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100 grandes voies en 50 jours : la folle aventure de Laura Pineau et Elsa Ponzo

© Julien Nadiras

Sur le papier, l’idée paraît presque déraisonnable : gravir les 100 plus belles grandes voies de Provence en cinquante jours, jours de repos compris. Des Calanques au Verdon, en passant par le Cap Canaille et la Sainte-Victoire, cela représente des centaines de longueurs, des milliers de mètres d’escalade, une logistique considérable et une bonne dose d’incertitude. C’est pourtant le défi que se sont lancé Laura Pineau et Elsa Ponzo, avec l’envie de vivre avant tout une grande aventure de cordée.

Lorsque Laura Pineau imagine ce défi au retour de ses aventures au Yosemite, elle sait parfaitement qu’elle s’attaque à quelque chose d’extrême, et surtout de différent de ce qu’elle a l’habitude de faire. « Dès le départ, je savais que ce projet serait peut-être irréalisable, mais je voulais me donner toutes les chances de réussir », confie-t-elle. Depuis plusieurs années, Laura construit son parcours autour de projets hors normes. Elle affectionne particulièrement les aventures qui sortent des sentiers battus, celles où la performance sportive se mêle à une dimension humaine forte. « Ce que j’aime le plus, c’est vivre de grandes aventures, à la fois sportives et humaines. »

Pour ce nouveau projet, elle s’est appuyée sur le topo de Nicholas Armstrong, Les 100 plus belles grandes voies de Provence. Très vite, l’idée s’impose : toutes les gravir dans un temps limité, avec un plafond de cinquante jours. Mais avant même de penser au planning, au matériel ou aux cotations, une question essentielle se pose : avec qui partager une telle aventure ?

© Julien Nadiras

Une rencontre au Yosemite, une intuition immédiate

Quelques mois plus tôt, au printemps 2025, Laura se trouve au Yosemite. C’est là qu’elle rencontre Elsa Ponzo. Les deux femmes ne grimpent ensemble que deux jours, mais certaines intuitions sont immédiates. « J’ai eu un véritable coup de cœur humain pour Elsa », se souvient Laura. « J’ai tout de suite été touchée par son enthousiasme et son énergie. »

Elsa garde exactement le même souvenir de cette rencontre. « J’ai eu un coup de cœur amical pour Laura, et ça a été réciproque. Je lui ai dit que si jamais elle avait un projet un peu fou, elle pouvait m’appeler sans hésiter. » Laura n’oubliera pas cette phrase… De retour en France, alors que son projet prend forme, elle repense naturellement à Elsa. En décembre, elle décroche son téléphone. La réponse est immédiate.

Ancienne compétitrice de haut niveau et membre du Groupe Excellence Escalade de la FFCAM, Elsa n’a pas besoin de beaucoup de temps pour se laisser convaincre. Passionnée de grande voie et amoureuse des grands espaces, elle voit immédiatement le potentiel du projet. « Laura m’a proposé le projet, et nous avons commencé à réfléchir ensemble : combien de temps, quels moyens de locomotion, quels besoins… »

Deux journées de grimpe partagées dans le Yosemite auront donc suffi pour bâtir une cordée capable de relever ce défi ambitieux. 

Des contraintes et une adaptation sans faille pour les deux grimpeuses

L’objectif initial est simple : cent grandes voies en cinquante jours, jours de repos compris. Comme vous vous en doutez, ce ne sera simple que dans l’énoncé finalement. Très vite, les deux grimpeuses comprennent que le projet devra composer avec de nombreuses contraintes. La plus importante concerne les fermetures temporaires de voies pour cause de nidification, particulièrement nombreuses dans les Calanques, au Cap Canaille et dans le Verdon.

Certaines voies emblématiques deviennent alors inaccessibles. Il faut revoir le plan, trouver des alternatives de niveau équivalent et conserver l’esprit du projet. Laura et Elsa échangent régulièrement avec Nicholas Armstrong, auteur du topo, qui les aide à ajuster leur sélection. Le défi prend alors une autre dimension : il ne s’agit plus seulement de grimper fort, mais de faire preuve d’une grande capacité d’adaptation et d’une organisation quasi obsessionnelle.


Pourquoi ce choix de matériel ?

Pour cette aventure, Elsa et Laura ont privilégié du matériel léger, fiable et pensé pour les longues journées en paroi. L’objectif : gagner en confort, limiter le poids et conserver une grande fluidité dans les manipulations.

  • Casque CAMP Ikon Nova

Sur une grande voie, le casque est porté du départ jusqu’au retour au sol. L’Ikon Nova a été retenu pour sa construction hybride qui associe légèreté, confort et protection. Ses nombreuses ouvertures de ventilation permettent de rester à l’aise même lors des longues journées en falaise ou sous de fortes chaleurs. Son système de réglage arrière se manipule facilement et assure un maintien précis tout au long de la journée.

  • Dégaines CAMP Nano 22 Express KS

Quand chaque gramme compte, les Nano 22 prennent tout leur sens. Très légères, elles occupent également peu de place sur le baudrier tout en conservant une excellente ergonomie lors du clippage. Un vrai atout pour les grandes voies et les itinéraires où l’on transporte beaucoup de matériel.

  • Dégaines rallongeables CAMP Mach Express Dyneema

Les dégaines rallongeables permettent de réduire le tirage lorsque la voie zigzague ou traverse. Elles offrent davantage de fluidité dans la progression tout en évitant de multiplier le nombre de sangles et d’équipements transportés. Un choix particulièrement pertinent sur les longueurs techniques ou les itinéraires aventure.

  • Longe CAMP Reel

Au relais, les manipulations doivent rester simples et rapides. La Reel permet de se sécuriser facilement tout en conservant une bonne liberté de mouvement. Son système réglable facilite l’adaptation à différentes configurations de relais, un avantage appréciable lorsque l’on enchaîne de nombreuses longueurs.

  • Mousqueton CAMP Orbit 2 Lock

Robuste et polyvalent, l’Orbit 2 Lock est utilisé pour les manipulations nécessitant un verrouillage sécurisé. Son système de verrouillage automatique apporte un niveau de sécurité supplémentaire tout en restant rapide à utiliser.

  • Mousqueton CAMP Photon Lock Janja

Particulièrement apprécié pour son excellent rapport poids/résistance, le Photon Lock Janja offre une large ouverture facilitant les manipulations, même avec des gants ou lors des moments où la fatigue commence à se faire sentir. Un mousqueton polyvalent qui trouve naturellement sa place sur ce type d’aventure.

Pour ce type d’itinéraire, nous cherchons avant tout du matériel fiable et léger. Sur plusieurs longueurs, chaque gramme économisé et chaque manipulation simplifiée finissent par faire une vraie différence.


Une préparation digne d’une expédition

Derrière ce projet se cache un travail logistique colossal. Laura construit un immense tableau Excel dans lequel chaque journée est détaillée avec précision : les voies prévues, les enchaînements possibles, le matériel spécifique, les horaires, les approches, les rappels et les temps estimés. Elsa complète ce dispositif avec des points GPS sur Google Maps, des tracés sur AllTrails et la recherche systématique de photos des premières longueurs pour éviter toute hésitation au pied des voies.

« Les approches, c’est là où on peut perdre le plus de temps », explique Elsa. Dans un projet de cette ampleur, cinq minutes perdues au parking, dix minutes à chercher le départ d’une voie ou une erreur de matériel peuvent avoir des conséquences sur toute la journée. Rien n’est laissé au hasard.

Dix jours avant le départ, je me suis blessée au gros orteil, au point de ne plus pouvoir mettre de chaussons

La préparation physique, elle aussi, joue un rôle central. Les deux grimpeuses multiplient les sorties en extérieur, enchaînent les longueurs et travaillent leur endurance, y compris à pied. Pour Laura, la préparation est pourtant loin d’être idéale. « J’ai été malade tout le mois de janvier et, dix jours avant le départ, je me suis blessée au gros orteil, au point de ne plus pouvoir mettre de chaussons. » Autant dire que le projet débute avec son lot d’incertitudes.

© Olivier Vin

Une journée type où chaque minute compte

Pendant cinquante jours, le quotidien du duo ressemble à celui d’une petite expédition itinérante. Le réveil sonne généralement entre six et sept heures du matin, parfois plus tôt selon les objectifs du jour. Petit-déjeuner copieux, préparation des sandwiches, derniers ajustements, puis départ vers la falaise.

En fonction des voies, on pouvait passer entre cinq et quinze heures d’effort.

Certaines journées commencent par une à deux heures de marche d’approche, notamment dans les Calanques, où les sentiers accidentés ajoutent une fatigue supplémentaire. Ensuite, l’escalade prend toute la place. Selon les journées, les efforts peuvent durer cinq, dix, parfois quinze heures. « En fonction des voies, on pouvait passer entre cinq et quinze heures d’effort », résume Elsa.

Le retour au van ne marque pas la fin du travail. Il faut encore trier le matériel, préparer celui du lendemain, étudier les itinéraires, cuisiner et gérer la logistique. Laura et Elsa se répartissent souvent naturellement les tâches : Laura organise le matériel pendant qu’Elsa prépare le dîner.

« La journée type est assez dense », souligne Elsa. « Contrairement à d’habitude, les jours de repos sont souvent consacrés à l’organisation de la suite. Chaque seconde est essentielle. »

© Julien Nadiras

La fatigue, le vent et les moments de doutes

Sur cinquante jours, la difficulté ne réside pas seulement dans la cotation des voies. Le véritable défi consiste à tenir dans la durée, à supporter l’accumulation de fatigue, les nuits trop courtes, les longues marches d’approche, les conditions météo parfois hostiles et, plus largement, les imprévus de la vie.

Au début, cela semble gérable, mais après dix heures à lutter contre le vent, la fatigue s’accumule énormément

Le vent est sans doute l’un des adversaires les plus marquants du projet. Pendant plusieurs jours, Laura et Elsa doivent composer avec des rafales comprises entre 80 et 120 km/h. Sur le papier, cela peut sembler anecdotique. Sur une arête ou au relais, après plusieurs heures d’effort, l’expérience devient beaucoup plus engageante. « Au début, cela semble gérable, mais après dix heures à lutter contre le vent, la fatigue s’accumule énormément », raconte Laura.

Elsa doit de son côté traverser plusieurs épreuves personnelles : une douleur au genou au début de l’aventure, une période où elle tombe malade, puis le décès d’un proche. « Il y a toujours des moments où ce n’est pas évident, c’est à l’image de la vie en général », confie-t-elle simplement.

Laura connaît elle aussi un passage très difficile dans le Verdon. Au vingt-huitième jour, son corps commence à saturer. « J’étais épuisée comme jamais. Même sortir du lit était difficile. Pendant trois jours, j’ai pleuré de fatigue. » À ce moment-là, la réussite du projet semble vaciller. Laura exprime son inquiétude : si le rythme ne ralentit pas, la blessure devient probable. Elsa comprend immédiatement et accepte de revoir les ambitions quotidiennes. « Sans son soutien, je suis certaine que nous ne serions pas allées au bout », affirme Laura.

Ces moments de fragilité sont peut-être ce qui donne au projet sa véritable valeur. Car la performance ne consiste pas seulement à gravir cent voies, mais à continuer d’avancer lorsque le corps et l’esprit commencent à douter.

Comment une cordée se construit

Lorsque Laura et Elsa s’élancent dans cette aventure, elles ne se connaissent presque pas. Deux jours de grimpe partagés au Yosemite, quelques échanges, puis cinquante jours d’intimité quasi permanente. Une configuration qui pourrait faire naître des tensions, des incompréhensions, voire des conflits.

Des tensions, il y en aura effectivement. « Des tensions et des discordances, il y en a eu », reconnaît Elsa. « Mais on a toujours réussi à faire preuve de dialogue et à écouter les besoins de chacune. »

C’est sans doute là que réside la plus grande réussite du duo. Très vite, les deux grimpeuses développent une communication simple et directe. Quand l’une ressent une difficulté, elle l’exprime. L’autre écoute, comprend et adapte son comportement. « Quand tu exprimes une problématique, puis une solution, et que la personne en face l’entend et agit en conséquence, c’est merveilleux », résume Elsa.

Laura insiste elle aussi sur la capacité du duo à s’ajuster en permanence, à accepter les changements de rythme et à mettre l’ego de côté lorsque cela devient nécessaire. Concrètement, lorsque l’une est moins bien, l’autre prend naturellement le relais. Cela peut signifier mener davantage, préparer les repas, organiser les rappels, aider l’autre à récupérer ou tout simplement avoir une écoute attentive. « On n’a jamais été moins bien en même temps », explique Elsa.

Les rôles ne sont jamais figés. Ils évoluent selon la forme du jour, les conditions ou la connaissance du terrain. Cette souplesse crée une grande fluidité, essentielle dans un défi où une trop grande rigidité pourrait devenir un obstacle.

© Julien Nadiras

Les voies qui les ont le plus marquées

Après cent grandes voies, il est presque impossible de n’en retenir qu’une seule. Pourtant, certaines lignes ont laissé une empreinte plus profonde que d’autres.

Pour Elsa, plusieurs itinéraires se détachent immédiatement. « Malices des enchanteurs », dans les Calanques, enchaînée sous des rafales de 80 km/h, reste associée à une concentration extrême. « La Marbrière », À la Sainte-Victoire, l’a émerveillée par la beauté de son rocher. « C’est le plus beau conglomérat que j’ai vu de ma vie », confie-t-elle. Quant à « La fête des nerfs », dans le Verdon, elle la cite pour la qualité du caillou, la gestuelle et l’exigence globale de la voie.

Laura évoque elle aussi « La fête des nerfs », mais pour une raison différente. Ce jour-là, elle est au bout de ses réserves. Très vite, elle comprend qu’elle ne pourra pas donner sa pleine mesure. Elsa, en revanche, grimpe parfaitement. « J’ai compris que je ne pourrais pas performer. Elsa, elle, a grimpé magnifiquement. J’ai alors pris un rôle de soutien, et ce moment reste magique. »

Au-delà des voies elles-mêmes, les deux grimpeuses retiennent surtout une image commune : un coucher de soleil au sommet de la Sainte-Victoire. « On est arrivées pile au moment du coucher du soleil avec une superbe luminosité », raconte Elsa. Laura garde le souvenir d’un moment rare, sans vent, où elles ont simplement pris le temps de contempler le paysage. Un instant de calme suspendu au milieu d’un projet intense.


Après cinquante jours d’effort, des centaines de longueurs et quelques moments de doute, Laura Pineau et Elsa Ponzo ont  signé une sacrée performance. Mais au fil de cette aventure, l’essentiel est finalement ailleurs : les couchers de soleil au sommet de la Sainte-Victoire, les journées où l’une portait l’autre, cette confiance mutuelle construite longueur après longueur. Une manière de rappeler que la grande voie ne se résume pas à uniquement à une succession de lignes, mais aussi et surtout à une vraie aventure humaine.

– Article sponsorisé réalisé en collaboration avec CAMP –

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Publié le : 07 juin 2026 par Charles Loury

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