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Block’Out passe chez Arkose : pourquoi, comment et pour quel avenir ?

© Arkose

Quelques jours après l’annonce de l’arrivée de Bloc en Stock et Roc en Stock chez Arkose, c’est au tour de Block’Out de rejoindre le groupe. Mais alors comment les deux réseaux, longtemps concurrents, en sont-ils venus à se rapprocher ? Que va devenir la marque Block’Out ? Comment se répartit désormais le capital et qu’est-ce qui va changer pour les grimpeurs et les salariés ? Grégoire de Belmont, l’un des 4 co-fondateurs d’Arkose, détaille l’opération dans cet entretien de plus d’une heure avec PlanetGrimpe. Il livre aussi son analyse d’un marché de l’escalade indoor sous pression, entre multiplication des salles, concurrence d’autres activités et baisse de la rentabilité.

Les origines de ce rapprochement

PlanetGrimpe — Arkose et Block’Out ont longtemps été concurrents. Comment en êtes-vous arrivés à envisager un rapprochement ? Qui a fait le premier pas ?

Greg de Belmont — C’est une très longue histoire. Nous avons rencontré Cap Change pour la première fois [l’actionnaire de Block’Out, ndlr] en 2021. À ce moment-là, Manu et Arnaud [Emmanuel Charruau et Arnaud Pioger, cofondateurs de Block’Out, ndlr] n’exerçaient déjà plus de mandat de dirigeant, mais ils détenaient encore des parts dans la société et étaient en train de les vendre. Nous avions alors étudié l’intérêt d’un rapprochement avec Block’Out, mais cela n’avait pas abouti.

Nous sommes ensuite restés en contact. Nous avons vu passer plusieurs directeurs généraux à la tête de Block’Out, avec, à chaque fois, un succès plutôt mitigé.

Les discussions sérieuses ont démarré il y a un peu plus d’un an, je dirai début 2025 avec les premiers échanges de chiffres, mais ce sont des dossiers qui prennent du temps. Et pour répondre à ta dernière question, c’est donc plutôt nous qui avons fait le premier pas.

PlanetGrimpe — Tu penses que les deux réseaux sont complémentaires ?

Greg de Belmont — Nous sommes convaincus depuis longtemps que le marché de l’escalade en France doit se consolider. Nous estimions ne pas avoir encore atteint la taille critique, et nous avions besoin de trouver le bon partenaire.

L’un des intérêts de Block’Out, c’est que les fondateurs n’étaient plus là, cela rendait le rapprochement possible sur le plan de la gouvernance, puisque, de notre côté, les quatre associés fondateurs d’Arkose n’avaient pas l’intention de partir.

L’autre intérêt, c’est que nos offres sont assez proches et nos implantations géographiques très complémentaires. À part la salle de Tours, qui n’existe plus, il n’y a aucun doublon qui perturberait le réseau.

PlanetGrimpe — Est-ce avant tout une opportunité pour Arkose, ou une réponse aux difficultés de Block’Out ?

Greg de Belmont — Aujourd’hui, dans l’escalade, peu de groupes de taille intermédiaire ou de grands réseaux échappent aux difficultés. Le marché est compliqué. Nous avons tous beaucoup investi à l’époque et nous avons tous des dettes financières assez importantes.

Je pense que c’est aussi intéressant pour Arkose que pour Block’Out. Nous avons tous les deux besoin d’un réseau plus grand, capable de générer suffisamment de revenus pour financer les équipes du siège et les compétences nécessaires au bon fonctionnement des salles.

Block’Out Saint Ouen

PlanetGrimpe — Tu évoques une « taille critique ». Qu’est-ce que cela signifie pour un réseau comme Arkose ? Le groupe n’était-il pas suffisamment compétitif avec ses salles actuelles ?

Greg de Belmont — Une salle d’escalade est un gros bateau : pour bien fonctionner, elle a besoin d’expertises très diverses. On pense aux fonctions commerciales et à la communication, mais on ne voit pas tout ce qui se passe en coulisses : la maintenance d’installations de ventilation et de climatisation très complexes, la conception des menus, la gestion des approvisionnements, le contrôle des coûts, les campagnes d’acquisition de clients, les ressources humaines et le management.

Il faut aussi entretenir les tapis de réception, gérer les stocks de prises, développer des applications dédiées, animer un réseau de salles en franchise et en propre… Dès lors que le fondateur ne peut plus être dans chaque salle pour tout gérer, il faut des experts au siège pour couvrir ces métiers.

Pour financer un siège de 40 personnes, il nous faut un parc de salles qui génère des revenus conséquents. Or chaque salle n’est pas immédiatement rentable : certaines peuvent même perdre de l’argent pendant plusieurs années. Il faut également pouvoir réinvestir tous les ans pour maintenir les salles en bon état et acheter des prises neuves.

L’idée est donc de répartir tous ces coûts sur un parc aussi large que possible, car les économies d’échelle sont importantes. Pour schématiser, un siège de 40 personnes peut gérer 15 salles comme il peut en gérer 50. Ces dernières années, la rentabilité par salle a baissé : il faut donc compenser avec davantage de salles.

Une acquisition par échange de titres

PlanetGrimpe — Tu parles d’un rapprochement. Concrètement, est-ce un rachat de Block’Out par Arkose ou une fusion des deux groupes ?

Greg de Belmont — Techniquement, c’est une acquisition par échange de titres. Dans le jargon financier, lorsqu’une opération de ce type n’est pas équilibrée, c’est-à-dire que les deux opérateurs ne sont pas de la même taille, on ne parle pas de fusion. Le plus gros achète le plus petit. C’est une distinction technique : on parle d’acquisition.

Cap Change, la société d’investissement de la famille Le Garrec, détenait 100 % des parts de Chanoar, la holding de tête de Block’Out [la société mère du réseau, ndlr]. Cap Change devient donc actionnaire du groupe Arkose.

PlanetGrimpe — Comment fonctionne cet échange de titres ? Cap Change apporte ses actions de Block’Out et reçoit en échange de nouvelles actions d’Arkose, plutôt qu’un paiement en cash ?

Greg de Belmont — C’est exactement cela. Nous avons créé de nouveaux titres dont la valeur correspondait à celle du groupe Block’Out. Cap Change les a reçus en apportant ses titres de Block’Out. C’est pour cela que l’on parle d’une acquisition par échange d’actions.

PlanetGrimpe — Quelle valorisation de Block’Out a été retenue pour cet échange de titres ?

Greg de Belmont — Cette information n’est pas publique pour l’instant.

PlanetGrimpe — Block’Out conserve-t-il une existence juridique à l’intérieur du groupe Arkose ?

Greg de Belmont — Chanoar, la société qui regroupe les salles Block’Out, va rester dans un premier temps une société distincte, détenue à 100 % par Arkose.

Les deux réseaux sont organisés différemment : chez Block’Out, chaque salle est exploitée par une société rattachée à Chanoar. Chez Arkose, les salles sont directement regroupées dans une même société. Nous allons donc, dans un premier temps, conserver cette organisation à l’intérieur du groupe Arkose.

PlanetGrimpe — L’opération comprend-elle aussi des salles franchisées ?

Greg de Belmont — Il n’y a plus de salles franchisées. Cela fait longtemps que Block’Out simplifie son organisation juridique. L’année dernière, il ne restait que quatre ou cinq salles, je crois, avec des actionnaires minoritaires.

Chanoar détenait soit la totalité, soit la majorité du capital de chacune de ses salles. Les actionnaires minoritaires sont sortis depuis, à l’exception d’un tout petit actionnaire minoritaire à Toulouse.

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Le capital et la gouvernance

PlanetGrimpe — L’arrivée de Cap Change modifie-t-elle la gouvernance d’Arkose ?

Greg de Belmont — Non, nous gardons le contrôle de la gouvernance. Il faut distinguer la gouvernance de la répartition du capital : à nous quatre, les associés fondateurs, nous ne détenions déjà plus la majorité des parts. En revanche, nous gardions la main sur le conseil d’administration, où se prennent les décisions de gouvernance. La structure de ce conseil n’a pas changé.

Cap Change devient un actionnaire très minoritaire d’Arkose & Co et participe à la gouvernance stratégique au sein du conseil d’administration. Il y dispose d’un siège de censeur, donc sans droit de vote.

PlanetGrimpe — Si les quatre fondateurs ne sont plus majoritaires au capital, qui détient les autres parts d’Arkose ?

Greg de Belmont — Nous avons plusieurs actionnaires financiers, qui ne sont pas en charge des opérations : NextStage, Bpifrance et un troisième investisseur, un business angel qui investit à titre personnel. Nous avons également toujours à nos côtés les « friends and family » du début [les proches qui ont investi au démarrage, ndlr], ainsi que nous quatre [Grégoire de Belmont, Steve Guillou, Samy Camarzana et Lyes Mekesser, les quatre cofondateurs d’Arkose, ndlr].

Avant l’arrivée de Block’Out, nous quatre et les « friends and family » étions quasiment à 50 %, et nos partenaires financiers à un peu plus de 50 %. L’arrivée de Block’Out a dilué un peu tout le monde [les actionnaires conservent leurs titres, mais leur pourcentage diminue avec l’émission de nouveaux titres, ndlr]. Aujourd’hui, personne ne détient seul la majorité dans le groupe.

PlanetGrimpe — Comment pouvez-vous conserver la maîtrise de la gouvernance sans détenir la majorité du capital ? Les investisseurs pourraient-ils décider de vous écarter ?

Greg de Belmont — Non. Même s’ils se mettaient d’accord entre eux, les investisseurs ne pourraient pas nous mettre dehors. Notre organisation et nos règles de décision prévoient que notre départ nécessiterait aussi notre accord.

Cela sécurise la gouvernance de la société. Nous avons fait cela avec l’accord de nos actionnaires, sinon ils n’auraient pas remis de l’argent dans la société au fur et à mesure. Il faut quand même des solutions si tout va mal, mais ils ne peuvent pas nous faire partir tous les quatre d’un coup.

PlanetGrimpe — Qu’est-ce que Cap Change vient chercher dans l’opération ? Est-ce une façon de prendre du recul par rapport à l’escalade ?

Greg de Belmont — Clairement, l’escalade n’est pas leur secteur d’origine. Le groupe Le Garrec est spécialisé, d’un côté, dans les bateaux et les flottilles de pêche, de l’autre, dans les instruments de haute précision. C’est là-dedans qu’ils investissent.

L’investissement dans Block’Out répondait à une volonté de diversification, portée surtout par l’un des enfants de la famille Le Garrec. Ils n’ont pas poursuivi dans cette voie et n’ont pas réalisé d’autres investissements dans le loisir sportif marchand.

Ils ne savaient plus très bien dans quelle direction emmener Block’Out. Le réseau était déjà trop gros pour fonctionner sans un siège chargé de piloter le réseau, mais encore trop petit pour que les revenus des salles financent confortablement cette structure. Il fallait donc soit grandir, soit envisager une autre solution.

Pour eux, c’était clairement une façon de sortir par le haut de cette situation. Leur objectif est que nous apportions de la valeur grâce aux synergies entre les deux groupes. En apportant leurs parts à Arkose, ils réalisent un investissement dont ils souhaitent voir la valeur augmenter.

Ce qui va changer dans les salles

PlanetGrimpe — La marque Block’Out va-t-elle disparaître au profit d’Arkose ?

Greg de Belmont — Nous voulons générer des synergies, et pour cela, nous ne pouvons pas garder deux marques. À terme, nous ne conserverons donc que la marque Arkose.

PlanetGrimpe — Dans quel délai les salles vont-elles changer d’enseigne ?

Greg de Belmont — Cela représente des investissements assez conséquents. Nous allons procéder progressivement, en finançant les changements au fil de l’eau. Nous ne voulons pas que cela réduise notre capacité à investir dans le confort des grimpeurs ou le renouvellement des prises, par exemple. Je pense néanmoins que toutes les salles auront été rebaptisées Arkose en moins d’un an.

D’un point de vue purement visuel, il n’y a pas grand-chose à faire. Certes, leurs murs sont très colorés, ce qui n’est généralement pas notre cas. Mais nous n’allons pas investir pour changer cela : ce n’est pas essentiel, et nous pouvons vivre avec des murs colorés.

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PlanetGrimpe — Comment ces investissements seront-ils financés ? Y aura-t-il des apports extérieurs ?

Greg de Belmont — Non, ce sont les liquidités générées par notre activité qui nous le permettent. Tous les ans, nous réinvestissons dans nos salles. En 2026, nous aurons réinvesti au total 1,2 million d’euros : dans les prises, les tapis et certains gros investissements nécessaires, comme la climatisation.

Ce sont des CAPEX d’exploitation [des dépenses d’investissement dans les équipements des salles, ndlr]. Nous intégrons systématiquement ces dépenses à nos budgets. Avec l’arrivée de Block’Out, ce sera forcément davantage.

PlanetGrimpe — Cela suppose de dégager plus de moyens. Quelles économies attendez-vous de ce rapprochement ?

Greg de Belmont — L’intérêt de cette opération, c’est de dégager davantage de moyens pour réinvestir dans les salles et continuer à rembourser nos dettes.

Les économies peuvent venir de plusieurs postes : l’organisation du siège, les achats de prises, les approvisionnements ou encore les contrats d’assurance. En regroupant nos besoins, nous pouvons réaliser des économies d’échelle. La communication sera également concentrée sur une seule marque, au lieu de deux.

L’objectif est de construire un groupe plus solide et plus résistant aux aléas. Avec la baisse de la rentabilité des salles ces dernières années, nous devons à la fois continuer à investir et adapter nos coûts à la réalité du marché.

PlanetGrimpe — Quelles seront les premières évolutions concrètes pour les grimpeurs ?

Greg de Belmont — Nous allons aligner le plus rapidement possible le système de cotation de Block’Out sur celui d’Arkose. Cela signifie revenir à l’ouverture à la couleur, comme Block’Out le faisait à une époque, et retrouver autant que possible les mêmes repères que chez Arkose.

Cela nécessitera des investissements en prises d’escalade : si Block’Out était passé aux numéros plutôt qu’aux couleurs, c’était pour économiser sur le stock de prises.

Nous allons aussi harmoniser l’approche de l’ouverture et créer un groupe d’ouvreurs, comme nous l’avons fait chez Arkose. C’est un travail qui prendra un peu de temps.

À RETENIR

  • 47 salles réunies : 35 Arkose et 12 Block’Out.
  • Une acquisition par échange de titres : Cap Change, l’actionnaire de Block’Out, entre au capital d’Arkose. La valorisation de l’opération n’est pas publique.
  • Une seule enseigne à terme : selon Grégoire de Belmont, toutes les salles Block’Out devraient porter le nom Arkose en moins d’un an.
  • Des changements pour les grimpeurs : harmonisation des cotations, retour à l’ouverture à la couleur et alignement des tarifs par zone.
  • L’organisation des équipes reste à définir : aucune décision sur l’emploi n’est annoncée à ce stade.

PlanetGrimpe — Comment allez-vous harmoniser ce travail d’ouverture entre les salles Arkose et celles de Block’Out ?

Greg de Belmont — Nous voulons retrouver la cohérence qui existe déjà entre les salles Arkose. Un rouge à Paris doit être un rouge à Bordeaux.

Bien sûr, il peut y avoir des spécificités selon les régions. Dans le Genevois ou à Nice, par exemple, nous ouvrons davantage de blocs « longs », parce que beaucoup de grimpeurs pratiquent aussi en falaise. À Paris, les grimpeurs forts sont plutôt des bloqueurs. Nous nous adaptons, mais l’idée est d’intégrer le réseau Block’Out à cette logique.

PlanetGrimpe — Les tarifs des salles Block’Out vont-ils également être alignés sur ceux d’Arkose ? Y avait-il des différences importantes entre les deux réseaux ?

Greg de Belmont — Les écarts n’étaient pas très importants, mais il y aura effectivement un alignement par zone tarifaire.

PlanetGrimpe — Au total, combien de salles le nouvel ensemble représente-t-il, et pour quel chiffre d’affaires ?

Greg de Belmont — Il rassemble 35 salles Arkose et 12 salles Block’Out, soit 47 salles. Pour 2026, nous serons probablement autour d’une soixantaine de millions d’euros au total. L’année n’est pas finie, mais l’idée est de finir aux alentours de ce montant.

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Un marché de l’escalade sous pression

PlanetGrimpe — Tu nous parlais récemment d’un marché de l’escalade « chahuté » depuis deux ans. Quelles difficultés les salles rencontrent-elles aujourd’hui ?

Greg de Belmont — C’est une conjonction de plusieurs facteurs. D’abord, la consommation, notamment de loisirs, est sous forte pression depuis, globalement, la guerre en Ukraine. Il y a les différents épisodes inflationnistes, mais aussi le moral des ménages, qui a plongé et qui plonge encore davantage en ce moment.

Cela pèse sur la pratique loisir de l’escalade. Cette clientèle représente une part non majoritaire, mais non négligeable, de nos revenus.

Deuxième facteur : la demande a fortement augmenté ces dix dernières années, mais l’offre aussi, au point que, dans beaucoup de zones où nous sommes bien implantés, l’offre a désormais dépassé la demande. Cela met une pression sur beaucoup de nos salles. Certaines, très rentables à une époque, ne le sont plus du tout aujourd’hui. C’est compliqué à vivre.

PlanetGrimpe — Quand l’offre de salles dépasse la demande, quelles sont les conséquences ? Arkose est-il également touché ?

Greg de Belmont — Certains réseaux qui ne sont pas assez gros en souffrent directement et doivent fermer des salles. Ce que vivent aujourd’hui Climb Up et Climbing District est aussi lié à cela.

Climbing District est uniquement dans Paris, où l’offre s’est le plus densifiée ces dernières années. L’offre y a clairement dépassé la demande, ce qui affecte les comptes de toutes les salles parisiennes, y compris celles d’Arkose. Nous sommes touchés comme les autres.

Simplement, nous savons amortir cette baisse. Peut-être parce que le poids des loyers dans notre activité est globalement moins important : nous avons davantage de salles anciennes, et nous avons investi dans certaines avant le fort engouement pour l’escalade indoor.

Dans certains secteurs, la rentabilité des salles baisse donc très fortement. Chez Arkose, nous avons des salles en Île-de-France qui ont perdu entre 30 et 40 % de leur chiffre d’affaires en trois ans. C’est énorme. Il faut pouvoir l’encaisser, c’est très dur.

PlanetGrimpe — Au-delà de la consommation et de la multiplication des salles, l’escalade subit-elle aussi la concurrence d’autres activités ?

Greg de Belmont — Oui, c’est le troisième facteur. D’autres sports se sont développés entre-temps : le padel, le running, mais aussi le fitness, qui continue de croître et de prendre des parts de marché en se réinventant sans cesse. L’engouement pour le corps parfait est aussi reparti à la hausse, et l’escalade doit se défendre face à ces autres sports.

Nous sommes sur un marché qui s’ajuste constamment. Notre travail, c’est d’adapter au mieux l’offre à la demande, et cela veut dire ne pas hésiter à fermer, ou à ne pas racheter, des salles qui sont en train de disparaître.

Par exemple, nous ne nous sommes pas positionnés pour racheter les salles Blocbuster de La Défense ou de Versailles, alors que nous aurions pu être tentés d’y aller. Nous constatons que la demande d’escalade dans l’Ouest parisien n’est pas aussi forte que dans l’Est, et il n’y avait donc probablement pas besoin de conserver Versailles.

Entre pratique sportive et loisir

PlanetGrimpe — Pourtant, de nouvelles salles ouvrent encore, y compris en dehors des grands réseaux. Comment l’expliques-tu ?

Greg de Belmont — Il y a aussi des spécialistes du loisir qui diversifient leurs activités. Climb World en est un exemple : derrière cette enseigne, on retrouve un groupe qui exploite notamment des centres de bowling et de laser game. Ils cherchent à compléter leur offre avec l’escalade dans les lieux qui disposent de suffisamment d’espace. Pour eux, l’escalade est un sport, mais aussi une activité de loisir. Nous sommes tous des grimpeurs, alors nous la voyons comme un sport, mais une partie de notre clientèle vient avant tout pour le loisir. Il faut toujours se le rappeler.

PlanetGrimpe — Quand tu parles de clientèle « loisir », quelle différence fais-tu avec les grimpeurs qui pratiquent régulièrement ?

Greg de Belmont — Il y a la pratique sportive régulière et le loisir que tu peux faire avec tes amis, comme une soirée bowling. La pratique loisir de l’escalade, c’est de se dire : « On va se faire une soirée escalade. »

On peut aussi faire une soirée padel. La question, c’est le poids de cette pratique dans ton modèle économique. Est-ce que le loisir ne pèse que 20 % de mon chiffre d’affaires aujourd’hui ? Non, c’est davantage.

Le problème, c’est que cette clientèle est très volatile : quand il fait beau, les gens ne viennent pas ; quand il fait trop chaud, ils ne viennent pas ; quand il pleut à 18 h 30 au moment de sortir de chez soi, ils ne viennent pas non plus.

PlanetGrimpe — Ces acteurs du loisir peuvent-ils durablement s’installer dans l’escalade ?

Greg de Belmont — Climb World vient du loisir, un secteur qui leur a donné des moyens financiers importants pour tester l’escalade. Reste à savoir s’ils souhaiteront continuer à s’y développer pleinement : ils s’aperçoivent peut-être que cette activité est moins rentable que leurs autres loisirs. Il y a aussi Escapad, déjà présent à Lille, qui a ouvert dans l’Est parisien avec une offre associant notamment escalade et padel.

Mais l’escalade demande davantage de technicité que des activités comme le foot en salle ou le padel. Cela concerne aussi bien la conception et l’exploitation des lieux que leur maintenance et la gestion des équipes. Il faut notamment maîtriser des métiers très spécifiques, comme celui d’ouvreur, que l’on ne retrouve pas en dehors de l’escalade.

C’est pour cette raison que certains opérateurs multisports, avec lesquels nous travaillons très bien, préfèrent passer par une franchise pour ajouter l’escalade à leur offre, plutôt que de développer eux-mêmes cette expertise.

Cela n’empêchera pas de nouveaux acteurs de se lancer, ni des indépendants de créer leurs salles. En France, il reste de nombreux endroits où l’on peut en ouvrir. Je n’ai pas dit que le marché avait fini de croître.

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PlanetGrimpe — L’escalade ne va donc pas se retrouver uniquement entre les mains de trois ou quatre grands groupes ?

Greg de Belmont — Je pense qu’il faut regarder le fitness pour voir où peut arriver l’escalade : quelques grands groupes, avec beaucoup de franchisés et des salles en propre, et, çà et là, des indépendants qui ont une, deux, trois ou quatre salles.

L’avantage d’un grand groupe, et c’est pour cela que notre franchise commence à bien fonctionner, c’est d’avoir des outils, des méthodes, des prix négociés, une notoriété et une visibilité de marque. À terme, cela fait beaucoup de différence pour quelqu’un qui veut se lancer.

PlanetGrimpe — Si la clientèle loisir est si importante, comment expliquer que des salles investissent dans des boards plutôt destinés aux pratiquants réguliers ?

Greg de Belmont — C’est une bonne question. D’ailleurs, nous ne l’avons toujours pas fait. Chez Block’Out, il y a trois boards dans le réseau. C’est intéressant, parce que nous allons enfin pouvoir regarder l’utilisation réelle de ces équipements : qui les utilise, à quelle fréquence, etc.

Je vais préciser ce que j’ai dit précédemment : je n’ai pas dit que nous ne nous intéressions qu’au loisir. Cette clientèle change facilement ses habitudes et si nous nous intéressions qu’à elle, nous mettrions notre société en danger.

Notre priorité, c’est d’être irréprochables pour les grimpeurs réguliers tout en accueillant comme il se doit les pratiquants loisir. C’est notamment pour ça que nous tenons aux ouvertures à la couleur : nous sommes convaincus que c’est le moyen le plus simple d’aborder l’escalade, avec des repères de difficulté faciles à comprendre.

Nous faisons donc tout pour faciliter l’accès des pratiquants loisir à l’escalade, tout en restant exigeants sur la qualité de l’accueil des grimpeurs réguliers.

Réunir les équipes et les communautés

PlanetGrimpe — Au-delà des blocs et des cotations, les salles Block’Out conserveront-elles leur vie locale et leurs événements ?

Greg de Belmont — Nous allons continuer à organiser des événements. Chez Arkose, nous standardisons et centralisons ce qui mérite de l’être, mais nous avons aussi renforcé la place laissée aux salles et à leurs communautés.

Si la salle de Toulouse veut organiser une soirée d’escalade dans le noir, avec des tubes phosphorescents sur les murs, et que cela fonctionne très bien, qu’elle le fasse. Si la salle de Lille estime que cela ne marche pas chez elle, elle fait autrement. Ce qui compte, c’est que les événements plaisent à leur communauté et lui donnent envie de venir.

Avec Block’Out, ce sera pareil. Il y a des habitudes de consommation que nous allons respecter. En revanche, nous voudrons harmoniser certaines façons de travailler. La restauration, par exemple, n’est pas du tout la même que chez Arkose. Block’Out travaille actuellement beaucoup de produits surgelés, avec des préparations qui ne sont pas toutes faites en cuisine. Nous allons essayer d’harmoniser les pratiques.

La cantine Arkose

PlanetGrimpe — Les équipes de Block’Out ont leurs méthodes et leur culture d’entreprise. Comment allez-vous les intégrer à celles d’Arkose ?

Greg de Belmont — C’est le principal défi qui nous attend : faire travailler ensemble deux groupes qui sont proches, mais qui n’ont pas exactement la même culture. Jusqu’ici, nous avons surtout étudié les aspects financiers et l’organisation du rapprochement. Nous avons bien sûr visité les salles Block’Out, mais discrètement : tant que l’opération n’était pas certaine d’aboutir, nous ne voulions pas l’annoncer.

Nous n’avons donc pas encore échangé avec les équipes. À ce stade, nous ne connaissons que trois personnes dans l’entreprise, en dehors de celles que nous avons pu croiser sur les tapis en tant que grimpeurs.

PlanetGrimpe — Quelles conséquences le rapprochement pourrait-il avoir sur les salariés, dans les salles Block’Out comme au siège ? Avez-vous déjà identifié des postes à mutualiser ou une organisation à faire évoluer ?

Greg de Belmont — Rien n’est décidé à ce stade. L’objectif est de construire un groupe résilient : nous ne faisons pas cela pour subir le même destin que nos confrères. Nous devons d’abord rencontrer tout le monde, dans les salles comme au siège. Il faut harmoniser sans tout casser, surtout !

Le dialogue avec les ouvreurs et les conditions de travail

PlanetGrimpe — Un mouvement de grève a récemment eu lieu chez les ouvreurs d’Arkose, après la décision de réaffecter des journées de référent à la production. Où en sont les discussions ? Un compromis a-t-il été trouvé ?

Greg de Belmont — Nous avons ouvert un canal de discussion avec nos ouvreurs référents mécontents de nos dernières décisions, afin d’étudier en détail leur activité avant de nous prononcer définitivement.

En parallèle, le sujet de la journée mensuelle de référent que nous souhaitions réallouer sera abordé dans le cadre des NAO [négociations annuelles obligatoires, ndlr] et fera donc l’objet d’un accord au sein du CSE [comité social et économique, ndlr].

PlanetGrimpe — Dans ce contexte, les salariés de Block’Out, notamment les ouvreurs, doivent-ils s’inquiéter de leurs futures conditions de travail au sein d’Arkose ?

Greg de Belmont — Non, les salariés ne doivent pas s’inquiéter, car les salariés d’Arkose, notamment les ouvreurs, bénéficient d’avantages que nous estimons intéressants.


Le rapprochement est acté, mais l’intégration de Block’Out ne fait que commencer. Changement d’enseigne, harmonisation des cotations et des tarifs, rencontre avec les équipes : les prochains mois permettront de mesurer ce que cette opération change sur le terrain. Pour Arkose, l’enjeu sera de transformer un réseau plus grand en un ensemble plus solide, tout en préservant la qualité de grimpe et la vie des salles.

Publié le : 02 novembre 2026 par Charles Loury

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