Climb Up en redressement judiciaire : ce qu’il faut savoir

Climb Up, premier réseau de salles d’escalade en France, vient de placer sa holding et quatre sociétés d’exploitation en redressement judiciaire. Cinq salles sont concernées : Cergy, Aubervilliers, Caen, Orléans et Mulhouse Wittenheim. On fait le point sur ce qu’on sait, ce que disent les chiffres, et ce qu’il reste à éclaircir.
Ce qui ne change pas pour les grimpeur·se·s
Dans un communiqué officiel, Climb Up annonce avoir sollicité l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire pour Climb Up Investissements (la holding) ainsi que pour quatre sociétés d’exploitation regroupant les cinq salles citées plus haut.
Rassurez-vous : pour l’instant, rien ne change côté grimpe. Le réseau — 33 salles, dont 5 sous licence de marque — continue de tourner normalement, et le groupe précise que cours, stages, abonnements, événements et écoles d’escalade sont maintenus dans les conditions habituelles, y compris dans les 5 salles concernées par la procédure.
Pour rappel, un redressement judiciaire n’est pas une fermeture : c’est une période d’observation sous contrôle du tribunal, censée permettre à l’entreprise de se restructurer tout en continuant à faire tourner ses salles.
Info à noter : à la tête du groupe, Jean-Luc Croset a remplacé François Charpy au poste de directeur général, un changement officialisé début juin 2026. Coïncidence de calendrier ou lien direct avec la procédure ? C’est une des questions qu’on posera à la direction.
Le discours officiel de Climb Up
Le communiqué parle d’une « démarche de gestion responsable » et d’une « nouvelle étape » du développement du groupe, imputant les difficultés à de nombreuses causes : accélération du développement depuis 2019, Covid, inflation, coûts de l’énergie, puis ralentissement de la consommation depuis 2025.
François Petit, le fondateur, rappelle que : « Climb Up a toujours été une entreprise de projets. Aujourd’hui, nous ouvrons une nouvelle étape de son histoire. Nous faisons le choix d’agir rapidement pour renforcer notre modèle, préserver ce qui fait notre force et continuer à développer l’escalade partout en France. »
Trois priorités sont annoncées : l’accueil et la sécurité, la reconquête de fréquentation, et l’adaptation des coûts, de l’organisation et du parc de salles — cette dernière formulation laissant ouverte la question d’éventuelles fermetures à venir.
Paris Nord : les salles où ça fait le plus mal
Les comptes annuels déposés au RCS de Lyon permettent de mettre des chiffres sur les difficultés d’au moins une des entités concernées. Cergy et Aubervilliers dépendent en fait d’une seule et même société, Climb Up Paris Nord — et ses comptes 2024 sont sévères. Voici quelques chiffres très parlants :
- chiffre d’affaires : 3,8 M€ (en croissance de 30,5 %)
- résultat net : -1,69 M€ (soit une marge nette de -44,6 %)
- capacité d’autofinancement : -916 000 €
- trésorerie : seulement 76 100 €
- total des dettes exigibles à moins d’un an (emprunts + fournisseurs + charges sociales et fiscales, etc.) : 11 M€
- fonds propres : -5,72 M€
- 40 salariés travaillent pour cette société, pour une masse salariale représentant 43,4 % du CA.
Fait notable : ce n’est pas nouveau. Une alerte légale pour capitaux propres inférieurs à la moitié du capital social a été enregistrée dès décembre 2021, suivie en janvier 2022 d’une décision de « continuation malgré les pertes ». La boîte marchait donc sur un fil depuis près de cinq ans.
À noter également : ces comptes concernent les salles de Cergy et Aubervilliers réunies, impossible donc officiellement de savoir si l’une des deux salles porte l’essentiel du déficit ou si les deux sont dans le rouge à parts égales, mais on a notre petite idée quand on connait la taille de la salle d’Aubervilliers, plus grande salle de France avec 5000m2 dédiés à l’escalade où les charges doivent être énormes. Nous tenterons d’en avoir confirmation auprès de la direction.

Climb Up Aubervilliers, plus grande salle indoor de France | © Climb Up
Climb Up n’est pas un cas isolé
Cette annonce tombe dans un contexte que nous suivons de près depuis plusieurs mois : le secteur privé de l’escalade indoor encaisse les coups en ce moment.
Le Climbing Mulhouse Center (CMC), le plus haut mur de France avec ses 25 mètres, a été placé en redressement judiciaire le 2 avril 2025 puis converti en liquidation le 24 juin 2026 : fermeture définitive. Ses derniers comptes publiés affichaient un résultat net de -191 946 € sur 2023 (source : France 3 Régions, BODACC).
On avait aussi couvert la fermeture définitive de Vertical’Art Lyon fin avril 2025, après celles de ses deux salles parisiennes (Pigalle et Chevaleret) l’année précédente — trois fermetures en moins d’un an pour ce réseau. Sans remonter trop loin, on se souvient aussi du redressement judiciaire de Block Out, dont l’enseigne s’en était sortie en 2022. Et on ne parle pas d’autres salles qui ont fermé récemment (Blocbuster, Granit, …).
Signe que la difficulté ne se limite pas à Climb Up : une enquête du magazine Grimper (février 2026) révèle que même Arkose, souvent présenté comme l’acteur le plus solide du marché, perd de l’argent en 2026. Steve Guillou, Co-fondaeur du groupe, expliquait désormais privilégier la consolidation de son parc de salles plutôt que l’expansion.
Enfin, lors d’un récent échange avec François Petit (avant l’officialisation du redressement judiciaire), celui-ci nous confirmait lui aussi que Climb Up n’ouvrirait aucune salle en nom propre dans l’année qui arrive, préférant lui aussi sur les salles déjà ouvertes. Seules les salles franchisées pourront continuer d’étoffer le groupe.
Un modèle structurellement fragile, même chez les leaders
Il y a dix ans, ouvrir une salle d’escalade avait des airs de poule aux œufs d’or. Dix ans plus tard, le modèle économique montre ses limites, pour plusieurs raisons qui se cumulent :
- un investissement initial énorme : entre 500 000 € et 900 000 € pour une salle de bloc, jusqu’à 2 M€ pour les plus grandes structures ou les salles de voie ;
- des charges fixes très lourdes : masse salariale (accueil, moniteurs, ouvreurs qualifiés, …), entretien, renouvellement des prises, électricité…
- une marge nette qui plafonne à environ 8 % du chiffre d’affaires hors amortissements (L’Express Franchise) ;
- Le marché s’est également beaucoup densifié : environ 300 salles privées en France, entre 2 et 3 millions de grimpeurs réguliers, 10 millions d’entrées par an. Bien que les pratiquants soient nombreux, la concurrence pèse très lourd, notamment dans les grandes métropoles où les salles d’escalade se sont probablement développées trop vite.
Suite à l’annonce de ce redressement judiciaire, nous avons contacté la direction de Climb Up et attendons leur retour suite à une demande d’interview.