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“Defying Graffiti” : le bloc le plus moche… et peut-être le plus dur ?

À première vue, difficile d’y voir une future ligne mythique. Un rocher sombre, couvert de graffitis, une dégaine presque sale, loin des standards esthétiques que l’on associe aux plus beaux blocs du monde. Et pourtant, c’est bien là, sur cette face improbable de Dumbarton Rock, que Will Bosi est peut-être en train de repousser, une nouvelle fois, les limites du bloc.

Son nom : Defying Graffiti. Un clin d’œil évident à l’environnement, et aussi, au célèbre “Defying Gravity” 8C+ situé aux États Unis. Sauf que là, William Bosi parle potentiellement d’un projet qui vaudrait 9A+…


Le projet “le plus dur de sa vie”

Dans une vidéo récemment publiée, le Britannique lève le voile sur cette ligne qu’il décrit sans détour comme “son projet le plus dur à ce jour”. Une phrase qui ne passe pas inaperçue quand elle est prononcée par celui qui compte déjà cinq blocs dans le neuvième degré à son actif.

Car Will Bosi n’en est plus à prouver quoi que ce soit. Depuis la troisième ascension d’”Alphane” en 2022 jusqu’à ses enchaînements de “Burden of Dreams”, “Return of the Sleepwalker” ou encore “Spots of Time”, le Britannique s’est imposé comme l’un des grimpeurs les plus forts de la planète. Un profil presque “parfait” qui lui permet de défier les lignes les plus dures du globe : des doigts hors normes, une technicité rare, et surtout, une capacité à s’acharner des des projets que beaucoup abandonneraient.

Et c’est précisément là que son histoire avec “Defying Graffiti” devient fascinante.

Deux mouvements extrêmes !

Car le bloc, en lui-même, est presque déroutant de simplicité. Quelques mouvements seulement, à l’image de “Burden of Dreams”.

Tout se joue sur les deux premiers mouvements, d’une intensité telle qu’ils semblent, pour l’instant, hors de portée. Un premier mouvement qui consiste à aller chercher une réglette infâme, suivi d’un deuxième mouvement encore plus dur, qui constitue aujourd’hui le véritable crux du bloc. La suite ? Elle est “plus facile”, presque anecdotique…

Ce contraste intrigue, et alimente déjà les débats. Peut-on réellement parler de très haut niveau pour un bloc aussi court ? Ou, au contraire, est-ce la quintessence même du bloc extrême : condenser la difficulté maximale en quelques gestes parfaits ?

9A ? 9A+ ? Ou simple fantasme collectif ?

La communauté des grimpeurs oscille déjà entre fascination et incrédulité. Certains parlent d’un “9A en deux mouvements”, d’autres, dont William Bosi, évoquent déjà un potentiel 9A+, voire plus. Tous s’arrêtent sur un point : la brutalité des deux premiers mouvements. Ici, pas de placements complexes ou de méthodes fines. Juste de la force pure, des doigts mis à l’épreuve, et une précision absolue.

Derrière ces spéculations se cache une question plus large, celle du prochain cap dans l’échelle du bloc. Depuis que l’Italien Elias Iagnemma a proposé le 9A+ avec “Exodia”, le débat reste ouvert. Aucun consensus, aucune répétition, et donc aucune validation claire de ce niveau.

Dans ce contexte, chaque nouveau projet d’envergure est scruté avec une attention particulière. “Defying Graffiti” pourrait-il entrer dans cette discussion ? Difficile à dire. Son format, très court, tranche avec les blocs longs et complexes souvent associés aux plus hautes cotations. Mais c’est aussi ce qui le rend unique. Peut-être que l’évolution du niveau ne passera pas uniquement par des lignes plus longues, mais aussi par des séquences toujours plus dures, toujours plus concentrées.

Moche, mais fascinant ?

Et puis il y a ce paradoxe, impossible à ignorer : celui de l’esthétique. À l’heure où certaines lignes deviennent iconiques autant pour leur beauté que pour leur difficulté, “Defying Graffiti” prend le contre-pied total. Ici, le rocher est tagué, abîmé, presque “anti-photogénique”. Et pourtant, cela n’empêche pas William Bosi d’y consacrer la majeure partie de son temps lorsqu’il est chez lui. Session après session, essai après essai, parfois sans même réussir à progresser, il continue. Et surtout, il reste étonnamment positif, presque enthousiaste, là où d’autres auraient déjà lâché prise.

C’est sans doute là que se joue la différence… Pas seulement dans les doigts mais dans cette capacité à croire, encore et encore, qu’un mouvement impossible finira par passer. Alors, que vaut vraiment “Defying Graffiti” ? 9A ? 9A+ en devenir ? Pour l’instant, personne ne le sait. Mais une chose est certaine : au pied de ce bloc recouvert de graffitis, quelque chose est en train de se jouer… Réponse dans les prochains mois ?


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Publié le : 21 avril 2026 par Nicolas Mattuzzi

# Actualités PG# Univers Falaise

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