Le contenu

Mattéo Marobin raconte son incroyable aventure dans “Jungle Boogie” 9b : « Je voulais ajouter mon nom à côté de ces légendes »

© Coll. Marobin

Le 4 juillet dernier, Mattéo Marobin a mis un terme à l’un des projets les plus longs et les plus exigeants de sa jeune carrière : “Jungle Boogie”, un 9b de Chris Sharma dans le secteur du Berger, à Céüse.

Une voie mythique, réussie par une poignée de grimpeurs parmi les plus forts de la planète — Adam Ondra, Sachi Amma, Stefano Ghisolfi, Alex Megos, Jonathan Siegrist ou encore Min Young Lee — et qui aura demandé au Toulousain plus d’un an d’efforts, de renoncements et… de rebondissements !

Le jeune Toulousain revient pour nous sur cette aventure.


De “Fight or Flight” à “Jungle Boogie”

Après avoir enchaîné “Three Degrees of Separation” à l’été 2024, Mattéo cherchait un nouveau défi : « une voie plus dure, plus jolie et plus iconique », selon ses mots. Grand admirateur de Chris Sharma et basé à Toulouse, à trois heures et demie d’Oliana, c’est tout naturellement vers “Fight or Flight” qu’il se tourne d’abord. Seulement six ascensions recensées depuis la libération de la voie par Sharma en 2011, aucune depuis 2018, et un statut de possible 9b le plus dur du monde selon Stefano Ghisolfi : le projet a de quoi faire rêver !

Mais de retour à Céüse en juin 2025 pour tenter d’enchaîner avant la reprise de ses cours à la fac, Mattéo déchante vite. Son niveau en bi-doigts, la préhension dominante de la voie, n’est pas encore suffisant. Autre frein : quatre autres grimpeurs travaillent déjà la ligne, une situation qu’il apprécie peu. « J’aime tellement être seul à essayer une voie, car c’est dans ces moments-là que j’ai l’impression de pouvoir créer une connexion avec elle », confie-t-il, comparant cette sensation à celle qu’évoquait le footballeur Rayan Cherki à propos de sa relation avec le ballon.

Mattéo se tourne alors vers “Jungle Boogie”, réputée redoutable pour la peau mais qu’il découvre bien plus en phase avec ses points forts : 90 % d’arquées, une escalade en pure endurance de force sur 35 mouvements de même intensité, et surtout, personne d’autre dessus.

© Coll. Marobin

 Des mois à tomber toujours plus haut

Les débuts sont encourageants. Mattéo répète facilement les mouvements de la voie, tous d’intensité comparable et sans véritable part d’aléatoire. La principale contrainte devient alors la gestion de la peau : deux essais maximum par jour, davantage de repos, et uniquement des voyages courts pour laisser le temps à ses doigts de récupérer.

Puis vient le plateau. De la mi-juillet à la mi-août 2025, Mattéo bute sur le même mouvement, jusqu’à ce que la présence de Yannick Flohé à l’assurage — et la pression de ne pas livrer un mauvais essai devant lui — l’aide enfin à le franchir !

S’ensuit alors la chute classique au dernier mouvement dur, un scénario qu’il vit à répétition : douze fois… un record personnel ! Le dernier jour de son dernier voyage de la saison 2025, tout est réuni pour qu’il fasse la croix. La veille, il est tombé deux fois au même endroit, tout proche du sommet. Un seul risque : un orage annoncé en fin de journée. Il fallait lancer l’essai juste avant la dépression, pour profiter du vent, sans se faire surprendre par la pluie.

Mais le timing sera fatal : parti cinq minutes trop tard, Mattéo réussit pourtant à passer le fameux dernier mouvement dur, avant que la pluie ne mette un terme à l’essai ! Trempé, il redescend sous l’orage et enchaîne sept heures de route de nuit vers Toulouse pour être à l’heure en cours le lendemain matin. Le trajet tourne alors au cauchemar : pluie torrentielle, arbres couchés sur l’autoroute, inondations, foudre… avant de découvrir, une fois arrivé devant sa faculté que son cours du matin avait finalement été repoussé à l’après-midi.

« Je suis le chat noir de l’escalade. »

Revenir plus fort

Cette défaite ravive sa détermination. Mattéo change alors de fonctionnement : il quitte le pôle espoir de Toulouse, intégré en 2017 à l’âge de 14 ans, pour s’entraîner de façon indépendante, en binôme avec son coach Antoine Gaston — une décision dont il se dit aujourd’hui pleinement satisfait.

Fin avril 2026, il revient à Oliana et passe encore tout près de “Fight or Flight”, chutant une nouvelle fois après le dernier mouvement difficile. Plutôt que de rejoindre Céüse pour profiter de meilleures conditions, Mattéo choisit de rester à Oliana pour tenter un dernier créneau. Sur l’un de ses ultimes essais, il passe le mouvement fatidique… avant de glisser une demi-seconde plus tard sur le plus gros pied de la voie. “Quand je vous dit que je suis le chat noir de l’escalade…”, répète-t-il.

De retour à Céüse début juin, les sensations reviennent vite. Mattéo atteint un niveau de maîtrise inédit dans “Jungle Boogie” : ” Quand je mettais des runs, je pouvais contrôler 100 % des paramètres et c’est la première fois que j’atteins un tel niveau de maîtrise. C’était vraiment satisfaisant à grimper et je savais que ce n’était plus qu’une question de temps avant de réussir à assembler toutes les pièces du puzzle”

La croix, enfin !

Le samedi 4 juillet 2026, tout s’aligne enfin. Une petite frayeur en cours de route — son frère, venu filmer l’ascension, pose involontairement son pied sur la prise qu’il devait utiliser pour rejoindre le bac final — ne suffira pas à faire dérailler l’essai.

Mattéo clippe enfin le relais de “Jungle Boogie”. Une voie qui aura occupé son esprit pendant près d’un an, et qui devient sans doute le projet le plus marquant de sa carrière.

« C’est de loin la voie qui m’a demandé le plus de temps, mais au final, si j’avais un seul souhait, ce serait de ne jamais perdre cette passion pour le travail de voie », confie le grimpeur, qui remercie au passage les grimpeurs de Céüse, ses proches, ses structures d’entraînement toulousaines Altissimo Montaudran et Arkose, son coach Antoine Gaston, ainsi que son père et son frère — « fais gaffe où tu mets tes pieds la prochaine fois. »

L’été n’est pas terminé pour Mattéo, qui compte bien profiter des bonnes conditions restantes pour de nouvelles croix…


Lire aussi

Mattéo Marobin nous raconte sa dernière croix: “Three degrees of separation”, 9a+

Publié le : 09 juillet 2026 par Nicolas Mattuzzi

# Actualités PG# Univers Falaisecroix en falaise

Je veux recevoir la Lettre PG
La Lettre PG • L'escalade vue par Planetgrimpe

Pour les 20 ans de Planetgrimpe, nous lançons un nouveau rendez-vous, la Lettre PG :

  • Le meilleur de l’escalade, trié par la rédac
  • Ce qu’on ne publie pas ailleurs (coulisses, réflexions)
  • Des contenus en avant-première
  • Des surprises exclusives pour les 20 ans de PG
Un seul email par semaine Pas de spam, pas de bruit inutile

Nous n'avons pas pu confirmer votre inscription.
Votre demande d'inscription est confirmée.

Vous pourrez vous désinscrire à tout moment.