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Jonathan Siegrist libère un nouveau 9b et passe le cap des 100 voies dans le neuvième degré

© James Lucas

À 41 ans, l’Américain Jonathan Siegrist avait pour objectif d’ajouter une centième voie dans le neuvième degré à son carnet de croix. C’est désormais chose faite avec la première ascension de « Video Killed the Radio Star », une ligne près de Las Vegas qu’il propose à 9b. Il franchit ainsi le cap des 100 voies en 9a et plus, après plusieurs projets restés inachevés cette saison…


Cent voies dans le neuvième degré, le chiffre peut donner le tournis, mais pour Jonathan Siegrist, hors de question de franchir ce cap avec une ligne choisie uniquement pour compléter cette liste. « Je ne savais pas quelle voie serait ma centième ! Je voulais simplement qu’elle ait du sens, qu’elle représente quelque chose d’important pour moi, même si cet objectif des 100 est en lui-même assez arbitraire. » En enchaînant « Video Killed the Radio Star » le 19 octobre dernier, l’Américain a finalement rempli le contrat avec une voie à la hauteur de ses attentes.

Une ligne équipée en 2020, un 9b proposé six ans plus tard

L’histoire commence en 2020, en pleine période Covid. Avec ses compagnons de grimpe, Siegrist découvre une falaise qu’il baptise « 5G », puis se lance à fond dans son équipement. Le spot se trouve à une quarantaine de minutes de route de Las Vegas, et les conditions sont bien différentes de celles qu’on retrouve en ville. « La falaise est à une altitude assez élevée : il y fait environ 16 °C de moins qu’en ville », nous explique Jonathan.

Sur le secteur White Wall, une ligne attire rapidement son regard : « C’est la première voie que j’ai équipée dans ce secteur. Je voyais que le rocher était d’une qualité exceptionnelle et qu’une colo dessinait la ligne ! C’est assez rare aux États-Unis.» Six ans plus tard, « Video Killed the Radio Star » est enfin libérée.

À la base, Jonathan imagine une cotation un cran en dessous du 9b : « Je pensais plutôt à 9a+, car j’avais trouvé les méthodes de toutes les sections assez rapidement. » Mais réussir les mouvements est une chose, les mettre bout à bout, c’est une autre histoire. Les dix premiers mètres vont particulièrement lui donner du fil à retordre : « C’est une section de résistance complètement folle, de plus en plus difficile à mesure que l’on avance. Il m’a fallu pas mal de temps pour développer la rési nécessaire à l’enchaînement de ces mouvements. »

Une fois sorti de cette première partie, vous imaginez bien que ça ne déroule pas tranquillement jusqu’au relais… Une longue section technique et très conti l’attend encore. Pour donner une idée de l’ensemble, Jonathan évoque « un 9a+ suivi d’un 8c ou 8c+ environ ». Finalement, on comprend pourquoi le 9a+ envisagé au départ est progressivement devenu un 9b …

Un enchaînement malgré les mauvaises conditions

Le jour de l’enchaînement, lorsqu’il réalise enfin la première partie, pas mal d’émotions se bousculent : « J’étais forcément très nerveux, et très excité à la fois ! » Pour ne pas laisser l’enjeu prendre le dessus, Siegrist utilise alors une petite gymnastique mentale : « J’avais tellement travaillé le haut que, dans ces moments-là, j’essaie de me convaincre que je suis simplement en train de répéter les mouvements, sans être dans un véritable essai d’enchaînement. »

Durant le travail des différentes sections, Jonathan prenait généralement des repos assez courts. Pendant son essai d’enchaînement, il prend davantage de temps pour récupérer, sans rien lâcher mentalement : « Il y a beaucoup d’endroits où l’on peut se laisser gagner par le stress ! »

Ce jour-là, une invitée surprise vient également compliquer les choses : l’humidité. Une grosse tempête avait récemment touché la falaise et certaines prises étaient encore mouillées. Paradoxalement, cette contrainte supplémentaire va aider l’Américain à rester focus : « Je me concentrais davantage sur le fait de sécher mes mains et mes pieds, plutôt que de trop m’inquiéter des crux qui m’attendaient au-dessus ! »

© James Lucas

Une saison compliquée pour Siegrist

Derrière cette réussite, Jonathan ne cache pas les doutes accumulés au cours des derniers mois. À trois reprises cette saison, il s’était retrouvé tout près d’enchainer un projet difficile, avant qu’une blessure ou la fin des bonnes conditions ne vienne interrompre ses efforts.

« Ce n’est pas rare que je m’investisse énormément sans réussir un projet. Mais après trois situations distinctes, sur trois voies différentes, je commençais à m’inquiéter », nous confie-t-il. Il commence alors à se poser des questions sur son âge : « J’ai eu 41 ans cette année, alors je craignais que ça commence à jouer un rôle. »

À cette pression personnelle s’ajoutait celle d’un film en cours de réalisation tout au long de l’année. « Avec toute l’énergie investie par d’autres personnes autours de moi et les sommes importantes engagées, je ressentais aussi une pression de ce côté-là. » Avec cette centième voie dans le 9e degré, Jonathan termine donc sa saison sur une réussite qu’il attendait depuis plusieurs mois.

Désormais, place aux grandes voies et au trad

Parmi les 100 voies qu’il a enchainé, lorsqu’on lui demande laquelle lui a le plus appris, c’est naturellement « Biographie » qui revient. Son premier 9a+, enchaîné à Céüse en 2014, a une place à part : « Biographie reste peut-être la voie qui m’a le plus appris. Pour la réussir, j’ai dû m’engager dans mon escalade comme je ne l’avais jamais fait auparavant. » La réputation de la ligne pesait aussi dans son approche : « Connaître depuis tant d’années son histoire et sa difficulté rendait le projet particulièrement intimidant. Que de bons souvenirs ! »

Pour la suite, l’Américain continuera de faire quelques couennes, mais son regard se porte de plus en plus vers d’autres terrains de jeu. « J’aimerais maintenant explorer davantage les grandes voies et le trad. J’ai déjà beaucoup pratiqué ces styles par le passé, mais j’ai encore énormément à apprendre. »

« J’ai toujours des objectifs importants en escalade sportive, bien sûr, mais une grande partie de mon énergie sera désormais consacrée aux grandes parois et au trad… et évidemment à l’équipement de nouvelles voies ! »

Publié le : 29 octobre 2026 par Charles Loury

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