Au Vieux Campeur pillé à Lyon : des centaines de milliers d’euros de préjudice

Pillé samedi 17 octobre au soir, le plus grand magasin lyonnais du Vieux Campeur a rouvert ses portes ce mardi grâce à la mobilisation de ses équipes. Mais derrière les portes à nouveau ouvertes, les conséquences sont loin d’être effacées. Aymeric de Rorthays, directeur général de l’enseigne, fait le point avec nous.
Pour beaucoup de grimpeurs, pousser la porte du Vieux Campeur fait partie des habitudes avant un trip ou à l’approche d’une nouvelle saison. Les magasins de Lyon sont d’ailleurs souvent une étape sur la route des falaises du Sud, surtout quand on n’a pas la chance de trouver un tel choix de matériel près de chez soi.
Mais à Lyon, samedi soir, c’est une tout autre histoire qui s’est jouée : plusieurs dizaines de personnes ont pris pour cible le plus grand magasin lyonnais de l’enseigne, emportant au passage une bonne partie des produits présents. Le préjudice est estimé à six chiffres, selon un bilan encore provisoire, et depuis samedi, l’enseigne doit également faire face à des dépenses supplémentaires pour sécuriser ses magasins.
Des rayons garnis à l’approche de l’hiver
Samedi, Au Vieux Campeur avait anticipé la fermeture de certains de ses magasins dans l’après-midi, par exemple à Grenoble, à la demande des autorités. À Lyon, le magasin était resté ouvert toute la journée sans incident. Le pillage est survenu vers 21 h 30, et fort heureusement, aucun salarié n’était présent sur place.
Selon Aymeric de Rorthays, les forces de l’ordre, mobilisées sur de nombreux autres incidents en ville, sont intervenues très tardivement. Les voleurs ont ainsi eu le temps d’emporter de nombreux produits, à une période où les rayons commençaient justement à être bien garnis pour la saison hivernale.
Un seul magasin de l’enseigne a été touché à Lyon, mais il s’agit du plus grand. Dimanche et lundi, les équipes se sont mobilisées pour nettoyer et remettre les lieux en état, et dès mardi, les clients pouvaient à nouveau franchir la porte. Il faudra en revanche davantage de temps pour absorber les pertes, prévient le dirigeant.
Des vigiles la nuit, une solution impossible à maintenir à long terme
Depuis samedi, des vigiles assurent une surveillance nocturne dans l’ensemble des magasins de l’enseigne en France, indique Aymeric de Rorthays. Des volets plus résistants sont également prévus afin de renforcer la sécurité et limiter au mieux les intrusions malveillantes. Ces mesures représentent une dépense supplémentaire que l’enseigne ne pourra pas supporter éternellement. Le « gardiennage nocturne » répond à une inquiétude immédiate, mais son coût n’est pas tenable dans la durée, nous explique le directeur général.
En ce qui concerne les équipes, une règle reste non négociable : personne ne doit prendre de risques pour protéger un magasin ou des produits. Aucun équipement ne justifie de se mettre en danger. Une consigne qui reste pleinement d’actualité à l’approche du prochain week-end.
Après la réouverture, des difficultés qui demeurent
Au-delà des produits volés et des dégâts matériels, Aymeric de Rorthays constate une autre conséquence bien visible : depuis samedi, la fréquentation des magasins de centre-ville est en forte baisse. Il décrit une ambiance déjà morose depuis quelque temps, peu propice à la flânerie et aux achats, à laquelle les événements du week-end dernier viennent ajouter une nouvelle difficulté.
Des aides publiques ont été annoncées, mais le dirigeant attendait encore des précisions au moment de notre échange, avec des réponses espérées la semaine prochaine. Il souligne toutefois que ce soutien ne permettra sans doute pas de tout compenser.
Avant de raccrocher, Aymeric de Rorthays nous faisait également part de sa tristesse et de son incompréhension face à cet acharnement contre les commerces. À ses yeux, ces dégradations ne rendent pas les revendications plus audibles. Elles laissent en revanche des pertes à absorber, des magasins à remettre en état et des salariés qu’il faut continuer à payer.
Des revendications qu’il ne faut pas invisibiliser
Le Vieux Campeur est loin d’être le seul commerce touché à Lyon : selon les informations rapportées par l’AFP, entre 150 et 200 commerces lyonnais ont été totalement ou partiellement pillés le 17 octobre, en marge de la mobilisation contre la vie chère.
Ces scènes de chaos risquent de reléguer au second plan des revendications légitimes, tant les images de violences et de pillages occupent l’espace médiatique. Dénoncer ces violences est nécessaire, mais cela ne doit pas nous faire perdre de vue les raisons qui poussent tant de personnes à manifester.
Manifester pour une vie meilleure, oui. Que des individus en profitent pour piller des commerces et fragiliser ceux qui y travaillent et leurs familles, on ne peut pas le cautionner. Au Vieux Campeur, la réouverture rapide ne doit pas masquer l’ampleur du préjudice ni les difficultés qui restent à surmonter. Et derrière chaque commerce saccagé, quelle que soit sa taille, il y a des équipes, des familles et des années de travail mises à mal.
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