Romaric Geffroy vient à bout de son projet de toujours, “Biographie”, 9a+ à Céuse

© Coll. Romaric Geffroy
Romaric Geffroy n’est pas inconnu dans le paysage de l’escalade française. Champion de France de difficulté en 2022 et auteur de plusieurs belles croix en falaise, le grimpeur savoyard continue de faire parler de lui. Capable d’être à l’aise sur les murs de compétitions aussi bien que sur des voies extrêmes en falaise, il vient d’enchaîner l’un de ses plus gros projets, « Biographie », 9a+ à Céuse.
Un projet débuté il y a près de 10 ans
« Biographie » ne se laisse pas apprivoiser facilement. Cotée 9a+, la voie a été enchaînée pour la première fois en 2001 par Chris Sharma himself. Vingt-cinq ans plus tard, elle reste une ligne de légende, aussi exigeante que prestigieuse, que de nombreux grimpeurs et grimpeuses rêvent encore d’inscrire à leur carnet de croix.
Pour Romaric, les premiers essais remontent à 2017, sans succès à l’époque. « J’ai commencé à essayer Biographie en 2017. J’étais assez loin d’avoir le niveau à l’époque, mais je traînais beaucoup mes pattes à Céüse. Je me suis retrouvé à faire une première montée, et rapidement ça s’est imposé comme un projet majeur pour moi. »
Dès les premiers runs, la voie s’impose pour lui comme une évidence.
« Je crois que j’ai simplement trouvé que c’était une voie incroyable et que j’avais envie de continuer à grimper dedans. Je ne sais pas vraiment si la dimension historique avait de l’importance à l’époque. J’avais aussi l’ambition de pousser mon niveau en cotation, et c’était un peu le 9a+ évident à essayer. »
Un défi aussi bien physique que mental
Malgré la réputation de la voie, Romaric pensait au départ que son principal atout, sa résistance sur petites prises, suffirait à faire la différence.
« Je pensais à l’origine que c’était un effort de rési à doigts, ce qui est mon gros point fort. En réalité, il faut beaucoup de physique pour passer la première partie sans être complètement oxy. Pour l’enchaînement, la résistance n’était pas vraiment limitante pour moi. C’était surtout mon niveau de force global qui conditionnait ma réussite dans le crux final. »
Mais « Biographie » ne met pas seulement le corps à l’épreuve. Mentalement, la voie est réputée pour user les nerfs des prétendants.
« C’est aussi une voie qui représente un gros défi mental pour la plupart des gens. L’expérience classique est de tomber un bon nombre de fois au dernier ou à l’avant-dernier mouvement dur sans avoir vraiment l’impression d’être proche de faire la voie, tout en se tapant à chaque run un bon 8c+. »
Un cocktail redoutable, qui peut rapidement devenir épuisant. Romaric l’a bien compris et a choisi de lever le pied en 2025 pour préserver sa motivation. « J’ai assez peu grimpé dans Biographie en 2025. Je n’avais pas suffisamment la motivation et je savais que j’allais me cramer mentalement si j’essayais sérieusement. Mais c’était un bon choix : ça m’a permis de revenir avec les crocs cette année. »
Voir cette publication sur Instagram
Après 9 ans, la délivrance
De la persévérance, il en aura fallu pour venir à bout de « Biographie ». Après cette pause relative en 2025, Romaric est revenu cette saison avec un niveau de forme exceptionnel et une détermination intacte. Neuf ans après ses premiers essais, il parvient enfin à clipper le relais, au terme d’une journée qui ne semblait pourtant pas idéale.
« Cette année, j’ai commencé à monter à Céüse assez tôt dans la saison. Je suis arrivé avec un très bon niveau et j’ai passé plusieurs week-ends à me concentrer sur Biographie. Ça a quand même été assez rude mentalement, parce que je ne m’étais jamais senti aussi bien dans la voie, mais j’avais tendance à gâcher mes runs en faisant de grosses erreurs dans le crux final. Le jour de l’enchaînement, je n’étais pas particulièrement dans de bonnes conditions : c’était mon deuxième jour d’affilée dans la voie, ce qui habituellement n’est pas en ma faveur, et il faisait relativement chaud. Mais il y avait plein de potes à la falaise, dont certains qui essayaient Bio aussi. Apparemment, ça m’a aidé à me dépasser ! Avec Jules Marchaland à l’assurage, qui me divertissait (j’ai tendance à camper sur les repos et à m’ennuyer…), une grimpe hyper propre et tous les encouragements en bas, ça a marché ! »
Ce projet enfin validé, Romaric ne s’interdit rien pour la suite. « J’ai envie de faire des choses assez différentes, du big-wall, du bloc dehors et papillonner un peu plus dans des couennes moins à ma limite. »