Marceau Garnier : « Ce n’est que le début de l’aventure olympique »

© Marvin Gourdol
Médaillé d’argent sur le championnat d’Europe de vitesse à Laval samedi dernier, nous avons pris le temps d’aller à la rencontre de Marceau Garnier. Il revient avec nous sur sa compétition, cette finale perdue pour six petits centièmes et ses ambitions pour la suite.
Tu termines 9e des qualifications : à quel moment sens-tu que tout se met en place ? Comment as-tu vécu les phases finales à Laval ?
Je n’ai pas fait de super qualifications. Sur mes deux runs, je fais exactement la même petite erreur, qui me coûte quelques centièmes. Je me retrouve neuvième et je sais que le tableau risque d’être compliqué à partir des quarts.
Tout se met vraiment en place juste avant mon huitième de finale, quand j’apprends que le premier des qualifications s’est fait sortir. Ça veut dire que, si je passe mon huitième, je retrouverai en quart le seizième des qualifications, un autre Allemand que je connais assez bien et avec qui j’ai déjà fait quelques duels. J’étais tellement confiant que, dans ma tête, si je passais le huitième, je passerais aussi le quart. Je me sentais capable de grimper vite et propre sur ce mur. Au final, le tableau était favorable : j’ai eu de la chance sur ces deux premiers tours.
En demi-finale, la stratégie change. Je me retrouve contre un adversaire russe qui concourt sous statut neutre et je sais qu’il va très vite. L’objectif, c’est donc de prendre des risques pour aller chercher un gros chrono. Mais dès le départ, je sens qu’il se rate. Ma stratégie change instantanément : j’ai engagé mon run avec un bon départ, alors je cherche à le dérouler et à m’assurer d’aller taper le buzzer. En quart et en demi, je me suis retrouvé dans cette même situation.
En finale, l’idée de départ était encore de prendre des risques. J’ai essayé de gratter un peu sur mon temps de réaction, mais je n’y suis pas parvenu : je suis à 0,20 seconde, alors qu’on peut descendre jusqu’à 0,10. Au final, ça ne passe pas à six centièmes. C’est un peu la loi de la vitesse.
Comment se sent-on avant de s’élancer en finale devant le public français ? Est-ce que jouer à domicile a pesé sur ton run ?
C’est incroyable. Il y avait une foule énorme dans l’Espace Mayenne, c’était vraiment prenant. Tu te rends compte que des centaines de personnes sont là pour t’encourager, qu’elles sont à fond derrière toi. Forcément, ça aide.
J’étais vraiment trop content d’être devant le mur, d’entendre et de voir tous ces supporters. Je pense que ça m’a aidé dans ma performance, à rester hyper concentré et à aller chercher de beaux runs pendant les phases finales.
Tu pensais à l’or à ce moment-là ?
Oui, évidemment que j’y pensais dans un coin de ma tête. Mais l’objectif, c’était surtout d’aller chercher un bon run. On l’a vu en quart et en demi : le plus important, ça reste d’aller taper le buzzer le plus rapidement possible.
J’ai battu énormément d’adversaires grâce à ma régularité, alors que, sur le papier, ils étaient beaucoup plus rapides que moi. Aujourd’hui, je pense que c’est vraiment mon point fort. Je savais qu’il fallait miser là-dessus pour aller chercher l’or. Mon adversaire a été plus rapide, mais franchement, c’est déjà super d’être allé chercher la médaille d’argent.
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Tu tournes autour de 5,20 sur plusieurs tours avant de sortir 5,06 en finale : qu’est-ce qui a débloqué ce chrono à ce moment précis ?
Sur toute ma compétition, j’ai été très régulier : 5,23 et 5,22 en qualifications, 5,21 en huitième, 5,17 en quart et 5,20 en demi. Ce sont déjà de super chronos.
La différence avec le 5,06 en finale, c’est vraiment que j’ai pu me battre tout au long du run avec un adversaire à mes côtés. En quart et en demi, mes adversaires ont fait une erreur dès le début. Dans ces cas-là, mon état d’esprit change légèrement : je ne suis plus dans la bataille, je me concentre sur la qualité de ma grimpe et sur le fait d’aller taper le buzzer quoi qu’il arrive.
En finale, avoir un adversaire à côté de moi jusqu’au bout, c’est ce qui a fait la différence pour lâcher un gros chrono.
Sur quoi travailles-tu en ce moment pour grappiller les derniers centièmes qui te séparent du top mondial ?
À Chamonix, ma dernière compétition avant Laval, j’avais battu mon record en 5,15. Depuis, j’ai travaillé sur plusieurs choses, notamment mon départ. Je l’ai modifié, et ça m’a pris un peu de temps. C’était un tout petit détail, mais un détail hyper important.
Je pense que ce départ n’est même pas encore complètement au point : il reste des microdétails à améliorer. Mais c’est déjà très positif, parce qu’il est bien meilleur qu’à Chamonix.
Ensuite, je dois surtout travailler sur la survitesse, c’est-à-dire ma capacité à accélérer une fois lancé dans la voie. Ce sont de petits détails techniques et nerveux, plein de petites choses à travailler à droite et à gauche pour faire descendre les chronos.
Je sens que ça se met en place au fil des compétitions. Sur mes trois dernières, j’ai battu mon record à chaque fois : 5,24, puis 5,15, et maintenant 5,06. J’espère pouvoir aller en Coupe du monde en Chine pour montrer que je suis sur la bonne voie. La décision officielle de sélection a déjà été annoncée, mais j’essaie de négocier ma participation à la suite de ce résultat.
Le record de France de Jérôme tombe le même jour. Est-ce que ça crée une émulation entre vous et te donne envie d’aller le chercher ?
Je suis assez impressionné par Jérôme. Cette année, il pousse vraiment fort et arrive à lâcher de gros chronos sur chaque compétition.
Oui, ça crée une bonne émulation, parce que j’ai envie d’aller le chercher. J’aimerais avoir ce record de France au moins une fois dans ma vie ! Et à l’inverse, Jéjé n’a pas envie que je le rattrape, ce qui est normal.
On a fait un bon hiver d’entraînement ensemble et pas mal de compétitions tous les deux cet été. Un coup, c’est lui qui réussit sa compétition ; un coup, c’est moi. Je pense qu’on apprend chacun du fonctionnement de l’autre.
De mon côté, je mise beaucoup sur la régularité, et les chronos viennent ensuite. Je dirais que Jéjé a plutôt le profil inverse : il a la capacité de lâcher de gros chronos et, à mon avis, il doit surtout travailler sa régularité pour les reproduire le plus souvent possible.
Quels sont tes prochains objectifs : la Coupe du monde, les Jeux, un chrono en tête ?
Le prochain objectif, c’est de passer sous les cinq secondes. C’était déjà mon objectif de l’année.
J’aimerais aller à la deuxième Coupe du monde en Chine pour essayer de réaliser ce chrono. Je sens que j’en ai les capacités et qu’il ne me manque que quelques runs en compétition pour y parvenir.
Et bien évidemment, les Jeux olympiques de Los Angeles sont dans un coin de ma tête. C’est l’objectif principal, un rêve, comme pour beaucoup d’athlètes. Je sens que tout se met en place petit à petit, au fil des mois et des compétitions. C’est en bonne voie, et j’ai hâte.
Un mot pour la fin ?
Ce n’est que le début de l’aventure olympique.
