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Babsi Zangerl frappe encore et signe la première féminine de « WoGü », 270m, 8c

© Jonathan Faeth / Timeline Production

Babsi Zangerl continue d’écrire l’histoire de l’escalade avec une nouvelle performance qui marque les esprits. L’Autrichienne vient en effet de signer la première ascension féminine en libre de « WoGü » (8c, 270 m), l’une des grandes voies les plus emblématiques du Rätikon. Une performance réalisée le 23 août, 24 heures après l’enchaînement de son compagnon Jacopo Larcher. Plus impressionnant encore : tous les deux ont fait la croix dès leur première véritable tentative d’enchaînement de l’intégralité de la voie.

Il aura fallu un mois de travail à Babsi Zangerl et Jacopo Larcher pour venir à bout de « WoGü ». Le 22 août dernier, l’Italien parvenait à enchainer les neuf longueurs de cette grande voie mythique du Rätikon. Dès le lendemain, Babsi Zangerl réalisait à son tour l’intégralité de la voie en tête, devenant ainsi la première femme à enchainer cette grande voie ultra exigeante. Deux ascensions réalisées coup sur coup qui permettent au duo d’ajouter leurs noms à la liste particulièrement restreinte des répétiteurs.

WoGü, une voie mythique du Rätikon

Située dans le Rätikon suisse, WoGü est une grande voie de neuf longueurs pour 270 mètres d’escalade, avec des cotations allant jusqu’au 8c. La voie a été ouverte par le Suisse Beat Kammerlander à la fin des années 1990, qui choisit de la baptiser « WoGü » en hommage à son ami Wolfgang Güllich, disparu en 1992. Il faudra attendre 2008 pour qu’Adam Ondra, alors âgé de seulement 15 ans en réalise la première ascension en libre. Depuis, les répétitions sont restées rares : Edu Marín en 2016, Roland Hemetzberger en 2017, Cédric Lachat en 2020 puis le Français Louna Ladevant en 2023.

Pour Babsi Zangerl et Jacopo Larcher, « WoGü » n’était pourtant pas l’objectif principal de leur séjour dans le Rätikon. Le duo était d’abord là pour enchaîner « Déjà » (8c+ max). Après plusieurs semaines passées dans le massif, le duo s’est progressivement adapté au calcaire particulièrement technique du coin. Et à seulement une cinquantaine de mètres de « Déjà » se trouvait « WoGü », une ligne qu’ils regardaient du coin de l’œil depuis un moment. Alors, pourquoi ne pas aller s’y frotter ?

« Cela faisait des années que nous voulions aller voir cette voie. Nous avions énormément de respect pour elle, notamment à cause de son histoire. Pour nous, c’était l’une de ces voies qui, pour une raison ou une autre, était devenue légendaire. La grimper représentait un petit rêve. Qui ne se souvient pas de la photo mythique de Beat lors de son ouverture depuis le bas, ou des images d’Adam Ondra, alors âgé de seulement 15 ans, lors de la première ascension en libre ? », raconte Jacopo.

Sur le papier, « WoGü » est moins difficile que « Déjà », mais pour Jacopo Larcher, la cotation maximale ne raconte qu’une partie de l’histoire. « Même si, sur le papier, elle est plus facile que « Déjà », elle reste beaucoup plus soutenue, avec des difficultés qui s’enchaînent longueur après longueur et des passages très typés bloc. Et puis, c’est une voie de Beat Kammerlander, ce qui signifie qu’il faut s’attendre à de gros espacements entre les points. Aller du bas jusqu’au sommet n’est pas une mince affaire ! Mais c’est sans doute aussi ce qui rend ces voies si attirantes pour nous. C’est toujours une sacrée aventure ! »

Le couple commence à travailler « WoGü » durant la dernière semaine de juillet. Assez rapidement, chacun parvient à résoudre les différentes difficultés de la voie, mais ils comprennent aussi que le véritable défi sera ailleurs : réussir à enchaîner toutes ces longueurs difficiles au cours d’une seule et même journée. « Il ne nous a pas fallu énormément de temps pour réussir les longueurs individuellement, mais lorsque l’on veut enchaîner toute la voie en une journée, la marge d’erreur est vraiment très faible. »

Pendant plusieurs semaines, leur quotidien devient assez routinier : un peu de hike & fly (rando et parapente) le matin, la route vers le Rätikon en début d’après-midi puis l’escalade en soirée, lorsque les températures deviennent plus supportables. Les journées se terminent d’ailleurs régulièrement à la frontale. « Cet endroit était vraiment devenu notre petit paradis cet été », confie Jacopo. Avec toutefois une contrainte importante : la peau. Certaines longueurs sont tellement abrasives que Babsi et Jacopo peuvent rarement grimper deux jours consécutifs.

Jonathan Faeth / Timeline Production

Des longueurs qui ne laissent aucune marge

« WoGü » propose une succession de longueurs aussi exigeantes que différentes. Le premier 8c est une belle envolée de 45 mètres : Après une longue section autour du 8a, quelques repos et un passage engagé, un mouvement de bloc particulièrement difficile attend les grimpeurs juste sous le relais. Un détail qui a son importance : le crux étant situé tout en haut de la longueur, mieux vaut ne pas y multiplier les chutes car chaque nouvelle tentative d’enchaînement impose de repartir pour 45 mètres de grimpe. Jacopo, plus grand, trouve rapidement une méthode qui lui convient. Pour Babsi, les choses sont plus complexes. Plus petite, elle passera davantage de temps à chercher une autre solution avant de trouver une méthode suffisamment fiable qui lui convienne.

Pour autant, ce 8c ne sera pas la longueur qui donnera le plus de fil à retordre au couple. Ce titre revient plutôt au 8b+ qui suit, une longueur très courte de seulement douze mètres. « C’est une longueur verticale, parfois même légèrement dalleuse, avec des prises de mains et de pieds minuscules. Il nous a fallu du temps pour trouver la bonne méthode et on ne se sent jamais vraiment en sécurité dans les mouvements. La moindre petite erreur et c’est la chute. »

Puis arrive « Badewanne », l’une des longueurs emblématiques de « WoGü ». Une section qui force le respect de Jacopo lorsqu’il repense à son ouverture par Beat Kammerlander : le début est difficile à lire, impossible de simplement progresser de point à point, tandis que la présence d’une dalle sous le grimpeur rend la chute assez impressionnante. « Chapeau Beat pour avoir ouvert ça de cette manière ! », souligne Jacopo. Après un petit repos, une section très à doigts sur des prises extrêmement coupantes attend encore les grimpeurs. « De véritables lames de rasoir. J’ai vraiment eu du mal ! Cette longueur et la précédente ont clairement constitué les deux plus gros défis de la voie pour moi. »

Le 8b+ suivant change complètement de registre : plus raide, avec trois sections difficiles séparées par de bons repos, il est même considéré par Jacopo comme probablement la plus belle longueur de toute la voie : « Du rocher et des mouvements cinq étoiles ! » Les deux dernières longueurs sont plus faciles, mais restent exigeantes, notamment la fin de l’ultime longueur lorsqu’elle est humide.

Jacopo ouvre le bal

Pile un mois après leur première journée dans « WoGü », toutes les longueurs ont été enchaînées individuellement. Babsi et Jacopo décident alors qu’il est temps de tenter l’enchaînement intégral. Comme ils en ont l’habitude dans ce type de grande voie, leur objectif est clair : chacun doit grimper toutes les longueurs en tête. L’un grimpe pendant que l’autre assure, puis ils inversent les rôles le lendemain. Babsi ayant été la première à tenter l’enchaînement de « Déjà », c’est cette fois Jacopo qui ouvre le bal.

Hélas, la météo vient rapidement compliquer leurs plans. Il pleut durant la nuit et, au matin, la falaise est complètement trempée. Ils décident alors de rester dans le van jusqu’à midi, sans vraiment croire à la possibilité de grimper ce jour-là. Puis le rocher commence progressivement à sécher et ils décident finalement de monter à la falaise. Jacopo se lance sans vraiment savoir à quoi s’attendre. Il se sent lent dans les premières longueurs avant de prendre progressivement confiance et réussir le premier 8c dès son premier essai de la journée, économisant ainsi une énergie précieuse.

Arrivent ensuite les deux principaux crux : le court 8b+ et Badewanne. Dans 8b+, Jacopo perd l’équilibre au niveau du crux : « Pendant une seconde,  j’ai pensé que je pourrais peut-être encore m’en sortir, mais quelques secondes plus tard, j’étais pendu sur la corde. » La longueur est heureusement courte et très technique. Quelques minutes de repos suffisent avant une nouvelle tentative, et cette fois ça passe ! Badewanne lui coûtera également un essai supplémentaire : Jacopo fait une erreur dès le début et attrape une dégaine. Il récupère quelques minutes puis repart et enchaine la longueur.

À cet instant, l’Italien sait que le plus difficile est probablement derrière lui. Les deux longueurs suivantes tombent rapidement et il arrive au pied de l’ultime longueur. Sur le papier, c’est l’une des plus faciles de « WoGü », mais sa partie supérieure est encore humide et Jacopo devra se battre jusqu’au bout. Il atteindra finalement le sommet : « Quelle journée ! Jusqu’à midi, nous ne savions même pas si nous allions pouvoir grimper et, quelques heures plus tard, j’étais au sommet après avoir grimpé l’une des grandes voies les plus emblématiques des Alpes ! »

24 heures plus tard, Babsi entre dans l’histoire

Après une courte nuit, le couple est de nouveau au pied de la paroi, et cette fois, c’est Babsi Zangerl qui prend le lead. La météo annoncée est bonne, mai la chaleur pourrait poser problème. Babsi choisit donc de partir très tôt afin d’atteindre le court 8b+ alors qu’il est encore à l’ombre. Sauf que, en partant tôt, la première dalle de la voie est complètement trempée. Cette section sèche pendant la journée avant de résurger à nouveau durant la nuit et, malgré une cotation de « seulement » 7a, l’escalade y est très technique et parfois engagée. « Ce n’était clairement pas l’échauffement que l’on rêve de faire », raconte Jacopo, impressionné de voir Babsi se battre dans ces conditions.

Jonathan Faeth / Timeline Production

La suite de la voie est heureusement sèche. Arrive alors le premier 8c, une longueur que Babsi appréhende davantage que Jacopo : sa taille ne lui permet pas d’utiliser la même méthode dans le crux final et la solution qu’elle a trouvée reste assez aléatoire. Elle progresse avec assurance jusqu’aux derniers mouvements, puis doit se battre, jeter sur l’ultime prise, et ça tient ! Pas besoin de remettre un run de 45 mètres, et c’est une bonne chose de faite.

Le premier 8b+ (de 12 mètres) est probablement la longueur qui l’inquiète le plus. L’escalade y est aléatoire, les prises extrêmement coupantes et le soleil tape déjà sur la paroi malgré un départ aux aurores. Multiplier les tentatives pourrait rapidement devenir problématique pour la peau, mais Babsi n’en aura pas besoin : elle enchaîne dès son premier essai ! Direction Badewanne, où elle se trompe dans sa séquence et doit improviser en pleine longueur. Là encore, elle parvient à rester en place et clippe le relais dès sa première tentative. Même scénario dans le second 8b+, qu’elle réussit également au premier essai malgré un mouvement particulièrement morpho qui l’inquiétait dans la partie centrale.

Le 8a+ suivant se révèle un peu plus difficile que prévu, mais Babsi ne tombe toujours pas. Elle enchaîne ensuite la dernière longueur, atteint le sommet et ajoute ainsi son nom à la liste des répétiteurs de cette classique des Alpes, à la différence près qu’une page de l’histoire vient de s’écrire : Babsi Zangerl devient la première femme à venir à bout de « WoGü ».

« C’était tellement beau de la voir grimper avec autant d’assurance et aussi bien pendant toute la journée. Nous retrouver ensemble au sommet de la voie pour le deuxième jour consécutif, après avoir tous les deux réussi, c’était presque irréel. Nous savions que nous pouvions le faire, mais nous ne nous attendions pas à réussir tous les deux deux jours de suite, et dès nos premières tentatives d’enchaînement ! », raconte Jacopo.

Cette double ascension vient conclure un été particulièrement productif pour Babsi Zangerl et Jacopo Larcher. « Quel week-end parfait et quelle manière idéale de terminer notre saison dans le Rätikon cette année », conclut Jacopo, avant d’adresser un dernier hommage à Beat Kammerlander : « Énorme respect à Beat pour avoir ouvert une ligne pareille à l’époque. Tu es une légende et une immense source d’inspiration. »

Publié le : 26 septembre 2026 par Charles Loury

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