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« Biographie » : le récit intime de Pierre Marzullo, six ans après ses premiers essais !

© Timothée Nitschke

Vingt-cinq ans après la première ascension de « Biographie » par Chris Sharma, Pierre Marzullo vient à son tour de réussir ce 9a+ de Céüse. Il avait découvert la voie six ans plus tôt, à l’âge de 14 ans. Également présent sur le circuit de compétition, où il a notamment pris la onzième place de la Coupe du monde d’Innsbruck en juin dernier, le Français nous raconte les coulisses de cette ascension.


Deux heures. C’est le temps que Pierre Marzullo, alors âgé de 14 ans, a passé assis au pied de « Biographie », sans toucher une seule prise, à simplement regarder la voie qui le faisait rêver depuis toujours. « C’était un rêve juste de la voir », raconte-t-il aujourd’hui. Six ans, plusieurs saisons de travail et d’innombrable essais plus tard, le Grenoblois de 19 ans vient enfin d’atteindre le sommet de l’un des 9a+ les plus mythiques de la planète !

D’une contemplation à une obsession

À l’époque, il n’avait bouclé que quelques 8c et se savait à mille lieues du niveau requis. Mais il ne tient pas en place : « J’ai vite craqué d’impatience », nous confie-t-il. Il essaye pourtant d’aller grimper ailleurs, sur des projets à sa portée, mais sans vraiment y parvenir. « Tout ce que je voulais c’était aller dans « Biographie » ».

Longue de 35 mètres, la voie se compose de passages « abordables » si on oublie les crux de départ et de fin, ce qui donne l’impression à Pierre de « presque pouvoir la faire rapidement ». « J’étais un peu trop optimiste en y repensant, mais le fait de faire à peu près tous les mouvements, c’est aussi ça qui m’a permis de rester dedans », explique-t-il.

© Rainer Eder

Les deux premières saisons sont pourtant sans appel : il passe tous les mouvements sauf le pas de bloc de départ, et n’arrive pas non plus à enchaîner trois mouvements d’affilée dans le crux du haut. Une saison de pause plus tard, il revient à la charge… Et à partir de là, chaque retour à Céüse deviendra un nouveau déclic.

Six ans, cinq paliers

Le vrai tournant a lieu en 2023, l’année où il enchaîne « Super Crackinette » à Saint-Léger, son tout premier 9a+, alors qu’il n’avait encore jamais grimpé le moindre 9a. « Dans la tête, ça changeait beaucoup de choses, je me disais que maintenant j’étais vraiment capable », raconte-t-il. Cette saison-là, à Céüse, il passe pour la première fois le pas de bloc de départ et tombe sous le relais du 8c+ (le premier tronçon de « Biographie »). Faute de temps (un trip à Flatanger l’attend), il n’y reste qu’une grosse semaine, mais repart en étant convaincu que l’enchaînement est possible.

L’année suivante, il franchit un cap : il enchaîne enfin la première partie, cotée 8c+, et atteint le pas de bloc final de « Biographie », où il chute à nouveau. Il décidera de ne pas s’acharner cette saison-là.

© Timothée Nitschke

L’an dernier enfin, pour la première fois, il y croit vraiment. De passage en mai-juin, il ne tombe plus du tout dans la première partie. Ses chances sont réelles. Il repart disputer quelques compétitions, et revient en août pour une semaine : le premier jour est très convaincant, il se sent fort, les conditions sont bonnes. Puis, le deuxième jour, la chaleur explose (et il commet l’erreur d’attaquer à 14 heures, sur un rocher encore chaud). Sa peau ne tient pas le choc : semaine terminée.

Il avait prévu de revenir un mois plus tard, en septembre, pour mettre le siège jusqu’à l’enchaînement, mais une coupe d’Europe annoncée fin octobre change ses plans : sur un coup de tête, il décide de prolonger sa saison de compétition de deux mois et de sacrifier sa saison de falaise. « Je me suis dit que je n’étais vraiment pas assez fort en compétition et qu’il fallait que je m’entraîne pour la saison prochaine », nous résume Pierre.

© Paulo Glb

Le run de la délivrance, malgré une peau en lambeaux

Cette année, il arrive à Céüse plutôt pessimiste, pas franchement en forme après sa fin de saison de compétition. Pourtant, dès le deuxième jour, ses sensations sont meilleures que l’an dernier avec notamment un bel essai dans la partie finale. Le troisième jour, il mets ses deux premiers essais de la saison depuis le bas, et ses sensations sont folles. « J’avais l’impression que les prises étaient meilleures, c’était fou ». Il ne l’enchaîne pas ce jour-là, mais sait déjà que ce trip sera le bon, avec même le sentiment d’avoir un peu de marge !

Reste tout de même un problème de taille : un steak au pouce et à l’annulaire droit, particulièrement gênant sur certains bi-doigts. Il prend alors un jour de repos, mais pas suffisant pur que sa peau cicatrise vraiment. Trop impatient, il renonce à un second jour off, et remet un essai avec du strap bien serré pour faire entrer ses doigts dans les trous, puis l’enlève au dernier repos avant le crux pour retrouver de la friction. Il fait chaud (25°C, pas de vent, et le rocher est encore tiède), mais il se sent bien. Pourtant, il manque de zipper de la main sur le dernier mouvement de la première partie, ce qui entame un peu sa confiance. Puis vient une bonne récupération au dernier repos, et une pensée qui le rassure : « T’as déjà fait la fin plus pétée que ça, tu vas la faire là. »

La mise en place est méticuleuse avant le fameux mouvement en croisé, persuadé, à cet instant, que cet essai sera le bon. En remontant le pied droit, sa main zippe légèrement ; il se met à réfléchir en plein mouvement, se déconcentre, perd les pieds (ce qui, en théorie, aurait dû le faire tomber). Mais ça tient quand même ! Il reste un mouvement dur… et ça passe ! Un dernier vacillement sur le mouvement final, et Pierre Marzullo pousse, dit-il en y repensant, le même cri que Chris Sharma au sommet de la même voie, vingt-cinq ans plus tôt.

 

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Trois 9a+, un monde d’écart

Avec « Biographie », Pierre Marzullo signe son troisième 9a+, après « Super Crackinette » à Saint-Léger (2023) et « La Moustache Qui Fâche » à Entraygues, réalisée cette saison. « Super Crackinette » conserve une place particulière à ses yeux (sa première voie dans le 9e degré, celle qui lui a apporté le plus de satisfaction) mais niveau pour niveau, il n’y a pas de comparaison possible selon lui. « « Biographie », c’est un autre monde. Les deux sont aux antipodes du 9a+, et niveau ressenti, c’est même une cotation d’écart », résume-t-il. « Tu sais que t’es en train de vivre le même moment que toutes les plus grandes légendes de l’escalade qui sont passées avant, dans la même voie. C’est un truc de fou. »

© Crimp Films

Direction « Bibliographie » 9b+

Pour Pierre Marzullo, cet enchaînement lui permet surtout de mesurer tout le chemin parcouru. Le 9b s’impose désormais comme la prochaine étape logique, même si d’après lui, l’offre reste encore maigre en France. Il lorgne tout de même du côté de « Ratstaman Vibrations » à Céüse et ira également mettre les doigts dans « Erebor », à Arco (Italie), où il compte s’installer cet hiver.

Mais Céüse lui réserve peut-être également un autre projet. Son ami Lee Min Young travaille actuellement « Bibliographie » (9b+), la voie d’Alex Megos située à quelques mètres de « Biographie ». Pierre est allé y poser un devis, et l’idée a fait son chemin : il pourrait en faire son prochain grand objectif. Il rejoindrait alors un cercle très restreint si il parvenait à clipper le relais : cette année, Janja Garnbret et Laura Rogora sont devenues les sixième et septième personnes à enchaîner la voie.

Ses autres projets attendront un peu : « Le Chant des Muses », à Romeyer, près de chez lui, et « Le Bruit de l’Acid », un 9b de Jules Marchaland, tous deux en très bonnes conditions l’hiver.

© Timothée Nitschke

« Biographie », un quart de siècle d’histoire

L’histoire de « Biographie » commence en 1989, quand Jean-Christophe Lafaille équipe la ligne sur la face sud de Céüse sans parvenir à la boucler dans son intégralité. En 1994, Arnaud Petit s’arrête aux deux tiers de la hauteur, y installant un relais intermédiaire : c’est la naissance de « Biographie » 8c+. Il faudra attendre 2001 et Chris Sharma pour voir la ligne originelle de Lafaille enchaînée. L’Américain la baptise d’abord « Realization », avant que le nom français ne s’impose durablement. La voie devient alors la première au monde à faire consensus sur la cotation 9a+, un statut qui ne l’a jamais quittée depuis.

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Publié le : 22 septembre 2026 par Nicolas Mattuzzi

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