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Économie circulaire : Et si vos vieux chaussons servaient à fabriquer les prochains ?

© Matthias Paré | Planetgrimpe

Si le ressemelage permet déjà de prolonger la vie de nos chaussons d’escalade, tous finissent un jour ou l’autre par déposer le bilan. Mais alors, si on ne peut plus les utiliser, que deviennent-ils ? Même question pour les cordes, les baudriers ou les casques arrivés en fin de vie.  Alors que le Groupe Climb Up et l’éco-organisme Ecologic déploient un nouveau dispositif de collecte et développent des solutions de recyclage, d’autres initiatives existent déjà, notamment celle portée depuis 2023 par Clean Climber France et Arkose.

PlanetGrimpe a voulu comprendre ce qui se passe après le bac de collecte : que peut-on recycler aujourd’hui, quels débouchés existent et quels obstacles restent à lever ? Pour comprendre le nouveau dispositif Climb Up/Ecologic, nous avons interrogé François Petit, fondateur et président du Groupe Climb Up, et Valentin Detail, en charge du dossier chez Ecologic.

Le casse-tête du matériel en fin de vie

Chez Climb Up, le sujet est devenu un vrai casse-tête au fil des années. Avec plus de 30 salles réparties sur le territoire, le groupe change chaque année près de 70 km de cordes (une corde de salle tient en moyenne 30 à 40 jours) et environ 7 500 paires de chaussons de location. De quoi vite saturer les espaces de stockages.

Selon François Petit, Climb Up cherche une solution pour ses cordes usagées depuis une dizaine d’années. Plusieurs pistes ont été explorées : leur transformation en laisses pour chiens, qui n’absorbait qu’une faible partie du volume ; la refonte du polyamide, abandonnée en raison de son coût ; puis la récupération des gaines pour fabriquer des porte-clés et des ceintures, qui ne concernait qu’environ 10 % du gisement. Faute de débouché suffisant, les cordes ont continué à s’accumuler dans les réserves.

Le recyclage des chaussons quant à lui, n’est pas nouveau. En effet,  Arkose et Clean Climber France ont construit une filière devenue opérationnelle en juin 2023, après dix-huit mois de travail. Celle-ci associe des points de collecte, un transporteur, un recycleur et des débouchés pour la matière récupérée. Chaque salle Arkose est un point de collecte pour les chaussons usagés des grimpeurs et les paires de location.

En 2025, Arkose indique avoir collecté 3,5 tonnes de chaussons, soit 75 % des quantités collectées par Clean Climber France, le reste provenant des points de vente du Vieux Campeur. Le groupe annonce également avoir fait réaliser une analyse du cycle de vie, selon laquelle cette filière réduirait au minimum de moitié les émissions de gaz à effet de serre liées à la fin de vie des chaussons.

Cette initiative, présentée comme permettant notamment une transformation en revêtements de sol, précède donc le programme Climb Up/Ecologic. Mais ce dernier explore un autre débouché : récupérer la gomme et, à terme, la réintégrer dans de nouveaux chaussons. Une perspective prometteuse, mais qui reste encore en phase de test.

Recyclage des chaussons : comment développer les débouchés et changer d’échelle ?

À première vue, recycler un chausson pourrait sembler relativement simple : séparer les matériaux, récupérer le caoutchouc, le broyer, en refaire de la gomme. Dans les faits, développer ce débouché à une échelle industrielle suppose de surmonter des obstacles aussi bien techniques et qu’économiques.

« On peut techniquement recycler énormément de choses, mais si vous arrivez chez un industriel avec seulement 50 kilos de chaussons, il n’investira jamais dans une ligne de recyclage », résume Valentin Detail. Pour développer les procédés envisagés par Ecologic, il fallait donc réunir suffisamment de matière pour rendre leur traitement viable : constituer un « gisement » de plusieurs tonnes, capable de justifier un investissement industriel.

© Climb Up

Réunir ces volumes suppose d’organiser toute la chaîne. Le dispositif coordonne ainsi les fabricants de matériel d’escalade, qui le financent via les éco-contributions ; les salles et les clubs, qui collectent le matériel ; les transporteurs ; les centres de tri ; et les industriels chargés de développer les solutions de recyclage. Une rencontre entre François Petit et Valentin Detail, au salon de l’escalade de janvier 2026, a permis de concrétiser ce projet, sur lequel Ecologic travaillait depuis un an et demi, alors que les procédés industriels restaient à stabiliser.

Comment fonctionne la collecte mise en place par Ecologic

Depuis juin 2026, des bacs de collecte sont progressivement installés dans les salles Climb Up. Grimpeurs et grimpeuses peuvent y déposer chaussons, baudriers, cordes ou systèmes d’assurage en fin de vie, sans distinction de marque ; le matériel de location du réseau y est également intégré. Le dispositif est gratuit pour les salles : collecte, transport et traitement sont pris en charge par Ecologic.

Le dispositif repose toutefois sur la participation volontaire des grimpeurs, invités à déposer leur matériel usagé pour lui offrir une possibilité de valorisation. Aucun bon d’achat ni aucune réduction ne sont actuellement proposés en échange. François Petit n’exclut pas cette possibilité à terme, mais rappelle : « l’objectif initial n’était pas commercial, il s’agissait avant tout de trouver une filière vertueuse ». Pour la première année, Climb Up estime que 5 à 10 % de ses grimpeurs pourraient participer à la collecte.

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Que devient réellement un vieux chausson ?

Dans le dispositif décrit par Climb Up et Ecologic, le chausson déposé rejoint d’abord un centre de regroupement, où il est stocké avec des centaines puis des milliers d’autres paires, jusqu’à atteindre un volume suffisant pour lancer un traitement industriel.

Les différents matériaux doivent ensuite être séparés. Selon Ecologic, cette étape repose sur un démontage à la main réalisé dans une usine spécialisée, encore rare et coûteux, en partie soutenu par des subventions publiques. Dans ce programme, seul le caoutchouc fait l’objet de travaux de recyclage. Les autres composants (textile, cuir, lacets) sont orientés vers la valorisation énergétique, c’est-à-dire incinérés pour produire de la chaleur ou de l’électricité.

Le caoutchouc récupéré est broyé puis revulcanisé pour fabriquer des plaques destinées au ressemelage, avec une proportion de matière recyclée annoncée autour de 30 %. « La gomme ayant déjà été utilisée, elle perd une partie de ses qualités, il est donc nécessaire de la mélanger à de la matière vierge », précise Valentin Detail.

Au-delà du ressemelage, le programme vise aussi à intégrer cette gomme recyclée dans la fabrication de chaussons neufs. Une marque s’est d’ailleurs portée volontaire pour mener des essais, mais son nom n’est pas encore rendu public à ce stade. Selon Ecologic, cette incorporation pourrait lui permettre de réduire ses futures éco-contributions, grâce à ce dispositif qui favoriserait l’utilisation de matière recyclée.

Et le reste du matériel ?

Pour les mousquetons et autres pièces métalliques, le métal rejoint des filières de recyclage déjà bien établies. Le traitement des cordes reste, en revanche, au stade de la recherche : Ecologic indique ne pas encore disposer de solution industrielle dans ce dispositif et vient de lancer des travaux pour identifier des partenaires capables de valoriser ces fibres techniques. Un test est également en cours sur le recyclage des casques, avec de premiers résultats attendus prochainement.

Qui paie, et pourquoi c’est gratuit pour les salles

Ecologic n’est pas un service public, mais un éco-organisme agréé pour cinq ans par le ministère de la Transition écologique, chargé par la loi de développer des filières de collecte et de recyclage pour le matériel de sport et de loisir (une des trois filières qu’il gère, avec les équipements électriques et électroniques, et le matériel de bricolage et jardinage motorisé). Son financement provient à 95 % des éco-contributions versées par les fabricants et distributeurs à chaque mise sur le marché d’un produit (quelques centimes par paire de chaussons, par exemple) en application du principe pollueur-payeur inscrit dans la loi AGEC de 2020.

À l’échelle de la filière sport et loisirs, ces contributions représentent plus de 40 millions d’euros par an en France. Sur un total de 120 000 tonnes de matériel de sport mis sur le marché en 2024 — Ecologic en avait alors collecté entre 15 000 et 20 000 tonnes, soit environ 12 à 16 % du gisement théorique. Le fonctionnement, résume Valentin Detail, s’apparente à celui des retraites par répartition : les articles neufs vendus aujourd’hui financent le traitement des articles usagés qui arrivent en fin de vie.

Une filière prometteuse, mais encore loin d’être complète

Il serait précipité de présenter le dispositif Climb Up/Ecologic comme un système déjà mature. Une partie du matériel collecté ne dispose pas encore de débouché de recyclage, et les procédés étudiés restent en phase de test, avec des coûts de démarrage que Valentin Detail qualifie lui-même d’« exorbitants ». Son ambition est néanmoins de développer de nouveaux débouchés, dans le prolongement d’initiatives déjà engagées par d’autres acteurs comme Arkose et Clean Climber France.

La collecte constitue donc une première étape, et la suite se jugera sur les quantités effectivement recyclées et la capacité à réutiliser la matière récupérée. Pour les grimpeurs, le premier réflexe reste de prolonger la vie de leurs chaussons grâce au ressemelage, puis de les orienter vers une filière de collecte lorsqu’ils ne seront plus réparables.


Mise à jour du 2 octobre 2026 : cet article a été complété pour préciser le rôle d’Arkose dans la filière Clean Climber France, opérationnelle depuis juin 2023, et intégrer les chiffres de collecte communiqués par le groupe pour 2025. Les passages sur l’antériorité des initiatives ont également été précisés.

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Publié le : 30 septembre 2026 par Charles Loury

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