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A la Verticale de soi: la puissance d’un témoignage et la virtuosité d’un écrivain…

Il sera en librairie seulement le 22 septembre, mais déjà l’ouvrage de Stéphanie Bodet « À la Verticale de soi » (Guérin – éditions Paulsen) séduit… 
À découvrir ci-dessous, la critique littéraire de l’académicien et auteur Jean-Christophe Rufin (prix Goncourt en 2001). 
 

« À la verticale de soi de Stéphanie Bodet redonne à la littérature alpine une fraîcheur et une intensité que l’on croyait perdues.

Il est vrai que l’évolution de l’escalade, l’échappée des grimpeurs vers les hautes difficultés, inconcevables pour le commun des mortels, la transformation de la pratique, qui fait la part belle aux structures artificielles et aux salles, n’inspirent pas facilement de récits tragiques… La littérature semble s’être détournée de la verticale depuis Frison-Roche et les seuls sujets qui se prêtent à l’émotion sont les récits d’accidents voire de catastrophe…

Or voici le retour de la poésie et de la sensibilité, sans rien de morbide ni de naïf, avec la puissance d’un témoignage et la virtuosité d’un écrivain.

C’est pourtant une championne du monde d’escalade, discipline virtuelle s’il en est et peu propice à l’évocation des sommets, qui en est l’auteur.

Il est vrai qu’au cours de sa carrière, Stéphanie Bodet n’est pas restée sur ses prises de résine. Avec son mari, le guide et grand alpiniste Arnaud Petit, elle a accompli de véritables exploits dans de grandes parois. Elle les raconte de façon extrêmement vivante. Mais ces défis ne seraient rien pour nous lecteurs si nous ne les reliions pas au parcours étonnant d’une petite fille fragile, asthmatique et sensible qui s’est confrontée aux parois avec l’énergie de sa révolte, son besoin d’idéal et d’amour.

Pour entrer dans la vie qui lui paraît si redoutable, elle emprunte une voie unique et la suit jusqu’au sommet, comme ces sages japonais qui ne conçoivent d’atteindre la maîtrise que dans une discipline et une seule. Celle de Stéphanie Bodet ne sera pas le tir à l’arc ni l’art des bouquets de fleurs mais cette simple, bien qu’indéfinissable, pratique qui consiste à s’élever à la verticale sur des parois, à l’aide du moins de prises possibles.

« J’ai demandé la lune au Rocher », écrit-elle dans la langue poétique qui est la sienne et qui contribue pour beaucoup au charme et à la puissance de ce livre. Puis vient la faille, la cassure, la descente. Car on ne s’élève jamais aussi haut sans connaître à un moment où un autre ce vertige. Les questionnements, les remises en cause, la dépression donnent à ce parcours sans faute et couronné de succès, sa dimension humaine et tragique. Nous ne sommes plus dans la toute-puissance narcissique à laquelle nous ont habitués bien des demi-dieux de la montagne, qui veulent ne laisser qu’une trace d’ange et dissimuler leurs faiblesses.

Ici, le récit prend une dimension fitzgeraldienne et devient d’autant plus intéressant. Le funambule trébuche ; l’ange (dé)choit ; l’âme révèle ses abîmes mais aussi sa résilience. L’équilibre, l’amour, la sagesse entrent sur cette scène où ne semblaient devoir évoluer que des êtres désincarnés. Et à travers son retour à l’escalade, c’est une vision plus profonde de la vie, inspirée par le yoga et les disciplines orientales que Stéphanie Bodet nous livre.

Quand finalement elle revient à son rocher, ce n’est pas avec la résignation de Sisyphe mais avec la plénitude de la maturité et la volonté, non seulement de vivre de nouveau sa passion mais de nous la faire partager. »

Jean-Christophe Rufin

Publié le : 11 septembre 2016 par Charles Loury vues

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