Flash & éthique : Adam Ondra relance un débat qui divise la communauté

© Crimp Films
Le niveau en bloc n’a jamais été aussi élevé… et pourtant, plus les performances impressionnent, plus les questions éthiques refont surface.
Ces dernières semaines, Adam Ondra a marqué l’Histoire en enchaînant quatre 8C blocs… flash, portant à six le nombre total de réalisations dans ce style au plus haut niveau mondial. Une domination qui force le respect bien sûr, mais qui s’accompagne aujourd’hui d’une réflexion plus large : qu’est-ce qu’un “vrai” flash en bloc ?
Une progression fulgurante du niveau !
Tout s’est accéléré en quelques mois. L’été dernier, Yannick Flohé réalisait le tout premier 8C flash avec “Foundation’s Edge”. Dans la foulée, Jules Marchaland enchaînait “Power of Now Direct”, signant le deuxième 8C flash de l’Histoire.
Puis est arrivé Ondra. Entre février et mars, le Tchèque a empilé les performances : “The Lion’s Share”, “Celestite”, “Emotional Landscapes”… Une série qui semble repousser les limites du possible dans cet exercice si particulier.
Mais derrière ces performances, une question s’impose : jouent-ils tous avec les mêmes règles ?
Flash : une définition pas si claire…
Traditionnellement, un flash signifie réussir une ligne au premier essai, avec des informations préalables (méthodes, démonstration, conseils, analyse de vidéo…).
Mais en bloc, une zone grise persiste depuis longtemps : a-t-on le droit de toucher les prises avant de grimper ? Pour Ondra, la réponse n’est pas si simple. Pendant longtemps, lui-même considérait qu’il était acceptable de toucher les prises… à condition de rester au sol.
J’ai toujours pensé qu’il était permis de toucher les prises tant que l’on peut les atteindre, mais sans empiler plusieurs crash pads ni monter sur une échelle pour atteindre les prises les plus hautes. Cependant, cette approche pose certains problèmes : certaines prises sont accessibles si l’on est grand, tandis que les grimpeurs plus petits ne peuvent pas les atteindre.
Adam Ondra
Est-il alors acceptable d’utiliser un seul crash pad pour y parvenir ? Et de quelle épaisseur ? De plus, cette logique finirait par limiter les tentatives flashs aux blocs plutôt courts, où l’on peut facilement toucher toutes les prises depuis le sol. Résultat : une inégalité implicite entre grimpeurs… et entre styles.
Échelle, crash pads… où placer la limite ?
En découvrant que certains 8C flash avaient été réalisés en utilisant des crash pads empilés ou une échelle pour atteindre certaines prises, Ondra a décidé d’adopter lui aussi cette approche. Un choix pragmatique, mais qui soulève une nouvelle question : un flash avec un repérage des prises à l’échelle est-il comparable à un flash sans échelle ?
Lui-même nuance :
Sur certains blocs comme “Deep Fake”, “Celestite”, “The Lion’s Share” ou “Emotional Landscapes”, cela ne change pas grand-chose, car la plupart des prises sont facilement accessibles depuis le sol. Mais sur d’autres blocs comme “Bügeleisen” ou “Unison” la différence peut être énorme !
Adam Ondra
Un cas qui fait réfléchir : Jules Marchaland
Après qu’Ondra ait publié sa vidéo, Jules Marchaland l’a contacté pour lui dire qu’il avait réalisé son 8C flash (“Power of Now Direct”) sans toucher aucune prise au-delà de celles du départ. Un style beaucoup plus strict… que le Tchèque lui-même reconnaît comme “encore plus impressionnant”.
C’est peut-être là que le débat devient le plus intéressant. Faut-il désormais distinguer un flash “classique” (avec une pré-touche libre des prises), un flash “avec aide” (échelle, pads empilés) et un flash “pur” (aucune prise touchée au-dessus du départ) ? Autrement dit : le mot “flash” suffit-il encore à décrire une même performance ?
Un débat ouvert… et nécessaire
Le bloc a toujours été une discipline où l’éthique évolue avec la pratique. Ce débat n’est donc pas une remise en cause des performances, mais plutôt une tentative de mieux les comprendre et les comparer.
Aujourd’hui, une chose est sûre : le niveau augmente, les performances s’enchaînent et les frontières du style deviennent de plus en plus floues.
Alors, Adam Ondra vous pose la question : pour vous, un flash doit-il être totalement “pur”… ou peut-il inclure une part de préparation ? Qu’en pensez-vous ?
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