelques nouveaux projets en tête. Mais contrairement à ce qu’on pourrait imaginer après un premier 8C, elle ne compte pas forcément chercher à grimper plus dur en termes de cotation. Elle souhaite notamment retourner essayer certains blocs qui lui avaient résisté l’année dernière, en particulier ceux qui demandent de gros mouvements dynamiques, un style dans lequel elle reconnaît avoir encore des difficultés.
« Plutôt que de me concentrer sur les cotations, je veux m’attaquer aux blocs qui sont durs pour moi personnellement, et continuer à progresser. »
La compétition reste également dans ses projets. Après une année largement consacrée à l’entraînement, elle prévoit de participer à la prochaine Japan Cup, avec l’espoir de retrouver le circuit des Coupes du Monde l’année prochaine, « si je suis qualifiée, bien sûr », précise-t-elle, consciente de la difficulté d’intégrer l’équipe nationale au Japon.
Enfin, côté voyages, une destination est déjà dans un coin de sa tête : Rocklands, en Afrique du Sud, où elle aimerait passer une partie de l’été pour échapper aux fortes chaleurs japonaises.
Pour les 20 ans de Planetgrimpe, nous lançons un nouveau rendez-vous, la Lettre PG :
- Le meilleur de l’escalade, trié par la rédac
- Ce qu’on ne publie pas ailleurs (coulisses, réflexions)
- Des contenus en avant-première
- Des surprises exclusives pour les 20 ans de PG


