La FFCAM parviendra-t-elle à féminiser le monde de la Montagne ?

Une partie de la promotion 3 du groupe FFCAM-ENSA
Elles sont de plus en plus nombreuses sur les tapis, au pied des falaises et des montagnes. Leurs voix résonnent avec plus de force que jamais dans les débats publics et les médias. Et pourtant, chez les Guides de Haute-Montagne elles ne représentent qu’un dérisoire 3% et dans les clubs, seulement 22 % à l’encadrement (source : communiqué de presse FFCAM juin 2026) . Mais alors pourquoi n’y a-t-il pas plus de femmes dès qu’il s’agit d’encadrer ?
Pourtant, depuis une dizaine d’années et sous l’impulsion du Ministère en charge des sports, toutes les fédérations sportives doivent se doter d’un plan de féminisation concernant la pratique sportive, l’encadrement, la formation et l’arbitrage. En 2023, ce même Ministère des Sports lançait une enquête pour mieux connaître les professionnel.les de l’escalade. Un nouveau constat lourd se posait alors, parmi les 6 000 professionnel.les, seul 17,9 % sont des femmes. Un chiffre si bas qu’il oblige à remettre en question les dispositifs mis en place depuis.
À la Fédération Française des Clubs Alpins et de Montagne, si la parité progresse côté licenciés avec 42 % de femmes, l’écart se creuse dès qu’il s’agit de franchir le pas vers l’encadrement ou la professionnalisation comme montré plus haut. Un paradoxe que la fédération tente de décrypter depuis plusieurs années. Ces chiffres, révélateurs d’un déséquilibre profond, ont poussé la FFCAM à agir sur plusieurs fronts dès 2013 avec leur Projet égalité.
Après avoir reçu le Kit Presse de leurs projets 2026, nous avons souhaité comprendre pourquoi il est encore aujourd’hui difficile pour une grimpeuse de se professionnaliser. Pour cela, nous avons contacté Emilie Kling, chargée de mission à la direction technique nationale de la FFCAM, et Cécile Rintjema, monitrice d’escalade à l’initiative d’un cursus de formation féminin.

Emilie Kling, chargée de mission à la direction technique nationale de la FFCAM @Simon Gérard
Un problème de confiance, pas de niveau
Les chiffres sont têtus. À la FFCAM, l’objectif des 50% de parité chez les licenciés se rapproche, mais pour autant les femmes sont encore très peu nombreuses à prendre des rôles d’encadrantes ou de gestion dans les clubs. Et quand on passe à l’échelle professionnelle, les chiffres ne semblent pas avoir évolué comme escompté.
« Ça fait un petit peu plus de 15 ans que la fédération s’est appropriée cette politique et a essayé de la déployer au mieux », nous rappelle Émilie Kling

Cécile Rintjema, monitrice d’escalade diplômée, coach mental et encadrante du Groupe FFCAM-CREPS-SNAPEC
Sur le terrain, Cécile Rintjema observe le même phénomène depuis son cabinet de coach mentale à Annecy. Avant d’obtenir elle-même son diplôme d’État et de découvrir les difficultés féminines du milieu, elle reçoit des sportifs et sportives venant pour des blocages, des micro-traumas. Ce qu’elle entend, session après session, dessine un même portrait : « il y a des grosses croyances sur « je ne suis pas capable », « je ne peux pas faire ça», des croyances tellement énormes que ça les empêche d’agir. »
Ce sentiment de ne pas se sentir légitime se retrouve même chez des filles ayant largement le niveau, continue-t-elle : « Par exemple, pour le test d’entrée au DE, le niveau requis est 6b-6c pour les filles, et j’ai des témoignages de grimpeuses ayant une marge énorme, mais qui se trouvent limites et se font une montagne de ce test. »
Cécile a pu observer un manque de confiance sous-jacent qui poursuit même les femmes qui intègrent le cursus : « elles continuent à avoir un discours un peu dépréciatif, et pour la plupart, vivent leur année de formation difficilement. »

Rocher, neige, glace, rien ne résiste aux élites féminines de la FFCAM
Pour mesurer l’ampleur du phénomène, et dans le cadre de son alternance pour son Diplôme d’Etat d’escalade, Cécile mène en janvier 2025 une enquête auprès de 300 femmes, déjà monitrices ou aspirantes à le devenir. Les résultats confirment ce qu’elle pressentait : « La plupart des pratiquantes sont dans le flou, elles ne savent pas exactement dire pourquoi ça les intéresserait ou pas de se professionnaliser. Et d’autres se disent qu’elles n’ont pas les prérequis. »
Au niveau des monitrices déjà diplômées interrogées, un autre constat s’impose : « Beaucoup se disaient avoir vécu une formation compliquée avec le corps encadrant et ne se sentaient pas forcément prises en considération dans leurs périodes de règles par exemple, quand les émotions fluctuent et qu’il y a du moins bien. »
Des témoignages qui font écho aux observations d’Émilie Kling à l’échelle fédérale via le plan de prévention contre les violences sexistes et sexuelles : « On s’est rendu compte en diffusant le plan au sein des clubs, que des encadrants réalisaient que certaines façons d’encadrer, certaines façons de parler n’étaient plus appropriées. Malheureusement, elles l’ont été pendant des années, parce que personne ne disait rien. »
Des paroles, des blagues, qui paraissent insignifiantes mais qui répétées quotidiennement depuis l’enfance enferme la femme qui les subit dans une image de soi réductrice.
Le Projet égalité pour que les femmes prennent leur place
En tout, ce sont 11 groupes 100% féminins qui ont été créés pour permettre aux pratiquantes de progresser dans leur pratique et de se sentir légitimes à prendre la tête de cordées. Le Projet égalité donne le périmètre de ces groupes pour ne jamais perdre de vue leur objectif : arriver, à terme, à une mixité égalitaire.
Mais pour que ces groupes puissent se développer et avoir de vrais impacts il est urgent d’agir dans la féminisation des instances dirigeantes des clubs et comités, insiste Émilie. D’autant plus que, le code du sport demande à l’horizon 2029, d’avoir des comités directeurs complètement paritaires dans les clubs. A la FFCAM, cette évolution se fait par étape :
« D’abord dans les ligues, ensuite dans les comités départementaux, et ensuite, quelques années plus tard, dans les clubs. Il y a d’autres initiatives qui ont vu le jour, de groupes féminins qui ne sont pas seulement liés aux activités sportives, mais aussi à la gestion d’associations. Atteindre la parité chez nos licenciés pourrait aussi faciliter la parité dans nos instances. »

Le collectif “Fédér’elles” à la logistique de la 1ere édition du grand parcours de ski de randonnée de Valloire.
Face au manque de femmes investies dans les fonctions bénévoles et dirigeantes, le comité FFCAM de Savoie avait décidé d’agir dès 2020 en créant “Fédér’elles“. Ce collectif promeut le leadership des femmes en montagne et dans la vie associative avec un espace de formation, d’engagement et de construction de projets au féminin. . Il est composé de 2 groupes (les 2 Savoies et AURA) de 8 femmes de 20 à 49 ans passionnées de montagne et souhaitant s’investir dans la vie de la fédération.
Dès 2014, alors que de nombreuses fédérations sportives se dotaient de plans de féminisation, la FFCAM faisait le choix d’une approche plus large et plus ambitieuse. Le Projet cible non seulement les femmes, mais aussi les mineurs et les personnes fragilisées. Ce changement de terminologie n’est pas anodin. Il reflète une vision qui dépasse la simple question du nombre de femmes licenciées pour embrasser un idéal plus large d’accessibilité.
« L’idée de la fédération, c’est quand même d’accueillir le plus grand nombre de personnes et de rendre la montagne accessible au plus grand nombre », explique Émilie Kling.
Le Projet égalité est en cours de refonte nous confirme Émilie Kling. Une mise à jour nécessaire pour tenir compte des nouvelles réalités du terrain et des dispositifs qui ont émergé ces dernières années. Car si le cadre institutionnel a posé les bases, c’est souvent du terrain que sont venues les initiatives les plus concrètes et les plus transformatrices comme avec les Groupes féminins FFCAM-CREPS-SNAPEC qui accompagne les femmes vers l’obtention du DE escalade et le Groupe féminin FFCAM-ENSA qui prépare aux tests de Guide de haute montagne.

Promotion 4 groupe FFCAM-ENSA devant l’ENSA 2026
Les Groupes féminin : s’unir pour se libérer de ses freins
Déjà très investie dans l’accompagnement des femmes dans les groupes Espoir (50% de parité atteinte) la FFCAM décide en 2023 avec l’ENSA de créer une formation annuelle d’une vingtaine de jours de stage destinée à accompagner des femmes vers le métier de guide de haute montagne. Les participantes sont sélectionnées sur dossier, sans test, sur la base de leurs motivations et de leur liste de courses dans tous les domaines alpins. Tous leurs frais pédagogiques sont pris en charge par la FFCAM et l’ENSA. Reste les hébergements, les forfaits de remontées mécaniques et les déplacements qui sont à la charge des stagiaires.
Ce cursus de formation est 100 % féminin, et si des groupes décident de ne fonctionner qu’avec des guides femmes et des monitrices d’escalade femmes, Émilie Kling nous évoque aussi des intervenants hommes pour une bonne raison : « il y a aussi des groupes qui font face à la réalité du terrain et à ces fameux 97% des guides de haute montagne hommes. Il y a des groupes qui font face à ces difficultés et ils ne peuvent pas toujours avoir un encadrement 100% féminin. Mais il y a aussi de plus en plus d’hommes qui sont sensibles à ces sujets-là. »
Dans le Groupe féminin FFCAM-CREPS-SNAPEC qui prépare au DE escalade, la particularité du projet ne tient pas seulement à la non-mixité choisie, mais aussi à la dimension psychologique intégrée dès le départ comme nous l’explique Cécile Rintjema. « C’est ce que je voulais absolument apporter dans ce cursus, qui aurait pu être une formation finalement classique. Là, on a vraiment des outils concrets de gestion des émotions, un coaching tout au long de l’année en groupe mais aussi par des temps où je les vois les unes indépendamment des autres. »
Une approche différente de la formation classique qui donne des clés pour se connaître soi et développer son savoir être en tant qu’enseignant de la pratique.
Cécile nous explique que concrètement, le cursus travaille sur deux axes complémentaires :
Le premier est technique : « On donne un maximum d’outils techniques aux filles pour qu’elles se sentent complètement à l’aise, comment faire leur liste sans jamais se mettre dans le rouge, éviter les situations délicates et avoir les outils pour s’en sortir et bien analyser le terrain ».
Le second est mental : « comment traiter une émotion qui surgit en paroi, comment avancer quand le doute s’installe, comment construire une confiance collective ». Une dynamique avec des résultats déjà visibles selon Émilie Kling : « On reçoit des listes de courses qui sont incroyablement bien fournies, qui peuvent d’ores et déjà permettre à des femmes de se présenter au test du probatoire du guide ».
Comme le résume avec simplicité Cécile Rintjema, qui y voit avant tout une question d’équité : « On leur donne finalement les moyens que la plupart d’entre nous, monitrices actuelles, on n’a pas eus pour se préparer, à savoir se retrouver dans un groupe de femmes pour se motiver les unes les autres, avec des formatrices officielles pour donner des tips et un vrai cadre avec des modules adaptés ». Ce que ce cursus offre, en somme, c’est ce que beaucoup ont dû construire seules, en bricolant, au gré des rencontres et des coups de chance.
Aujourd’hui, au niveau du probatoire, que l’on soit un homme ou une femme, on aura les mêmes exigences. On pourrait être tenté de se dire qu’il suffirait d’adapter les diplômes, Émilie Kling balaie cette idée :
« A une époque, ils ont voulu adapter les épreuves aux femmes. Ils l’ont fait quelques années et ils ne l’ont pas retenu parce que finalement, ils se rendaient compte que ça ne changeait pas vraiment les choses. Le métier est le même pour un homme et pour une femme donc, en quelque sorte, le fait d’adapter les épreuves, c’était presque réducteur pour une femme. Ce n’était pas significatif et ça n’avait pas réellement de sens. Donc, ils sont revenus sur leurs décisions ».

La promotion 2026 en collaboration avec l’ENSA, passée de 8 à 15 !
La magie de la non-mixité
Une vingtaine de groupes ont été créés sur tout le territoire et 5 clubs 100% féminins ont même été affiliés. Mais attention, ces clubs ne refusent pas les hommes, ils ont simplement 97% de femmes licenciées.
On est dans un cocon dans lequel on peut avoir des discussions autour du féminisme. Cécile Rintjema
Quand on demande si ces groupes reçoivent un accueil négatif, Émilie nous répond par l’affirmative : « Oui ça peut heurter certaines personnes. Encore aujourd’hui, il y a des personnes qui ont du mal à accepter ces dispositifs en non-mixité choisie parce qu’elles ne comprennent pas l’intérêt. On essaye de faire preuve de pédagogie et d’avancer des arguments avec nos actions qui fonctionnent. Notre objectif, c’est de passer par une transition assez dure quelque part, mais nécessaire. La non-mixité choisie pour essayer d’arriver le plus rapidement possible à un équilibre qui n’a jamais été atteint ».
Cécile Rintjema nous explique ce qu’il se passe dans un groupe sans hommes : « Typiquement, dans les groupes féminins, on va avoir en tant que femme des discussions beaucoup plus sereines sur des sujets liés au cycle féminin par exemple. On va plus se comprendre entre femmes quand une des personnes aura ses règles et ne voudra pas forcément prendre le lead parce qu’on est dans notre cycle et qu’on n’a pas envie. Ce sont des sujets qui aujourd’hui, me semble-t-il, deviennent de moins en moins tabous mais dans ces groupes on est dans un cocon dans lequel on peut avoir des discussions autour du féminisme ».
Se retrouver entre femmes c’est ainsi pouvoir se sentir libre d’échanger sur tout, de ne pas se mettre de freins mentaux parce qu’on est en présence de quelqu’un qui a beaucoup plus confiance. Malheureusement, encore beaucoup d’hommes ne comprennent pas que par leur stature, par leur apparente confiance, ils peuvent intimider.
Les effets se font ressentir chez ces femmes ayant expérimenté ce genre de groupe :
« Les femmes qui sont passées par ces dispositifs affirment qu’elles sont davantage épanouies, qu’elles ont moins de freins, qu’elles ont une motivation plus grande entre femmes, et qu’à l’image du monde de l’entreprise, par exemple, ou de la société en général, les femmes, dans une cordée mixte, vont moins oser prendre le lead, tandis que dans une cordée 100% féminine, elles vont plutôt se partager ce rôle de première de cordée ».
Ce que la non-mixité permet avant tout, c’est une libération de la parole. « On arrive déjà tout de suite à tout dire, à s’autoriser à partager les galères, à sauter les barrières, et derrière, il se passe vraiment des choses assez miraculeuses dans les cordées ».
Les non-dits, qui peuvent peser lourd, trouvent enfin un espace pour être formulés. « On arrive à trouver des solutions, on arrive à se soutenir, on n’est plus du tout dans la victimisation », poursuit Cécile Rintjema.
Mais simplement créer des groupes non mixe ne suffit pas. Lors d’une précédente édition du GAF Île-de-France, un groupe féminin d’alpinisme qu’elle a accompagné, le constat était sans appel : « Ça ne marchait pas forcément très bien entre les filles dans leur confiance individuelle et dans la confiance du groupe, ce qui va souvent ensemble » Alors depuis, dans le cursus FFCAM-CREPS-SNAPEC, Cécile Rintjema a fait le choix d’ouvrir le programme par quatre jours entièrement dédiés à la cohésion de groupe :
« On a vraiment posé un cadre pour que les filles prennent tout de suite leur place au sein du groupe et qu’elles se sentent complètement à l’aise de partager, de dire ce qu’elles vivent, qu’il n’y ait pas de non-dit et de frustration ».
Créer du lien avant de créer de la performance. C’est un renversement de priorités qui peut sembler contre-intuitif dans un milieu où l’on juge traditionnellement une grimpeuse à sa liste de courses et à ses cotations. Pourtant, c’est précisément ce dont ces femmes ont besoin en premier. Pas un entraînement supplémentaire. Pas un stage technique de plus. Un espace où elles ont le droit d’exister avec leurs doutes, leurs cycles, leurs émotions, sans que cela soit perçu comme une faiblesse. Ce que la cordée mixte n’offre que rarement.

Stage technique pour les prétendantes aux tests de Guide
Des résultats concrets, une dynamique à amplifier
Sur le terrain, les premiers résultats sont encourageants pour le DE Escalade. « On sait déjà que les trois quarts vont se présenter aux examens, soit en novembre, soit en avril de l’année suivante. Et on a même une candidate qui s’est présentée en avril dernier et qui a eu ses tests », se réjouit Cécile Rintjema.
Du côté du probatoire guide, Émilie Kling fait état d’une dizaine de femmes issues du groupe FFCAM-ENSA qui se sont présentées au test depuis 2023, tout en restant lucide : « Ce cycle est là pour donner ce coup de pouce aux femmes, mais il faut aussi qu’elles le complètent via une préparation spécifique pour travailler sur les épreuves du probatoire. »
Le Projet égalité porte également ses fruits et inspire les jeunes générations à s’investir davantage dans les clubs, observe Émilie :
« On voit que les groupes mixtes d’alpinisme et d’escalade sont de plus en plus paritaires. Et on se rend compte aussi que des femmes, des adolescentes issues de ces groupes mixtes, vont ensuite s’investir énormément dans le développement des groupes, sur tous les aspects administratifs, l’organisation de stages et l’encadrement. »
L’ambition est désormais de dupliquer ces modèles. Avec un budget contraint, Cécile Rintjema envisage une solution pragmatique pour son groupe : « La plupart des formatrices interviennent finalement 5 jours dans l’année. Ça voudrait dire que s’il y avait une deuxième promo, on pourrait décaler les modules et faire qu’elles interviennent 5 autres jours, donc 10 jours dans l’année. »
Une logique d’extension que la fédération partage pleinement notamment avec le Groupe FFCAM-ENSA, nous explique Émilie : « On voit quand même qu’il y a des choses qui bougent parce que les trois dernières années, on était sur des promotions de 8 femmes. Cette année, au vu de la qualité et du nombre de dossiers qu’on a reçus, il a été décidé de doubler les moyens et d’accueillir 15 femmes dans le groupe. »
A la suite du succès des trois premières promotions du Groupe féminin FFCAM-ENSA, une quatrième est d’ores et déjà en cours de recrutement.

FFCAM-CREPS-SNAPEC, un autre groupe 𝗳é𝗺𝗶𝗻𝗶𝗻 parmi les 15 à la FFCAM
Tourner les regards vers de nouveaux modèles
La montagne a longtemps été un territoire pensé par et pour les hommes. Ses codes, ses rites, ses silences aussi. La FFCAM, à travers ces initiatives complémentaires, s’attelle à en réécrire les règles. Mais au-delà des dispositifs et des chiffres, Émilie Kling et Cécile Rintjema s’accordent sur une évidence : aucun plan d’action ne suffira sans un changement culturel profond.
Pour Cécile, la transformation passera aussi par une multiplication des modèles visibles : « Il faut continuer à faire parler les modèles. Pas que les athlètes ou les personnes très connues, mais toutes ces femmes qui portent des projets qui fonctionnent, pour que la place des femmes puisse vraiment ne plus faire débat. »
Quand on demande des exemples de parcours inspirant à la FFCAM, le nom d’Émilie Fourot ressort. Elle est aujourd’hui une des ultra rares Guide de Haute Montagne en France. Mais au-delà de son parcours personnel réussi, elle est aussi à l’encadrement du GFHM (Groupe Féminin de Haute Montagne), ce même groupe dont elle a fait partie et qui lui avait donné les clés pour devenir Guide il y plus de 10 ans. Une belle boucle de sororité.
La diversité des profils au sein de ces groupes est elle-même porteuse de sens comme dans le groupe de préparation au DE escalade : « Il y avait deux générations différentes et la plus âgée du groupe a eu 50 ans cette année. C’est plutôt beau de se lancer là-dedans et d’oser le faire parce qu’il y a ce cursus qui permet de concrétiser un rêve et de ne pas s’arrêter à son âge », s’enthousiasme Cécile Rintjema.
Pour conclure, Émilie Kling s’adresse directement à celles qui hésitent encore : « N’ayez pas de doute, poussez les portes, posez des questions et lancez-vous. Il manque aujourd’hui des modèles et des sources d’inspiration. Il y a une cinquantaine de femmes guides en France : en tant qu’alpiniste, on peut s’inspirer de leur parcours. »
Des messages de confiance qui, espèrent-elles toutes les deux, finiront par transformer durablement une culture de la montagne encore trop souvent vécue comme un territoire à mériter. Étape par étape, la féminisation se renforce, une cordée, un club, un cursus, une profession à la fois.
En attendant, le ministère des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative a lancé en 2026 une grande enquête nationale auprès des éducateurs et éducatrices sportives. Les résultats sont attendus pour le 2e semestre 2026 et nous permettront de voir si nos grimpeuses ont enfin ouvert une brèche durable dans le plafond de verre.

