Un dernier run qui change tout : Jules Marchaland s’offre son premier 8C+ !

© Arthur Delicque
Jules Marchaland vient de signer son premier 8C+ bloc en enchaînant le célèbre “Ephyra”, à Chironico, en Suisse.
Une performance majeure… mais surtout un enchaînement qui porte parfaitement sa signature : imprévisible, spontané, presque impensable au vue des circonstances !
Un trip sans certitudes…
“Direction le Tessin pour une quinzaine de jours, en compagnie de Simon Lorenzi”, nous raconte Jules. Un voyage libre, sans pression, rendu possible par un nouveau van fraîchement acquis. Sur le papier, tout est réuni pour un beau séjour… sauf un détail : une inflammation persistante à une poulie. « Je ne serrais pas de prise et j’avais mal aux doigts des fois même sans rien faire… Je ne savais pas à quel point je pouvais forcer dessus. »
Une blessure qui change tout… Difficile de s’engager pleinement, difficile de savoir jusqu’où pousser. Et face à lui, deux objectifs ambitieux sur le même panneau : “Ephyra” 8C+ et “From Dirt Grow the Flowers” 8C.
Pensant que ces deux blocs n’allaient pas trop sollicité son doigt blessé, Jules se lance. Et dès les premières séances, le constat est clair : “Ephyra” est loin d’être donnée !
Un bloc qui lui résiste jusqu’au bout
Ouvert en 2019 par Jimmy Webb, “Ephyra” est un 8C+ exigeant, posé sur le même rocher que le mythique “From Dirt Grows the Flowers” de Dave Graham. Et pour Marchaland, le chantier est réel : « La première séance, je n’ai pas bougé… La deuxième, j’ai fait les mouvs mais vraiment limite… C’était loin, très loin d’être gagné ! »
Les essais s’accumulent… mais rien ne laisse vraiment présager une issue rapide. Même lors de la troisième session, les connexions entre les mouvements restent fragiles et incertaines.
La magie du dernier run
Troisième journée dans le bloc. “La séance n’est pas folle”, confie Jules. Il enchaîne les essais, parvient parfois à passer le crux, mais chute ensuite. Fin de séance, la fatigue est là. L’idée de remettre le projet à l’année prochaine commence à s’installer. Et pourtant…
« J’ai dit à mes potes : “Vas-y les gars, je mets un dernier run”… mais vraiment comme ça, juste un dernier pour la route quoi. Je n’ai même pas demandé à ce qu’on me filme tellement je n’avais aucune attente ». Il part et soudain, tout change !
Il enchaîne les premiers mouvements, et passe le premier crux avec succès. Il arrive alors au deuxième crux et réussit le mouvement. “Je me mets ensuite un fight énorme pour sortir un talon, je m’y reprend à quatre reprises ! J’arrive au réta (que je n’avais pas du tout calé !), il faisait nuit, c’était une galère, mais c’était incroyable : j’ai réussi à me rétablir au sommet du bloc !! C’était pas du tout prévu.”
Un run sorti de nulle part et un premier 8C+ validé de manière presque surprenante. “J’hésitais vraiment à arrêter ma séance dans ce bloc, mais j’avais quand même envie de mettre un dernier run, juste pour voir l’ampleur du chantier qu’il me restait, pour voir si vraiment j’étais loin du but ou pas. C’était complètement inespéré, mais p***** qu’est-ce que c’était fou !”.
L’art de l’inattendu, façon Marchaland
C’est peut-être ce qui rend les performances de Jules si fascinantes. Cette capacité à surgir là où on ne l’attend pas. À transformer un essai “pour voir” en moment d’exception. « Le fait que ce soit pas prévu rend la performance encore plus surprenante… et plus plaisante. »
Avec “Ephyra”, il franchit un cap symbolique avec son premier 8C+. Une progression logique au vu de son niveau global : après avoir décidé d’arrêter les compétitions en juillet dernier, il a enchaîné les performances aussi bien en bloc qu’en falaise. En l’espace de quelques mois, il a clippé le relais de six voies dans le neuvième degré et enchaîné cinq 8C bloc (dont un flash). Et toujours avec une manière de faire qui reste totalement singulière : imprévisible, spontanée, vivante.
Et la suite s’annonce tout aussi excitante. Après ce coup d’éclat en bloc, Jules Marchaland envisage un retour à la falaise, avec dans le viseur des lignes majeures comme “Ratstaman Vibrations” 9b ou “Biographie” 9a+ à Céüse.
Mais avant cela, il faudra reconstruire patiemment la machine : depuis la Coupe du Monde de Madrid, la rési a été mise de côté. L’idée ? Revenir progressivement en forme, en profitant du rocher, sans pression… avec en ligne de mire un passage à Fionnay pour tenter “Permanent Midnight Low” 8C+ et continuer à naviguer entre bloc et falaise. Un équilibre qui lui va bien et qui pourrait bien encore réserver quelques surprises !
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