Du vrai caillou en accès libre : le bloc peut-il suivre la voie des skateparks et des pumptracks ?

Du vrai rocher accessible en ville, des blocs de tous niveaux et un topo à consulter sur place : c’est le pari de la jeune entreprise Monolithe. Testé à Metz puis présenté au Salon de l’Escalade en janvier dernier, le concept se concrétise aujourd’hui aux Carroz avec trois blocs de granit installés en accès libre. L’ambition : faire une place à l’escalade sur roche naturelle parmi les équipements sportifs de proximité, aux côtés des skateparks et des pumptracks.
Et si l’on pouvait aller faire quelques blocs sur du rocher aussi simplement que les skateurs rejoignent leur skatepark ? C’est la proposition de Victor Jacquet et Théau Reveille, les fondateurs de Monolithe : sélectionner des blocs en carrière, les installer dans des espaces publics en ville, notamment là où les sites naturels sont éloignés ou difficiles d’accès, et y ouvrir des passages selon les possibilités de la roche.
Aux Carroz, où Monolithe vient d’installer son premier site permanent, une quarantaine de passages attendent déjà les grimpeurs, du 4+ au 7b, avec même un projet à libérer. De quoi occuper les futurs pratiquants qui viendront y passer un peu de temps !
Tout commence en carrière
Sur ces blocs, aucune prise en résine ne vient compléter les lignes. Le potentiel de grimpe dépend donc largement du choix du rocher initial, et en carrière, les futurs passages ne sautent pas forcément aux yeux.
Benjamin Duceau, qui participe à la sélection des rochers et à l’ouverture pour Monolithe, raconte être descendu à Castres avec l’équipe pour choisir les blocs. « Les blocs sont couchés dans la boue, pas forcément dans la bonne position, donc il faut qu’on tourne autour, qu’on essaie de visualiser un peu ce que ça représente une fois posé correctement au sol. » À eux d’imaginer les faces grimpables, les lignes possibles et même les assemblages, puisque certains rochers seront installés les uns sur les autres.
Monolithe s’intéresse particulièrement à des blocs massifs, souvent délaissés parce qu’ils se prêtent mal aux usages habituels des carrières. Les transformer en supports de grimpe leur offre alors une nouvelle vie et donne encore davantage de sens au projet.
Après les avoir sélectionnés, les rochers sont scannés en 3D pour préparer les études d’exécution. Sur site, l’équipe continue ensuite d’échanger sur leur positionnement par rapport au terrain, tout en tenant compte de l’esthétique de l’ensemble. Ce n’est qu’une fois les blocs installés, que les ouvreurs prennent le relais pour explorer les différents passages et commencer à tester les mouvements.
Les ouvreurs composent avant tout avec les reliefs existants, même si certaines prises peuvent être taillées pour ajuster un passage ou ouvrir de nouvelles possibilités. L’objectif premier reste bien évidemment que ces interventions restent aussi limitées que possible afin de garder une roche la plus naturelle qui soit. Par exemple, aux Carroz, quelques pieds ont ainsi été retravaillés pour rendre certains blocs plus accessibles aux débutants et aux petits gabarits. Des réglettes ont également été taillées sur une face du « champignon », (l’un des trois rochers installés) : très lisse sur ses premiers mètres, elle ne permettait pas, selon les ouvreurs, de grimper sans utiliser l’arête ce qui limitait fortement la diversité des blocs.
Une fois les passages repérés et identifiés, reste ensuite à les nommer, les coter et les intégrer à un topo, disponible en ligne et via un QR code sur place. Simple et efficace non ?
À Metz, une trentaine de passages pour tester le concept
Pour bien comprendre le projet, rappelons que derrière Monolithe, les deux fondateurs sont grimpeurs et pratiquent l’escalade depuis une vingtaine d’années. Leur envie était avant tout de rendre le bloc sur rocher plus accessible, notamment en zone urbaine.
« L’idée de départ est venue il y a quelques années, dans un contexte où l’escalade, notamment en salle, connaissait une forte croissance, alors que la pratique sur roche naturelle restait beaucoup moins accessible », expliquent-ils.
Parmi leurs inspirations, ils citent le projet de Mabley Green, porté à Londres par l’artiste John Frankland en 2008, qui associait des blocs de roche monumentaux à une pratique de l’escalade en accès libre.

© Monolithe
Pour tester leur concept, ils commencent par installer en 2025 deux îlots de roche d’environ 25 tonnes chacun à Bliiida, à Metz. Une trentaine de passages y ont été ouverts, avec des difficultés allant de niveaux accessibles à experts. L’un de ces blocs a ensuite fait le voyage jusqu’au Salon de l’Escalade 2026 à Paris. L’occasion de recueillir les impressions des grimpeurs, mais aussi de visiteurs qui touchaient, pour certains, du rocher pour la première fois. Petite anecdote supplémentaire, Monolithe est également reparti du salon avec le Trophée de la Verticalité dans la catégorie Innovation, et on comprend pourquoi …
Aux Carroz, les blocs rejoignent le skatepark et le pumptrack
Après les tests à Metz et les essais en salon, Monolithe a installé son premier site permanent aux Carroz. Les trois blocs de granit ont pris place dans le secteur des Cîmes, aux côtés du pumptrack, du skatepark.
Le choix de cet emplacement ne doit rien au hasard : le pumptrack, installé en 2017, rencontre un succès constant auprès des habitants et des visiteurs, explique Sébastien Caré Buisson, directeur du service des sports des Carroz. Le skatepark a lui aussi été entièrement renouvelé en parallèle de l’installation des blocs Monolithe.

© Emile Pino
Avec l’escalade, la commune souhaitait proposer une nouvelle activité de découverte et « offrir un espace de pratique convivial favorisant la rencontre et le partage ». Le projet s’inscrit aussi dans le développement des activités quatre saisons de la station, pour les habitants comme pour les vacanciers.
Pourquoi avoir choisi de la roche naturelle ? Sébastien Caré Buisson met en avant les sensations de grimpe, l’intégration dans le paysage montagnard et la durabilité attendue de l’équipement. La commune a investi environ 140 000 euros TTC pour ce site, un montant comprenant la fourniture et l’installation des blocs ainsi que les aménagements nécessaires sur place.
Du 4+ au 7b et un projet à libérer
La première question qu’on peut se poser est de savoir si quelques blocs de roche peuvent offrir suffisamment de passages et de styles différents pour donner envie de revenir ? Nous avons posé la question à Elioth Mangin, ouvreur à BO Metz, qui a participé au projet des Carroz.
« Nous avons travaillé sur du granit, et avons ouvert environ 40 blocs allant du 4+ au 7b, plus un projet qui ne demande qu’à être enchaîné et coté par un grimpeur fort. »
Côté styles, il y a pas mal de variété selon lui : dalle, vertical, proue, compression et même du dynamique. Le tout sur des plats, des réglettes, des bi et des monodoigts. « Il manquerait peut-être un gros dévers et quelques pinces à serrer, mais on ne peut pas tout avoir », ajoute l’ouvreur.
Pour ouvrir ces passages, Elioth explique travailler un peu comme lors d’une séance de calage, avec des prises dont il n’a pas choisi l’emplacement. La recherche de mouvements reste la même, en composant avec la roche et parfois avec des éliminantes pour multiplier les possibilités.
Son coup de cœur ? La « dalle des Carroz », cotée 6c. Au niveau du crux, un petit picot laisse tout juste la place à un doigt. « Tout le reste se passe dans le placement du corps et des pieds pour pouvoir réussir le mouvement. » Il cite aussi « comprassion 2 », un 6b avec plusieurs méthodes, ou « Wallsome », 6c+, pour sa longueur et sa variété de mouvements. Dans les niveaux plus accessibles, « la rampe » et « Rock city », deux 5b, demandent eux aussi de s’appliquer dans sa grimpe.

© Emile Pino
De quoi retrouver les sensations d’une séance en extérieur ? Pour Elioth, clairement oui : « J’ai pris autant de plaisir au cours de mes deux-trois séances aux Carroz que j’ai pu en prendre sur d’autres sorties extérieures. »
Quid des grimpeurs les plus forts ? S’ils risquent d’en faire rapidement le tour, Elioth estime toutefois que les débutants comme les pratiquants intermédiaires à confirmés auront de quoi s’occuper pendant plusieurs séances, avec des projets à travailler et de bonnes raisons de revenir. C’est aussi tout l’intérêt du concept : un spot près de chez soi pour se retrouver et partager une session sur du vrai rocher.
Qui vient réellement y grimper ?
Du côté du service des sports, les premières observations vont dans le sens du public recherché : « Les blocs sont fréquentés aussi bien par des résidents que par des visiteurs de passage », indique Sébastien Caré Buisson. Des colonies de vacances et des groupes d’enfants en séjour sur la station utilisent également le site pour découvrir l’escalade.
Selon lui, les premiers retours portent notamment sur le caractère naturel des blocs et la diversité des niveaux proposés. Les encadrants apprécient aussi de pouvoir travailler la confiance en soi et le dépassement personnel à travers la grimpe.

© Monolithe
La commune souhaite maintenant accompagner cette fréquentation : « À terme, nous aimerions pouvoir accueillir des démonstrations, des initiations, des rassemblements ou même des contests autour de l’escalade de bloc », poursuit le directeur du service des sports. Des partenariats avec les clubs et les professionnels locaux sont également envisagés. De quoi faire des blocs un lieu de rendez-vous, au même titre que le pumptrack voisin.
Après Les Carroz, les fondateurs de Monolithe souhaitent développer d’autres installations auprès des collectivités et des stations. L’idée : permettre aux grimpeurs de retrouver du caillou près de chez eux, pour une séance après le travail ou quelques essais entre potes. Et pour ceux qui passeraient par les Carroz, n’oubliez pas qu’il reste un défi à relever : un projet attend encore sa première ascension !
– Article réalisé en collaboration avec Monolithe –


