Lynn Hill, Yuji Hirayama, la famille Raboutou… 40 ans d’histoire racontés par les légendes du Rock Master !

© Coll. Rock Master
Dimanche, alors que l’adrénaline du KO Boulder retombait à peine, Arco a pris un temps pour se retourner sur quarante ans d’histoire. Pendant près d’une heure, plusieurs légendes de l’événement sont revenues sur leurs souvenirs d’Arco et sur l’évolution de la compétition en quarante ans. Lynn Hill, Yuji Hirayama, Didier Raboutou, Robyn Erbesfield ou encore Brooke Raboutou, qui est même venue rejoindre ses parents sur scène ! Et pour les interroger, un modérateur pas tout à fait comme les autres : Adam Ondra en personne.
Un moment assez symbolique de ce qu’est devenu le Rock Master au fil des années.
Le Rock Master ne se vit pas uniquement sur la pelouse du Climbing Stadium pendant les Duels et le KO Boulder. Juste à côté du mur de compétition, un véritable village a été installé pour les trois jours de l’événement, avec des stands, une buvette, des animations, des rencontres avec les athlètes et plusieurs conférences organisées tout au long de la journée. Au milieu de tout cela, une petite scène accueille ces différents rendez-vous. Derrière elle, impossible de manquer le « Community Wall », un grand mur blanc qui, au fil des jours, s’est progressivement couvert de signatures, de dessins et de petits mots laissés par les grimpeurs, les athlètes et les spectateurs de passage.
Dimanche, pour la dernière journée de cette édition anniversaire, plusieurs chaises sont installées devant ce mur. Au programme : un « Legacy Talk », imaginé pour réunir quelques-uns de ceux qui ont écrit l’histoire du Rock Master et les laisser raconter leurs souvenirs d’Arco. Et forcément, pour les 40 ans, il y a du beau monde ! Alors nous nous sommes assis au milieu du public pour écouter Lynn Hill, Yuji Hirayama, Robyn Erbesfield, Didier Raboutou et plusieurs autres grandes figures de l’événement raconter, à leur manière, quatre décennies de Rock Master.
Quarante ans de Rock Master racontés par ceux qui étaient là
C’est Angelo Seneci, directeur sportif historique du Rock Master, qui prend d’abord le micro. Il remonte aux premières années de l’événement, en 1986 et 1987. À l’époque, rappelle-t-il, la communauté de grimpeurs en Europe ne dépassait guère les 100 000 pratiquants, bien loin de ce qu’est devenue l’escalade aujourd’hui.
Difficile d’ailleurs de ne pas mesurer le chemin parcouru quand on regarde autour de nous. Tout le week-end, le Climbing Stadium d’Arco a fait le plein, le village n’a quasiment pas désempli et plusieurs générations de grimpeurs se croisent à quelques mètres de la scène.
Puis le speaker de l’événement appelle Adam Ondra sur scène et lui tend le micro. Le Tchèque, qui a décroché la veille sur le KO Boulder sa neuvième victoire au Rock Master, endosse pour l’occasion un rôle inhabituel : celui de modérateur. Et visiblement, l’exercice l’impressionne davantage qu’une finale. C’est « un immense honneur », mais aussi « beaucoup de responsabilités », confie-t-il, au point d’en faire l’événement qui le stresse le plus de ce Rock Master. Venant de quelqu’un qui avait perdu la finale des Duels pour une seconde face à Filip Schenk deux jours plus tôt, la phrase a de quoi faire sourire.
C’est lui qui appelle ensuite les invités, les uns après les autres. Robyn Erbesfield et Lynn Hill montent ensemble sur scène, bras dessus bras dessous, sous les applaudissements du public. « C’est vraiment chouette de voir ces deux dames encore aussi en forme », glisse Ondra en les installant. Didier Raboutou les rejoint à son tour et replonge immédiatement dans les premières éditions : il raconte notamment cette compétition de 1986 disputée sur un dévers qui n’existe plus aujourd’hui, avant l’arrivée de la structure d’Arco à partir de 1988.
Pour ceux qui ont découvert l’escalade de compétition avec les Coupes du Monde actuelles, les récits paraissent presque venir d’un autre sport. Lynn Hill le rappelle à sa manière : après plus de cinquante ans passés à grimper, l’Américaine explique que le Rock Master a longtemps permis d’apprécier quelque chose que les résultats ne racontent pas forcément : le style propre à chaque grimpeur.
Elle parle de la beauté des mouvements, de la manière dont chacun interprète une voie et de ce rapport plus « intime » que le public pouvait avoir avec les grimpeurs. Pas question pour autant de dire que « c’était mieux avant ». Elle décrit plutôt l’évolution de la compétition comme quelque chose de naturel.
Yuji Hirayama et le numéro de téléphone d’Angelo
Puis vient Yuji Hirayama. Le Japonais raconte son arrivée en Europe à ses débuts. Il ne parlait alors ni anglais ni français et explique avoir énormément appris simplement en grimpant avec les autres compétiteurs de l’époque.
Au fil des anecdotes, une phrase fait particulièrement rire devant la scène. À l’époque, pour espérer participer au Rock Master, pas de circuit international parfaitement structuré, de quotas ou de procédure d’inscription comme aujourd’hui. Il fallait surtout réussir à obtenir… le numéro de téléphone d’Angelo Seneci. Une petite phrase qui résume assez bien le changement d’époque.
Yuji rappelle aussi qu’il continue, encore aujourd’hui, à partager des moments de grimpe avec cette génération. On avait justement pu le constater la veille, lors du « Meet the Masters », où plusieurs anciennes légendes du Rock Master avaient remis les chaussons pour grimper ensemble sur le mur d’Arco.
Et puis Brooke Raboutou arrive
La discussion finit forcément par arriver sur la famille Raboutou. Robyn Erbesfield et Didier Raboutou parlent de leurs enfants, de la transmission et de cette volonté de continuer à donner quelque chose à l’escalade après leur propre carrière.
Et quelques instants plus tard, une nouvelle personne apparaît sur la scène. Brooke Raboutou. Sa présence n’était pas spécialement attendue. Et pourtant, quand on la voit venir s’installer à côté de Robyn et Didier, ses parents, la scène paraît presque évidente. Brooke raconte avoir grandi en faisant simplement « ce que faisaient ses parents ». Elle parle de son frère Shawn, avec qui elle a partagé une grande partie de son enfance de grimpeuse, mais aussi de ses passages à Arco lorsqu’elle était plus jeune, notamment sur les compétitions juniors dont elle garde un magnifique souvenir.
Elle revient surtout sur ce que ses parents lui ont transmis au-delà de la performance : l’idée de redonner au sport et de créer un environnement dans lequel les grimpeurs peuvent progresser et s’inspirer les uns des autres. Brooke parle également de ses projets en extérieur. De la patience nécessaire pour travailler un mouvement, des échecs à répétition, du temps passé à essayer de comprendre pourquoi quelque chose ne fonctionne pas. Autant de choses qui, explique-t-elle, l’aident mentalement lorsqu’elle grimpe en compétition.
Une image qui résume assez bien ces 40 ans
Assis devant la scène, il y a quelque chose d’assez particulier à voir Brooke entre ses parents. Parce que deux jours plus tôt, on la regardait encore se battre en finale du Lead Duel face à Jessica Pilz. Et parce qu’à côté d’elle se trouvent deux personnes qui participaient déjà à écrire l’histoire de cette compétition bien avant sa naissance.
C’est peut-être aussi pour ça que cette petite séquence fonctionne si bien. Depuis plusieurs jours à Arco, les 40 ans du Rock Master sont racontés à travers des photos, des vidéos, des anciens champions invités à regrimper, des discussions et beaucoup de souvenirs. Pas seulement au sein du Climbing Stadium ; mais bel et bien dans tout le village d’Arco.
En regardant cette scène sous nos yeux, on se dit qu’il est difficile de trouver plus belle manière de refermer quarante ans d’histoire : Robyn Erbesfield, Didier Raboutou et leur fille Brooke assis côte à côte, avec Lynn Hill, Yuji Hirayama, Adam Ondra, micro en main, et d’autres figures de l’événement autour d’eux. Derrière, un mur progressivement couvert de signatures. Devant, un public où se mélangent là aussi plusieurs générations de grimpeurs.
Quarante ans de Rock Master résumés en une image, ou presque !
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