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200 mètres en solo : Aleksandra Taistra signe l’un des free solos féminins les plus durs de l’Histoire !

Il y a quelques jours, la Polonaise Aleksandra Taistra a grimpé en solo intégral les six longueurs d’« Alfredo Alfredo » (7a, 200 mètres) sur les falaises de Monte Oddeu, en Sardaigne. Une performance qui la propulse dans le cercle le plus fermé de toute l’Histoire du solo féminin. Avant elle, ce cercle ne comptait que trois noms en près de quarante ans.

« Je ne ressens ni stress ni peur. » Dans la bouche de n’importe quel grimpeur, la phrase ferait sourire. Dans celle d’Aleksandra Taistra, qui vient d’enchaîner 200 mètres sans corde, sans baudrier et sans aucun système de sécurité, elle prend un tout autre poids.

Parce qu’il faut bien mesurer ce dont il s’agit. Six longueurs, 200 mètres de vide sous les pieds, et une seule règle, absolue : ne jamais tomber. Une chute sur le 6c+ de la deuxième longueur, sur le 7a de la cinquième, ou n’importe où entre les deux, et il n’y a strictement rien pour l’arrêter . On parle ici d’une discipline où l’écart entre la réussite parfaite et le drame se mesure en millimètres et où l’histoire de l’escalade, toutes générations et tous sexes confondus, ne compte qu’une poignée de noms capables d’évoluer à ce niveau de difficulté sans corde.

Chez les femmes, cette poignée est encore plus resserrée : Taistra vient d’y inscrire le sien, sur une voie qui n’a rien d’une formalité même encordée.


Six longueurs, et six ans de préparation

« Alfredo Alfredo » compte six longueurs cotées 6a, 6c+, 6c, 6a/+, 7a et 6a+. Sur le papier, la difficulté maximale se trouve donc dans la cinquième longueur. Pourtant dans les faits, ce n’est pas ce passage qui a le plus marqué Taistra : elle a désigné la deuxième longueur, un 6c+ en fissure, comme la plus exigeante de la journée.

© Coll. Aleksandra Taistra

L’ascension, enchaînée d’une traite en un peu plus de quatre heures, n’est pas tombée du ciel. Taistra avait multiplié les tentatives en avril, s’entraînant spécifiquement sur des systèmes de fissures et de dièdres en salle, avant de progresser par étapes : moulinette en solo, puis free solos plus faciles, avant de se lancer sur « Alfredo Alfredo » elle-même, en surveillant scrupuleusement l’ensoleillement et la température de la roche, deux paramètres qui changent tout quand on grimpe sans corde et sans marge d’erreur.

Taistra a 43 ans et grimpe depuis 2000, l’année de ses 17 ans. Longtemps grimpeuse de falaise pure, elle a grimpé jusqu’au 8c+ à Rodellar avant de bifurquer, en 2018, vers la grande voie, une découverte qu’elle doit justement à la Sardaigne. Elle s’y est installée pour de bon à Baunei en 2022, après une blessure qui l’a poussée à repenser sa pratique.

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Entre deux stages qu’elle donne comme monitrice, coach et kinésithérapeute, elle est devenue une habituée du secteur : « Hotel Supramonte » en 2019, « Amico Fragile et Mezzogiorno di Fuoco » en 2020, puis la répétition de « Oltreconfine » en avril 2022 (une voie de 220 mètres et huit longueurs avec seulement 31 points sur l’ensemble de la ligne, qu’elle avait alors qualifiée de l’ascension la plus éprouvante mentalement de sa carrière).

© Read Macadam

À son compteur : une douzaine de grandes voies grimpée en free solo en Sardaigne, plus deux dans les Tatras. « Alfredo Alfredo » n’est donc pas un coup d’éclat isolé, mais l’aboutissement de six années passées à apprivoiser le vide, longueur après longueur.

Un club à quatre membres

Avant elle, seules trois grimpeuses avaient enchaîné en solo intégral une voie cotée 6cc ou plus. Brette Harrington avait ouvert la voie en 2017 avec « Chiaro di Luna » (6c, 760 mètres) sur l’Aguja Saint-Exupéry, en Patagonie. Steph Davis avait posé plusieurs jalons, entre « Pervertical Sanctuary » 6b+ et « Coyne Crack » 7a. Et Catherine Destivelle, dès 1987, avait grimpé sans corde une voie au Mali cotée jusqu’à 7a+/b, rappelant que le véritable crux de la voie se trouve à « seulement » dix mètres du sol.

Trois noms en près de quarante ans, de quoi mettre en relief la performance que Taistra vient d’accomplir !

© Coll. Aleksandra Taistra

« Ne le faites pas ! »

Reste que la grimpeuse polonaise ne cherche à convaincre personne de la suivre. « Et je dirais même plus : ne le faites pas ! Ne le faites juste pas », a-t-elle prévenu, tout en assumant sans détour le plaisir que lui procure cette pratique. Elle va jusqu’à dire préférer grimper seule plutôt qu’observée : avoir un public la met mal à l’aise, dit-elle, presque « injuste » pour ceux qui regardent sans pouvoir intervenir. Une façon de rappeler que le solo, pour elle, reste une expérience intime avant d’être une performance à montrer.

La suite s’annonce à sa mesure : deux nouveaux projets en Sardaigne, et une voie alpine polonaise de 500 mètres, où ni le soleil ni le rocher ne se laisseront apprivoiser aussi docilement qu’à Monte Oddeu. Et il y a fort à parier qu’elle nous préviendra, une fois de plus, de surtout ne pas l’imiter !

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Publié le : 10 août 2026 par Nicolas Mattuzzi

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Aleksandra Taistra