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Pourquoi Sean Bailey a-t-il réalisé un 9c… Et n’a rien dit !

© Ben Neilson

Près d’un an après l’ascension, Sean Bailey a finalement levé le voile. En mars 2025, l’Américain de 29 ans a réalisé la première ascension de “Duality of Man”, une voie située dans le Dry Canyon, en Arizona. Cotée 9c, elle devient la voie la plus dure jamais proposée sur le sol américain, rejoignant le cercle très fermé des trois autres 9c de la planète : “Silence”, “DNA”et “B.I.G.”.

Un accomplissement historique… pourtant resté dans l’ombre pendant près de onze mois !

Car si l’annonce n’a été rendue publique que récemment, ce n’est pas un hasard. Sean Bailey a délibérément choisi de garder le silence, à contre-courant des codes actuels. Un choix rare, presque déroutant à notre époque, mais profondément révélateur de sa relation à la performance.


Le fruit de plusieurs années de travail

“Duality of Man” est une extension extrême de “Lee Majors” 9a, une ligne redoutable ouverte en 2018 par Nathaniel Coleman dans la mythique Celebrity Cave. La voie combine un toit exigeant, un premier pas de bloc autour du 8A+/B, avant de s’attaquer à un crux d’une quinzaine de mouvements estimé 8C, le tout perché à près de 30 mètres du sol. En bref, un cocktail explosif, aussi physique que mental.

Sean Bailey découvre le projet à la fin de l’année 2021. À l’époque, il sort d’une saison exceptionnelle en Coupe du Monde et vient tout juste de signer la troisième ascension de “Bibliographie” à Céüse. Malgré ce niveau stratosphérique, “Duality of Man” va rapidement s’imposer comme son projet le plus exigeant.

Je n’ai jamais grimpé quelque chose d’aussi proche de ma limite !

Sean Bailey

© Ben Neilson

Pendant trois saisons, Bailey affine sa méthode. Il décortique la voie, section par section, apprend à optimiser chaque repos, chaque mouvement. Le véritable casse-tête n’est pas tant le crux en lui-même, mais la manière d’y arriver avec encore assez d’énergie.

Discipline, doutes et attente

L’hiver 2024–2025 marque un tournant. Désormais retiré du circuit de compétition, Sean Bailey consacre toute son énergie au rocher. Les conditions sont loin d’être idéales : chaleur inhabituelle, falaise exposée plein soleil, créneau de grimpe très court en fin de journée. Chaque essai est minutieusement calculée.

Souvent, un seul essai par jour. Pas plus.

Je privilégiais la qualité à la quantité. Il fallait que chaque essai compte.

Sean Bailey

© Mellow

Les essais s’accumulent. Les sensations sont parfois excellentes. Pourtant, la réussite se fait attendre. En janvier, Bailey réalise ce qui ressemble à l’essai parfait… avant de chuter sur le tout dernier mouvement ! À partir de là, quelque chose change. Il sait qu’il peut le faire. Il en est certain. Mais il ne sait ni quand, ni si cette certitude suffira.

C’est une phase étrange. Tu sais que tu peux le faire à 100 %, mais tu ne sais pas quand ce jour arrivera.

Sean Bailey

L’attente devient mentale autant que physique.

Le jour où tout s’aligne

Le 6 mars 2025 ressemble à un jour comme les autres. Rien de particulier. Pas de conditions exceptionnelles, pas de sensation magique à l’échauffement. Bailey s’engage dans la voie, passe efficacement la première section, puis attaque la suite. Arrivé au crux, il marque une courte pause. Un instant de lucidité.

Je me suis dit : c’est maintenant. Je peux reprendre le contrôle, je peux y arriver !

Sean Bailey

© Ben Neilson

Il enchaîne les mouvements les plus durs, résiste jusqu’au bout… et clippe enfin le relais ! Quatre années de travail, de doutes et de discipline prennent fin dans le silence du canyon.

Pourquoi garder le silence ?

Contrairement aux usages actuels, Sean Bailey ne publie rien. Pas de post, pas d’annonce, pas de célébration publique. Dans une interview accordée au média américain Climbing Magazine, il explique ce choix simplement : préserver l’impact du moment et accompagner la sortie du film consacré à l’ascension.

Pour lui, le “moment de hype” n’existe qu’une fois. Attendre permet aussi de soutenir financièrement le projet vidéo et de valoriser le travail de son photographe et réalisateur. Durant ces onze mois de silence, Bailey digère sa performance loin du bruit médiatique. Une démarche qu’il décrit aujourd’hui comme bénéfique.

Vivre ça sans réactions extérieures, sans pression, c’était une bonne chose.

Sean Bailey

© Ben Neilson

Depuis, l’Américain n’a pas ralenti. Il a ouvert une salle de bloc à Tokyo avec sa compagne Miho Nonaka, tout en continuant à signer des performances de très haut niveau, comme la seconde ascension de “Arrival of the Birds” 9A en Suisse.


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Publié le : 17 février 2026 par Nicolas Mattuzzi

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