Katherine Choong réalise la première ascension féminine de « Ravage », l’une des voies les plus mythiques de l’Histoire de l’escalade

© Simon Casella
Quarante ans après avoir marqué l’Histoire de l’escalade en devenant la première voie cotée 8c au monde, « Ravage » accueille enfin sa première ascension féminine.
Un enchaînement signé par la Suissesse Katherine Choong, qui vient ajouter son nom à celui des quelques grimpeurs ayant réussi cette ligne mythique du nord de la Suisse.
À première vue, « Ravage » n’est qu’une courte voie d’une dizaine de mètres nichée à Chuensiberg, à une trentaine de minutes du domicile de Katherine Choong. Pourtant, son importance dans l’Histoire de l’escalade est immense.
Lorsque Antoine Le Menestrel réalise la première ascension en 1986, la voie est proposée à 8c. À l’époque, cela en fait tout simplement la voie la plus difficile du monde. Une véritable révolution dans notre sport, qui explore alors ses limites à grande vitesse. Même si la cotation a depuis été réévaluée à 8b+/c, « Ravage » reste l’un des symboles les plus marquants de cette période pionnière.
Pour Katherine Choong, l’envie de grimper « Ravage » ne date pas d’hier. « C’est une voie que j’avais envie de grimper depuis des années », explique-t-elle. L’histoire de la ligne est évidemment une première source de motivation. Mais pas seulement. La grimpeuse suisse entretient également un lien plus personnel avec l’un des noms associés à cette voie : Philippe Steulet, auteur de la troisième ascension en 1989. Pionnier de l’escalade sportive suisse, Philippe Steulet était originaire de la même région que Katherine, qui l’avait connu avant son tragique décès sur l’Eiger en 2022. « Ça me tenait à cœur de la grimper car la troisième ascension a été réalisée par Philippe Steulet, un pionnier de l’escalade sportive qui venait de ma région et que j’ai personnellement connu. »
L’année 2026 marque également le quarantième anniversaire de la première ascension d’Antoine Le Menestrel, donnant encore davantage de sens à ce projet.
Pourtant, l’histoire entre Katherine et « Ravage » n’a pas commencé par un coup de foudre. « La première fois que je l’ai essayée, je ne l’ai honnêtement vraiment pas aimée », raconte-t-elle. La raison ? Une voie réputée particulièrement morphologique, avec des prises de pieds extrêmement polies et un mouvement qui semblait hors de portée pour une grimpeuse de moins d’1m60. « Tout me paraissait trop morpho et donc impossible pour moi. »
Mais au fil des séances, la Suissesse affine les méthodes, adapte chaque mouvement à sa taille et revient inlassablement sur le crux. « J’ai passé beaucoup de temps à chercher des solutions, à adapter les méthodes à ma morphologie et à chuter encore et encore sur ce même mouvement dynamique. »
Le 2 mai dernier, après de nombreux essais, elle finit par clipper le relais. « Et sans genouillère », précise-t-elle avec humour.
Une fois au sommet, Katherine dit avoir mieux compris pourquoi Antoine Le Menestrel avait baptisé sa création « Ravage ». Dans son livre, le grimpeur français décrivait ainsi son ressenti après l’ascension : « Au sommet de cette voie, je suis vidé, ravagé, heureux. Cette voie, tel un ouragan, a tout ravagé sur son passage. Aucune pensée n’est restée. Je suis libre. » Une sensation que Katherine semble avoir pleinement retrouvée quarante ans plus tard.
La suite de l’histoire est d’ailleurs presque aussi belle que l’enchaînement lui-même. Revenue quelques jours plus tard pour réaliser des images, elle réussit à enchaîner une nouvelle fois la voie. « Une fois le mouvement intégré dans le corps et dans la tête, tout semble plus facile », sourit-elle.
Une belle manière de célébrer l’une des voies les plus emblématiques de l’Histoire de l’escalade, quarante ans après sa naissance ! La vidéo de son ascension est disponible ici :
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