On connaissait le Ondra Comp pour ses exploits sur les volumes XXL et les blocs à coordination des circuits de compétition. Conçu main dans la main par La Sportiva et Adam Ondra pour dominer les prises en résine, ce chausson semblait avoir un territoire de prédilection bien délimité, la salle, et rien que la salle. Erreur ! Après plusieurs sorties en extérieur, nous avons découvert un tout autre visage à ce chausson, capable de surprendre sur des supports que l’on n’attendait absolument pas dans son cahier des charges initial. Dalles à sensations, blocs extérieurs techniques où le talon fait toute la différence, le Ondra Comp semble avoir plus d’un tour dans son sac.
Le secret du Ondra Comp se cache entièrement dans la conception de sa semelle, où La Sportiva a développé une approche hybride inédite, capable de conjuguer deux qualités a priori contradictoires. D’un côté, il fallait un chausson performant en adhérence pure, cette fameuse capacité à « smearer » sur des surfaces lisses et arrondies. De l’autre, il devait rester précis et incisif sur des prises minuscules, l’exercice classique de l’« edging ». Pour y parvenir, la marque italienne a inséré une pièce en plastique rigide, façonnée en fer à cheval, qui vient ceinturer tout le pourtour du chausson. Cette armature apporte la fermeté nécessaire pour se tenir sur des grattons exigus, sans pour autant rigidifier l’ensemble de la semelle. Car au centre de l’avant-pied, la matière reste au contraire volontairement souple et malléable, garantissant cette sensibilité indispensable pour épouser les volumes généreux et les surfaces bombées.
Cette caractéristique trouve un écho aussi convaincant sur le rocher. Sur les dalles exigeantes, où chaque appui repose sur la qualité de l’adhérence pure plutôt que sur la précision d’un gratton, le chausson retrouve exactement le terrain de jeu pour lequel sa semelle a été pensée.
L’autre grande particularité technique du Ondra Comp réside dans la géométrie même de sa semelle. La Sportiva a fait le choix audacieux de raccourcir la demi-semelle, une technique déjà éprouvée par la concurrence, notamment chez Scarpa avec son modèle Drago. Concrètement, cela signifie que la rigidité s’arrête plus tôt sous le pied, juste avant l’articulation du gros orteil. Cette zone de flexion avancée permet au chausson de se plier plus naturellement et plus profondément à cet endroit précis, offrant ainsi une surface de contact bien plus généreuse au moment de l’adhérence. La déformation naturelle autour du gros orteil surprend au début car on a l’impression que notre pied est déformé. Mais pourtant cela fonctionne à merveille. On retrouve cette sensation de « chaussette » qui permet de sentir le grain, d’ajuster la pression en temps réel. En falaise verticale et technique, le Ondra Comp se transforme en véritable extension du pied.
En fait, c’est simple, à chaque fois que l’on pose un talon avec le Ondra Comp on sait qu’il ne va pas bouger. La Sportiva innove avec l’un de ses modèles les plus fins à ce jour. Une bonne nouvelle pour toutes celles et ceux qui ont le talon fin ou qui recherchent un ajustement plus précis dans les crochetages talon. C’est d’ailleurs l’un des points qui nous a le plus bluffé sur ce chausson. Le talon des Ondra Comp est encore plus précis et marqué que celui étroit et précis des Drago LV. Même lors des crochetages sur petites prises, on se sent maintenus et en confiance. Sur les surfaces naturelles, souvent moins nettes et moins prévisibles que les volumes en résine, la précision et la rigidité de ce talon impressionne.
Le Ondra Comp s’adresse avant tout aux grimpeurs et grimpeuses en quête de sensations sur des supports exigeants en adhérence, dalles verticales et techniques, blocs extérieurs où le talon devient l’arme absolue, voies où chaque pression du pied doit être ajustée avec finesse. Ce n’est clairement pas le chausson à emporter sur des voies à grattons microscopiques ou du dévers pur nécessitant un maximum de rigidité en pointe. Mais pour qui cherche un outil polyvalent, capable de briller aussi bien sur un run de compétition que sur une dalle engagée en extérieur, le Ondra Comp coche des cases inattendues.
Surprise totale, voilà un chausson pensé pour la compétition qui parvient à s’exporter avec brio sur le rocher, à condition de bien choisir son terrain de jeu. Sur dalle et sur blocs extérieurs où le talon est roi, le Ondra Comp démontre une polyvalence que l’on n’attendait clairement pas d’un modèle aussi typé « salle ». Certes, son prix reste élevé et son terrain de prédilection demeure la compétition, mais les grimpeurs en quête d’un chausson technique pour la falaise auraient tort de l’ignorer d’emblée. Une belle découverte qui prouve, une fois de plus, qu’un excellent chausson sait parfois dépasser les frontières pour lesquelles il a été conçu.