Comment Alex Honnold prépare-t-il son solo du Taipei 101 la semaine prochaine ?

© Netflix
Depuis plus de quinze ans, Alex Honnold repousse les limites du solo intégral sur le rocher : El Capitan, Half Dome, Moonlight Buttress, les exemples sont nombreux. Mais en ce début d’année 2026, l’Américain a décidé de se lancer un nouveau défi, sur un tout autre terrain de jeu. Le 23 janvier prochain, il s’élancera en solo sur les parois du Taipei 101, un gratte-ciel de 508 mètres dressé au cœur d’une mégalopole asiatique, qui fait partie des plus hauts bâtiments de la planète. Cette ascension inédite sera retransmise en direct par Netflix et suivie dans le monde entier.
Malgré l’allure futuriste de ce défi, Alex Honnold reste fidèle à sa philosophie de grimpeur : préparation millimétrée, gestion du risque et une concentration absolue. Depuis plusieurs semaines, il étudie chaque mètre de la façade, teste des chaussons fabriqués sur mesure, ajuste son entraînement et observe obsédément la tour depuis l’hôtel situé juste en face.
Plongée au coeur de sa préparation.
Une tour de 508 mètres grimpée en solo
S’attaquer au Taipei 101 n’a rien à voir avec les voies du Yosemite qu’Honnold connaît par cœur. Même si plusieurs grimpeurs ont déjà réalisé des ascensions urbaines comme celle-ci, peu de structures offrent un terrain de jeu aussi haut et répétitif : 101 étages, une façade rythmée par des séquences quasi identiques et un mélange de prises métalliques et de rebords en verre.
La première partie du bâtiment (jusqu’à environ 90 mètres) est relativement peu pentue. Mais dès la vingtaine d’étages franchie, les panneaux deviennent plus déversants et les sections s’enchaînent comme une série de blocs répétés. Honnold les décrit comme « deux mouvements faciles, puis un mouvement dur » et ainsi de suite. Une partition qu’il devra reproduire 92 fois jusqu’au sommet.
Et malgré un style monotone, la difficulté est bien réelle. Même si l’immense majorité des séquences ne dépasse pas le niveau technique qu’Honnold maîtrise largement, l’enjeu reste important : tenir physiquement, rester concentré pendant 90 minutes (estimées) de grimpe continue, et gérer la fatigue alors qu’il évoluera à plusieurs centaines de mètre du sol. Un passage en particulier pourrait servir de véritable crux : un grand mouvement depuis une caméra de sécurité pour atteindre un rebord plat. Mais l’essentiel de l’ascension reste homogène : facile, facile et difficile, comme le décrit Honnold.

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En atteignant les derniers étages, l’Américain devra négocier la zone comprise entre les niveaux 91 et 101 : une partie plus étroite, plus exposée au vent, mais s’il tombe ici, il atterrira sur l’observatoire situé en contrebas plutôt qu’au sol. Enfin, Honnold atteindra le sommet sur une petite flèche où il pourra tenir debout. Il redescendra ensuite quelques niveaux avant de rejoindre le sol par un ascenseur.
Honnold compare la difficulté de l’ensemble à celle d’une fissure classique du Yosemite : « C’est comme enchaîner le « Rostrum » 6c+ deux fois de suite ».
Des conditions météo scrutées de près et des chaussons sur-mesure
Pour éviter la chaleur humide de l’été taïwanais, l’ascension a été programmée en janvier, pendant la période la plus sèche de l’année. La diffusion Netflix étant prévue à 20h00 (heure de l’Est aux États-Unis), il débutera son ascension vers 9h00 du matin, heure locale. Le versant sud-est de la tour, celui qu’il a choisi, permet théoriquement de bénéficier d’un séchage rapide si une légère pluie venait à tomber. La production a d’ailleurs prévu une fenêtre météo élargie en cas de perturbation.

© Netflix
Côté équipement, Honnold restera fidèle à son minimalisme légendaire : un t-shirt, un short, un petit sac à magnésie et… un casque audio, où il écoutera visiblement du Tool pour se mettre dans le bon état mental. La seule fantaisie réside dans ses chaussons : La Sportiva lui a fabriqué deux paires spécialement conçues pour l’ascension, avec une gomme nettement plus tendre que d’habitude, capable d’offrir une meilleure adhérence sur les surfaces vitrées ou métalliques.
Un entraînement spécifique
Le quadragénaire, mari et père de deux enfants, s’est préparé spécifiquement pour ce projet, comme s’il s’entraînait pour une voie dure en extérieure. Depuis plusieurs moi, il s’entraîne spécifiquement sur poutre, réalise de grosses séances sur sa Tension Board inclinée à 45°, et surtout, a réalisé une période de plusieurs semaines sans aucun excès alimentaire (« pas de desserts » comme il le dit lui même), pour être au top de sa forme.
En parallèle, il s’est offert quelques voies en extérieur, dont la répétition le 21 décembre dernier de « Bachelor Party » 9a. Il a aussi travaillé des projets comme « All You Can Eat » 9a+, qu’il pourrait bien enchaîner prochainement tant sa forme physique semble exceptionnelle. Début décembre, il a également enchaîné en solo quatre voies sur Mount Wilson en une journée, totalisant près de 1200 mètres d’escalade.

© James Lucas
En solo, le mental est aussi crucial que le physique. Contrairement à l’image parfois fantasmée qu’on peut avoir de lui, Alex Honnold n’est pas un kamikaze. Il renonce très régulièrement à des solos lorsqu’il estime que les conditions ne sont pas réunies. Les exemples ne manquent pas : il a déjà volontairement abandonné des projets sur El Cap ou Desert Gold parce que le risque ne lui paraissait pas acceptable. Pour Taipei 101, il ne laissera rien au hasard : plusieurs jours de repérage précis sur la tour, échauffement sur la MoonBoard installé dans l’une des salles du bâtiment, gestion du stress, et validation finale de son envie de tenter (ou non) l’ascension.
Depuis quelques jours, Honnold et sa famille se sont installés dans un hôtel juste en face de l’immense tour. De jour comme de nuit, il peut ainsi observer la ligne qu’il s’apprête à grimper, repérer les détails architecturaux et visualiser la structure étage par étage. Ses journées sont partagés entre des répétitions de grimpe sur la façade, des tests d’adhérence de ses chaussons et des échanges avec l’équipe technique de Netflix.
Un acte rationnel selon Honnold
Voir Honnold grimper au-dessus du vide provoque toujours les mêmes réactions : fascination, perplexité, crainte, admiration. Difficile pour un spectateur de comprendre ce qui se joue réellement. Pourtant, ceux qui le connaissent bien le répètent : rien n’est laissé au hasard. Son calme légendaire, sa capacité à analyser le risque et à s’arrêter lorsqu’il le juge trop élevé font partie intégrante de son succès. L’ascension du Taipei 101 n’échappera pas à cette logique. Elle sera impressionnante mais ne sera ni impulsive ni improvisée.
Vendredi prochain, si tous les voyants sont au vert, Alex Honnold se lancera dans ce qui pourrait devenir l’un des solos les plus marquants jamais réalisés en milieu urbain. Et s’il sent que quelque chose cloche ? Il fera demi-tour, comme il l’a déjà fait de nombreuses fois dans sa carrière.
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