Le contenu

Jana Švecová relance le très haut niveau féminin et libère “Tokyo Drift” 8C !

© Martin Švec

Ces derniers mois, la scène féminine du très haut niveau en bloc avançait presque en silence. Pas de coup d’éclat majeur, pas de nouvelle ligne pour venir bousculer les standards… Et puis, sans vraiment prévenir, une annonce est tombée : le 28 mars 2026, la Tchèque Jana Švecová a réalisé la première ascension de “Tokyo Drift”, un bloc qu’elle propose à 8C, dans le secteur de Holštejn, au cœur du karst morave en République Tchèque.

Une performance qui, au-delà du chiffre, raconte surtout une nouvelle trajectoire… Et peut-être même un basculement !


Švecová n’est pas de celles qu’on voit constamment sous les projecteurs. Ce n’est pas une compétitrice que l’on voit évoluer sur les Coupes du Monde, ce n’est pas non plus une  “star” du circuit médiatique, mais une grimpeuse qui, depuis plusieurs années, construit patiemment une des listes de croix les plus solides de la planète grimpe.

Son nom avait déjà marqué les esprits en 2023, lorsqu’elle s’offrait la première ascension de “Nova”, une variation du mythique “Terranova” 8C+ signé Adam Ondra. D’abord cotée 8B+, la ligne sera finalement rehaussée à 8C après répétition, faisant d’elle la première femme à libérer un bloc de ce niveau.

Trois ans plus tard, avec “Tokyo Drift”, elle remet ça. Même rocher. Même logique. Mais une vision encore plus radicale !

Une ligne improbable… devenue réalité

Le bloc reprend le départ et la sortie de “Drift”, un autre 8C d’Ondra. Là où la ligne originale contourne la principale difficulté, Švecová choisit d’aller droit dans le mur. Littéralement. L’idée est simple sur le papier : utiliser les pieds de “Drift”… comme prises de mains, et couper au plus court dans le bombé déversant à 60°.

Résultat : un bloc plus court, mais beaucoup plus violent, où la clé ne se joue pas à la fin… mais dès le départ. Cinq premiers mouvements ultra intenses, qui concentrent déjà l’essentiel de la difficulté, puis un combat jusqu’au sommet, conclu par un rétablissement aussi piégeux que mythique.

© Martin Švec

Le combat derrière la performance

Mais ce qui donne toute sa dimension à “Tokyo Drift”, c’est ce qu’il y a autour. Car ce projet, Švecová l’a commencé en 2025, dans ce qu’elle décrit elle-même comme “sa meilleure forme”. Les mouvements passent vite, les sensations sont là. Tout semble aligné… Puis tout s’arrête. Blessures aux doigts, arrêt forcé, retour à zéro.

S’ensuit une longue période de doute, presque invisible de l’extérieur. Pendant des mois, la Tchèque de 28 ans doit se reconstruire, revenir progressivement, accepter une forme en dessous et encaisser la frustration. Elle évoque elle-même cette période où elle ne reconnaissait plus son niveau, où même enchaîner des blocs “faciles” redevenait un combat. Elle le raconte sans détour : pendant un moment, elle ne savait plus si elle pourrait retrouver (et dépasser) son niveau d’avant.

Et puis, progressivement, quelque chose revient. Après un hiver à beaucoup grimper, quelques sensations reviennent, juste assez pour relancer la machine. Jusqu’à cette fin mars, où tout se précipite.

© Martin Švec

Le jour où tout s’aligne… malgré tout

Le jour de l’enchaînement, les conditions sont loin d’être idéales : froid, vent, sensations moyennes. Et pourtant. “C’était le meilleur jour de ma carrière”, écrit-elle après coup. Car la session est chaotique : des méthodes à réajuster, un pied qui zippe, des doigts engourdis… et surtout plusieurs chutes au sommet. Trois fois, elle tombe dans les derniers mètres. Trois fois à rien !

Mais cette fois, elle ne lâche pas. “Le désir de réussir ce bloc dans cette session était plus fort que tout le reste.” Et finalement, ça passe !

Cette réussite était tellement inattendue, non pas parce que je n’étais pas proche de l’enchainement, mais à cause des conditions et tout un tas d’autres circonstances. Tout d’abord, il faisait 5 °C, un froid polaire presque ingrimpable pour moi, et il y avait un vent de folie ! Ensuite, j’ai dû réajuster la plupart des méthodes et j’ai même zippé du pied. Mais ça a fini par marcher… bon, ça a été un peu dramatique à la fin, j’étais très émue ! Je vous raconterai et vous montrerai toute l’histoire dans une vidéo YouTube qui sortira bientôt, je l’espère !

Jana Švecová

© Martin Švec

Avec “Tokyo Drift”, Švecová signe sa deuxième première ascension dans le 8C. Un accomplissement rarissime, qui la place dans un cercle extrêmement restreint de grimpeuses capables non seulement d’atteindre ce niveau… mais de créer à ce niveau. Elles ne sont qu’une poignée dans le monde à avoir enchaîné 8C. Encore moins à en avoir plusieurs. Elles ne sont que trois pour être précis : Katie Lamb, Janja Garnbret et elle-même.

Mais peut-être que l’essentiel est ailleurs. Car “Tokyo Drift” n’était, à la base, qu’un projet secondaire. Une parenthèse dans une ambition bien plus grande : venir à bout de “Terranova” un 8C+ ouvert en 2011 par Adam Ondra, toujours non répété à ce jour !


La Lettre PG • L'escalade vue par Planetgrimpe

Pour les 20 ans de Planetgrimpe, nous lançons un nouveau rendez-vous, la Lettre PG :

  • La sélection de la Rédac
  • Des contenus en avant-première
  • Les coulisses et réflexions
  • Et selon les sujets, des questions pour ouvrir le débat
Un seul email par semaine Pas de spam, pas de bruit inutile

Nous n'avons pas pu confirmer votre inscription.
Votre demande d'inscription est confirmée.

Vous pourrez vous désinscrire à tout moment.

Publié le : 31 mars 2026 par Nicolas Mattuzzi

# Actualités PG# Univers Falaisecroix en falaise

Jana Švecová