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Kalymnos : 400 voies déjà rééquipées six mois après le drame de mars

Six mois après la mort d’un grimpeur tchèque sur une voie équipée en 2002, l’association Rebolt Kalymnos annonce avoir entièrement rééquipé 383 voies avec des scellements chimiques en titane (près de 400 depuis sa création en 2025).

Un rythme qui s’est nettement accéléré depuis l’accident, au point de relancer le débat sur l’ampleur réelle du chantier à mener sur l’île.


Le 27 mars 2026, Petr Hruban, grimpeur tchèque de 60 ans, meurt sur la voie « St Savvas », équipée 24 ans plus tôt. Les deux plaquettes du relais cèdent, ainsi qu’un spit intermédiaire de la voie. Nous avions alors relaté la fermeture immédiate de dix secteurs sur l’île décidée par la mairie, tandis que Rebolt Kalymnos recommandait déjà d’éviter toute voie équipée avant 2006.

Cinq mois plus tard, le chantier a pris une tout autre dimension.

383 voies, neuf secteurs rééquipés depuis avril

Entre le 1er avril et le 31 août 2026, Rebolt Kalymnos a rééquipé des centaines de voies supplémentaires, secteur par secteur :

  • Kalydna : 51
  • Symplegades : 42
  • Summertime : 41
  • Spartacus : 28
  • The Beach : 28
  • Jurassic Park : 27
  • Arhi : 26
  • Iannis : 23
  • Afternoon : 20

Au total, depuis sa création au printemps 2025, l’association a rééquipé près de 400 voies avec des scellements chimiques en titane et investi plus de 100 000 € en matériel et consommables, en plus de plusieurs milliers d’heures de bénévolat.

Aris Theodoropoulos, guide de haute montagne et moniteur d’escalade, impliqué dans le rééquipement de l’île depuis 1999, résume l’organisation actuelle :

Nous avons actuellement une équipe de 5 à 6 rééquipeurs expérimentés, et nous essayons aussi d’impliquer des bénévoles qui viennent passer un moment à Kalymnos et souhaitent contribuer. Nous avançons pas à pas, sans nous fixer d’objectif rigide, car tout dépend de nos ressources, de nos financements et des bénévoles disponibles. Mais à notre rythme actuel, nous espérons rééquiper 150 à 200 voies supplémentaires d’ici la fin de l’année 2026. Derrière les rééquipeurs, il y a une autre équipe de 5 à 6 personnes qui aide à la coordination, à l’organisation, à la communication et à la promotion du travail de Rebolt Kalymnos.

Un retard qui remonte à l’explosion du nombre de voies

Le problème n’est pas nouveau : il vient de l’écart, jamais comblé, entre le rythme d’ouverture des voies et celui de leur entretien.

Les premiers standards de sécurité sur l’île (relais à deux points plutôt qu’à un seul, acier inoxydable, densité de points renforcée) datent de 1999, quand Aris Theodoropoulos travaille avec la mairie pour les mettre en place. Entre 2000 et 2010, des campagnes de rééquipement ont lieu tous les quelques années (2000, 2002, 2006, 2010), portant à chaque fois sur une centaine de voies. Sauf qu’en 2000, Kalymnos ne comptait qu’environ 200 voies : rééquiper une centaine de lignes couvrait donc près de la moitié de l’île. En 2010, le total avait été multiplié par plus de huit, pour atteindre environ 1 650 voies !

Entre 2010 et 2025, ce sont essentiellement les auteurs du topo de Kalymnos, Aris Theodoropoulos et Katie Roussos, qui ont comblé le vide : au moins 5 000 € reversés chaque année sur les ventes du guide pour l’achat de plaquettes et de scellements, et une bonne partie du rééquipement effectuée bénévolement par leurs soins, avec une poignée d’autres grimpeurs.

Un seul chantier d’ampleur a eu lieu sur la période, en 2015 : un projet municipal financé par l’Union européenne, portant le total de voies rééquipées à environ 300 (pour un peu plus de 11 % de l’ensemble des voies de l’île, qui en comptait alors près de 2 700). C’est à cette occasion qu’apparaissent pour la première fois les scellements chimiques en inox de 12 mm posés à la résine polyester, et les relais en V fixés par des chevilles à expansion.

Entre 2015 et 2025, faute de soutien institutionnel conséquent, le rééquipement repose à nouveau sur les grimpeurs eux-mêmes, sans système officiel de signalement.

Deux chantiers parallèles depuis 2025

2025 marque un tournant, avec le lancement simultané de deux démarches structurées. Au printemps, l’association à but non lucratif Rebolt Kalymnos voit le jour, fondée par des grimpeurs et équipeurs expérimentés de longue date sur l’île. Fonctionnant sur les dons et le bénévolat, elle priorise les voies selon l’âge et l’état des points, le matériau utilisé, la fréquentation de la voie et les signalements des grimpeurs.

Elle commence par des chevilles à expansion en inox sur une centaine de voies pour les urgences, avant de basculer, une fois les fonds réunis, sur des scellements chimiques en titane certifié à la résine époxy (jusque-là trop coûteux pour être déployés à cette échelle). Au second semestre 2025, elle rééquipe presque intégralement deux secteurs : Secret Garden (52 voies) et Kasteli (32 voies).

Toujours en 2025, la mairie lance de son côté un programme de 585 000 € pour le rééquipement des voies et l’amélioration des sentiers d’accès, toujours en cours. Les informations publiques sur les critères de sélection des voies ou les matériaux employés restent limitées ; sur la base de ses propres observations sur le terrain, Rebolt Kalymnos estime à environ 300 le nombre de voies rééquipées par la mairie, avec le même procédé qu’en 2015 (scellements inox à la résine polyester).

Pourquoi le titane s’impose

Le retour d’expérience accumulé sur l’île, combiné aux travaux de recherche sur la corrosion et la rupture des points d’ancrage, a mis en évidence les risques posés par l’acier inoxydable en milieu marin (en particulier la corrosion sous contrainte, un phénomène qui peut fragiliser un point de façon invisible jusqu’à la rupture). Nous évoquions déjà ce risque en avril, en citant un communiqué de la FFME publié après l’accident. Il est aujourd’hui largement admis, du côté des équipeurs de Kalymnos, que le scellement chimique en titane certifié posé à la résine époxy est la solution la plus fiable sur le long terme dans les conditions de l’île.

L’accident de mars a directement changé la donne : dans les 24 heures suivant le drame, Rebolt Kalymnos relaie les informations vérifiées dont elle dispose et répond à de nombreuses sollicitations. L’association s’engage alors à n’utiliser plus que du titane scellé à l’époxy pour tous ses chantiers à venir. De nouveaux bénévoles expérimentés rejoignent l’équipe, et le rythme de rééquipement s’accélère nettement. D’où les neuf secteurs traités entre avril et août.

Le geste le plus marquant reste sans doute celui de la famille et des proches de Petr Hruban, qui ont réuni et versé 5 400 € à Rebolt Kalymnos.

Bolt Beta, la base de données née dans l’urgence

Autre conséquence directe de l’accident : la création de Bolt Beta, une base de données lancée en avril 2026 par un grimpeur, équipeur et bénévole de Rebolt Kalymnos.

Elle recense l’âge, le matériau et l’état des points sur l’ensemble de l’île, et fait aussi office de guichet centralisé pour que les grimpeurs signalent les ancrages douteux repérés en falaise. Selon cette base, un feu vert a été donné à l’ensemble des secteurs équipés en titane ou en inox 316 ; ce dernier groupe représente à lui seul 2 393 voies, posées pour la plupart depuis 2015 environ.

La mairie annonce le remplacement des relais, l’association réclame plus

Le 19 août, la mairie de Kalymnos organise une conférence de presse aux côtés de Christos Belogiannis, guide de haute montagne nommé conseiller technique de la municipalité sur les questions d’escalade depuis l’accident. Elle y annonce son intention de remplacer tous les relais de l’île par des ancrages en titane scellés à l’époxy, équipés chacun de deux mousquetons distincts.

Rebolt Kalymnos salue le choix des matériaux, mais tempère : limiter l’intervention aux seuls relais risque de créer un faux sentiment de sécurité. La plupart des chutes se produisent sur les points intermédiaires, pas au relais. Selon l’association, une voie ne peut donc être jugée sûre que si elle est évaluée dans son ensemble, du premier point jusqu’à la chaîne.

Rebolt Kalymnos réitère une proposition qu’elle dit porter depuis sa création en 2025 : partager gratuitement son expérience et sa base de données avec la mairie, et faciliter le dialogue avec la communauté des grimpeurs. L’association appelle à un programme de rééquipement structuré autour de cinq principes : des critères et priorités clairs, l’évaluation de voies entières et non des seuls relais, l’usage exclusif du titane scellé à l’époxy, un suivi systématique de l’état du matériel, et une planification de l’entretien sur le long terme.

Rien n’indique à ce stade que la mairie ait formellement répondu à cette proposition de collaboration. Mais le constat, lui, ne fait plus débat côté grimpeurs : sur une île qui vit de ses 5 000 voies huit mois par an, l’entretien de la falaise n’est plus une option ponctuelle. C’est devenu, de l’aveu même de Rebolt Kalymnos, une responsabilité permanente.

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Publié le : 14 octobre 2026 par Nicolas Mattuzzi

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