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Économie circulaire : Et si vos vieux chaussons servaient à fabriquer les prochains ?

Si le ressemelage permet déjà de prolonger la vie de nos chaussons d’escalade, tous finissent un jour ou l’autre par déposer le bilan. Mais alors, si on ne peut plus les utiliser, que deviennent-ils ? Même question pour les cordes, les baudriers ou les casques arrivés en fin de vie. Alors qu’une nouvelle filière de collecte et de recyclage vient d’être lancée par le Groupe Climb Up et l’éco-organisme Ecologic, PlanetGrimpe a voulu comprendre ce qui se passe réellement après le bac de collecte : que peut-on recycler aujourd’hui, qu’est-ce qui n’est pas encore recyclable… et pourquoi a-t-il fallu attendre si longtemps ? Nous avons posé la question à François Petit, fondateur et président du Groupe Climb Up, et à Valentin Detail, en charge de ce dossier chez Ecologic.

Un casse-tête que Climb Up traîne depuis longtemps

Quand une corde est réformée, quand un baudrier atteint sa limite d’utilisation ou lorsqu’un chausson n’est plus ressemelable, tout le monde se pose la même question : qu’en faire ? La réponse, jusqu’à présent, était loin d’être satisfaisante…

Chez Climb Up, le sujet est devenu un vrai casse-tête au fil des années. Avec plus de 30 salles réparties sur le territoire, le groupe change chaque année près de 70 km de cordes (une corde de salle tient en moyenne 30 à 40 jours) et environ 7 500 paires de chaussons de location. De quoi vite saturer les réserves.

François Petit nous explique que Climb Up essaie de trouver une solution depuis une dizaine d’années pour les cordes : d’abord en confiant ses cordes usagées à un fabricant qui en faisait des laisses pour chiens, une solution qui n’absorbait qu’une fraction dérisoire du volume ; puis en tentant de refondre le polyamide, mais le projet est abandonné pour son coût trop élevé ; puis via un repreneur qui récupérait la gaine des cordes pour fabriquer porte-clés et ceintures, soit à peine 10 % du gisement, encore une fois. Résultat : des tas de cordes stockées derrière les murs sans réelle filière de sortie, un problème que le groupe essaie de résoudre depuis longtemps.

Pour les chaussons, aucune solution convaincante n’avait encore vu le jour, mais ce nouveau programme de collecte pourrait changer la donne.

Pourquoi a-t-il fallu attendre aussi longtemps pour recycler des chaussons ?

À première vue, recycler un chausson pourrait sembler relativement simple : séparer les matériaux, récupérer le caoutchouc, le broyer, en refaire de la gomme. Dans les faits, la difficulté n’était pas technique, mais économique.

« On peut techniquement recycler énormément de choses, mais si vous arrivez chez un industriel avec seulement 50 kilos de chaussons, il n’investira jamais dans une ligne de recyclage », résume Valentin Detail. Avant de recycler, il fallait donc réunir suffisamment de matière pour rendre le procédé viable, ce qu’Ecologic appelle la constitution d’un « gisement » : accumuler plusieurs tonnes de matériel pour convaincre des industriels de développer des procédés adaptés.

C’est précisément ce que permet cette nouvelle filière : coordonner les fabricants de matériel d’escalade, qui financent le dispositif via les éco-contributions ; les salles et les clubs, qui collectent le matériel ; les transporteurs ; les centres de tri ; puis les industriels chargés de développer les solutions de recyclage. Une rencontre entre François Petit et Valentin Detail, au salon de l’escalade de janvier 2026, a permis de faire aboutir un projet sur lequel Ecologic travaillait déjà depuis un an et demi, mais sans procédé industriel encore stabilisé.

Comment fonctionne la collecte

Depuis juin 2026, des bacs de collecte sont progressivement installés dans les salles Climb Up. Grimpeurs et grimpeuses peuvent y déposer chaussons, baudriers, cordes ou systèmes d’assurage en fin de vie, sans distinction de marque ; le matériel de location du réseau y est également intégré. Le dispositif est gratuit pour les salles : collecte, transport et traitement sont pris en charge par Ecologic.

Reste une question centrale : qu’est-ce qui pousse concrètement les grimpeurs à jouer le jeu ? Aujourd’hui, rien de matériel. Aucun bon d’achat, aucune réduction en échange d’un dépôt, contrairement à ce que proposent certaines enseignes de sport pour les chaussures de running par exemple. François Petit ne l’exclut pas à terme, mais insiste : « l’objectif initial n’était pas commercial, il s’agissait avant tout de trouver une filière vertueuse ». Sans incitation, le groupe évalue lui-même la participation potentielle de ses grimpeurs autour de 5 à 10 % la première année.

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Que devient réellement un vieux chausson ?

Une fois déposé, le chausson ne prend pas immédiatement le chemin du recyclage : il rejoint d’abord un centre de regroupement, où il est stocké avec des centaines puis des milliers d’autres paires, jusqu’à atteindre un volume suffisant pour lancer un traitement industriel.

Commence alors un travail plus complexe qu’on ne l’imagine. Contrairement à une idée reçue, un chausson n’est aujourd’hui pas entièrement recyclable : ses différents matériaux doivent d’abord être séparés, une étape confiée à une usine spécialisée capable de démonter le chausson à la main, un savoir-faire encore rare et coûteux, en partie soutenu par des subventions publiques. Seul le caoutchouc fait aujourd’hui l’objet d’un véritable programme de recyclage. Le reste (textile, cuir, lacets) ne dispose pas encore de filière adaptée et part en valorisation énergétique, c’est-à-dire incinéré pour produire du chauffage urbain ou de l’électricité.

Le caoutchouc récupéré, lui, est broyé puis revulcanisé pour fabriquer des plaques destinées au ressemelage, avec une part de matière recyclée annoncée autour de 30 %. « La gomme ayant déjà été utilisée, elle perd une partie de ses qualités, il est donc nécessaire de la mélanger à de la matière vierge », précise Valentin Detail. Une marque de chaussons s’est portée volontaire pour intégrer cette matière recyclée dans la fabrication de nouvelles paires, son nom n’est pas encore rendu public, le programme étant toujours en phase de test. Selon Ecologic, réincorporer du recyclé permettrait même à cette marque de réduire le montant de ses futures éco-contributions, le dispositif valorisant financièrement les metteurs sur le marché qui bouclent la boucle.

Et le reste du matériel ?

Pour les mousquetons et autres pièces métalliques, la logique diffère : le métal part vers des filières de recyclage déjà bien établies. Les cordes, en revanche, ne disposent toujours d’aucune solution industrielle : Ecologic vient tout juste de lancer, avec la même agence que pour les chaussons, les premières recherches pour identifier des partenaires capables de valoriser ces fibres techniques. Un test est également en cours sur le recyclage des casques, avec de premiers résultats attendus prochainement.

Qui paie, et pourquoi c’est gratuit pour les salles

Ecologic n’est pas un service public, mais un éco-organisme agréé pour cinq ans par le ministère de la Transition écologique, chargé par la loi de développer des filières de collecte et de recyclage pour le matériel de sport et de loisir (une des trois filières qu’il gère, avec les équipements électriques et électroniques, et le matériel de bricolage et jardinage motorisé). Son financement provient à 95 % des éco-contributions versées par les fabricants et distributeurs à chaque mise sur le marché d’un produit (quelques centimes par paire de chaussons, par exemple) en application du principe pollueur-payeur inscrit dans la loi AGEC de 2022.

À l’échelle de la filière sport et loisirs, ces contributions représentent plus de 40 millions d’euros par an en France. Sur un total de 120 000 tonnes de matériel de sport mis sur le marché en 2024 — Ecologic en avait alors collecté entre 15 000 et 20 000 tonnes, soit environ 10 % du gisement théorique. Le fonctionnement, résume Valentin Detail, s’apparente à celui des retraites par répartition : les articles neufs vendus aujourd’hui financent le traitement des articles usagés qui arrivent en fin de vie.

Une filière prometteuse, mais encore loin d’être complète

Il serait exagéré de présenter ce dispositif comme un système déjà mature. Les volumes en jeu restent modestes à l’échelle du marché, et une bonne partie du matériel collecté — cuir, textiles de corde — n’a encore aucun débouché de recyclage. Les procédés eux-mêmes sont en phase de test, avec des coûts de démarrage que Valentin Detail qualifie lui-même d’« exorbitants » à ce stade, loin de ce que coûtera la filière une fois industrialisée.

C’est sans doute le principal enseignement de cette enquête : contrairement à ce qu’on pourrait croire, le recyclage du matériel d’escalade est encore loin d’être totalement opérationnel. C’est surtout la première fois qu’un cadre national permet de coordonner la collecte, le financement et le développement de solutions industrielles à cette échelle.

La suite dépendra désormais d’un élément essentiel : les grimpeurs eux-mêmes. Sans matériel collecté, pas de gisement ; et sans gisement, impossible de convaincre les industriels d’aller plus loin. Cette filière ne résout donc pas encore tous les défis du recyclage en escalade, mais elle pose les premières bases d’un modèle qui pourrait, à terme, transformer durablement la gestion du matériel en fin de vie.

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Publié le : 30 septembre 2026 par Charles Loury

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