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La journée « normale » du mutant Dylan Chuat après avoir enchainé « Supercrackinette » 9a+

Dylan Chuat dans le crux de Supercrackinette © Alexis Nitschke

Le 22 février dernier, le grimpeur suisse de 22 ans clippait le relais du célèbre 9a+ de St Léger. Souvenez-vous, « Supercrack » comme elle est surnommée, fut la toute première voie cotée 9a+ à avoir été flashée (par Adam Ondra en 2018). Mais plus impressionnant que cette seule ascension, c’est le reste de la journée de Dylan qu’il faut retenir, puisqu’il empoche également deux 8c… Plongez avec nous dans la journée prolifique du jeune prodige helvète.


Une simple journée entre copains

Pour vous rendre un peu compte de qui vous avez en face, sachez que, seulement 1 an après une rupture de poulie, Dylan Chuat était capable d’enchainer « Action Directe« . Un choix audacieux après ce type de blessure puisque le premier 9a de l’histoire est surtout l’un des plus à doigts du monde avec son célèbre jeté sur mono.

Pour en revenir à cette folle journée à Saint Leger, Dylan nous raconte : « C’était une simple journée entre copains, mais dès le matin, je me sentais bien, serein, assez pour enchaîner Supercrack ! J’ai fait une voie de chauffe, puis je suis allé dedans pour finir de me préparer et éviter de choper l’onglée. En redescendant de ma montée de chauffe, j’ai tiré la corde et mis un run direct… et ça a marché ! »

Pour pas mal de grimpeurs la journée se serait arrêtée là. Mais c’est peut-être l’apanage des champions de ne jamais se contenter d’une réussite.

« Peu de temps après, je suis allé dans « Rêve de Poutre » (8c), une voie où j’avais seulement mis un run à vue deux jours plus tôt. J’avais donc des semblants de méthodes mais rien de fou, et même si j’étais encore un peu explosé par l’enchaînement de « Supercrack », j’étais tellement galvanisé par cette belle journée que je ne suis pas tombé ! »

Cette fois Dylan se dit qu’il va profiter de cette belle journée pour assurer et encourager ses amis. Mais au contraire, l’ambiance est si électrique que la motivation monte encore d’un cran :

« À ce moment-là, je pensais chiller pour le reste de la journée… mais c’était sans compter sur l’émulation qui régnait autour de moi. Mon pote Arthur a enchaîné « Princessa » (7c+), ma petite  Charlotte (jeune grimpeuse suisse hyper prometteuse) a marché dans « Praniania » (8b), et un très jeune Suisse, Sacha, a survolé « Lézard d’École » (8a). Avec toute cette énergie, impossible de m’arrêter là… »

Doté d’une excellente forme physique et enflammé par la passion, Dylan poursuit sa récolte de croix : « J’ai donc décidé d’aller mettre les paires dans « La Tournée du Patron » (8c), une ligne qui m’a toujours intrigué, mais dans laquelle je n’avais jamais vu personne. Lors de ma première montée, je n’ai rien compris au pas de bloc du haut : zéro trace de magnésie, je ne savais pas quoi faire. Mais j’ai trouvé un semblant de méthode et, malgré la fatigue, j’ai tenté un run. J’étais déjà bien oxi en arrivant au relais de la L1, mais encore une fois, l’adrénaline et l’ambiance m’ont porté… Un bon cri, un dernier effort, et j’ai survolé la deuxième longueur ! »

Le super-pouvoir de Dylan Chuat réside dans sa capacité à profiter comme un gamin d’une belle journée avec ses amis, sans pour autant oublier la récupération active dans des petites voies :

« Pour finir la journée en beauté, j’ai enchaîné « L’Homme en Bleu » à vue, un 8a classique de St-Léger, avant de repartir direct dans « Lézard d’École » (8a) pour faire plaisir au petit Sacha. »

« Supercrackinette » devient son 5ème 9a+ et sa 20ème voie dans le 9ème degrés. Il est peut-être temps pour Dylan d’aller voir encore plus dur… Attendez ! On nous dit dans l’oreillette que si les conditions météo étaient clémentes, le 9b espagnol « Fight or Flight » situé à Oliana aurait sûrement déjà eu un nouveau répétiteur.

« Supercrack » n’était que le petit déjeuner de Dylan en attendant que le déjeuner soit prêt…