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La grande interview : Sandra Berger, première femme à la tête de la FFME

© FFME

Pour Sandra Berger, qui vient de prendre la présidence de la FFME, tout a démarré lors d’une sortie en montagne. Un passage rocheux au cours d’une rando, un ressenti inoubliable sur le moment, et cette furieuse envie de retrouver cette sensation encore et encore. La suite est assez classique au fond : une salle, un club, puis Fontainebleau… et l’escalade qui prend de plus en plus de place.

Un parcours classique oui, à la différence près que chez elle, l’escalade ne s’arrête pas seulement à enfiler ses chaussons pour grimper. Très vite, il y a l’engagement: le club, puis la ligue, puis la fédé nationale, et enfin aujourd’hui, une nouvelle casquette : présidente de la Fédération Française de la Montagne et de l’Escalade.

Avant de parler stratégie et cap à tenir, on a voulu revenir là où tout à commencé pour elle. On vous laisse découvrir ce long portrait.


Des premières sensations à l’engagement

Comment l’escalade est-elle entrée dans votre vie ? Vous souvenez-vous de votre première émotion en falaise ou en salle ?

Je me souviens très exactement de la manière dont l’escalade est entrée dans ma vie. C’est grâce à la montagne. Je vivais ma première randonnée dans les Pyrénées et lors de cette itinérance j’ai dû franchir un passage rocheux pour atteindre le sommet. C’est à ce moment précis que j’ai réalisé le plaisir immense que je vivais.

J’ai tellement apprécié cette rencontre avec la montagne estivale que je me suis demandée comment revivre l’expérience chez moi, en Ile de France. J’ai immédiatement pensé à l’escalade, en raison de sa verticalité et ses prises à saisir « à pleine main ».

J’ai alors cherché un club à la FFME car, marquée par mon passé de sportive, seule une « fédération française » répondait à mes exigences de qualités et de sécurité dans l’enseignement sportif. Il y avait un club dans ma ville et tout a commencé comme cela.

J’ai d’abord pris plaisir à grimper en salle, à m’élever et gérer mes émotions. Je vivais l’escalade comme un sport. Puis mon club m’a emmenée une journée à Fontainebleau. L’évasion, le plaisir, le partage et les rochers m’ont dépassée. Je n’ai repris pied avec ma vie réelle que sur le chemin du retour, dans la voiture.

C’est à ce moment-là que tout a basculé dans la passion et que l’escalade est devenue un mode de vie.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous engager dans les instances fédérales il y a 12 ans ?

L’engagement est fondamentalement associé à ma manière de pratiquer une activité. Depuis l’enfance, je suis engagée dans l’associatif. C’est une façon de vivre ma vie et mes passions qui me plait. J’aime avoir une place d’acteur et m’impliquer dans ce qui a de la valeur pour moi, je ne sais pas le vivre juste à mon niveau.

Cela a commencé dès mon plus jeune âge par l’éducation populaire, puis le secourisme et enfin le sport. Quand j’ai commencé l’escalade, je me suis donc engagée dans mon club, puis à la ligue, puis au national. M’investir dans la fédération n’était pas un projet conscientisé il y a 20 ans mais comme j’aime participer et m’impliquer dans les actions associatives, comme j’aime contribuer aux projets qui se construisent, j’ai été repérée.

Les cercles d’investissement s’élargissent progressivement quand on explore et qu’on investit un engagement. Tout cela constitue un continuum cohérent pour moi depuis l’enfance car il touche à la manière dont, au travers d’une passion individuelle, j’en fais un objet qui me relie au collectif.

L’engagement est fondamentalement associé à ma manière de pratiquer une activité.

Pratiquer, ressentir, transmettre

Aujourd’hui encore, quelle place tient la pratique personnelle dans votre quotidien ?

L’escalade tient une place centrale :
– Besoin d’être dehors, en mouvement
– Besoin d’exercer ce que j’aime faire : grimper ! J’aime autant grimper en version « sportive » qu’exploratrice, autant en bloc qu’en grande voie, autant dehors que dedans. J’aime l’escalade sous toutes ses facettes.
– Besoin d’être ancrée avec le terrain car c’est ce qui nourrit mon engagement
– Besoin d’être vivante, en bonne santé

Avec la prise de mandat, je lève un peu le pied sans me déconnecter, j’essaye de rester dans le plaisir et la gestuelle, je n’ai pas l’énergie mentale de m’engager dans des projets intenses. J’espère bien pouvoir réintroduire cette dimension dans quelques mois mais il faut savoir prioriser ses engagements !

L’escalade est une part importante de ma vie et aussi mon inscription principale dans nos activités fédérales. Cependant, elle ne représente pas tout car je pratique d’autres sports qui m’enrichissent en tant que grimpeuse, mais surtout, je vis et partage une grande partie de nos activités qui m’inscrivent dans l’univers outdoor de la fédération.

© Yannick Long

Quelles sont les valeurs de la montagne ou de l’escalade qui vous ressemblent le plus ?

Montagne :
– Le partage d’une aventure collective, la solidarité, l’esprit de cordée
– L’humilité face à plus grand que soi, face à ce qui nous dépasse mais qui nous rassemble
– Le respect et le sentiment de responsabilité face à un milieu où nous ne sommes que des passagers invités temporairement
– L’émerveillement, le sentiment de plénitude

Escalade :
– Un accomplissement personnel
– Une aventure humaine partagée
– Un projet collectif pour vivre ensemble
– Une évasion

Y a-t-il un moment précis dans votre parcours fédéral dont vous êtes particulièrement fière en dehors de devenir présidente ?

L’obtention du DEJEPS Perfectionnement sportif Escalade. Je me suis beaucoup investie dans ce diplôme, j’ai énormément travaillé car il représentait un marqueur symbolique et affectif fort dans mon parcours. Cette démarche était soutenue par la volonté d’articuler toutes mes compétences dans une vision à 360 de notre activité. J’avais envie de vivre cette expérience pleinement, à haute intensité.

Je me suis infligée une forte pression car cela retraçait aussi un parcours fédéral et sportif que je présentais à un jury.

Se remettre en question dans ses expériences est un mouvement important pour moi, cela permet de s’enrichir et de grandir. Accepter de se présenter face à la communauté dans cette démarche, c’est exposant mais cela qui me semble indispensable en termes d’authenticité. Cela symbolise aussi pour moi la reconnaissance d’une expertise.

Gouverner la fédération aujourd’hui

Être présidente d’une fédération sportive aujourd’hui, qu’est-ce que cela implique selon vous ?

Incarner la fonction de présidente implique un fort engagement dans le projet collectif. En tant que présidente, j’ai un large champ de responsabilités, tant du point de vue opérationnel que politique. J’ai conscience des enjeux de transformations que doit opérer notre fédération mais également des socles fondamentaux sur lesquels nous pouvons nous appuyer.

Je souhaite incarner une présidence moderne, c’est à dire engagée, accessible, responsable et solidaire. Cela passe par des marqueurs symboliques dans la manière d’incarner cette fonction.

  • La modernité passe pour moi par un portage de la mission de représentation associée à la fonction qui peut être partagée par un collectif engagé. Diversifier nos voix d’expression démontre l’ampleur du collectif derrière le projet et renforce nos motivations d’engagement et notre implication. Elle permet aussi à chacun de se reconnaitre dans le projet au-delà de la personne.
  • Être engagée signifie pour moi assumer les responsabilités en satisfaisant une exigence et une qualité de travail. Il faut maîtriser ses dossiers, connaître l’écosystème, écouter, prioriser et s’adapter. Dans ma manière d’incarner la fonction, ce que je veux garantir, c’est le travail collectif et le maintien du cap fixé par le plan stratégique : déployer la dimension sportive de nos activités délégataires et soutenir le déploiement de nos autres pratiques sur les territoires.
  • Être accessible ne signifie pas être partout et tout le temps mais répondre présente aux moments clefs de notre vie associative, des moments identifiés en cohérence avec notre plan stratégique et partagés dans ses enjeux avec les équipes, les clubs et territoires. Il y a des hauts et des bas, c’est important de ne pas prendre tout pour soi, de savoir départager ce qui relève de la personne et de la fonction. C’est quelque chose que je suis habituée à faire dans mon métier, je vais devoir transposer la compétence !

Dans ma manière d’incarner la fonction, ce que je veux garantir, c’est le travail collectif et le maintien du cap fixé par le plan stratégique.

  • Être responsable, cela renvoie au fait qu’il y a des moments où seule la fonction de président peut porter une parole, incarner un cap, répondre à des attentes institutionnelles, décider, rappeler le cadre, protéger et défendre nos activités, nos structures, nos licenciés ou notre image. Dans ces moments-là, il faut répondre présent et endosser pour tous, parfois avec plaisir, parfois avec tension ce que l’on doit porter.
  • Être solidaire, c’est placer le collectif comme une ressource au service du projet et de l’aventure humaine que nous vivons au travers de ce dernier. Cela signifie assumer collectivement nos constats, les partager et se rassembler pour construire, malgré nos divergences éventuelles.

Quelles sont vos priorités concrètes pour la première année de mandat ?  Le plan stratégique s’articule autour de Découvrir – Progresser – Performer – S’engager. Comment ces axes vont-ils se traduire concrètement pour les clubs et les licenciés ?

Ma prise de fonction ne va pas infléchir l’orientation politique et sa déclinaison opérationnelle pour l’olympiade car cette orientation a été construite collectivement.

Le plan stratégique est la version opérationnelle de nos orientations politiques pour lesquelles nous avons été élus. Ces orientations, votées par l’Assemblée Générale en 2024 sont le fruit d’un travail d’équipe porté par l’ensemble de la liste. C’est un engagement fort que nous prenons avec les clubs pour orienter le développement de nos activités et soutenir notre identité et nos valeurs.

Nous avons planifié les actions sur l’olympiade mais le plan stratégique est révisé chaque année afin de s’adapter à une actualité qui ne nous appartiendrait pas. Cette révision fait l’objet d’une validation collective en Conseil d’Administration et les travaux sont présentés annuellement à l’AG de la fédération.

Notre plan stratégique, construit autour des 4 axes, se déclinent en 6 piliers opérationnels qui recouvrent une base d’actions identifiées au nombre de 180. Toutes ne seront peut-être pas activées en fonction des évolutions. Nos 6 piliers :

  • La qualité d’accueil dans les clubs
  • Les terrains de jeux
  • La formation des acteurs
  • Les contenus de progressions sportives
  • Les expériences sportives
  • Le haut-niveau et la préparation olympique

Concrètement, nous avons déjà engagé des travaux en 2025 et nous les présenterons à l’Assemblée Générale d’avril 2026 même si nous sommes allés à la rencontre des clubs sur chaque AG des ligues ce printemps et des comités territoriaux lors du Congrès des Territoires en décembre 2025. Cette démarche est importante, nous avons choisi de travailler en transversalité entre tous les services de la fédération et en cohérence avec l’expertise des territoires.

Parmi les grands chantiers que nous avons engagés :

  • Il y a la réforme de notre filière de formation des encadrants bénévoles en montagne qui s’appliquera dès septembre 2026.
  • Nous travaillons actuellement sur une démarche similaire pour la filière escalade. Cette réforme a pour enjeu de proposer une nouvelle approche de la progression en escalade, dans toute sa diversité et d’y adosser un cursus de formation d’encadrant plus accessible pour les bénévoles, sans renier les exigences de compétences et de sécurité. Je n’en dis pas plus pour le moment !
  • Nous travaillons également à la mise en place de toute la filière de développement de la para-escalade. Ce réseau est très dynamique sur le territoire avec des acteurs fortement engagés.
  • Sur le versant institutionnel, un autre chantier a débuté autour de la licence et de l’affiliation. C’est un enjeu central pour garantir la vitalité de notre modèle associatif ! Nous avons également réformé les plans nationaux pour les adapter aux enjeux actuels, engagé des actions sociétales sur l’inclusion et l’environnement, renforcé les formations e-learning pour les dirigeants et amorcé des actions de valorisations des actions et des parcours bénévoles.
  • Nous avons également ouvert début 2026 une seconde salle Karma à La Villette. Outre la question de la diversification de nos recettes, cela nous permet également de nous ouvrir à des pratiquants qui développent leur approche sportive de l’escalade autrement tout en y insufflant l’esprit fédéral.
  • Nous avons également d’autres actions qui ont débuté en 2025 comme les Vertical Series, la promotion des itinéraires de ski de randonnée en station pour découvrir le ski de randonnée en toute sécurité, des actions autour de l’écoresponsabilité pour sensibiliser les pratiquants à l’impact de nos activités, des projets autour de l’insertion par l’escalade … la liste est longue !

Nous sommes également en cours de réflexion sur le sens et la valeur de la licence.

Notre fédération rencontre des enjeux importants dans l’évolution de son modèle économique en diversifiant ses sources de revenus et en capitalisant sur l’image de ses activités pour mieux servir les projets fédéraux et de développement de la pratique.

Nous sommes également en cours de réflexion sur le sens et la valeur de la licence. S’il est important de pouvoir s’adresser à l’ensemble de la communauté, il nous faut aussi attirer cette communauté au sein de l’univers fédéral pour donner du sens à la prise de licence qui reste un acte d’engagement au service d’un projet collectif.

Notre fédération rencontre des enjeux importants dans l’évolution de son modèle économique.

© FFME

L’écosystème de l’escalade

Le paysage de l’escalade évolue vite avec les salles commerciales. Comment la FFME peut-elle travailler intelligemment avec cet écosystème ?

La fédération s’est rapprochée de cet écosystème pour échanger autour de thématiques importantes pour tous : la sécurité, la formation, le développement durable, les compétitions… Aujourd’hui, il y a finalement plus de porosité entre l’univers des salles privées et celui de la fédération.

Des actions sont menées de manière conjointe autour de projets d’accompagnement à l’insertion professionnelle avec Arkose ou l’installation du Titre à Finalité Professionnelle à Arkose Issy les Moulineaux. Les licenciés de la fédération fréquentent les réseaux de salles et de nombreux échanges ont lieu également autour du haut niveau. Les collectifs comme l’USC et l’UDSE travaillent avec la fédération autour de la rédaction de normes.

De manière globale et puisque les subventions sont évoquées, il est important de rappeler que lorsque la fédération ou l’une de ses structures gère une salle sur un modèle économique dit marchand, elle répond aux mêmes obligations fiscales et sociales que les réseaux de salles privées. Les subventions perçues sont attribuées par des institutions publiques (région, communes, état) pour encourager l’organisation de missions d’intérêt général et non pour financer des activités commerciales.

Comment préserver l’engagement bénévole tout en accompagnant la professionnalisation du secteur ?

Une fédération est ce que ses acteurs en font. C’est un rassemblement d’individualités au service d’un projet commun : grimper, skier, vivre la montagne. Notre défi est la diversité des besoins de nos pratiquants et de nos territoires. Il faut penser qu’entre un club de plaine et un club de vallée ou de montagne, entre un club urbain et un club rural, pour développer une même activité, les besoins ne sont pas les mêmes ! Et nous, pratiquants n’avons pas les mêmes attentes en fonction de nos terrains de jeux. Cela demande beaucoup de créativité, d’écoute et d’adaptabilité mais ce défi est extrêmement challengeant pour notre équipe !

Nos pratiquants sont souvent multidisciplinaires, mais aussi cadre ou dirigeant bénévole. Ils aiment l’univers que propose notre fédération, ses activités et ses terrains de jeux, mais n’y mettent pas forcément le même engagement en fonction de leurs projets personnels et de leurs moments de vie. C’est pourquoi, cet axe d’engagement reste, pour nous, l’ADN de notre fédération, nous sommes attachés à ce qui fait l’essence du mouvement sportif : l’engagement bénévole. La FFME s’emploie à soutenir l’engagement de ses dirigeants au quotidien avec des ressources et des outils permettant de les accompagner dans leurs démarches. Nous développons aussi un accompagnement dédié aux femmes, appelés « Dirigeantes FFME » pour lever les freins à l’engagement.

La professionnalisation des acteurs de la fédération ne contrevient pas à cet engagement. Il est au contraire indispensable pour soutenir le bénévolat car les missions, leurs exigences, les demandes se sont intensifiées. Aujourd’hui, il est important de penser nos actions comme un tout, et ce « tout » s’organise en fonction des projets et des entités.

Il se partage et chaque structure est libre de construire cette répartition. Les projets, peuvent répartir ces missions entre des bénévoles et des professionnels en fonction des compétences attendues, des histoires locales, de la disponibilité et de la régularité nécessaire, des responsabilités prises. Chaque modèle est possible et unique, en fonction du club !

Notre responsabilité à l’égard de cela est double : proposer des formations professionnelles qui soient adaptées aux besoins des clubs et structurer une offre de formations bénévoles qui permettent, de répondre aux besoins, mais aussi de proposer un parcours d’engagement pour chacun. Nous sommes nombreux à être fiers de notre vie de bénévole, une vie qui nous enrichit, nous stimule, nous amène à explorer tant de choses en dehors de notre quotidien professionnel et nous offre des émotions fortes.

C’est un lieu d’épanouissement et d’affirmation de soi qu’il nous faut défendre et protéger.
Ainsi, comme évoqué, nous avons travaillé sur la filière de formation des acteurs bénévoles en montagne (alpinisme, ski de randonnée, randonnée en montagne) dans une approche de pratique 4 saisons, nous allons retravailler la filière escalade également, et nous proposons des outils et formations pour nos dirigeants afin de les aider dans cette mission, ainsi que sur des sujets techniques spécifiques comme les falaises et l’accès haut-niveau où les cadres de la direction technique apportent un soutien aux structures.

Côté professionnalisation, nous avons développé la filière professionnelle qui s’enrichit du Titre à Finalité Professionnelle qui a commencé cette année, garantissant ainsi une progression cohérente et homogène. Nous animons également le réseau des salariés de ligues afin de renforcer la force de notre réseau.

Équipe de France et haut niveau

Quelle ambition portez-vous pour les équipes de France dans les prochaines années ?

Nos équipes de France sont aujourd’hui jeunes et prometteuses. Nous avons une responsabilité à leur égard, elle porte notamment sur notre capacité à créer un écosystème qui place l’athlète au cœur du projet, de son projet de performance sportive mais également de son projet de vie. S’il est indispensable d’offrir des conditions d’entraînement, permettre aux athlètes de se construire leur avenir en tant que citoyen de demain est indissociable du projet fédéral. En tant que fédération, il nous appartient de construire cette stratégie, d’y adosser des moyens mais également d’en être le garant.

Notre ambition est donc de créer les conditions pour que les athlètes puissent progresser, s’élever et exprimer leur plein potentiel en escalade, en para escalade et en ski alpinisme. Nous visons le sommet en se concentrant sur les moyens pour y arriver et surtout sur ce que nous et les athlètes pouvons maitriser avec leur singularité. Le chemin est long, nécessite du soutien, de la constance dans la durée, et l’accumulation d’expériences à très haut niveau qui permettra d’apporter de la maitrise pour jouer dans cet environnement particulier que sont les Jeux Olympiques et Paralympiques.

On peut également souligner que le haut niveau peut parfois susciter une forme de déception. Ce qui importe réellement, c’est de mettre en place des cadres clairs permettant à chacun de se situer, de progresser et de poursuivre son parcours.

Le haut niveau ne doit pas seulement se mesurer à l’aune des podiums et des médailles : il doit aussi, dans sa construction, contribuer à soutenir les projets de vie des athlètes et leur permettre de s’épanouir pleinement.

L’enjeu central réside bien là : favoriser l’accomplissement des athlètes au-delà de la seule performance. Si ces deux dimensions — réussite sportive et développement personnel — parviennent à se concilier, alors l’équation sera véritablement résolue.

Il convient de noter que, malgré la jeunesse des équipes, nous faisons face à un environnement concurrentiel particulièrement exigeant, notamment sur les épreuves d’escalade valide. En para-escalade, la vigilance doit également être maximale : les systèmes vont devenir de plus en plus compétitifs, à l’image de ce que l’on observe déjà en ski alpinisme.

Il nous revient donc d’identifier les leviers d’action, de questionner nos modèles et de veiller à une véritable cohérence entre nos valeurs, nos conceptions et leur mise en œuvre concrète sur le terrain, dans un esprit de respect mutuel.

Cela invite aussi à engager une réflexion sur la rationalisation de nos outils et de nos stratégies, afin de renforcer notre efficacité et notre lisibilité dans un contexte hyper concurrentiel où les modèles et moyens des différentes nations ne sont pas comparables.

Nous avons eu la joie de participer à nos premiers Jeux Olympiques d’hiver et de vivre nos premières médailles avec les équipes de ski-alpinisme. C’est une véritable richesse de pouvoir être aux Jeux d’hiver et d’Eté ce qui nous permet de partager entre les staffs techniques et les athlètes ces expériences et de grandir ainsi dans nos trois disciplines olympiques.

Comment la FFME va-t-elle concrètement accompagner la santé mentale des athlètes ? (Prévention des burnout, gestion post JO, etc..)

Aujourd’hui, la santé mentale fait partie intégrante du projet de chaque athlète. C’est un message porté par la Direction Technique Nationale de la fédération aux équipes. Aussi, nous insistons sur l’accompagnement des staffs et des entraîneurs pour prendre cela en compte.

L’entraîneur a plusieurs rôles dans la préparation sportive de l’athlète mais le volet psychologique doit être au centre de l’organisation. Il est également nécessaire que les athlètes eux-mêmes s’impliquent dans ces dispositifs, ce qui demande parfois un temps d’acculturation et des moyens. La santé mentale s’inscrit donc dans leur préparation globale et leur projet sportif.

Parmi les dispositifs en place :

  • Une psychologue est présente au pôle de Voiron.
  • Des prestataires externes, sélectionnés par les Maisons Régionales de la Performance travaillent avec les meilleurs athlètes.
  • Des interventions sont intégrées au fonctionnement des équipes nationales.
  • Lors des Jeux de Paris, des accompagnements spécifiques ont été proposés.

Il est observé également que les dispositifs globaux autour de la préparation mentale qui inclut la dimension projet personnel et les valeurs de progression de l’athlète ont un peu diminué depuis quelques années, bien que capitales dans le parcours du sportif de haut-niveau.

Aujourd’hui, la fédération veut relancer un projet plus ambitieux, répondant mieux aux besoins des athlètes, tant dans leur parcours sportif que dans leur projet de vie. Des échanges ont déjà eu lieu avec des spécialistes et nous nous inspirons aussi d’autres fédérations. La fédération reste dans la moyenne des fédérations mais, à titre d’exemple, nous sommes moins structurées que certaines fédérations anglo-saxonnes. Le nouveau projet de la progression en escalade, en préparation à la FFME , prendra en compte la progressivité dans la préparation mentale et renforcera cette dimension.

Nos athlètes sont notre plus grande richesse. C’est à nous tous, fédération et communauté, de continuer à améliorer nos habitudes et dispositifs pour mieux les soutenir.

© FFME

Falaises & environnement

Quelle place vont prendre les enjeux environnementaux et l’accès aux sites naturels dans votre mandat ?

Notre engagement reste plein et entier dans ce domaine. Les comités territoriaux sont les premiers concernés par ce travail et je les en remercie. C’est un engagement et une responsabilité importante qui permettent à l’ensemble de la communauté de pouvoir grimper ou sur les falaises. Nous travaillons à toujours nous améliorer dans nos process, que ce soit techniques, juridiques, ou dans l’accompagnement et le soutien des Comités Territoriaux (CT). La Commission Sites Naturels d’Escalade, composée de bénévoles actifs dans les CT est un lieu ressource de la fédération pour cela.

Dans ce travail, il y a des enjeux nombreux : la sécurité, l’accessibilité mais aussi la protection du milieu naturel sur lequel nous grimpons.

  • Concernant la sécurité, nous restons actifs et mobilisés sur le classement des sites naturels car c’est un outil indispensable pour garantir une offre sécurisée aux pratiquants. C’est un travail conséquent du département Activités de la fédération. Nous œuvrons également à la formation de nos acteurs car le travail d’équipement nécessite de grandes compétences, tant sur la notion de travail en hauteur que sur l’aspect technique lié à l’équipement des falaises.
  • Concernant l’accessibilité des falaises, le travail en collaboration avec les collectivités locales fonctionne bien autour des contrats d’entretien, nous soutenons activement les CT qui en ont besoin soit au travers d’un appui du national, ou de la ligue (organe fédéral régional). A travers la bourse SNE nous soutenons financièrement des projets d’équipements et de rééquipements des falaises. Nous conservons une veille permanente et un dialogue systématique avec les territoires qui pourraient rencontrer des freins dans l’accès aux falaises afin de trouver des solutions pour lever ces difficultés.
  • Concernant la protection du milieu naturel, nous avons plusieurs actions cadres que nous déclinons progressivement dans les territoires grâce à leur engagement sur ces sujets :

La convention cadre que nous avons signé avec la LPO permet de fluidifier les relations entre nos deux écosystèmes et apprendre à évoluer conjointement.  Des initiatives locales sont d’ailleurs de bons exemples pour illustrer notre capacité à partager nos terrains de pratique / vie. Je pense aux actions menées sur le CT Hérault et Ardèche, par exemple, mais il y en a de nombreuses autres comme en Pyrénées-Atlantiques.

Nous travaillons également à la sensibilisation de nos pratiquants avec la fresque écologique de l’Escalade qui nous permet d’animer une réflexion sur l’impact de notre pratique sur le plan environnemental.

Enfin, nous travaillons aussi à valoriser nos acteurs locaux avec la création des Trophées clubs qui récompensent les initiatives originales en matière environnemental. Il y a énormément d’initiatives mises en place par les territoires et les clubs, et nous les soutenons dans cette logique d’animation.

Quel message souhaitez-vous adresser aujourd’hui aux licenciés, aux clubs et à l’ensemble des pratiquants ?

Si je n’avais qu’un seul message, ce serait rejoignez-nous ! Quelque soit votre motivation, que ce soit pour progresser, partager une expérience humaine forte, rêver autour de nos athlètes de haut-niveau, vous engager dans un projet ou soutenir le développement des actions au service de tous comme l’entretien des falaises ou le développement de la compétition pour tous, il y a forcément une motivation dans laquelle vous vous reconnaîtrez ! Il y a beaucoup de façons de nous soutenir, la licence est la première, ensuite, il faut nous rejoindre sur une de nos actions ou dans un de nos club !

Notre fédération est jeune et dynamique. Sa force, c’est sa diversité. Diversité des actions, diversité des générations, parité, tout cela en fait un lieu de partage, de solidarité et de création.

Notre fédération palpite d’initiatives locales et de projets passionnants grâce à l’expérience de ses acteurs et l’énergie de ses jeunes ! Dans le club proche de chez vous, au sein des ligues, des Comités Territoriaux et du conseil d’administration de la fédération, vous ne trouverez que des acteurs passionnés et engagés, qui pratiquent au quotidien. On aime rire, rêver, se quereller, vibrer, se dépasser et bien sûr, grimper, marcher, skier, sauter dans l’eau, contempler…

Publié le : 24 avril 2026 par Charles Loury

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