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Arkose Routesetting Academy: Florian Escoffier nous en dit plus sur cette nouvelle formation d’ouvreur

© Vincent Favre

Depuis quelques mois, le réseau de salle d’escalade Arkose&Co a lancé le programme « Arkose Routesetting Academy ». L’objectif? Proposer une formation d’ouvreur, dénicher les perles rares, et bénéficier d’une qualité d’ouverture irréprochable dans les salles. C’est après être tombé sur la première vidéo mettant en scène cette nouvelle formation (ci-dessous), que nous avons eu envie d’en savoir un peu plus. Et pour ça, rien de plus simple, nous sommes allés à la rencontre de l’un des protagonistes de cette formation, Florian Escoffier.


Avant d’aborder notre sujet principal, peux-tu te présenter et nous décrire un peu ton parcours de ces dernières années ?

Florian ESCOFFIER, 34 ans, ouvreur professionnel. Je partage mon temps entre mon activité (à temps partiel) au sein du groupe Arkose pour lequel je suis chef-ouvreur, et des missions en tant qu’indépendant (ouverture en compétitions, stages d’entrainements, formations) un peu partout en France et à l’étranger.

Pour Arkose, nos missions ont progressivement évolué… On s’est occupé à 2, avec Thibaut LE SCOUR, des ouvertures pour la 1ere salle à Montreuil (93). Mais dès l’arrivée de leur 2eme salle, il a fallu recruter des nouveaux ouvreurs et c’est à partir de là qu’a commencé notre mission un peu plus large de « gestion » des ouvertures.

Aujourd’hui, les formations nous prennent la majorité de notre temps, et on essaye de garder quelques journées pour le shape de prises Snap avec Yoris DELAHAYE, l’accompagnement au long cours des autres ouvreurs, les détections, les ouvertures des nouvelles salles, des journées d’ouvertures classiques…

À titre personnel, qu’est-ce qui t’attire toi dans l’ouverture ?

J’adore l’escalade, et ce depuis que je suis petit, l’ouverture est naturellement un moyen de faire partager cette passion.

Je trouve ça incroyable qu’on ait dans nos mains tous les outils pour créer des grimpeurs. A force d’ouvrir régulièrement à un même endroit, on sympathise avec des gens qui découvrent l’activité, se prennent au jeu, progressent, et deviennent de vrais bons grimpeurs. Et les entendre parler de telle ou telle réussite dehors, après les avoir vu passer par toutes les émotions en salle, ça a un côté assez satisfaisant, je ne peux pas m’empêcher de penser qu’on a eu un rôle à jouer, aussi minime qu’il puisse être.

Pour le cas particulier des compétitions, je retrouve systématiquement une petite décharge d’adrénaline, de stress juste avant un tour. Championnat du monde ou contest amical, les questions sont les même avant chaque tour… « est ce qu’on s’est planté ? », « On a bien fait de faire telle ou telle modif ? ».

Plus généralement, j’adore l’idée que, comme le grimpeur qui arrivera au pied du bloc et aura un problème à résoudre pour aller en haut, on est nous aussi devant un problème avec nos prises sur le mur, qu’il faut réussir à mettre au bon endroit pour faire marcher nos idées… Et pour ça, même si l’expérience nous arme un peu, elle est loin de tout faire, et il nous reste alors nos mains, nos chaussons et notre cerveau ! Chaque journée apporte son lot de réflexions, parfois même de remise en question de ce qu’on pensait savoir faire… Bref, on continue d’apprendre continuellement. C’est super riche et stimulant !

Bon et de toi à moi, c’est quand même un sacré bon prétexte pour passer autant de temps à grimper !

Qu’est-ce qu’un bon ouvreur selon toi? Quelles sont les qualités requises ?

Pas facile de faire une liste exhaustive des qualités utiles pour un ouvreur… J’en mets 5, qui me viennent comme ça : Empathique, communicant, curieux, créatif, consciencieux.

D’un point de vue très personnel, je trouve ça assez rigolo qu’il faille gérer 2 attitudes plutôt antinomiques dans une même journée : Si on veut proposer des choses un peu nouvelles, qui sortent de l’ordinaire ou de ce l’on sait faire, on se doit d’être dans un premier temps très libre, vague, se laisser porter par l’instinct, accepter de ne pas tout maitriser au moment de poser sur le mur notre trame. Pareil, au moment où on met les chaussons pour « découvrir » notre bloc/voie, il faut laisser une chance au hasard, pour percevoir des passages qu’on n’aurait pas spécialement prévu, et qui pourraient être plus sympa que ce à quoi on pensait à la base ! Et en revanche, dès l’instant ou on reprend la visseuse, il faut être capable de changer de mode, le hasard disparait totalement, on doit être plus « carré », méthodique, discipliné, ne pas perdre le fil et amener le bloc dans la direction souhaitée. Si on n’a pas ces 2 facettes, il risque de manquer des choses dans notre travail. Voilà, alors ajoutons « bipolaire » à la liste 😊

© Coll. Florian Escoffier

Faut-il nécessairement être un très bon grimpeur pour être un bon ouvreur ?

L’idée d’être un grimpeur « complet » me semble très importante. Ça permet à un ouvreur de pouvoir bouger dans des trames quelque soit le style proposé, et donc de pouvoir proposer des blocs/voies très variées, au contraire d’un ouvreur qui aurait des « trous » dans son escalade, et qui n’aurait pas d’autres choix que de calquer sa grimpe stéréotypée, qui aurait tendance à appauvrir le rendu final.

Tu as peut-être remarqué, l’idée d’être « fort » ne rentre pas dans ma liste des qualités indispensables pour être un bon ouvreur… Tout dépend du niveau exigé : Si on vise l’ouverture d’un bloc/voie moyen, je ne vois pas pourquoi l’ouvreur avec un niveau d’escalade « moyen » serait moins compétent qu’un « avion de chasse » !

Après bien sûr, plus le niveau demandé est éloigné de son propre niveau plus on va être en difficulté pour le calage…

Dans le cadre d’Arkose, un ouvreur doit être capable d’ouvrir dans tout le spectre de couleur (de jaune à violet), donc on exige un certain niveau qui permet de bouger de façon significative dans les blocs les plus durs. Mais on s’est déjà posé la question de changer ce modèle, afin de laisser une chance à des ouvreurs qui auraient beaucoup de qualités en ouverture, mais dont leur seul défaut serait de manquer de niveau.

Comment est née la formation d’ouvreur d’Arkose ? Quels en sont les objectifs ?

L’Arkose routesetting academy est le résultat logique de l’évolution du marché des salles d’escalade indoor (et plus particulièrement celui des salles de bloc) et donc du besoin de professionnel qui en a découlé.

C’est à partir de la 2eme salle (Mroc Villeurbanne, en partenariat avec ClimbUp) que la question de la formation s’est posée. Des tentatives de formalisations sont apparues, en travaillant avec les 2 associés Arkose qui étaient des grimpeurs (Steve GUILLOU et Grégoire De BELMONT), ainsi que Nelson EMO, qui a rejoint l’équipe entre-temps.

Globalement, de 2015 à 2018 on a pu gérer le rythme de développement des salles Arkose en mettant en place des journées de recrutement d’ouvreurs. L’embauche (et donc la production de blocs en autonomie) y était très rapide après la sélection, notre niveau d’exigence était donc très élevé, nous cherchions à ce moment des ouvreurs avec de l’expérience, des « presque prêt à l’emploi ». L’accompagnement qui suivait la sélection prenait la forme d’1 ou 2 semaines de formation, pour assimiler les particularités des ouvertures en salles privées et partager notre conception de l’ouverture.

Parallèlement à ces « formations initiales », on a également fait naitre avec Thibaut des « rassemblements d’ouvreurs  Arkose», journées durant lesquels les ouvreurs se retrouvent pour échanger sur leurs expériences, où on en profitait pour travailler ensemble sur des axes de progression.

Mais rapidement, au vu de l’ambition et du développement de plus en plus rapide du groupe arkose&co, il est apparu que nous devions recruter plus « large », et essayer de former de A à Z. Les associés » étaient super motivés par l’idée de créer une véritable école. Ils ont mis les moyens humains, matériels et financiers pour que le travail puisse vraiment commencer.
Tout s’est concrétisé lors de la 1ere session de formation, qui s’est terminé à l’automne 2020, et à l’issue de laquelle 6 des 8 stagiaires ont trouvé un poste d’ouvreur chez Arkose.

La formation dure 6 mois, tu peux nous en détailler le contenu ? La formation est-elle diplômante ? Y’a-t-il plusieurs niveaux/paliers pour cette formation ?

On a passé beaucoup de temps pour regrouper dans un même ensemble toutes les interventions qu’on avait pu faire sur ce sujet. Ces outils s’articulent aujourd’hui ensemble et forment un guide pour avoir une idée claire de là où on veut arriver au bout des 6 mois, et nous permettent d’établir un planning où les compétences à acquérir sont vues progressivement.

Durant les 6 mois que dure cette formation, les « apprentis » sont en CDD chez Arkose.
Pour le contenu plus spécifiquement, on le garde un peu pour nous 😉

Les évaluations qu’on propose font apparaitre plusieurs niveaux pour chaque compétence. Sur certaines d’entre elles, qu’on a jugé indispensables, un « seuil d’acceptabilité » a été fixé, seuil qui doit être dépassé pour valider la formation.

Cette validation ne permet pas l’attribution d’un diplôme, mais un « permis d’ouvrir chez Arkose » (Arkose, Murmur, Mroc), qui prend la forme d’un CDI.

Seule la FFME a mis en place de réels diplômes d’ouvreurs, mais ils ne permettent d’ouvrir que sur les compétitions fédérales. Tout récemment, leur CQP TEE option « ouverture et maintenance » permet d’ouvrir pour les structures privées. Sur ce sujet, les discussions entre la FFME et Arkose ont débuté pour créer des équivalences

Quelle différence avec les anciens ouvreurs qui eux n’avaient pas forcément suivi de formation ?

A la différence des « anciens » qui se retrouvaient confrontés tout de suite à des journées d’ouverture classiques (production de 12 blocs à 2), le planning de ces nouvelles formations prévoit un certain nombre de journées « pratiques » dans lesquels la production de blocs pour les clients n’est pas exigée. Pour ces journées où la pression temporelle est faible, les stagiaires posent des blocs, mais plutôt que de leur « donner » des réponses, on les fait se questionner encore plus. Progressivement la logique du calage se met en place et prend du sens à leurs yeux. Quand ils commencent à être un peu mieux armé, on augmente la charge de travail doucement, pour les amener au bout de 4 ou 5 mois à une journée « type ».

En plus de cette progressivité de la charge de travail, l’énorme avantage qu’ont les stagiaires de ces nouvelles formations c’est de bénéficier d’un « laboratoire » pour expérimenter, de faire des erreurs, de travailler sur leurs points faibles, de profiter d’un effet de groupe (ils sont 8) pour se nourrir des réflexions des autres, pour progressivement se former à ce métier

Qui peut s’inscrire à cette formation ? Quand ? Comment ?

La seule obligation est d’être majeur !

Même s’il n’y a pas de profil type, Il est préférable de bénéficier d’une expérience de plusieurs années de grimpe pour avoir un répertoire gestuel le plus riche possible.

Pour intégrer cette formation, il faut d’abord participer à une détection sur 2 jours qui nous permet de jauger les candidats sur leur niveau/richesse de grimpe, leur capacité d’analyse, un entretien et des ateliers d’ouvertures.

Nous lançons des campagnes de recrutement selon les besoins des salles Arkose, et la prochaine détection aura lieu fin 2021. Les inscriptions se font par mail. Il est difficile de donner une date pour le moment mais Arkose communiquera en temps voulu via leurs réseaux !

Publié le : 01 mars 2021 par Charles Loury vues

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